Description
DOMENICO GUIDI (1625-1701) ET, PROBABLEMENT, PIERRE LE GROS II, DIT LE JEUNE (1666-1719), D’APRES Louis XIV en pied Plâtre patiné façon terre cuite , sur un socle en bois peint France, premier tiers du XIXe siècle H : 128 cm, Hauteur totale avec socle : 208 cm Le modèle de ce portrait en pied de Louis XIV est le premier marbre romain connu à son effigie, conçu et commencé par Domenico Guidi en 1697 puis achevé par un sculpteur français, vraisemblablement Pierre Le Gros le Jeune, en 1699. Dans une Europe divisée par les conflits militaires et tensions politiques autour de la future succession d’Espagne, son commanditaire, le prince Guido Vaini, affiche publiquement son soutien au parti ludovicien dont il a hissé les armes sur la façade de son palais. Au sein de la Ville-Éternelle, siège de la papauté et point convergeant des monarchies européennes, les partisans du Saint-Empire de Léopold 1er s’insurgent. La commande par le prince Vaini d’un marbre plus grand que nature du Roi-Soleil provoque curiosité et inquiétude. Le choix du sculpteur ajoute à la fébrilité des partisans du Saint-Empire. Les liens de Domenico Guidi avec la France sont en effet connus : il a milité pour le rapprochement de l’Accademia di San Luca avec l’Académie royale de peinture et de sculpture, et son marbre de la Renommée écrivant l’Histoire du Roi a obtenu tous les suffrages de Louis XIV à son arrivée en France (vers 1677-1685, parc du Château de Versailles). Pour le prince Vaini, Guidi représente le monarque vêtu de la cuirasse et couronné du laurier des empereurs romains. Le manteau fleurdelisé des rois de France qui couvre ses épaules le distingue néanmoins de ses augustes prédécesseurs. Il brandit de sa main gauche le bâton de commandement, son pied gauche repose sur un globe et le droit foule une peau de lion jetée à terre. Si le message a perdu avec le temps de sa lisibilité, pour les contemporains de Guidi l’attaque à l’encontre de Léopold 1er est sans équivoque. Le globe foulé par Louis XIV est en effet un emblème régalien récurrent dans les représentations de Charles Quint, symbole de son insatiable soif de conquête. La peau de lion - dépouille de Nemée terrassé par Hercule - est un autre attribut fréquemment associé à l’empereur du Saint-Empire germanique, illustrant sa toute-puissance à l’égal d’une divinité de l’Antiquité. Le lion fait probablement aussi référence aux armes de Charles Quint et de Philippe II. Guidi procède ainsi au remploi des symboles régaliens Habsbourg en les soumettant à l’autorité ludovicienne. La peau de lion jonchant le sol a perdu de sa superbe, elle n’est plus que la dépouille d’une puissance humiliée, piétinée par Louis XIV dominant à son tour le monde. À la vieille du XVIIIe siècle, autour de Charles II - monarque sans héritier a` la sante´ chancelante - la question de la succession d’Espagne attise les tensions entre Louis XIV et Le´opold 1er. Les deux monarques ayant pour épouse une fille de la maison d’Espagne, ils peuvent chacun prétendre légitiment à sa succession. Dans ce contexte sous haute tension, le marbre sur lequel Guidi travaille dans le secret de son atelier est perçu comme un violent camouflet par la faction Habsbourg. L’émissaire impérial à Rome, Georges Adam, comte de Martinitz, est furieux. Il relate à l’empereur les rumeurs en cours à Rome et précise : « […] Il faut savoir que le marquis Vaini avait commandé à Guidi de sculpter le monde sous le pied gauche et le lion à côté du pied droit. Mais on fit comprendre à l’artiste par un message secret que s’il s’exécutait, il terminerait sa statue dans l’autre monde. » (cf. H. Ziegler, op. cit., p. 85). Les propos sont sans équivoque : Guidi est menacé de mort par les partisans du Saint-Empire. Le sculpteur obtempère – malgré le soutien répété des autorités françaises à Rome - et laisse inachevé ce marbre qui pourrait lui coûter la vie. L’identité du sculpteur qui lui succéda n’est pas documenté mais une missive de mai 1699, adressée à Louis XIV par le chargé des affaires françaises, le cardinal de Bouillon, précise : « […] L’ouvrier italien qui l’a faite a été plusieurs fois intimidé par les menaces secrètes de l’ambassadeur de l’Empereur pour l’empêcher de mettre le monde sous les pieds de cette statuë, c’est ce qui a obligé M. le Prince Vaini de la faire achever chez luy par un ouvrier françois […]. » (cf. H. Ziegler, ibidem, pp. 87-88). Pierre Le Gros, ancien pensionnaire de l’Académie de France à Rome et définitivement établi dans la Ville-Éternelle à partir de 1695, a certainement été en rapport avec Guidi au sein de l’Académie. De plus, il a déjà travaillé pour le cardinal de Bouillon (Mausolée de Frédéric-Maurice de la Tour d’Auvergne, duc de Bouillon, et d’Eléonore de Bergh, chapelle de l’Hôtel-Dieu, Cluny). Cette double connexion le désigne comme étant probablement le sculpteur français mentionné par le cardinal. En 1741, le marbre est finalement offert à Louis XV par le neveu du prince Vaini et transporté à l’Acad

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DOMENICO GUIDI (1625-1701) ET, PROBABLEMENT, PIERRE LE GROS II, DIT LE JEUNE (1666-1719), D’APRES Louis XIV en pied Plâtre patiné façon terre cuite , sur un socle en bois peint France, premier tiers du XIXe siècle H : 128 cm, Hauteur totale avec socle : 208 cm Le modèle de ce portrait en pied de Louis XIV est le premier marbre romain connu à son effigie, conçu et commencé par Domenico Guidi en 1697 puis achevé par un sculpteur français, vraisemblablement Pierre Le Gros le Jeune, en 1699. Dans une Europe divisée par les conflits militaires et tensions politiques autour de la future succession d’Espagne, son commanditaire, le prince Guido Vaini, affiche publiquement son soutien au parti ludovicien dont il a hissé les armes sur la façade de son palais. Au sein de la Ville-Éternelle, siège de la papauté et point convergeant des monarchies européennes, les partisans du Saint-Empire de Léopold 1er s’insurgent. La commande par le prince Vaini d’un marbre plus grand que nature du Roi-Soleil provoque curiosité et inquiétude. Le choix du sculpteur ajoute à la fébrilité des partisans du Saint-Empire. Les liens de Domenico Guidi avec la France sont en effet connus : il a milité pour le rapprochement de l’Accademia di San Luca avec l’Académie royale de peinture et de sculpture, et son marbre de la Renommée écrivant l’Histoire du Roi a obtenu tous les suffrages de Louis XIV à son arrivée en France (vers 1677-1685, parc du Château de Versailles). Pour le prince Vaini, Guidi représente le monarque vêtu de la cuirasse et couronné du laurier des empereurs romains. Le manteau fleurdelisé des rois de France qui couvre ses épaules le distingue néanmoins de ses augustes prédécesseurs. Il brandit de sa main gauche le bâton de commandement, son pied gauche repose sur un globe et le droit foule une peau de lion jetée à terre. Si le message a perdu avec le temps de sa lisibilité, pour les contemporains de Guidi l’attaque à l’encontre de Léopold 1er est sans équivoque. Le globe foulé par Louis XIV est en effet un emblème régalien récurrent dans les représentations de Charles Quint, symbole de son insatiable soif de conquête. La peau de lion - dépouille de Nemée terrassé par Hercule - est un autre attribut fréquemment associé à l’empereur du Saint-Empire germanique, illustrant sa toute-puissance à l’égal d’une divinité de l’Antiquité. Le lion fait probablement aussi référence aux armes de Charles Quint et de Philippe II. Guidi procède ainsi au remploi des symboles régaliens Habsbourg en les soumettant à l’autorité ludovicienne. La peau de lion jonchant le sol a perdu de sa superbe, elle n’est plus que la dépouille d’une puissance humiliée, piétinée par Louis XIV dominant à son tour le monde. À la vieille du XVIIIe siècle, autour de Charles II - monarque sans héritier a` la sante´ chancelante - la question de la succession d’Espagne attise les tensions entre Louis XIV et Le´opold 1er. Les deux monarques ayant pour épouse une fille de la maison d’Espagne, ils peuvent chacun prétendre légitiment à sa succession. Dans ce contexte sous haute tension, le marbre sur lequel Guidi travaille dans le secret de son atelier est perçu comme un violent camouflet par la faction Habsbourg. L’émissaire impérial à Rome, Georges Adam, comte de Martinitz, est furieux. Il relate à l’empereur les rumeurs en cours à Rome et précise : « […] Il faut savoir que le marquis Vaini avait commandé à Guidi de sculpter le monde sous le pied gauche et le lion à côté du pied droit. Mais on fit comprendre à l’artiste par un message secret que s’il s’exécutait, il terminerait sa statue dans l’autre monde. » (cf. H. Ziegler, op. cit., p. 85). Les propos sont sans équivoque : Guidi est menacé de mort par les partisans du Saint-Empire. Le sculpteur obtempère – malgré le soutien répété des autorités françaises à Rome - et laisse inachevé ce marbre qui pourrait lui coûter la vie. L’identité du sculpteur qui lui succéda n’est pas documenté mais une missive de mai 1699, adressée à Louis XIV par le chargé des affaires françaises, le cardinal de Bouillon, précise : « […] L’ouvrier italien qui l’a faite a été plusieurs fois intimidé par les menaces secrètes de l’ambassadeur de l’Empereur pour l’empêcher de mettre le monde sous les pieds de cette statuë, c’est ce qui a obligé M. le Prince Vaini de la faire achever chez luy par un ouvrier françois […]. » (cf. H. Ziegler, ibidem, pp. 87-88). Pierre Le Gros, ancien pensionnaire de l’Académie de France à Rome et définitivement établi dans la Ville-Éternelle à partir de 1695, a certainement été en rapport avec Guidi au sein de l’Académie. De plus, il a déjà travaillé pour le cardinal de Bouillon (Mausolée de Frédéric-Maurice de la Tour d’Auvergne, duc de Bouillon, et d’Eléonore de Bergh, chapelle de l’Hôtel-Dieu, Cluny). Cette double connexion le désigne comme étant probablement le sculpteur français mentionné par le cardinal. En 1741, le marbre est finalement offert à Louis XV par le neveu du prince Vaini et transporté à l’Acad

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