Lot 211

[Manuscrit]. Livre d'heures, France (Bretagne ?), XVe siècle. Fort volume de petit format (100 × 70 × 40 mm), encre sur parchemin, [158] feuillets (94 × 60 mm), reliure basane ou peau retournée ocre du XIXe s. (rel. frottée, dos décollé, des cahiers lacunaires, d'autres reliés en désordre).
Intéressant livre d'heures manuscrit, très probablement réalisé en Bretagne, illustré d'une grande initiale historiée, de 12 lettrines pour le calendrier, et de plus de 300 petites initiales peintes à l'or ; on note également, tout au long du volume, la présence d'élégants bouts-de-ligne traités dans les mêmes tons que les initiales.
Surface d'écriture de 50 × 35 mm réglée à l'encre rouge, délimitant les lignes et les marges. Texte copié à l'encre noire sur une colonne de 14 lignes par page, rubriques à l'encre rouge ; plusieurs indications liturgiques en ancien français sont soulignées à l'encre rouge (f. 73r, 83r, 89r, 89v-90r).
Le volume débute par un calendrier complet (f. 1r-12v). Chaque mois, occupant une page, est annoncé par la lettrine KL (calendarium), soit 12 lettrines à l'encre d'or sur fond rouge et bleu rehaussé de blanc.
Il convient de situer dans l'Ouest de la France l'origine du commanditaire du manuscrit, sans doute en Bretagne si l'on en juge par le nombre de saints liés à cette région : saint Paterne, évêque de Vannes (16 avril), saints Donatien et Rogatien de Nantes (24 mai), saint Mériadec, évêque de Vannes (7 juin), saint Samson, évêque de Dol (28 juillet), saint Guillaume, évêque de Saint-Brieuc (29 juillet), saint Paul, évêque de Léon (10 octobre), Saint Gobrien (Gobrianus), évêque de Vannes (3 novembre), saint Mélaine, évêque de Rennes (6 novembre), saint Malo (Maclovius), évêque d'Aleth (15 novembre), dont le nom inscrit en rouge atteste l'importance, tout comme celui de saint Yves de Kermartin (1253-1303), patron de la Bretagne canonisé en 1347 (29 octobre). Tous ces saints apparaissent également dans les Heures à l'usage de Rennes de la Bibliothèque nationale de France (ms. nouv. acq. lat. 3201, XVe siècle). Plus rares en revanche, sont saint Sérapion (14 novembre) et saint Zénon (20 décembre) qui n'apparaissent au XVe siècle que dans un missel romain à l'usage de Tours (Leroquais, M. 793).
Le texte s'ouvre (f. 13r) sur une oraison, interrompue au bas du verso pour laisser place (f. 14r) à l'invitatoire des Matines de la Vierge, suivi du Ps. 94. Viennent ensuite l'hymne (f. 15v), les Ps. 8 (f. 16v-17r), 19 (f. 18r) et 23 (f. 20r), l'oraison " Precibus et meritis " (f. 21v), trois leçons (f. 22r-24v) et le Te Deum (f. 24v-27r). La copie s'interrompt au début des Laudes de la Vierge (f. 27r), signalé par une rubrique en milieu de feuillet. Au f. 28r, une lettrine inachevée inaugure un capitule, suivi (f. 28v) d'une prière dédiée à saint Sébastien (Obsecro te). La suite des Laudes, dont manque le début, reprend au f. 29r avec les Ps. 93 (f. 29r), 100 (f. 29v), 63 (f. 30r), 67 (f. 31v), le cantique Dn 3, 57-88 (f. 32v), les Ps. 148 (f. 35r), 97 (f. 35v), 150 (f. 38r), du capitule (f. 38v), du Benedictus (f. 39v-40v) et de trois leçons (f. 40v-42v). La fin de la prière à saint Sébastien figure au f. 43r. La reliure moderne a bouleversé la suite des feuillets ; il appartiendra de reconstituer l'ordre des fragments que l'on y devine, parmi lesquels les Vêpres et les petites heures de la Vierge, les Psaumes pénitentiels suivis des litanies des saints (f. 93r-112v), une partie de l'office des défunts (f. 115r-120r ; f. 138r-156r).
Le texte des Heures débute par la lettrine " O " enluminée d'un Christ de douleur, assis dans le sépulcre entouré des instruments de la Passion. Ce décor s'inscrit dans un carré aux écoinçons dorés, cerné d'un liseré noir et prolongé, dans les marges supérieure, interne et inférieure par un décor de rinceaux au trait noir rehaussé d'or, ponctué de fleurs bleues dans l'angle gauche. La lettre O, de couleur bleue rehaussée de blanc, délimite un ovale à fond rouge contre lequel se déploie une cuve de pierre bleue pâle gravée de motifs blancs, posée sur un sol vert cuivre. Au premier plan, une main tendue désigne le Christ qui s'y tient à mi-corps, bras croisés. Autour et derrière lui se répartissent, de part et d'autre de la croix, la lanterne de la trahison de Judas, la colonne de la flagellation, le fouet, la tunique et les dés, la couronne d'épines, l'éponge et la lance. Les lignes verticales dessinées par ces deux derniers instruments ont été dorées, reflétant le nimbe du Christ et prolongeant l'axe central de la croix.
Le texte est enfin ponctué de plus de cent initiales de taille moyenne (11 × 8 mm) et plus de deux cents petites initiales (7 × 5 mm) à l'encre d'or sur fond bleu et rouge rehaussé de blanc. Leur style, allié à la graphie du texte, invitent à placer ce manuscrit dans la seconde moitié du XVe siècle.