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HÉNAULT (Charles Jean-François). 3 lettres autographes. – Au futur duc de Nivernais. Paris, « 15 juillet » [1749, d'après une mention manuscrite postérieure]. MAGNIFIQUE MÉDITATION SUR L'HISTOIRE, ET OBSERVATIONS SUR DES PUBLICATIONS DE ROUSSEAU, VOLTAIRE, D'ALEMBERT ET FONTENELLE : « ... Car, Monsieur le duc, j'aime les faits, et après avoir reconnu que tous les lieux de métaphysique possibles pouvoient se réduire, avec de la bonne foi, à un très petit nombre de feuillets, j'ai senti que ce n'étoit pas assés pour satisfaire la curiosité de toutte la vie : il faut des objets plus vastes et plus conformes à l'étendue de nos idées, des objets dont l'horison se recule à mesure que nous avançons, et qui ne nous laissent pas dans l'inquiétude de pouvoir être épuisés. Voilà ce que L'HISTOIRE nous présente avec prodigalité , et ce que j'y trouve d'admirable, c'est qu'elle PARLE SA LANGUE À CHAQUE LECTEUR. Elle est morale pour tous les états, vous y trouverés des instructions pour être un grand ministre, comme les ministres qui vous suivront en trouveront dans vos dépesches [le duc était alors ambassadeur à Rome] , moi, j'y trouve le bonheur dont ont joui les hommes d'un état ordinaire et qui se sont apliqués à se rendre utiles, suivant leurs forces et à méritter l'amitié par des sentimens d'humanité et de bienfaisance. Les hommes malheureux y lisent des hommes plus malheureux qu'eux et y attendent la fi n de leurs peines dans les retours favorables qu'ont éprouvés leurs semblables. Je voudrois bien savoir dans quel livre de métaphysique on trouveroit tout cela... Il paroît ici un recueil de lettres de ROUSSEAU dont j'ai été assés content [Lettres de Rousseau sur divers sujets, s.l.n.n., 1749] . Il y a des jugemens bien sentis sur les ouvrages de goust, et vous jugés bien si La Motthe n'y joue pas un beau rôle auprès de Corneille, d'Homère et de La Fontaine... VOLTAIRE vient de donner une comédie de Pamela [Nanine, comédie inspirée du roman Pamela de Samuel Richardson, représentée pour la première fois en 1749], dont le dénouement étoit fait pour intéresser, mais la pièce manque parce que le milord n'est point amoureux, et n'épouse sa servante que pour faire l'homme exempt de préjugés... » – À madame Du Deff and. « 19 7bre » [1753, d'après une mention manuscrite d'une autre main]. SUR LA FÊTE QU'IL A ORGANISÉE POUR LA NAISSANCE DU DUC D'AQUITAINE : « Je vous envoye, adorable reine, la description de mon illumination [désigne la fête qu'il a lui-même organisée] : cela a eu un grand succès, et tout ce qui est dans Paris en carosse, à pied et à cheval, a passé devant. Plusieurs sont entrés chés moi, tout Versailles est venue pour en être le témoin, et a fait valoir tout cela bien au-delà de sa valeur... Le roi... m'en a parlé, M. le Dauphin savoit les devises par coeur, Mde la Dauphine se les est fait raconter, enfi n cela a fait comme une gerbe de feu d'artifi ce, un très beau moment et quand il y auroit eu des boëttes, cela n'auroit pas fait plus de bruit... Adieu, adorable reine, croyés que je ne fais jamais de chasteau en Espagne où vous n'ayés l'apartement de la reine... » C'est au président Hénault que Louis XV demanda de déterminer le titre du fi ls de la Dauphine, Xavier-Marie-Joseph de France, né le 8 septembre 1753 : Hainault proposa celui de « duc d'Aquitaine ». Les fêtes que le président Hénault organisait chez lui étaient célèbres pour leur magnifi cence. – À un duc non précisé. Versailles, « 25 ». « ... Tous les genres d'agrément y sont, un chapitre extraordinaire, une dispense, ce qui marque enfi n de la considération. J'en ai fait mes remerciemens à M. de Puisieux... » LE PRÉSIDENT HÉNAULT, UNE DES FIGURES LITTÉRAIRES ET MONDAINES LES PLUS EN VUE DE SON TEMPS. Président (1716) puis président honoraire (1731) de la première Chambre des enquêtes au Parlement de Paris, Charles-Jean-François Hénault (1685-1770) fréquenta d'abord le Temple où il se lia avec Chaulieu, Fontenelle et Voltaire, puis la Cour de Sceaux chez la duchesse du Maine, avant de briller chez madame Du Deff and dont il fut l'amant plus de dix ans. Il entra ensuite dans le cercle de la reine Marie Leszczynska (il fut nommé surintendant de la Maison de la reine en juillet 1753) et, sous son infl uence, se convertit à la vie chrétienne. Parmi ses divers ouvrages, principalement d'histoire, ses Mémoires constituent l'une des sources majeures sur la vie des salons sous Louis XV.

Description


HÉNAULT (Charles Jean-François). 3 lettres autographes. – Au futur duc de Nivernais. Paris, « 15 juillet » [1749, d'après une mention manuscrite postérieure]. MAGNIFIQUE MÉDITATION SUR L'HISTOIRE, ET OBSERVATIONS SUR DES PUBLICATIONS DE ROUSSEAU, VOLTAIRE, D'ALEMBERT ET FONTENELLE : « ... Car, Monsieur le duc, j'aime les faits, et après avoir reconnu que tous les lieux de métaphysique possibles pouvoient se réduire, avec de la bonne foi, à un très petit nombre de feuillets, j'ai senti que ce n'étoit pas assés pour satisfaire la curiosité de toutte la vie : il faut des objets plus vastes et plus conformes à l'étendue de nos idées, des objets dont l'horison se recule à mesure que nous avançons, et qui ne nous laissent pas dans l'inquiétude de pouvoir être épuisés. Voilà ce que L'HISTOIRE nous présente avec prodigalité , et ce que j'y trouve d'admirable, c'est qu'elle PARLE SA LANGUE À CHAQUE LECTEUR. Elle est morale pour tous les états, vous y trouverés des instructions pour être un grand ministre, comme les ministres qui vous suivront en trouveront dans vos dépesches [le duc était alors ambassadeur à Rome] , moi, j'y trouve le bonheur dont ont joui les hommes d'un état ordinaire et qui se sont apliqués à se rendre utiles, suivant leurs forces et à méritter l'amitié par des sentimens d'humanité et de bienfaisance. Les hommes malheureux y lisent des hommes plus malheureux qu'eux et y attendent la fi n de leurs peines dans les retours favorables qu'ont éprouvés leurs semblables. Je voudrois bien savoir dans quel livre de métaphysique on trouveroit tout cela... Il paroît ici un recueil de lettres de ROUSSEAU dont j'ai été assés content [Lettres de Rousseau sur divers sujets, s.l.n.n., 1749] . Il y a des jugemens bien sentis sur les ouvrages de goust, et vous jugés bien si La Motthe n'y joue pas un beau rôle auprès de Corneille, d'Homère et de La Fontaine... VOLTAIRE vient de donner une comédie de Pamela [Nanine, comédie inspirée du roman Pamela de Samuel Richardson, représentée pour la première fois en 1749], dont le dénouement étoit fait pour intéresser, mais la pièce manque parce que le milord n'est point amoureux, et n'épouse sa servante que pour faire l'homme exempt de préjugés... » – À madame Du Deff and. « 19 7bre » [1753, d'après une mention manuscrite d'une autre main]. SUR LA FÊTE QU'IL A ORGANISÉE POUR LA NAISSANCE DU DUC D'AQUITAINE : « Je vous envoye, adorable reine, la description de mon illumination [désigne la fête qu'il a lui-même organisée] : cela a eu un grand succès, et tout ce qui est dans Paris en carosse, à pied et à cheval, a passé devant. Plusieurs sont entrés chés moi, tout Versailles est venue pour en être le témoin, et a fait valoir tout cela bien au-delà de sa valeur... Le roi... m'en a parlé, M. le Dauphin savoit les devises par coeur, Mde la Dauphine se les est fait raconter, enfi n cela a fait comme une gerbe de feu d'artifi ce, un très beau moment et quand il y auroit eu des boëttes, cela n'auroit pas fait plus de bruit... Adieu, adorable reine, croyés que je ne fais jamais de chasteau en Espagne où vous n'ayés l'apartement de la reine... » C'est au président Hénault que Louis XV demanda de déterminer le titre du fi ls de la Dauphine, Xavier-Marie-Joseph de France, né le 8 septembre 1753 : Hainault proposa celui de « duc d'Aquitaine ». Les fêtes que le président Hénault organisait chez lui étaient célèbres pour leur magnifi cence. – À un duc non précisé. Versailles, « 25 ». « ... Tous les genres d'agrément y sont, un chapitre extraordinaire, une dispense, ce qui marque enfi n de la considération. J'en ai fait mes remerciemens à M. de Puisieux... » LE PRÉSIDENT HÉNAULT, UNE DES FIGURES LITTÉRAIRES ET MONDAINES LES PLUS EN VUE DE SON TEMPS. Président (1716) puis président honoraire (1731) de la première Chambre des enquêtes au Parlement de Paris, Charles-Jean-François Hénault (1685-1770) fréquenta d'abord le Temple où il se lia avec Chaulieu, Fontenelle et Voltaire, puis la Cour de Sceaux chez la duchesse du Maine, avant de briller chez madame Du Deff and dont il fut l'amant plus de dix ans. Il entra ensuite dans le cercle de la reine Marie Leszczynska (il fut nommé surintendant de la Maison de la reine en juillet 1753) et, sous son infl uence, se convertit à la vie chrétienne. Parmi ses divers ouvrages, principalement d'histoire, ses Mémoires constituent l'une des sources majeures sur la vie des salons sous Louis XV.