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LOUIS-PHILIPPE Ier (Louis-Philippe d'Orléans, futur). Lettre autographe signée « L. P. d'Orléans » adressée avec mention « private » à un Anglais [le duc de Kent d'après une note postérieure]. Palerme, 26 janvier 1813. 8 pp. in-4, sur 2 bifeuillets reliés à couture. EXTRAORDINAIRE LETTRE OFFRANT UN TABLEAU D'UNE RARE CRUDITÉ SUR L'INTIMITÉ DU FUTUR ROI FRANÇOIS Ier DES DEUX-SICILES, PÈRE DE LA DUCHESSE DE BERRY. Louis-Philippe d'Orléans avait en 1809 épousé Marie-Amélie de Bourbon-Siciles, soeur du futur François Ier, et demeurait à la villa Santa Teresa. Repliée en Sicile sous protection anglaise, la famille royale de Bourbon-Siciles avait dû abandonner Naples aux Français, où le roi Murat allait bientôt revenir après sa participation à la campagne de Russie. LE FUTUR LOUIS-PHILIPPE Ier EN EXIL, DISCOURANT AVEC NATUREL ET ESPRIT, LOIN DES ATTÉNUATIONS DU LANGAGE DIPLOMATIQUE, ET AVEC DES REMARQUES SUR LA CUISINE À LA COUR DES DEUX-SICILES. C'est au Canada en 1799 que le duc d'Orléans en exil rencontra pour la première fois le prince Édouard (1767-1820), duc de Kent et père de la reine Victoria, qui y commandait en chef les troupes britanniques d'Amérique du Nord. Ils conservèrent par la suite des relations très amicales, échangeant une correspondance intime. « Vous êtes étonné de ce que je vous ai mandé précédament que la maladie du prince héréditaire [le futur François Ier] devait avoir été pour lui une forte leçon, parce que vous avés l'idée qu'il n'a jamais commis d'excès. VOTRE IDÉE EST JUSTE À CERTAINS ÉGARDS, SURTOUT RELATIVEMENT À CES TROIS EXCÈS AUXQUELS IL EST RARE QUE LES HOMMES ÉCHAPPENT ENTIÈREMENT, LE VIN, LE JEU & LES FEMMES. LE PRINCE HÉRÉDITAIRE EST EXEMPLAIRE SUR CES TROIS POINTS-LÀ, & relativement à eux sa conduite est au-dessus de tout éloge. Mais pourtant son système de vie est destructeur de sa santé, & vous en jugerés par les détails suivans. LE PREMIER POINT BLÂMABLE DU SYSTÈME DE VIE DU PRINCE HÉRÉDITAIRE, C'EST LE RÉGIME HABITUEL & LE CHOIX DE SES ALIMENS. Ceci est un défaut de toute sa famille, & je mets en fait qu'il faut avoir vécu avec eux pour savoir combien ils se nourrissent mal. Ce n'est pas qu'ils fassent mauvaise chère, ni que le dîner soit court, mais c'est qu'ils ne mangent rien de substantiel, & qu'ils se remplissent comme le singe de Gulliver de toutes espèces de cochonneries tant en salaisons qu'en vinaigres & en épices & en choses fortes. Ils ont outre cela certains ragoûts dont la seule vue suffi t presque pour défaire l'estomac, un entr'autres qui s'appelle des gniocchi : c'est une pâte composée de mies de pain bouillies jusqu'à réduction à peu près comme ce que les marins anglais mettent dans le sea pye avec cette diff érence qu'ici on la met dans du beurre fondu comme de l'huile, & qu'on les couvre de parmesan. On sert cela dans une soupière, & la famille s'en applique des lampées dans de grandes assiettes à soupe. Le prince héréditaire demande à être servi le dernier, afi n d'avoir le fonds qui est le plus gras où il y a le dépôt du beurre & du fromage, & puis il s'empiff re de tout cela avec délices. Tout le dîner va comme cela, & aucun Anglais, mais vous surtout, Monseigneur, qui êtes si plain dans ce que vous mangés, vous ne pouvés point en avoir d'idée, & Don Léopold [Léopold de Bourbon-Siciles, prince de Salerne, frère cadet du futur roi François Ier, et futur beau-père du duc d'Aumale] est pis que le prince pour la quantité & pour la qualité. Pour le vin, le prince boit du vin rouge & de l'eau, & rarement un verre de Malaga, mais ce vin rouge est un vin épais & doucereux fait avec du raisin qu'on passe au four avant qu'on le mette au pressoir, & il n'y a que lui qui en boive au Palais. Or ce vin-là ne raccommode pas ses digestions & ne fait pas circuler son sang. AUCUN EXERCICE, OU DU MOINS TRÈS PEU, & EN VÉRITÉ LA VIE DU PALAIS REND PRESQU'IMPOSSIBLE D'EN FAIRE par le mauvais arrangement des heures, & la manière dont le tems est coupotté, car si on veut sortir avant dîner, à peine est-on dehors que toutes les montres se tirent, & vous avertissent que si vous ne rentrés pas au plus vite, vous ne serés pas à tems pour le dîner royal, & après le dîner, il faut sortir le morceau dans le bec, ou la nuit vous attrappe, & cela ne va pas. Aussi le roi [Ferdinand Ier], qui aime beaucoup le mouvement & qui en fait beaucoup, est à Palerme le moins qu'il peut, & je ne doute pas que ce ne soit au mouvement que le roi doive d'avoir une meilleure santé que ses fi ls. Vous concevés déjà, Monseigneur, par ce que je vous en ai dit, que le prince héréditaire avec ces habitudes-là ne peut avoir une bonne santé, mais pour vous faire une confi dence complette de tout ce qui la lui détruit, il vous faut encore entendre des détails non moins étonnans. Ce système de vie lui a donné une épaisseur de sang à laquelle il s'est habitué à remédier par de fréquentes saignées. À présent il ne se fait plus saigner qu'une fois tous les trois ou quatre mois, mais cela lui paraît peu, & il m'a dit que, plus jeune, il se faisait saigner au moins une fois par mois. ceci seul suffi rait, je crois, pour lui faire un mal irréparable. Mais ayés encore un peu de patience. Comme il fait très peu d'exercice, ses viscères ont peu de ton, & que fait-il grand Dieu ! pour leur en donner ? Il les régale d'une diarrhée perpétuelle ! Il croit qu'à moins de quatre ou cinq évacuations par jour, un homme n'est pas bien, & dès qu'il en est réduit à ce taux, il avale des médecines pour activer les évacuations. Aussi, partout où il va, ne fut-ce que pour dîner, il doit y avoir un cabinet fourni de tous les ustensiles requis, & surtout une chaise non percée que l'on met devant la perçée, afi n que les jambes royales puissent être élevées pendant l'opération, car c'est là l'étiquette de l'ancienne Cour de Naples. Il est aussi contraire à la même étiquette que le prince soit laissé seul pendant ces augustes fonctions, & les vieux courtisans prétendent que c'est là le moment des épanchemens les plus précieux à recueillir pour s'insinuer dans les faveurs royales. Heureusement, Monseigneur, que ces étiquettes ne sont d'usage que dans les branches masculines de la Maison : grâces à Dieu, les branches féminines en sont exemptées. Enfi n, Monseigneur, puisque vous voulés tout savoir, il faut bien vous parler d'une autre habitude non moins funeste à la santé du prince héréditaire, & que lui attribue la chronique secrette du Palais. EN GÉNÉRAL, IL FAIT LA CIESTE APRÈS SON DÎNER, & ON CROIT QUE C'EST DANS CE MOMENT, C'EST-À-DIRE, DANS LE MOMENT DE LA DIGESTION, QU'IL SE LIVRE AU TRAVAIL DE LA CONTINUATION DE SA RACE ROYALE. Vous sentés bien qu'il est diffi cile de pénétrer ces mystères-là, cependant qu'est-ce qu'on ne pénètre pas dans un palais, & surtout dans ce palais-là ? Les médecins en ont fait des remontrances qui, à ce qu'on dit, ont été sans eff et, & on prétend même que l'un d'eux a reçu de la première femme (l'Autrichienne, morte il y a douze ans [Marie-Clémentine d'Autriche, mère de la duchesse de Berry]) une injonction assés nette de se désister de ces conseil-là. Outre cette complication d'habitudes déplorables, le prince est fort tourmenté d'une humeur rhumatismale qui tantôt se fi xe dans un endroit, & tantôt dans un autre, & il est remarquable que depuis assés longtems avant sa dernière maladie, il ne souff rait plus de son rhumatisme, & que cela faisait craindre quelque maladie aux médecins. Depuis qu'il est rétabli, le rhumatisme est revenu, & le tourmente comme auparavant. Sa maladie consistait à ce que son estomac eût perdu le pouvoir de la digestion. Il vomissait tout ce qu'il prenait, remèdes & alimens, & il éprouvait de tems à autre des coliques très violentes & des douleurs très aigres. Il commença par éprouver de loin en loin ces coliques & ces vomissemens (accident auquel la famille est très sujette par suite de son régime), puis peu à peu cela devint plus fréquent, puis journalier, & alors on eut de sérieuses inquiétudes , mais bientôt les accidens devinrent plus rares & à présent déjà depuis longtems, ils ont disparu. C'est l'assa fetida qui a fait cette cure, tous les autres remèdes n'ont pas passé. Je crois, Monseigneur, que vous entendés à présent comment la régularité de la conduite du prince héréditaire ne l'a pas empêché de ruiner sa santé. TOUT CELA EST LE TRISTE RÉSULTAT DU SYSTÈME DE SON ÉDUCATION. C'EST ENCORE LÀ UN POINT DONT AUCUN ANGLAIS NE PEUT SE FAIRE D'IDÉE, JE PUIS MÊME AJOUTER AUCUN FRANÇAIS, CAR IL Y A ICI UN SYSTÈME ORIENTAL OU MAHOMÉTAN DE DÉPENDANCE & DE RENFERMERIE dont en vérité on n'avait pas plus d'idée en France qu'en Angleterre. Quelle chronique j'aurais à vous faire, si je devais vous dévoiler tout cela comme je viens de vous détailler le système manducatoire du prince héréditaire... »

Description


LOUIS-PHILIPPE Ier (Louis-Philippe d'Orléans, futur). Lettre autographe signée « L. P. d'Orléans » adressée avec mention « private » à un Anglais [le duc de Kent d'après une note postérieure]. Palerme, 26 janvier 1813. 8 pp. in-4, sur 2 bifeuillets reliés à couture. EXTRAORDINAIRE LETTRE OFFRANT UN TABLEAU D'UNE RARE CRUDITÉ SUR L'INTIMITÉ DU FUTUR ROI FRANÇOIS Ier DES DEUX-SICILES, PÈRE DE LA DUCHESSE DE BERRY. Louis-Philippe d'Orléans avait en 1809 épousé Marie-Amélie de Bourbon-Siciles, soeur du futur François Ier, et demeurait à la villa Santa Teresa. Repliée en Sicile sous protection anglaise, la famille royale de Bourbon-Siciles avait dû abandonner Naples aux Français, où le roi Murat allait bientôt revenir après sa participation à la campagne de Russie. LE FUTUR LOUIS-PHILIPPE Ier EN EXIL, DISCOURANT AVEC NATUREL ET ESPRIT, LOIN DES ATTÉNUATIONS DU LANGAGE DIPLOMATIQUE, ET AVEC DES REMARQUES SUR LA CUISINE À LA COUR DES DEUX-SICILES. C'est au Canada en 1799 que le duc d'Orléans en exil rencontra pour la première fois le prince Édouard (1767-1820), duc de Kent et père de la reine Victoria, qui y commandait en chef les troupes britanniques d'Amérique du Nord. Ils conservèrent par la suite des relations très amicales, échangeant une correspondance intime. « Vous êtes étonné de ce que je vous ai mandé précédament que la maladie du prince héréditaire [le futur François Ier] devait avoir été pour lui une forte leçon, parce que vous avés l'idée qu'il n'a jamais commis d'excès. VOTRE IDÉE EST JUSTE À CERTAINS ÉGARDS, SURTOUT RELATIVEMENT À CES TROIS EXCÈS AUXQUELS IL EST RARE QUE LES HOMMES ÉCHAPPENT ENTIÈREMENT, LE VIN, LE JEU & LES FEMMES. LE PRINCE HÉRÉDITAIRE EST EXEMPLAIRE SUR CES TROIS POINTS-LÀ, & relativement à eux sa conduite est au-dessus de tout éloge. Mais pourtant son système de vie est destructeur de sa santé, & vous en jugerés par les détails suivans. LE PREMIER POINT BLÂMABLE DU SYSTÈME DE VIE DU PRINCE HÉRÉDITAIRE, C'EST LE RÉGIME HABITUEL & LE CHOIX DE SES ALIMENS. Ceci est un défaut de toute sa famille, & je mets en fait qu'il faut avoir vécu avec eux pour savoir combien ils se nourrissent mal. Ce n'est pas qu'ils fassent mauvaise chère, ni que le dîner soit court, mais c'est qu'ils ne mangent rien de substantiel, & qu'ils se remplissent comme le singe de Gulliver de toutes espèces de cochonneries tant en salaisons qu'en vinaigres & en épices & en choses fortes. Ils ont outre cela certains ragoûts dont la seule vue suffi t presque pour défaire l'estomac, un entr'autres qui s'appelle des gniocchi : c'est une pâte composée de mies de pain bouillies jusqu'à réduction à peu près comme ce que les marins anglais mettent dans le sea pye avec cette diff érence qu'ici on la met dans du beurre fondu comme de l'huile, & qu'on les couvre de parmesan. On sert cela dans une soupière, & la famille s'en applique des lampées dans de grandes assiettes à soupe. Le prince héréditaire demande à être servi le dernier, afi n d'avoir le fonds qui est le plus gras où il y a le dépôt du beurre & du fromage, & puis il s'empiff re de tout cela avec délices. Tout le dîner va comme cela, & aucun Anglais, mais vous surtout, Monseigneur, qui êtes si plain dans ce que vous mangés, vous ne pouvés point en avoir d'idée, & Don Léopold [Léopold de Bourbon-Siciles, prince de Salerne, frère cadet du futur roi François Ier, et futur beau-père du duc d'Aumale] est pis que le prince pour la quantité & pour la qualité. Pour le vin, le prince boit du vin rouge & de l'eau, & rarement un verre de Malaga, mais ce vin rouge est un vin épais & doucereux fait avec du raisin qu'on passe au four avant qu'on le mette au pressoir, & il n'y a que lui qui en boive au Palais. Or ce vin-là ne raccommode pas ses digestions & ne fait pas circuler son sang. AUCUN EXERCICE, OU DU MOINS TRÈS PEU, & EN VÉRITÉ LA VIE DU PALAIS REND PRESQU'IMPOSSIBLE D'EN FAIRE par le mauvais arrangement des heures, & la manière dont le tems est coupotté, car si on veut sortir avant dîner, à peine est-on dehors que toutes les montres se tirent, & vous avertissent que si vous ne rentrés pas au plus vite, vous ne serés pas à tems pour le dîner royal, & après le dîner, il faut sortir le morceau dans le bec, ou la nuit vous attrappe, & cela ne va pas. Aussi le roi [Ferdinand Ier], qui aime beaucoup le mouvement & qui en fait beaucoup, est à Palerme le moins qu'il peut, & je ne doute pas que ce ne soit au mouvement que le roi doive d'avoir une meilleure santé que ses fi ls. Vous concevés déjà, Monseigneur, par ce que je vous en ai dit, que le prince héréditaire avec ces habitudes-là ne peut avoir une bonne santé, mais pour vous faire une confi dence complette de tout ce qui la lui détruit, il vous faut encore entendre des détails non moins étonnans. Ce système de vie lui a donné une épaisseur de sang à laquelle il s'est habitué à remédier par de fréquentes saignées. À présent il ne se fait plus saigner qu'une fois tous les trois ou quatre mois, mais cela lui paraît peu, & il m'a dit que, plus jeune, il se faisait saigner au moins une fois par mois. ceci seul suffi rait, je crois, pour lui faire un mal irréparable. Mais ayés encore un peu de patience. Comme il fait très peu d'exercice, ses viscères ont peu de ton, & que fait-il grand Dieu ! pour leur en donner ? Il les régale d'une diarrhée perpétuelle ! Il croit qu'à moins de quatre ou cinq évacuations par jour, un homme n'est pas bien, & dès qu'il en est réduit à ce taux, il avale des médecines pour activer les évacuations. Aussi, partout où il va, ne fut-ce que pour dîner, il doit y avoir un cabinet fourni de tous les ustensiles requis, & surtout une chaise non percée que l'on met devant la perçée, afi n que les jambes royales puissent être élevées pendant l'opération, car c'est là l'étiquette de l'ancienne Cour de Naples. Il est aussi contraire à la même étiquette que le prince soit laissé seul pendant ces augustes fonctions, & les vieux courtisans prétendent que c'est là le moment des épanchemens les plus précieux à recueillir pour s'insinuer dans les faveurs royales. Heureusement, Monseigneur, que ces étiquettes ne sont d'usage que dans les branches masculines de la Maison : grâces à Dieu, les branches féminines en sont exemptées. Enfi n, Monseigneur, puisque vous voulés tout savoir, il faut bien vous parler d'une autre habitude non moins funeste à la santé du prince héréditaire, & que lui attribue la chronique secrette du Palais. EN GÉNÉRAL, IL FAIT LA CIESTE APRÈS SON DÎNER, & ON CROIT QUE C'EST DANS CE MOMENT, C'EST-À-DIRE, DANS LE MOMENT DE LA DIGESTION, QU'IL SE LIVRE AU TRAVAIL DE LA CONTINUATION DE SA RACE ROYALE. Vous sentés bien qu'il est diffi cile de pénétrer ces mystères-là, cependant qu'est-ce qu'on ne pénètre pas dans un palais, & surtout dans ce palais-là ? Les médecins en ont fait des remontrances qui, à ce qu'on dit, ont été sans eff et, & on prétend même que l'un d'eux a reçu de la première femme (l'Autrichienne, morte il y a douze ans [Marie-Clémentine d'Autriche, mère de la duchesse de Berry]) une injonction assés nette de se désister de ces conseil-là. Outre cette complication d'habitudes déplorables, le prince est fort tourmenté d'une humeur rhumatismale qui tantôt se fi xe dans un endroit, & tantôt dans un autre, & il est remarquable que depuis assés longtems avant sa dernière maladie, il ne souff rait plus de son rhumatisme, & que cela faisait craindre quelque maladie aux médecins. Depuis qu'il est rétabli, le rhumatisme est revenu, & le tourmente comme auparavant. Sa maladie consistait à ce que son estomac eût perdu le pouvoir de la digestion. Il vomissait tout ce qu'il prenait, remèdes & alimens, & il éprouvait de tems à autre des coliques très violentes & des douleurs très aigres. Il commença par éprouver de loin en loin ces coliques & ces vomissemens (accident auquel la famille est très sujette par suite de son régime), puis peu à peu cela devint plus fréquent, puis journalier, & alors on eut de sérieuses inquiétudes , mais bientôt les accidens devinrent plus rares & à présent déjà depuis longtems, ils ont disparu. C'est l'assa fetida qui a fait cette cure, tous les autres remèdes n'ont pas passé. Je crois, Monseigneur, que vous entendés à présent comment la régularité de la conduite du prince héréditaire ne l'a pas empêché de ruiner sa santé. TOUT CELA EST LE TRISTE RÉSULTAT DU SYSTÈME DE SON ÉDUCATION. C'EST ENCORE LÀ UN POINT DONT AUCUN ANGLAIS NE PEUT SE FAIRE D'IDÉE, JE PUIS MÊME AJOUTER AUCUN FRANÇAIS, CAR IL Y A ICI UN SYSTÈME ORIENTAL OU MAHOMÉTAN DE DÉPENDANCE & DE RENFERMERIE dont en vérité on n'avait pas plus d'idée en France qu'en Angleterre. Quelle chronique j'aurais à vous faire, si je devais vous dévoiler tout cela comme je viens de vous détailler le système manducatoire du prince héréditaire... »