Lot 409

*Pierre PUVIS DE CHAVANNES (1824-1898). 32 L.A.S. (une incomplète, 2 non signées), et 13 cartes de visite autogr., Versailles, Honfleur, Houlgate, Lyon 1871-[1898] et s.d., à Mme Berthe AUDRIN ; 86 pages formats divers, nombreuses enveloppes (quelques petits défauts).

BELLE CORRESPONDANCE AMICALE à la propriétaire de la Boutique Verte, 23 rue Duperré, près de la place Pigalle, où s’était trouvé l’atelier du peintre jusqu’en 1868. Les premières lettres parlent de la défaite et la COMMUNE, des « loques effilochées de la garde nationale », d’une France ruinée et abaissée « sous la stupide loi d’une égalité impossible », d’un Paris « cimetière des vivants » : « c’est un chef-d’œuvre que cette ruine de l’intelligence, du commerce, du luxe, de la vraie liberté, et tranchons le mot de la république » (30 mars 1871)… On abreuve la population de mensonges sur Versailles et l’armée : « on appelle cela une guerre civile, j’en suis suffoqué – c’est la guerre de l’ordre contre des bandits, des gendarmes contre des voleurs et des assassins », la plupart étrangers (2 mai 1871)… Il fulmine contre « les turpitudes de ce ramassis de fous furieux, de forçats épileptiques, de maqueraux en délire » ; il voudrait savoir où en est son atelier, sachant des monuments incendiés (31 mai 1871)… Au fil des ans il réitère des assurances d’amitié fidèle ; il évoque son travail, son surmenage, ses retraites sans fréquentation de confrères ; il encourage son amie à lui écrire souvent… Il s’intéresse avec compassion au chagrin d’amour de sa fille et à la santé de sa mère, tient de petites sommes d’argent à sa disposition, et regrette que sa situation matérielle soit tout autre qu’elle ne la suppose… « J’ai reçu du ministère une demi-conclusion, je dis demi, parce que, pour que tout marche bien, et que l’échange de ma marchandise se fasse régulièrement il nous faut à partir de l’année prochaine 1881, une de ces belles sécurités sociales pour trois ans, au bout desquels je serai désintéressé » (21 juillet 1880)… A Lyon, il s’occupe « du matin au soir à faire mettre mes toiles en place [au Musée des Beaux-arts] – les ouvriers sont habiles et savent bien leur métier, mais c’est une besogne longue et délicate » (23 septembre 1886)… Consterné de voir les sentiments de Berthe tourner vers « ce qu’il y a de pire », il rappelle, « quoique vous niiez l’amitié d’homme à femme […] qu’à plusieurs reprises en d’autres tems, me trouvant moins qu’aujourd’hui pressé de tous côtés par de grands obstacles matériels, je m’enterrais pour ne pas ennuyer mes amis de doléances inutiles – elles l’étaient avec vous plus qu’avec tout autre, car chaque fois que je vous parlais de mes difficultés vous me répondiez assez brusquement, ne tenant compte que des vôtres, me traitant volontiers de plaignard de geigneur, etc. etc. »… Il lui sait gré, enfin, d’avoir mis fin à « une situation éminemment fausse pour nous deux, et dont ne pouvaient s’accommoder ni votre beauté ni votre jeunesse, ni, il faut bien le dire aussi, votre loyauté vis-à-vis de moi »… Etc. ON JOINT quelques photos (mauvais état) et un faire-part du décès de sa femme.

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France - 75016 Paris