Lot 16

[HEURES].
Heures dites du Liège d’Aunis (Famille Picarde)
Livre d’heures à l’usage de Paris
France, Normandie, vers 1430-1440
En latin et en français, manuscrit enluminé sur parchemin
Avec 11 miniatures par le Maître de Sir John Fastolf (actif second quart du XVe siècle)
Reliure à la fanfare à relier à « l’Atelier du doreur à la première palmette » (?) (actif de 1560 à 1587 environ)

164 ff., manque le calendrier et les péricopes évangéliques ; manque une miniature aux Heures de la Croix (collation : i2, ii8, iii8, iv8, v8, vi8, vii8, viii8, ix8, x8, xi8, xii6 (manquent iii, iv, v [un feuillet blanc inséré mais non d’origine]), xiii8, xiv8, xv8, xvi8, xvii8, xviii8, xix8, xx8, xxi3 (i d’un cahier antérieur et 2 ff. de prières rajoutées), écriture gothique à l’encre brune de la première moitié du XVe, deux feuillets rajoutés d’une main de la fin du XVe s. (ff. 162-163), texte sur une colonne (justification : 60 x 102 mm), 15 à 17 lignes de texte, réglure à l’encre rouge, rubriques en rouge, bouts-de-ligne en rose foncé ou bleu avec rehauts blancs et décor à l’or bruni, initiales d’une ou deux lignes de hauteur à l’or bruni sur fonds rose foncé ou bleu avec rehauts blancs, grandes initiales de 3 lignes de hauteur en bleu ou rose avec rehauts blancs et décor de feuillages colorés sur fonds à l’or, bordures enluminées sur tous les feuillets dans la marge extérieure avec des tiges tracées à l’encre noire, des feuilles de vigne à l’or bruni, des entrelacs et motifs de feuilles, des fleurs et fruits, AVEC 11 MINIATURES à trois-quarts de page, bordures enluminées, la plupart avec feuilles d’acanthe et fleurs sur fonds réservés, doublées de baguettes enluminées sur fonds d’or.

Reliure de plein maroquin olive, décor « à la fanfare » de type classique avec grandes branches de laurier et feuilles d’acanthe au naturel, encadrement extérieur de trois filets dorés (double filet côté intérieur, filet simple côté extérieur), dos à cinq nerfs à décor doré, tranches dorées (manuscrit conservé sous emboitage articulé de cuir fauve avec dos titré or « Heures à l’usage de Liege. 1450 » [sic] ; coiffe supérieure un peu arasée, nerfs un peu frottés, légers frottements aux plats ; peinture un peu frottée dans la marge du premier feuillet peint (f. 3) ; quelques taches aux derniers feuillets rajoutés ; néanmoins manuscrit d’une grande fraîcheur).
Dimensions : 195 x 145 mm

Redécouverte de ces Heures aux couleurs chatoyantes conservées dans une reliure à la fanfare du dernier quart du XVIe siècle. Les miniatures sont attribuables à un atelier normand, sans doute le Maître de Sir John Fastolf et constituent un bel exemple d’enluminure au temps de l’occupation anglaise de la Normandie entre 1417/1419 et 1450.

De fort belle facture, ce manuscrit contient onze (11) grandes miniatures attribuables à un artiste ayant travaillé entre Paris et Rouen, puis en Angleterre, à savoir le Maître de Sir John Fastolf. Ce Maître, en grande partie associé à l’enlumineur normande sous l’occupation anglaise, fut actif de 1420 à 1460. Il fut formé à Paris dans les années 1410-1420, probablement auprès du Maître de Boucicaut avec lequel il a collaboré (Livre d’heures à l’usage de Paris, New York, Pierpont Morgan Library MS M. 1000). Au début des années 1420, il s’installe à Rouen, alors sous domination anglaise. Il y travaille à plusieurs reprises pour des prélats et notables normands mais aussi pour des chefs de guerres anglais installés dans la ville tels que John Fastolf à qui il doit son nom (il réalise pour ce commanditaire un manuscrit des œuvres de Christine de Pizan, Livre des quatre vertus et l’Epître à Othea vers 1450 [Oxford, Bodleian Library, MS. Laud. Misc. 570]).

Vers 1449/1450, date à laquelle Rouen repasse sous contrôle français, le Maître de Sir John Fastolf part en Angleterre et semble s’installer à Londres où il réalise des Heures pour une clientèle anglaise. Il fut une grande influence auprès des artistes rouennais actifs à Rouen après le départ des anglais, notamment le Maître de Talbot et le Maître de l’Echevinage de Rouen. Il a d’ailleurs collaboré avec le Maître de Talbot dans un Livre d’heures à l’usage de Thérouanne vers 1430-1440 (Vatican, BAV, Ms. Vat. Lat. 14395).

Provenance :
1. Manuscrit copié et enluminé en Normandie si l’on s’en réfère au style des miniatures attribuables au Maître de Sir John Fastolf. Toutefois, à noter que le Maître de Sir John Fastolf a certainement été formé à Paris, et a réalisé des Heures à l’usage plus universel de Paris comme c’est le cas ici.

2. Famille du Liège d’Aunis, originaire de Picardie, avec leur ex-libris armorié contrecollé sur le contreplat supérieur : D’or au chêne-liège de sinople terrassé de même ; au chef de gueules chargé d’une fasce ondée du premier, surmontée de trois dés à jouer d’argent rangés en chef [au lieu de trois étoiles]. Les armoiries sont surmontées d’une couronne comtale et sous la mention « Ex libris du Liège » on trouve les initiales « P. L. D. D. ».

Originaire d’Abbeville, les hommes de cette famille se succèdent dans la vie politique d’Arrest, commune picarde, ès qualité de maire. Alfred Victor du Liège d’Aunis (1827-1900) sera également Conseiller général de la Somme. La famille a acheté sous l’Empire le Château d’Arrest, qui passe par alliance à la mort de la dernière représentante du Liège d’Aunis au Donjon de Saint-Martin.

Texte :
À noter l’absence du calendrier et des péricopes évangéliques.

ff. 1-2, feuillets blancs réglés, faisant office de gardes ;

ff. 3-79v ; Heures de la Vierge [à l’usage de Paris], avec matines (ff. 3-28) ; laudes (ff. 28v-41v) ; prime (ff. 42-48v) ; tierce (ff. 49-54) ; sexte (ff. 54v-59v) ; none (ff. 60¬-64v) ; vêpres (ff. 65-73) ; complies (73v-79v) ;

ff. 80-84v, Heures de la Croix (manque la fin ; avec f. 85 un feuillet moderne inséré, resté blanc) ;

ff. 86-89, Heures du Saint-Esprit (manque le début) ;

ff. 89-101, Psaumes de la pénitence et litanies (on relève saint Germain (f. 103v) et sainte Geneviève (f. 104));

ff. 107-161v, Office des morts [à l’usage de Paris], avec les leçons suivantes Qui Lazarum […] ; Credo quod […] ; Heu michi […] ; Ne recorderis […] ; Domine quando […] ; Peccantem me […] ; Domine secundum […] ; Memento mei […] ; Libera me […] ;

ff. 162-163v, Prières rajoutées, en latin avec rubriques en français : « Quand on veult recepvoir le corps de nostre seigneur Jesuchrist » ; « Quant on l’a receu » ; « Contre la tempeste » ; « Pour impetrer grace des pechez » ; « Contre la tentation de la chair » ; « Contre les maulvaises pensées » ; « Pour quelque tribulation » ; « Pour l’amy vivant en tribulation » ; « Pour noz bienfaiteurs » ; « Oraison tres devote a dire devant la remembrance de notre seigneur ».

Illustration :
Ce manuscrit contient 11 miniatures. Il manque la miniature introduisant les Heures du Saint Esprit.

f. 3, Annonciation ;

f. 28v, Visitation ;

f. 42, Nativité ;

f. 49, Annonciation aux bergers ;

f. 54v, Adoration des mages ;

f. 60, Présentation au temple ;

f. 65, Fuite en Égypte ;

f. 73v, Couronnement de la Vierge ;

f. 80, Crucifixion ;

f. 89, David en prière ;

f. 107, Office funèbre et enterrement.

Reliure :
Bel exemple de reliure « à la fanfare » certainement à relier à « l’Atelier du doreur à la première palmette » (actif de 1560 à 1587 environ), vers 1575 (?).
Voir : Paris, Bibliothèque nationale de France. Réserve des livres rares. RES-S-1209 (1-3) : Reliure réalisée pour Jacques-Auguste I de Thou
http://reliures.bnf.fr/ark:/12148/cdt9x7v2/

Pour citer le commentaire de la BnF : « Doreur non identifié, ainsi désigné par convention par G. D. Hobson d’après le dessin particulier d’un fer à motif de palmette évoquant la forme d’une coquille (Hobson 1970, p. 27 (fig. 16 et 17), 28 (fig. 26) et p. 59-61) dont la présence sur un certain nombre de décors de petits fers dit « à la fanfare » a permis, par regroupements successifs, d’identifier son matériel de dorure et, par suite, d’évaluer la production de son atelier. Outre ce fer à palmette particulier, on relève comme autres fers significatifs de l’atelier une combinaison de quatre petits cercles agencés en croix autour d’un cercle central (Hobson 1970, fig. 16, p. 27 : premier type), une combinaison de trois petits cercles accolés en triangle (Hobson 1970, fig. 17, p. 27) et des projections de volute (Hobson 1970, fig. 37 et 38, p. 29). Environ une soixantaine de reliures à décor « à la fanfare » sont attribuées à cet atelier ».

Bibliographie : François Avril et Nicole Reynaud, Les manuscrits à peintures en France, 1440-1520, Paris, 1993, pp. 169-170. – Clark, Gregory, Art in a Time of War : the Master of Morgan 453 and Manuscript Illumination in Paris during the English Occupation (1419-1435), Toronto, 2016. – John Plummer, The Last Flowering: French Painting in Manuscripts 1420-1530, New York and London, 1982, pp. 1-2 et 15-16 (notices 1 et 21-23). – Hobson, G. D. Les Reliures à la fanfare, le problème de l’S fermé. Une étude historique et critique de l’art de la reliure en France au XVIe siècle fixée sur le style à la fanfare et l’usage de l’S fermé. 2e édition, augmentée d’un supplément contenant des additions et corrections, par Anthony R.A. Hobson, Amsterdam, 1970.