Description
LOUIS XVI. Lettre signée « Louis » (secrétaire), contresignée par Armand-Marc MONTMORIN DE SAINT-HEREM en qualité de secrétaire d’État des Affaires étrangères, adressée au duc de Deux-Ponts, Charles II Auguste de Wittelsbach. Paris, 19 septembre 1791. 3/4 p. grand in-folio, adresse au dos , dans un portefeuille à dos et bandes de chagrin grenat, et à plats de papier imitation bois, avec pièce de titre de même cuir sur le premier plat. « MON COUSIN, JE ME FAIS UN DEVOIR DE VOUS INFORMER QUE JE VIENS D’ACCEPTER LA CONSTITUTION QUI M’A ETE PRESENTEE AU NOM DE LA NATION, et d’après laquelle la France sera dorénavant gouvernée : je ne doute pas que vous ne preniés part à un événement aussi important pour mon royaume et pour moi, et c’est avec un véritable plaisir que je saisis cette occasion pour vous renouveller les assurances de la bienveillance que je vous porte. Sur ce je prie Dieu qu’il vous ait, mon cousin, en sa s[ain]te et digne garde... » PARTISAN D’UNE MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE, PROCHE DE MOUNIER, LA FAYETTE ET MIRABEAU, LE COMTE ARMAND-MARC DE MONTMORIN-SAINT-HEREM (1746-1792) était un proche de Louis XVI, ayant été son menin. Il avait aussi su lui inspirer confiance comme officier et diplomate, notamment quand, ambassadeur en Espagne en 1777, il avait réussi à rallier Charles III à la politique américaine de la France. À la mort de Vergennes, en 1787, il fut donc nommé secrétaire d’État des Affaires étrangères et eut à remplir la tâche délicate de diriger la diplomatie française au début de la Révolution. Sur l’échiquier politique intérieur, il se montra favorable à une monarchie à l’anglaise, et contribua à faire adopter le doublement du Tiers aux États généraux. Disgracié pour cela avec l’ensemble du Gouvernement Necker, il fut rappelé après la chute de la Bastille. Membre de la Société des amis de la Constitution, il fut pourtant un des rares à défendre ouvertement le roi et la reine, et s’opposa par ailleurs à l’idée d’un conflit militaire, s’attirant une grande impopularité : accusé d’avoir fourni des passeports à la famille royale lors de la fuite à Varennes en juin 1791, exclu du Club des Jacobins, et sommé par l’Assemblée de présenter un rapport sur la situation de la France vis-à-vis de l’étranger, il préféra donner sa démission le 30 septembre 1791. Il demeura la cible des Girondins qui le soupçonnaient d’être le chef du Comité autrichien, fut emprisonné peu après la chute de Louis XVI, à la fin du mois d’août 1792, et tomba parmi les victimes des massacres de septembre. PRINCE POSSESSIONNE D’ALSACE, LE DUC PALATIN DE DEUX-PONTS, SE TROUVAIT ALORS AU CŒUR D’UN DES ENJEUX DIPLOMATIQUES DE LA POLITIQUE REVOLUTIONNAIRE. Les princes dits « possessionnés » relevaient du Saint-Empire et possédaient des fiefs alsaciens enclavés dans le royaume de France depuis l’annexion de l’Alsace par la paix de Westphalie (1648) : le traité de Münster leur avait alors accordé le maintien de leurs droits féodaux sur ces fiefs en échange de leur reconnaissance de la souveraineté du roi France. Le duc de Deux-Ponts possédait ainsi de larges domaines autour de Wissembourg qui relevaient de ce statut. Les décrets d’août 1789 abolissant la féodalité lésaient donc les princes possessionnés dans ces droits. Le duc de Deux-Ponts, qui avait épousé une parente de Louis XVI, Marie-Amélie de Saxe, fit partie de ceux qui acceptèrent d’entrer en négociation pour obtenir un dédommagement, mais porta comme tous les autres son contentieux devant la Diète de Ratisbonne. Les princes d’Empire étaient divisés sur ce point entre bellicistes, pacifistes et attentistes, tandis que Montmorin-Saint-Hérem, austrophile, tentait de son côté de traiter la question indépendamment des rapports de la France avec l’Empire. L’empereur Léopold II d’Autriche, frère de Marie-Antoinette, souhaitait éviter un engagement militaire pour sauvegarder la famille royale (après la fuite à Varennes en juin 1791) et expliquait sa position en insistant sur le fait que Louis XVI avait l’intention d’accepter la Constitution (ce que Marie-Antoinette lui avait annoncé par lettre). Cependant, très francophobe, et par ailleurs désireux de ne pas laisser la Prusse belliciste prendre la contrôle de la Diète, Léopold II annonça en juillet 1791 qu’il prenait fait et cause pour les princes possessionnés, contracta une alliance défensive avec la Prusse, et signa en août la déclaration de Pillnitz – vague engagement en faveur de Louis XVI. Les émigrés français s’appuyèrent cependant dessus pour publier en septembre 1791 leur propre texte, dit « manifeste de Brunswick », fort menaçant à l’encontre du régime révolutionnaire et qui occasionna une forte émotion en France. La question des princes possessionnés est ainsi à ranger parmi les causes de la guerre qui opposerait la France à la Prusse et à l’Autriche. Provenance : l’écrivain, ésotériste, voyageur et collectionneur Hans-Hasso von Veltheim (1885-1956, estampille).

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LOUIS XVI. Lettre signée « Louis » (secrétaire), contresignée par Armand-Marc MONTMORIN DE SAINT-HEREM en qualité de secrétaire d’État des Affaires étrangères, adressée au duc de Deux-Ponts, Charles II Auguste de Wittelsbach. Paris, 19 septembre 1791. 3/4 p. grand in-folio, adresse au dos , dans un portefeuille à dos et bandes de chagrin grenat, et à plats de papier imitation bois, avec pièce de titre de même cuir sur le premier plat. « MON COUSIN, JE ME FAIS UN DEVOIR DE VOUS INFORMER QUE JE VIENS D’ACCEPTER LA CONSTITUTION QUI M’A ETE PRESENTEE AU NOM DE LA NATION, et d’après laquelle la France sera dorénavant gouvernée : je ne doute pas que vous ne preniés part à un événement aussi important pour mon royaume et pour moi, et c’est avec un véritable plaisir que je saisis cette occasion pour vous renouveller les assurances de la bienveillance que je vous porte. Sur ce je prie Dieu qu’il vous ait, mon cousin, en sa s[ain]te et digne garde... » PARTISAN D’UNE MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE, PROCHE DE MOUNIER, LA FAYETTE ET MIRABEAU, LE COMTE ARMAND-MARC DE MONTMORIN-SAINT-HEREM (1746-1792) était un proche de Louis XVI, ayant été son menin. Il avait aussi su lui inspirer confiance comme officier et diplomate, notamment quand, ambassadeur en Espagne en 1777, il avait réussi à rallier Charles III à la politique américaine de la France. À la mort de Vergennes, en 1787, il fut donc nommé secrétaire d’État des Affaires étrangères et eut à remplir la tâche délicate de diriger la diplomatie française au début de la Révolution. Sur l’échiquier politique intérieur, il se montra favorable à une monarchie à l’anglaise, et contribua à faire adopter le doublement du Tiers aux États généraux. Disgracié pour cela avec l’ensemble du Gouvernement Necker, il fut rappelé après la chute de la Bastille. Membre de la Société des amis de la Constitution, il fut pourtant un des rares à défendre ouvertement le roi et la reine, et s’opposa par ailleurs à l’idée d’un conflit militaire, s’attirant une grande impopularité : accusé d’avoir fourni des passeports à la famille royale lors de la fuite à Varennes en juin 1791, exclu du Club des Jacobins, et sommé par l’Assemblée de présenter un rapport sur la situation de la France vis-à-vis de l’étranger, il préféra donner sa démission le 30 septembre 1791. Il demeura la cible des Girondins qui le soupçonnaient d’être le chef du Comité autrichien, fut emprisonné peu après la chute de Louis XVI, à la fin du mois d’août 1792, et tomba parmi les victimes des massacres de septembre. PRINCE POSSESSIONNE D’ALSACE, LE DUC PALATIN DE DEUX-PONTS, SE TROUVAIT ALORS AU CŒUR D’UN DES ENJEUX DIPLOMATIQUES DE LA POLITIQUE REVOLUTIONNAIRE. Les princes dits « possessionnés » relevaient du Saint-Empire et possédaient des fiefs alsaciens enclavés dans le royaume de France depuis l’annexion de l’Alsace par la paix de Westphalie (1648) : le traité de Münster leur avait alors accordé le maintien de leurs droits féodaux sur ces fiefs en échange de leur reconnaissance de la souveraineté du roi France. Le duc de Deux-Ponts possédait ainsi de larges domaines autour de Wissembourg qui relevaient de ce statut. Les décrets d’août 1789 abolissant la féodalité lésaient donc les princes possessionnés dans ces droits. Le duc de Deux-Ponts, qui avait épousé une parente de Louis XVI, Marie-Amélie de Saxe, fit partie de ceux qui acceptèrent d’entrer en négociation pour obtenir un dédommagement, mais porta comme tous les autres son contentieux devant la Diète de Ratisbonne. Les princes d’Empire étaient divisés sur ce point entre bellicistes, pacifistes et attentistes, tandis que Montmorin-Saint-Hérem, austrophile, tentait de son côté de traiter la question indépendamment des rapports de la France avec l’Empire. L’empereur Léopold II d’Autriche, frère de Marie-Antoinette, souhaitait éviter un engagement militaire pour sauvegarder la famille royale (après la fuite à Varennes en juin 1791) et expliquait sa position en insistant sur le fait que Louis XVI avait l’intention d’accepter la Constitution (ce que Marie-Antoinette lui avait annoncé par lettre). Cependant, très francophobe, et par ailleurs désireux de ne pas laisser la Prusse belliciste prendre la contrôle de la Diète, Léopold II annonça en juillet 1791 qu’il prenait fait et cause pour les princes possessionnés, contracta une alliance défensive avec la Prusse, et signa en août la déclaration de Pillnitz – vague engagement en faveur de Louis XVI. Les émigrés français s’appuyèrent cependant dessus pour publier en septembre 1791 leur propre texte, dit « manifeste de Brunswick », fort menaçant à l’encontre du régime révolutionnaire et qui occasionna une forte émotion en France. La question des princes possessionnés est ainsi à ranger parmi les causes de la guerre qui opposerait la France à la Prusse et à l’Autriche. Provenance : l’écrivain, ésotériste, voyageur et collectionneur Hans-Hasso von Veltheim (1885-1956, estampille).

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