Lot 828

WAUTERS, Émile Lettres aut. s., correspondants divers. Papiers, formats et étendues divers. Bonne condition générale. Charles-Marie-Émile Wauters (Bruxelles 1846-Paris 1933) est un peintre belge, élève de Portaels à Bruxelles et de Gérôme à Paris ; il voyagea aux Pays-Bas, en Allemagne, en Italie, en Égypte, au Maroc, en Espagne et en France et vécut longtemps à Paris. Il obtint le succès très jeune avec ses peintures d'histoire, notamment "La folie de Hugo van der Goes", achetée comme d'autres de ses toiles par l'État belge. Son fameux "Panorama du Caire" long de plus de 110 mètres, peint pour une exposition viennoise en 1880, revint ensuite à Bruxelles où il fut exposé en 1897 dans un bâtiment spécialement conçu (aujourd'hui la Grande Mosquée au Cinquantenaire) ; abîmée, la toile fut restaurée en 1923 par Alfred Bastien puis en 1950, et finit démantelée. Wauters connut aussi un grand succès comme portraitiste de personnalités belges ou étrangères de la noblesse ou du High Life, avec plus de 200 oeuvres. Le MRBA de Bruxelles conserve plusieurs de ses oeuvres ; Wauters fit aussi un legs au Musée Charlier. Notre ensemble est constitué de lettres : À Lucien Solvay (1851-1950), journaliste, critique artistique et musical, homme de lettres, 1er rédacteur en chef de "La Libre Belgique", +/- 50 pcs (certaines peut-être fragmentaires), certaines signées "Charles" (son 1er prénom, modifié par la suite en "Émile"), une datée 1889, 3 datées 1925, 1926 ou 1929, qqs cachets postaux c. 1924-1930 mais pour la plupart non datées (à classer). Solvay et Wauters étaient tous deux membres de l'Académie Royale de Belgique. Correspondance amicale, très touffue, avec parfois des lettres de plusieurs pages. Entre autres sujets : il lui fait part de son désir de partir pour Paris ("Bruxelles est bête et morne"). Il remercie pour des articles et s'informe sur ce qu'on écrit de lui dans la presse, lui demande parfois d'intervenir pour lui auprès de certaines personnalités belges. Il espère une expo d'ensemble de son oeuvre pour le mois de mai, une exposition à Stockholm, veut vendre ses portraits d'Émile Solvay et lui demande s'il a des amateurs dans sa famille, évoque sa santé et ses rhumatismes, mentionne le pointillisme pour le critiquer ("je ne suis pas encore dans le mouvement du petit point, du jaune de chrome et du violet [...] du je m'enfoutisme pictural [...] je suis trop vieux aussi"). Il parle de sa vue panoramique du Caire, des sociétés panoramiques qui se créent à Bruxelles, Anvers, en Amérique..., du succès que cette vue connaît à Vienne (ou à Bruxelles ?). Plusieurs lettres évoquent sa préoccupation quant à la vente ou la donation de ses collections - dont une de dessins anciens qu'il détaille - mais qu'il ne veut faire qu'à certaines conditions, se montrant assez amer quant aux dispositions de l'État belge à son égard. Il se plaint du coût de la vie à Paris, évoque un portrait d'Albert qui a fait florès à l'ouverture [d'un salon], mentionne Alfred Stevens "confiné au Jeu de Paume dans un trou étroit et obscur", Alfred Bastien qui se remue pour que les artistes peintres aient les mêmes droits que les autres, un voyage en Allemagne, un projet de voyage en Algérie, son désir de travailler au grand air pour se fortifier, un "horrible gouvernement socialiste" et ses méfaits envers les contribuables, etc. L'ensemble contient aussi un brouillon, probablement par L. Solvay en vue de publication, c. 1920. Il y retrace avec véhémence tous les titres de gloire de son ami depuis le début de sa carrière et explique son refus d'accepter un titre nobiliaire "[...] ns ne ns étonnons point du refus de l'artiste. Ce n'est pas 10 ou 12 ans après [une expo en 1910], quand on a systématiquement écarté un peintre de sa valeur, des honneurs que l'on réservait à certains de ses confrères - certes méritants mais non plus que lui - que l'on puisse espérer que ce peintre acceptera le titre "retardataire" qui lui est offert". Et encore 3 lettres de Mme de Somzée à Lucien Solvay concernant le portrait de son mari Gaëtan de Somzée peint par Wauters (actuellement au MRBA). À Mme Bérardi, épouse du journaliste français Léon Bérardi (1817-1897), établi à Bruxelles et directeur de "L'Indépendance belge", 6 pcs, c. mars 1879. Il s'aprête à réaliser son portrait et lui recommande la tenue qu'il souhaite : un corsage de satin rouge et une sortie de bal or et argent. "Tachez si possible de rattraper la coiffure de la photographie que vous m'avez envoyée, elle est originale. Avez-vous pensé au diadème ?". Le portrait appartint à Mme de Zualart née Bérardi et passa ensuite dans la collection Lamberts-Cortenbach, cfr lettre aut. jointe, signée Baronne de Lamberts-Cortenbach, 2/5/1942, au directeur du Musée Charlier. À Jean-Théodore Radoux (1835-1911), compositeur liégeois, membre de l'Académie royale de Belgique. Paris, [1881]. Le fauteuil d'Eugène Verboeckhoven venant de se libérer, le peintre sollicite son appui. "Ce siège me revient de droit après ma médaille d'honneur de Paris, les succès du Caire et du salon de Bruxelles Personne n'a les titres que j'ai [...] Si cette fois encore on me fesais un deni de justice il est inutile de me proposer au premier siège vacant je n'accepterai plus". Wauters fut élu membre le 5/1/1882. Lucien Solvay publia sa notice nécrologique en 1934. Affaire Florence Parker Deacon, 21 pcs, 1891-1898. De Florence Parker Deacon (1859-1918) née Baldwin à Émile Wauters, 10 lettres ou "petits bleus". Alors que le peintre réalise son portrait, la beauté bostonienne lui envoie plusieurs petits mots pour fixer des rendez-vous ou pour décommander une séance de pose. Suite de l'"Affaire" (le 18 février 1892, le mari de Florence Parker Deacon assassinait Émile Abeille qu'il supposait être l'amant de sa femme) : 11 pcs, émanant essentiellement de divers avoués, relatives à la récupération du portrait par Mme Parker Deacon + 2 coupures de presse de l'époque. Ce portrait se trouve maintenant au Musée Charlier à Bruxelles. "Régénération des images" : 11 pcs, c. 1913. Wauters découvrit par hasard un procédé photographique de "régénération" qu'il expose longuement à son frère Jules, évoquant notamment des dessins de Raphaël dont il a réussi à retrouver le tracé et le Prix Nobel de physique Gabriel Lippmann auquel il a soumis une plaquette décrivant le procédé. Avec aussi 1 lettre et 2 ff. de Jules Wauters mentionnant Léon Crismer (chimiste belge) en relation avec sa découverte, 1 lettre de L. Crismer à Jules, 1 lettre du critique français Robert de la Sizeranne le remerciant pour son étude sur le dessin de Raphaël [Un carton inconnu de Raphaël, Paris, 1911] et 2 ff. mss (copie ?) relatifs au même sujet. (Plus de 70 pcs)