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BOSSUET (Jacques-Bénigne). Corrections autographes sur un devoir manuscrit autographe du Grand Dauphin. [Entre 1670 et 1680]. 4 pp. in-4. Version latine du Grand Dauphin corrigée par Bossuet BOSSUET PRÉCEPTEUR DE LOUIS DE FRANCE. Le futur évêque de Meaux, connu jusque là pour ses fameux prêches et oraisons funèbres, fut nommé à ce poste qu'il occupa jusqu'en 1678 et dans lequel il fi t montre d'un zèle remarquable : considérant sa tâche comme une sorte de sacerdoce national, il conçut un vaste plan pédagogique qu'il exposa en 1679 dans sa Lettre au pape Innocent XI, tint trois classes par jour à son élève, rédigea à son intention des traités théologiques, moraux et politiques et philosophiques (dont le célèbre Discours sur l'histoire universelle), des grammaires de français et de latin... Las, le royal disciple ne se montra pas à la hauteur de son maître, nourrissant une véritable aversion pour le travail intellectuel. Saint-Simon écrirait cruellement du Grand Dauphin qu'il était « noyé dans la graisse et l'apathie ». L'HISTOIRE, « MAÎTRESSE DE LA VIE HUMAINE ET DE LA POLITIQUE », comme la défi nissait Bossuet, fut particulièrement l'objet de ses attentions concernant un élève en principe appelé à régner. Il procéda par récits oraux en dictées françaises, qu'il proposait ensuite comme textes de travail pour des traductions latines. Cette fresque historique ad usum Delphini fut recueillie ensuite sous le titre ABRÉGÉ DE L'HISTOIRE DE FRANCE, et publiée après sa mort dans les volumes XI et XII de ses OEuvres (Paris, Antoine Boudet, 1747). LA « RÉVOLTE DES CHAPERONS BLANCS ». Le présent manuscrit concerne l'année 1380, à travers un épisode du règne de Charles VI : la révolte des drapiers gantois contre l'autorité du comte de Flandre, Louis de Mâle. Débutée en 1379, bientôt placée sous la direction du brasseur Philippe Van Artevelde, cette révolte s'acheva en 1382 sur l'intervention du jeune roi poussé à l'action par son oncle le duc de Bourgogne, et sur la bataille de Roosebeke remportée par l'armée française. Les mots de la main du Grand Dauphin sont transcrits ci-après en caractères romains, ceux de la main de Bossuet en caractères italiques : « ... Interim omnes urbes Philippo se dedunt una Aldenarda fi da comiti mansit. Artavella principum more magnifi ce agere coepit, neque opulentia aut splendidia [sic] comiti domus. Aldenardam oppugnavit multis copiis et tormentis. Comes in regis tutela per Burgundum generum obtinenda spem omnem collocabat, atque ideo ducem Bapalmæ adiit , quid agendum esset cum eo constituit. Dux ad aulam reversus cum duce Biturigensi rem omnem communicat. Contigit ut dum eo de negotio inter se tractarent rex ipse intervenit... » Le texte originel français de ce passage, tel que conservé par Bossuet, propose un récit légèrement plus développé et se lit comme suit : « [...] Cependant toutes les villes, à la réserve d'Oudenarde, se rendirent à Philippe [Van Artevelde] , il commença à vivre en prince, et l'état de sa maison était égal à celui du comte. Tout le peuple plein d'espérance s'attachait à lui. Le comte [..] n'attendait plus de secours que de la protection du roi, qu'il prétendait obtenir par le moyen du duc de Bourgogne son gendre. Artevelle mit le siège devant Oudenarde, et la pressait vivement avec de grosses pièces de canon [...]. Le comte [...] alla trouver à Bapaume le duc de Bourgogne, & convint avec lui de ce qu'il avait à faire pour son rétablissement. Le duc étant revenu à la Cour, communiqua l'aff aire au duc de Berry, & le roi les trouva un jour comme ils en parlaient ensemble [...] »

Description


BOSSUET (Jacques-Bénigne). Corrections autographes sur un devoir manuscrit autographe du Grand Dauphin. [Entre 1670 et 1680]. 4 pp. in-4. Version latine du Grand Dauphin corrigée par Bossuet BOSSUET PRÉCEPTEUR DE LOUIS DE FRANCE. Le futur évêque de Meaux, connu jusque là pour ses fameux prêches et oraisons funèbres, fut nommé à ce poste qu'il occupa jusqu'en 1678 et dans lequel il fi t montre d'un zèle remarquable : considérant sa tâche comme une sorte de sacerdoce national, il conçut un vaste plan pédagogique qu'il exposa en 1679 dans sa Lettre au pape Innocent XI, tint trois classes par jour à son élève, rédigea à son intention des traités théologiques, moraux et politiques et philosophiques (dont le célèbre Discours sur l'histoire universelle), des grammaires de français et de latin... Las, le royal disciple ne se montra pas à la hauteur de son maître, nourrissant une véritable aversion pour le travail intellectuel. Saint-Simon écrirait cruellement du Grand Dauphin qu'il était « noyé dans la graisse et l'apathie ». L'HISTOIRE, « MAÎTRESSE DE LA VIE HUMAINE ET DE LA POLITIQUE », comme la défi nissait Bossuet, fut particulièrement l'objet de ses attentions concernant un élève en principe appelé à régner. Il procéda par récits oraux en dictées françaises, qu'il proposait ensuite comme textes de travail pour des traductions latines. Cette fresque historique ad usum Delphini fut recueillie ensuite sous le titre ABRÉGÉ DE L'HISTOIRE DE FRANCE, et publiée après sa mort dans les volumes XI et XII de ses OEuvres (Paris, Antoine Boudet, 1747). LA « RÉVOLTE DES CHAPERONS BLANCS ». Le présent manuscrit concerne l'année 1380, à travers un épisode du règne de Charles VI : la révolte des drapiers gantois contre l'autorité du comte de Flandre, Louis de Mâle. Débutée en 1379, bientôt placée sous la direction du brasseur Philippe Van Artevelde, cette révolte s'acheva en 1382 sur l'intervention du jeune roi poussé à l'action par son oncle le duc de Bourgogne, et sur la bataille de Roosebeke remportée par l'armée française. Les mots de la main du Grand Dauphin sont transcrits ci-après en caractères romains, ceux de la main de Bossuet en caractères italiques : « ... Interim omnes urbes Philippo se dedunt una Aldenarda fi da comiti mansit. Artavella principum more magnifi ce agere coepit, neque opulentia aut splendidia [sic] comiti domus. Aldenardam oppugnavit multis copiis et tormentis. Comes in regis tutela per Burgundum generum obtinenda spem omnem collocabat, atque ideo ducem Bapalmæ adiit , quid agendum esset cum eo constituit. Dux ad aulam reversus cum duce Biturigensi rem omnem communicat. Contigit ut dum eo de negotio inter se tractarent rex ipse intervenit... » Le texte originel français de ce passage, tel que conservé par Bossuet, propose un récit légèrement plus développé et se lit comme suit : « [...] Cependant toutes les villes, à la réserve d'Oudenarde, se rendirent à Philippe [Van Artevelde] , il commença à vivre en prince, et l'état de sa maison était égal à celui du comte. Tout le peuple plein d'espérance s'attachait à lui. Le comte [..] n'attendait plus de secours que de la protection du roi, qu'il prétendait obtenir par le moyen du duc de Bourgogne son gendre. Artevelle mit le siège devant Oudenarde, et la pressait vivement avec de grosses pièces de canon [...]. Le comte [...] alla trouver à Bapaume le duc de Bourgogne, & convint avec lui de ce qu'il avait à faire pour son rétablissement. Le duc étant revenu à la Cour, communiqua l'aff aire au duc de Berry, & le roi les trouva un jour comme ils en parlaient ensemble [...] »