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N° 1
CHARTE IMPÉRIALE DE L'ABBAYE DE CORBIE En latin, manuscrit sur parchemin, Aachen [Aix-la-Chapelle], août 825 9 ½ lignes longues et espacées avec 3 lignes partielles d'attestations en bas, écriture de chancellerie mérovingienne cursive et calligraphique avec plusieurs ligatures, les hampes montantes légèrement penchées vers la droite, première ligne et attestations écrites entièrement en lettres hautes et étroites, verso perpendiculaire au recto avec titre de l'époque à l'encre brune et pâle en cursive de chancellerie mérovingienne.
Au dos: transcription du XIIIe siècle (voir photo p.15-16).
Dimensions: 565 x 560 mm.
Marge de droite rognée, marge supérieure abîmée, restaurations au vélin moderne, perte d'environ 12 mots, sceau manquant, écriture passée, souillures dues à un réactif, tâches verticales au recto et au verso.
TEXTE: «Au nom du Père et de notre sauveur Jésus-
Christ, les Empereurs Louis et Lothaire, sachant que Dieu leur a donné le droit d'accorder les justes privilèges et que ce droit leur promet la vie éternelle, et proclamant que, puisque le vénérable Adalard, premier abbé du monastère de Saint Pierre, Saint Paul et Saint Etienne du pays d'Amiens près de la Somme, a demandé la protection impériale pour l'abbaye et ses dépendances, l'abbaye bénéficiera d'une liberté inaliénable, avec ses droits et ses privilèges et qu'il aura le droit d'élire librement leurs abbés, confirment ceci par leurs propres mains et par le sceau impérial» [traduit du latin].
PROVENANCE: 1. Collection privée américaine. - 2. Paris, Sotheby's, 2 décembre 2004, lot. 170.
Ce document original est le plus ancien encore conservé provenant du plus important monastère français du début du Moyen
Age. Corbie, sur la Somme, près d'Amiens, fut fondé au début du VIe siècle par la reine de France Sainte Clotilde (qui meurt en 545) mais les constructions avancèrent vraiment sous l'égide de la reine régente Bathilde à partir de 657. Corbie devient une abbaye impériale sous Charlemagne. Il est à cette époque probablement le plus riche et le plus célèbre centre monastique d'Europe du Nord. Sa bibliothèque était l'une des plus belles de France, ses scribes pratiquant avec art la calligraphie. Paschase Radbert écrira à Corbie en 831 le premier traité théologique consacré à l'Eucharistie.
La charte impériale de Corbie demeure certainement le plus vieux manuscrit médiéval de provenance royale encore en mains privées. Très peu de chartes manuscrites antérieures à 1100 ont été conservées jusqu'à nos jours. Moins d'une dizaine de manuscrits du neuvième siècle sont aujourd'hui connus. La connaissance actuelle des documents de la période carolingienne dérive presque entièrement de copies plus tardives.
Le document présent fournit l'opportunité unique de comparer le texte impérial d'origine avec les transcriptions ultérieures pour ainsi établir la transmission de tels écrits au cours des siècles. Il donne aussi un aperçu fascinant des manières d'écrire, de cacheter et d'envoyer les documents officiels à l'époque carolingienne. La question est d'autant plus cruciale que la cour royale carolingienne était itinérante.
Les «justes privilèges» accordés par cette charte à Corbie sont très importants. Corbie pourra dès lors fonctionner en véritable seigneurie, disposant de vassaux, de serfs, d'hommes d'armes, d'avoués juridiques et d'officiers militaires. L'abbaye peut battre monnaie, exercer sa propre juridiction et jouir de tous les privilèges attachés à la terre féodale, dont l'impôt. La cour carolingienne itinérante choisira de plus en plus de séjourner dans les abbayes comme invitée de marque.
Cette charte impériale fut accordée par Louis le Pieux (778-840), fils de Charlemagne, qui accède au trône à la mort de son père en 814. Il est couronné empereur en 816. En 817, il décide qu'après sa mort, l'empire construit par Charlemagne serait divisé en trois parties administrées par chacun des trois fils de Louis: l'Aquitaine pour Pépin, la Bavière pour Louis le Germanique et le reste pour Lothaire, l'aîné, qui reçoit aussi le titre d'Empereur à partager avec son père et dont le nom figure logiquement sur cette charte impériale officielle. Le texte mentionne surtout que Louis et Lothaire l'ont signée de leurs propres mains: «manibus propriis subter eam firmavimus», puis en bas à gauche du document: «Signum Hludovici serenissimi imperatoris» et «Signum Hlothrii serenissimi imperatoris». Deux grands monogrammes «HL», le premier en haut à droite, le second juste en dessous du premier, écrits par deux mains différentes, d'une encre qui n'est pas celle du texte, confirment la présence exceptionnelle des signatures autographes des Empereurs Louis et Lothaire, fils et petit-fils de Charlemagne.
Le texte nomme le destinataire principal de cette charte: «vir venerabilis Adalardus abba senex», Saint Adalard (c. 753-827), petit-fils de Charles Martel et cousin de Charlemagne. Il commença sa carrière à Corbie en 773. Il fut élève d'Alcuinet et l'un de ses plus proches amis. De la fin des années 790 à la mort de Charlemagne en 814, Adalard fut l'un des conseillers impériaux les plus influents.
Mais il fut par la suite mêlé aux querelles dynastiques de Louis le Pieux qui le bannit en
Allemagne en 815. Il fut rappelé à la cour royale en 821 et finit par retourner à l'abbaye de Corbie de 822 à 826. Selon toute probabilité, Saint Adalard aurait lui-même fait le voyage à Aachen pour obtenir cette charte et la recevoir directement des mains des Empereurs.
Cette charte était connue au Moyen Age. Il y eut deux transcriptions par les scribes de Corbie, desquelles les éditions modernes du texte dérivent: une du XIIe siècle (BnF. MS.
lat. 17758, fol.1v), une autre du XVe siècle (BnF.
MS. lat. 17758, fol.3r). Une grande partie de la bibliothèque de Corbie fut dispersée au
XVIe. Un manuscrit de Corbie fut vendu par
Sotheby's dans la vente Donaueschingen à Londres (21 juin 1982, lot 3). Mais de toute évidence, tous les documents d'archives de Corbie furent conservés en un ensemble plus ou moins intact jusqu'à la suppression de l'abbaye à la Révolution. Ce document fut étudié au XVIIIe siècle par Dom Grenier (Recueil des pièces justificatives pour l'histoire de la ville et du comté de Corbie, BnF, collection de Picardie, vo. 53, fol. 12). En 1836, il était répertorié -abusivement- à la Bibliothèque d'Amiens (Documents historiques inédits... publiés par M. Champollion-Figeac, I, Paris, 1841, Rapports et notices, p. 439). Le texte du document original fut publié pour la première fois par Theodor von Sickel en 1867 (Beiträge zur Diplomatik, V, p. 399, n° 9). Il était alors la propriété de Jean-Baptiste Ledieu, à Amiens, et resta dans la même famille au moins jusqu'en 1902 (voir Léon Levilain, Examen critique des chartes Mérovingiennes et Carolingiennes de l'abbaye de Corbie, Paris, 1902, pp. 96-106 et p. 252, n° 24). La dernière étude ayant eu accès à l'original date de 1912 (C.
Brunel, «L'original du diplôme des empereurs
Louis le Pieux et Lothaire pour l'abbaye de Corbie» in Le Moyen Âge, XXV, 1912, pp.
9-146). Toutes les études ultérieures citent le texte d'après les publications ci-dessus (voir ainsi D. Ganz, Corbie in the Carolingian
Renaissance, Sigmaringen, 1990, p. 29).
En 1902, le texte du IXe siècle était décrit comme «mutilé et illisible». Le titre au verso donne une bonne idée de l'état actuel du document: passé, certes, mais aucunement illisible. Une tentative malencontreuse a, de toute évidence, été entreprise, à l'aide d'agents chimiques, pour fixer l'encre du texte afin de préserver les précieuses lignes de la charte de tout effacement. Le document a été restauré, dans les années 1990, par M. Michel Guet. L'écriture carolingienne est aujourd'hui révélée au grand jour. L'étape suivante consistera sûrement à manipuler des images numérisées du document, comme pour le désormais célèbre palimpseste d'Archimède actuellement en dépôt au Walters Art Museum de Baltimore.
Il est déjà possible de comparer le texte original avec la transcription du XIIIe siècle. A la sixième ligne de la transcription, un espace blanc a été laissé pour ce qu'il est possible de lire «vel aspicientibus» à la ligne 4 de l'original. Ligne 12 de la transcription, il est écrit «ingredi nec exire presumat...»; l'original rétablit le texte correct «ingredi audeat nec ea que supra memorata sunt penitus exigere» (ligne 7). Ces blancs et ces altérations, ainsi que les mots «dei immensam clementiam iugiter exorare» (ligne 8) qui ne figurent pas sur la transcription, sont d'une importance remarquable: elles désignent les libertés qu'ont pu prendre les moines, même 400 ans après, sur les privilèges accordés par la charte impériale de Corbie

CHARTE IMPÉRIALE DE L'ABBAYE DE CORBIE En latin, manuscrit sur parchemin, Aachen [Aix la Chapelle], …
Estimation - 80 000 - 100 000 €
Aristophil - Neuilly sur seine, France
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16 juin 2018

14:30

N° 2
CHARTE DE NOLIS POUR LA TRAVERSÉE DE TROIS CHEVALIERS BRETONS VERS DAMIETTE.
En latin, acte sur parchemin
Chypre, Limassol, 1249 [charte forgée réalisée à Paris, vers 1840].
Pièce de parchemin, encre brune, écriture de chancellerie, texte sur 6 lignes, repli avec queue de parchemin (sans sceau), inscription au dos «Procurazione...».
Dimensions: 115 x 40 mm.
Intéressant cas de falsification sous la monarchie de Juillet.
Bien que datée 1249, cette charte fut forgée au XIXe siècle.
Précisons le terme «nolis»: loyer des vaisseaux, dit «nolis».
Charte faisant état du contrat passé entre quatre chevaliers bretons et un marinier, Hervé, capitaine du vaisseau «La Pénitence de Dieu», qui prend à son bord le duc de Bretagne et ses chevaliers pour se rendre à la septième croisade, dirigée par Saint-Louis: «Nous, Jehan de Kebriac, Raoul de la Moussaye, Prigent de la Roche-Jagut, Gauffroy de Boisbilly, chevaliers, associés dans le coût du transport et ayant pleine confiance en la prudence d'Hervé [...] donnons audit
Hervé plein pouvoir de traiter et convenir avec tout patron de navire relativement au prix de notre passage jusqu'à Damiette». Après une violente tempête, les navires ont été dispersés à Limassol, ville de Chypre, le 30 mai. Forts des renforts anglais et bourguignons, les Croisés repartent vers Damiette en Égypte et prennent la cité le 5 juin.
Dans les années 1950, l'érudit chartiste R.-H. Bautier a mis en lumière une grande mystification historique opérée au XIXe siècle. Il s'agit de la fabrication en série de «chartes de croisade» par deux associés, Eugène-Henri Courtois, homme d'affaires, et Paul Letellier, copiste et généalogiste. Ces chartes ont été fabriquées dans un contexte précis:
Louis-Philippe décide en 1839 l'ouverture au Palais de Versailles d'une galerie consacrée à la glorification des familles qui pourraient prouver par titres authentiques qu'un de leurs ancêtres avait participé aux croisades. Au début de 1842, un nombre important de titres furent fabriqués et vendus à ceux qui l'on promettait de faire figurer leurs armoiries dans la «salle des croisades». Il y a 350 chartes restées invendues qui ont été acquises par les Archives nationales (109 AP, Collection de Gourgues). Courtois, véritable escroc, fit faillite, fit de la prison et fut banni des cercles qu'il avait escroqué. Letellier pour sa part racheta une partie du fonds d'Hozier, continua sa fabrication de faux: plusieurs chartriers contiennent des pièces issus de son officine. Il forma le célèbre Vrain-Lucas, qui le quitta en dérobant des pièces de sa collection. Deux archivistes-paléographes, Eugène de Stadler et Alexandre Teulet, peu scrupuleux, authentifiaient ou traduisaient les pièces.
Voir: R.-H. Bautier, «Forgeries et falsifications de documents par une officine généalogique au milieu du XIXe s.», in Bibliothèque de l'Ecole des chartes, 1974 (132-1), pp. 75-93; voir aussi «La collection des chartes de croisade dite «Collection Courtois»», in Académie des Inscriptions et Belles-lettres. Comptes rendu des séances, 1956, pp. 82-86; Cassard, J-C, Les Bretons et la mer au Moyen-Age, p. 164, qui parle de «faux manifeste» au sujet de ces chartes de 1249

CHARTE DE NOLIS POUR LA TRAVERSÉE DE TROIS CHEVALIERS BRETONS VERS DAMIETTE. En latin, acte sur parc…
Estimation - 3 000 - 4 000 €
Aristophil - Neuilly sur seine, France
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16 juin 2018

14:30

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16 juin 2018

14:30

N° 5
LOUIS XII (1462-1515) 9 lettres signées «Loys», décembre 1513-septembre 1514, la plupart au Président Jean de SELVE et aux autres ambassadeurs; contresignées par Florimond ROBERTET; 1 page in-fol. ou in-4 chaque, la 3e de 2 pages in-fol., adresses (traces de couture dans la marge gauche).
Important ensemble de lettres sur l'ambassade auprès de la cour d'Henry VIII pour négocier la paix avec l'Angleterre.
[Le Traité de Londres, signé le 7 août 1514, scella la paix entre les deux royaumes, après l'expédition anglaise de l'été 1513 qui avait pris
Thérouanne et Tournai. Ses dispositions principales comportaient un engagement de paix pendant la vie des deux souverains, et jusqu'à un an après la mort de l'un d'entre eux; la restitution à la France des villes de Thérouanne et Tournai; le rétablissement des relations commerciales entre les deux pays. Le même jour fut signé un contrat de mariage entre Louis XII et la soeur d'Henri VIII, MARY TUDOR.]
Certaines lettres s'adressent conjointement au Président de Selve (premier président au Parlement de Rouen) et aux autres émissaires, Pierre de LA GUICHE, le duc de LONGUEVILLE et le général des finances de Normandie Jacques HURAULT.
Saint-Germain-en-Laye 5 décembre [1513]. Deux lettres adressées à Monseigneur de Duresme [Thomas RUTHALL, évêque de Durham] et à Monseigneur de Vincestre [Richard FOXE, évêque de Winchester], les ministres d'Henry VIII: «Jenvoye presentement par devers le Roy d'Angleterre mon bon frere cousin et compere les premier president de Normendye et Sr de La Guiche mon chambellan et bailly de Masconnoys [...] et leur ay ordonné vous dire et communiquer leur charge et commission, comme a celuy en qui jay toute confidence et que jay congneu desirer lentretenement de la bonne amytié et alliance qui est entre nous. A ceste cause je vous prie les ouyr et croyre comme moy mesmes et leur faire et donner toute ladresse et assistance que vous pourrez pour lexpedition de leur charge»...
Paris 28 décembre [1513], «A Messrs les premier president de Normendye [SELVE], et de LA GUICHE bailly de Mascon mes ambassadeurs en Angleterre». Il a su leur difficile traversée, et a hâte d'avoir des nouvelles du Roi d'Angleterre, «et principallement sa resolution tant sur les matieres secrettes que vous savez et desquelles Monsr de SUFFOLK par la luy estant pardeca que du fait de la veue pour selon cela me gouverner et conduire». Il veut aussi savoir «ce quon vous aura respondu touchant les deux cens mille escutz que je demande en prest et sil me seront prestez ou non, car quant on ne me les vouldroit prester il fauldroit que je les trouvasse ailleurs»... Quant au
Pape [LÉON X], «je scay bien ce que le traicté contient pour le fait de Millan», mais Louis XII se plaint des manoeuvres de l'ambassadeur du Pape, sous influence espagnole, qui «fait journellement tresmauvaiz office portant de tresmauvaises parolles de lamytié et alliance qui est entre ledit Roy d'Angleterre et moy», et demande que Henry
VIII écrive de son côté au Pape ou à son ambassadeur à Rome. Il a su par le duc d'York «lacouschement de la Royne [CATHERINE D'ARAGON a accouché d'un fils mort-né] ma bonne seur et de ce qui est advenu en icelluy dont il me desplaist», et prie d'aller trouver
Henry VIII «et de par moy et en mon nom vous en condolez ainsi quesi le cas me fust advenu»...
- Saint-Germain-en-Laye 28 juillet, au Président de Salva [SELVE].
Le Roi a vu ce que le président lui a écrit avec le double de son sauf-conduit, «et pource que vous avez avant vostre partement dicy entendu bien au long mon vouloyr et intencion sur toutes choses je ne sauroys pour consequence vous dire rien fors que des ce que
vous serez arrivé en Angleterre, et que vous aurez parlé et communiqué avecques messieurs de Longueville et general de Normandye, et pareillement avecques les gens du conseil du Roy d'Angleterre, vous mettrez paine de me faire savoyr de voz nouvelles et ce qui sera survenu»...
- 4 août, au Premier Président de Rouen [SELVE]. Il n'a pas eu de nouvelles de l'arrivée du Président à Londres, et il écrit séparément aux deux autres émissaires. «Je mattens que de ceste heure vous avez longuement et par plusieurs foiz devisé ensemble des matieres, et que bien tost vous men escriprez la resolucion et conclusion que vous aurez prinse sur icelle. Et pource [...] que ladite conclusion prise et la paix et mariage faitz et fianssailles par parolles de present il sera requis que ledit Sieur de Longueville viegne pour me dire par le menu tout ce qui aura esté fait, et ce qui reste encores a faire, et pareillement quil fault aussi que ledit general sen viegne pour besoigner au fait de mes finances [...] je vous prie prendre et accepter la charge de demourer par dela pour respondre et satisfaire a ce qui y pourra survenir»...
- 11 août, «A mon cousin le duc de LONGUEVILLE et a messrs les president de Selva [SELVE] et general de Normendye [Jacques
HURAULT]». Il leur envoie Jehan de PARIS «pour les causes quil vous dira desquelles vous le croyrez comme moymesme»...
- 13 août, «A mon cousin le duc de LONGUEVILLE et a messrs les premier president de Rouen [SELVE] et general de Normendye [Jacques Hurault ]». Il envoie à leur demande «quelque gentilhomme pour resider alentour du Roy d'Angleterre en vostre absence», et dépêche le Sieur de MARIGNY, bailli de Senlis, à qui ils diront «ce quil aura a faire et comme il aura a soy guider et conduyre»...
- 17 août, «A mon cousin le duc de LONGUEVILLE et a messrs les president de Selva [SELVE] et General de Normendye [Jacques
HURAULT]». «Je vous envoye le tailleur de ma femme que Dieu pardoint [...] auquel vous direz et ordonnerez ce quil aura a faire, et ladresserez a Marigny ou ailleurs ainsi que vous verrez quil sera requiz pour le myeulx»...
- Au Tilhart près Beauvais 23 septembre (la lettre est écrite par
Florimond ROBERTET), au Président de Selva [SELVE]. Il le prie de se rendre aussitôt auprès de lui «pour ce que je pourray avoir abesongner de vous a mon arrivée a Abbeville» [pour épouser Mary
Tudor le 9 octobre]...
On joint un important dossier sur cette ambassade:
- * 3 L.A.S. d'Étienne PONCHER (1446-1524, évêque de Paris et garde des sceaux), Paris 28 et 29 décembre [1513] et Saint-Germain 5 août [1514], longues lettres d'instructions au Président de Selve (6 pages in-fol., adresses, plus minute de réponse);
- * manuscrit en latin des PROCURATIONS au nom de Louis XII pour le traité et le paiement d'un million d'écus au Roi d'Angleterre pour obtenir la main de MARY TUDOR, soeur de Henry VIII (cahier petit in-fol. de 20 pages);
- * lettre chiffrée du 29 mars 1514, signée par ROBERTET de son paraphe (2 p. in-fol.), avec sa transcription: instructions du Roi pour la négociation du traité, notamment au sujet de l'Écosse (plus la copie d'une autre lettre d'instruction).
[Le Président Jean de SELVE (1475-1529) magistrat et diplomate.
Premier Président des Parlements de Rouen puis de Bordeaux, Vice-
Chancelier de Milan, puis Premier Président du Parlement de Paris, il fut chargé d'importantes missions diplomatiques en Angleterre pour la négociation de la paix et en Espagne pour la libération de François Ier.]
Archives Jean de Selve (15 mai 2013, n° 1)

LOUIS XII (1462 1515) 9 lettres signées «Loys», décembre 1513 septembre 1514, la plupart au Présiden…
Estimation - 30 000 - 350 000 €
Aristophil - Neuilly sur seine, France
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16 juin 2018

14:30

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16 juin 2018

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N° 15
[HUMANISME]. SAINT BASILIUS. DE LIBERALIBUS STUDIIS (EX VERSIONE LEONARDO BRUNI). —
PLUTARCHUS. VITA MARCI ANTONII (TRADUCTION LEONARDO BRUNI). — PSEUDO-PLUTARCHUS. DE LIBERIS EDUCANDIS (TRADUCTION DE GUARINO VERONENSIS). — XENOPHON. HIERO (TRADUCTION DE LEONARDO BRUNI).
En latin, manuscrit sur papier
Italie, sans doute Gênes, daté 1439 61 ff. + 3 ff. blancs (ff. 62-64), précédés de deux feuillets de garde, l'une de papier, l'autre de parchemin ancien, suivis d'un feuillet de garde de papier, manuscrit sur papier (filigranes dont l'un proche de Briquet n°6641, fleur en forme de tulipe: Sienne, 1434; n°6642:
Florence, 1140), complet (collation: i-viii8), écriture humaniste cursive à l'encre brune (on distingue deux mains: main A, ff. 1-51v; main B, ff.
51v-61), texte sur deux colonnes (justification: 130 x 200 mm), 31 lignes par colonne, réclames au verso du dernier feuillet de chaque cahier; l'une d'entre elles (f. 16v) est apparemment fautive, mais elle introduit un mot qui fait défaut («Cyanum») en tête du cahier suivant, initiales peintes en bleu et filigranée à l'encre rouge (pour les préfaces) ou en rouge et filigranée à l'encre violette (pour les textes).
Reliure moderne de veau brun moucheté, dos lisse, pièce de titre de cuir rouge avec lettres dorées «Pluta», filet à froid en encadrement sur les plats, tranches rouges, coupes guillochées (déchirure au fol. 1, sans atteinte au texte (manque à une inscription rajoutée a posteriori), quelques rousseurs sans gravité et papier taché par endroits). Dimensions: 268 x 195 mm.
Manuscrit humaniste copié et compilé du vivant des traducteurs du grec vers le latin que sont Leonardo Bruni dit l'Arétin et Guarino Veronese.
Ce manuscrit est un recueil d'auteurs grecs traduits en latin par Leonardo
Bruni dit l'Arétin [(1370-1444), chancelier florentin, humaniste, traducteur et historien] et Guarino Veronese [(1374-1460), humaniste italien, qui se rendit à Constantinople (1403-1408/09), où il apprit le grec avec Manuel Chrysoloras et rapporta des manuscrits grecs].
Ce recueil est contemporain des humanistes qui les ont rendus accessibles au monde occidental. Peu de temps après ses débuts de l'apprentissage du grec sous la direction de Manuel Chrysoloras, Leonardo Bruni livre ses deux premières traductions d'auteurs grecs. Il commence avec la traduction de la lettre de saint Basile sur la jeunesse, puis il donne une version du Hiero de Xénophon.
Le choix des textes associés dans le présent manuscrit pourrait découler du débat qui oppose alors Coluccio Salutati et Bruni à propos de la royauté et de la république, le texte de Hiero opposant le roi légal au tyran. Rappelons que Coluccio Salutati (1331-1406), chancelier de la république de Florence et humaniste, avait fait venir en 1397 le savant byzantin, Manuel
Chrysoloras (né en 1350) pour enseigner le grec à Florence: Léonard Bruni, Pierre-Paul
Vergère et Palla Strozzi comptent parmi ses élèves. Bruni choisit ce traité de Xénophon qui défend le gouvernement juste contre la tyrannie: l'ouvrage devenait symbole de hauteur morale et contredisait les critiques pour qui les auteurs païens pervertiraient la jeunesse. D'autre part, Bruni semble aussi choisir le Hiero pour soutenir la promotion de l'enseignement du latin et du grec aux enfants face aux critiques qui prétendent que la lecture des auteurs païens ne peut que pervertir la jeunesse. Les trois autres textes choisis reflètent bien le profit que le chrétien pouvait tirer des lectures helléniques païennes et l'importance de ces textes dans le cursus éducatif.
Le De liberalibus studiis de Basilius, le De liberis educandis du Pseudo-Plutarque et le Hiero de Xénophon se trouvent déjà associés dans l'édition de Padoue (1474/1475) et dans un recueil un peu plus tardif (s.l.n.d., ni nom d'imprimeur, probablement à Florence, par
Lorenzo de Alopa, en 1496).
PROVENANCE: 1. Manuscrit copié en Italie par Johannes de Logia, notaire de Gênes, le 31 mars 1439 (main A, ff. 1-51v) et terminé par une seconde main (main B, ff. 51v-61). L'attribution au scribe est suggérée par une note au verso du feuillet de garde de parchemin. On y lit: «MCCCCXXXVIIIIo die XXXI Marcii. Noverint universi et singula hoc volumen in quo conscripte sunt vite Baxilii cuiusdam viri religiosissimi ac honestissmi et Marci Antonii illustrissimi et duo opusculi que sequuntur v[idelicet] de liberorum educatione ac de tiranniea et privata vita transumptum fuit per me Johannem de Logia notarium licet alterius manu completum fuerit aliis agendis occupatus». La note est suivie de parafes et d'une cote «no. 29», répétée dans la marge supérieure du fol. 1. Inscription à l'encre
dans le coin supérieur droit: «Manuscripto de edu[...] liber[orum]», en parti lacunaire car manque de papier au fol. 1, coin droit supérieur.
Ce copiste n'est pas un inconnu, et on le retrouve dans le manuscrit du Vatican, BAV, Vat. Lat. 11567 (Q. Curtius Rufus, Historiarum
Alexandri Magni libri III-X), copié en 1441 pour Gottardo Stella, et dans le manuscrit de Gênes, Coll. Durazzo 50 [A IV 16] (Q. Curtius
Rufus, Historia Alexandri Magni), copié en
1445 à Gênes pour Antonietto Grillo (cf. J.
Ruysschaert, Codices Vaticani latini, Rome, 59, p. 318; D Puncuh, I manoscritti della Raccolta Durazzo, Gênes, 1979, p. 120).
Les filigranes du papier utilisé pour ce manuscrit confirment que le codex fut copié dans le nord de l'Italie.
TEXTE: ff. 1-8, S. Basilius, De liberalibus studiis (Leonardo
Bruni trad.) (f. 1): [Leonardus Bruni Aretinus
ad Colucium Salutatem] incipit préface: «Ego tibi hunc librum Coluci ex media ut aiunt Grecia delegi...»; f. 1v, incipit texte: «Multa sunt filii que hortantur me ad ea vobis consulenda....»
Edition: S. Basilius, Discorsi ai giovani, éd.
M. Naldini (Florence, 1984), pp. 229-248. La préface est une lettre de Leonardo Bruni, dit l'Arétin, à son mentor, Coluccio Salutati (1331-1406), ed. Baron (1928), pp.99-100.
ff. 8-38v, Pseudo-Plutarque, Vita Marci Antonii (Leonardo Bruni trad.)], prologue de Leonardo
Bruni à Coluccio Salutati, «Marci Antonii vitam multiplici ac varia historiarum serie contextam et vel magnitudine rerum vel multabilitate fortune admirandam ad te, Salutate, in hoc libro mittimus, e greco sermone in latinum traductam...»; incipit, «Marco Antonio avus fuit Antonius orator quem Sillanos partes secutum C. Marius necavit...».
Edition de la préface: Baron (1928), pp. 102- 104; M. Pade, The Reception of Plutarch's
Lives in the Fifteenth-Century Italy (Copenhagen, 07), vol. 2, pp. 153-155. Le texte est paru en entier dans l'édition princeps en latin des «Vies parallèles» de Plutarque, Rome, Udalricus Gallus, 1470 (?).
ff. 39-51v, Pseudo-Plutarchus, De liberis educandis (Guarino Veronensis trad.)], préface incipit, «Maiores vostros Angele mi suavissime non admirari et maximis prosequi laudibus non possum»; incipit texte, «Quidnam est quod de ingenuorum educatione liberorum dicere...»;
Édition princeps à Padoue, en 1474 ou (cf. R. Weiss, «Lo studio di Plutarco nel trecento», dans La Parola del Passato, 8, 1953, pp. 321-342). L'attribution de ce traité à Plutarque est discutable et discutée. Mais il émane selon toute probabilité de son entourage.
ff. 51v-61, Xénophon, Hiero ou De la tyrannie [Xenophontis super disputationibus habitis inter Hieronem tirannum et Simonidem poetam], traduction de Leonardo Bruni, incipit prologue, «Xenophontis philosophi quendam libelli quem ego ingenii exercendi grati...»; incipit texte, «Cum ad Hieronem tirannum Simonides poeta aliquando venisset...»; explicit, «[...] pulcherimam ac beatissimam rem possidebis felix enim cum sis nemo tibi mundebit. Explicit deo gracias amen» [suivi des parafes ou essais de plume que l'on trouve également au verso de la page de garde de parchemin en début de manuscrit]. Edition de la préface: Baron (1928), pp. 100-101.
BIBLIOGRAPHIE:
Baron, H. Leonardo Bruni Aretino. Humanistisch-
Philolophische Schriften, mit einer
Chronologie seiner Werke und Briefe, ed.
W. Goetz (Quellen zur Geistesgeschichte des Mittelaters und der Renaissance, 1), Leipzig-Berlin, 1928

[HUMANISME]. SAINT BASILIUS. DE LIBERALIBUS STUDIIS (EX VERSIONE LEONARDO BRUNI). — PLUTARCHUS. VITA…
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16 juin 2018

14:30

N° 16
[LUCE DE GAT; HELIE DE BORON (ATTRIBUÉ À)]. [TRISTAN ET ISEULT (TRISTAN EN PROSE)]
En français, manuscrit enluminé sur papier
Pays-Bas, sans doute Bruges, vers 1470-1475
Avec une grande miniature en frontispice, attribuable à Loyset Liédet (actif circa 1450-1475) ou son atelier
III + 267 ff., précédés d'un feuillet réglé et suivis de 2 feuillets blancs non réglés, manuscrit complet (mais un volume sur deux; collation du présent manuscrit: i4, ii-xvi12, xvii-xx10, xxi-xxiii12, xxiv10+1), foliatation ancienne en rouge en chiffres romains, quelques signatures (cI (f. 25); c4 (f; 28)), certaines réclames pour partie rognées court, sur papier, avec filigranes du type (1) Briquet: «Ecu à une bande chargée de deux cotices potences et contre-potencées (armoiries de Champagne)», proche de Briquet no. 1039 (Troyes, 1464; Douai, 1465) et no. 1041 (Troyes, 1473; Sens 1480) - (2)
Briquet, «Ancre surmontée d'une croix», no.
392, Grammont, 1463; n°386, Troyes, 1466; bâtarde bourguignonne (on distingue deux mains (main A, ff. 1-230v; main B, ff. 231- 267)), texte sur deux colonnes (justification:
175 x 257 mm), réglure à l'encre rouge pâle, piqûres visibles, rubriques en rouge, texte scandé par des pieds de mouche en rouge et bleu, initiales peintes en rouge ou bleu (2 lignes de hauteur), grandes initiales puzzle en rouge et bleu avec décor filigrané bleu et rouge, initiale peinte en bleu rehaussée de blanc avec décor floral et rinceaux sur fonds d'or (5 lignes de hauteur) introduisant le texte, feuillet frontispice enluminé avec bordures enluminées sur fonds réservé, armoiries peintes dans la bordure inférieure (Lalaing, seigneurs de Montigny), grande miniature en frontispice (fol. 1).
Reliure de plein veau havane glacé et moucheté (XVIIIe s.) sur ais de bois (éléments de la reliure d'origine), dos à 5 nerfs, triple filets dans les entre-nerfs, pièces de titre de cuir rouge avec en lettres dorées: «Histoire de Tristra (sic) dit le Bref (sic)» et «M.S.», armoiries poussées au centre des plats (quelques épidermures, nerfs frottés, mais bonne reliure; restauration de papier au premier feuillet de garde (toute la moitié inférieure du feuillet), papier taché par endroits, manques de papier aux ff. suivants dans la partie inférieure des feuillets, sans atteinte au texte: ff. 9-18 et ff. 252-264; déchirure au papier du feuillet frontispice en bas de page, également petite déchirure au feuillet 2 en bas de page, sans gravité; pliure verticale à la miniature, sans gravité, couleurs intactes et vives). Dimensions: 276 x 385 mm.
Manuscrit offert à un prince de la cour de Bourgogne (Simon ou Josse de Lalaing), sur papier, un support qu'affectionnaient les bibliophiles de la cour de Bourgogne pour la réalisation de manuscrits de luxe enluminés. Ce manuscrit figure dans l'inventaire des manuscrits de Charles II comte de Lalaing en 1541: «Premier volume de Tristan escript à la main».
provenance 1. Inscription dans la marge supérieure du premier feuillet frontispice: «Lalaing» et le prénom rajouté par une autre main «Jacques» (mains du XVIIe siècle ?). Si les armoiries peintes dans l'encadrement inférieur du feuillet frontispice sont bien celles d'un membre de la maison de Lalaing, il semble que l'identification à Jacques de Lalaing (1421-1453) soit erronée. On remarque que les armoiries se blasonnent comme suit: «De gueules à dix losanges d'argent accolés et aboutés, trois, trois, trois et un, brisés sur le premier losange d'un lionceau de gueules». Ce sont les armes des Lalaing seigneurs de Montigny. La branche de Montigny, qui devint la branche principale au xv ie siècle, brisait d'un lionceau de gueules sur le premier losange. Les surbrisures se faisaient en changeant la couleur du lionceau ou en les multipliant (Josse de Lalaing du vivant de son père Simon). Au vu des dates et du style du décor, il peut s'agir de Simon de Lalaing (1405-1476), seigneur de Montigny et Santes, prévôt de Valenciennes en 1429 et 1433 qui épouse Jeanne de Gavre-Escornaix; ou encore plus probablement de leur fils Josse (ou Jost) de Lalaing (1437-1483) qui rachète la seigneurie de Lalaing à son cousin Jean Ier, conseiller et chambellan du duc de Bourgogne
Charles le Téméraire. Si l'on admet une datation circa 1470-1475, le commanditaire peut être soit Simon de Lalaing (alors sexagénaire), soit Josse de Lalaing (alors trentenaire).
On connait quelques manuscrits ayant été commissionnés par Josse de Lalaing, dont un livre d'heures copié pour le couple Lalaing-de la Viefville (Londres, Quaritch, cat. 1931, no. 46, cf. base de données H.
Wijsman, CNRS/IRHT Telma, ref. 3774); citons aussi les Roman de Thèbes, Roman de Troie, Cologny, Fondation Bodmer, 160 [provenance
Gaignat et La Vallière]; cf. base de données H. Wijsman, CNRS/IRHT, Telma, ref. 1423.
2. Manuscrit inclus dans l'inventaire de Charles II, comte de Lalaing, dressé en 1541: «Premier volume de Tristan escript à la main».
Il est intéressant de noter que seul le premier volume du texte se trouvait dans la bibliothèque des Lalaing, et ce dès le seizième siècle. Voir Monique Mestayer, «La bibliothèque de Charles II, comte de Lalaing, en 1541», Jean-Marie Cauchies (ed.), Les sources littéraires et leurs publics dans l'espace Bourguignon (XIVe - XVIe siècles) (PCEEB, 31), Neuchâtel, 1991, pp. 199-216, en particulier p. 211.
3. Reliure aux armes de la famille Van der Cruisse de Waziers. Armes reportées aussi dans les entre-nerfs. Il s'agit d'Arnoul van der Cruisse (ou Cruysse), seigneur de Waziers (1712-1793), né et décédé à Lille.
Il avait épousé Albertine Imbert de Grimaretz, dame de Martinsart (1715-1782). Il lègue sa riche bibliothèque à ses deux petits-fils Albert et Charles van der Cruisse. L'hôtel Van der Cruisse de Waziers est un ancien hôtel particulier situé 95 rue Royale à Lille. Ce manuscrit était conservé au château de Sart, à Flers (Nord).
Notre manuscrit est cité dans les Mémoires de la société royale des sciences, de l'agriculture et des arts de Lille (1839, 2e partie), Lille, 1840, avec la notice suivante: «Histoire de Tristan dit le Bref - In-fol.
Gr. Pap., lign., régl., car. goth., 2 col., bien cons., rel. v. f. Une grande miniature avec des armes au bas au commencement. Ce manuscrit appartient au comte de Lalaing» (Mémoires... (Lille, 1840), p. 385). La précieuse collection est détaillée aux pp. 381-391. Sur la bibliothèque
Van der Cruisse de Waziers, voir E. Olivier, «La bibliothèque Van der
Cruisse de Waziers», in Extraits des archives de la Société française des collectionneurs d'ex-libris et de reliures artistiques, nov.
4. Inscription à l'encre sur le recto de la première garde de papier réglé: «Voiés le catalogue de Mr. de Gaignat t. 1, fol. 555. no. 2288.
- Le catalogue de Mr. le duc de la Vallière, t. 2, fol. 614, no. 1015».
La référence au catalogue du duc de la Vallière est erronée: il s'agit d'un tout autre manuscrit du XIIIe siècle, 387 ff., «décorés de quelques miniatures» (Catalogue des livres de la bibliothèque de feu M. le duc de la Vallière. Première partie, tome second, Paris, De Bure, 3, no. 4015, p. 614).
5. Inscription ancienne «ex dono» pour partie effacée, peut-être lisible à la lampe de Wood (fol. I).
texte
Ce manuscrit contient le volume I de la version en prose du Roman de Tristan et Yseult. On peut supposer que le second volume a existé, mais celui-ci n'est pas localisé. Signalons que l'inventaire Lalaing de 1541 n'annonce qu'un volume déjà au XVIe siècle.
La première édition incunable du Tristan en prose parue sous le titre «Les faiz du tresvaillant et renommé chevalier Tristan», Rouen, Jean le Bourgeois pour lui-même et pour Antoine Vérard, 1489v (HC 15612; Pell.
11178 = 11179; Goff T-430).
Renée L. Curtis (1963/1965) et Philippe
Ménard (2007) ont édité la version longue:
R. Curtis a travaillé à partir du manuscrit
Carpentras 404 et suit Tristan depuis ses origines familiales jusqu'à l'épisode de sa folie; P. Ménard a dirigé plusieurs équipes de spécialistes travaillant sur le manuscrit Vienne 2542.
On connait cinq versions en vers du Roman de Tristan. C'est au XIIIe siècle que se fixe une version en prose. Le Tristan en prose est une longue relation en prose française (contenant néanmoins des passages lyriques) de l'histoire de Tristan et Iseult, et le premier roman de Tristan qui le relie au cycle arthurien.
Selon le prologue, la première partie (avant la quête du Graal), dont la date de rédaction est estimée entre 1230 et 1235, est attribuée à Luce de Gat, inconnu en dehors de cette mention (il en est fait mention dans la rubrique du présent manuscrit qui précède la table).
Cette partie semble avoir été remaniée et développée après 1240. Un second auteur se présente dans l'épilogue comme Hélie de Boron, neveu de Robert de Boron; il déclare avoir pris la suite de Luce de Gat, et avoir travaillé comme lui d'après un original en latin. L'identité des auteurs/traducteurs Luce de Gat et Hélie de Boron a été mise en doute.
ff. I-III, Table du premier volume, avec rubrique: «Cy commence la table sur le premier volume de tristran»; explicit, «Cy fine la table sur le premier volume de Tristran»; f. IIIv, Longue rubrique: «Cy commence la grant histoire de Tristram qu'on appelle le Bret laquelle histoire messire Luces le grant et messire Hellys de Borron translatererent de latin en francois et appellerent entre eulz deulz cestui livre communement le livre du Bret pour ce que bret est autretant a dire comme maistre et dirent que ce livre est maistre sur tous les aultres livres qui ont esté extraitz du roy Artus et de tous les compaignons de la table reonde dont ce livre traitte ordonnierement de l'ung apres l'autre et premierement messire Luces tant comme il vesqui si briefment come vous orez et commença en telle manière»; ff. 1-267, incipit, «Apres la passion de Jhesu
Crist Joseph d'Arimathie vint en la grande bretaigne par le commandement de nostre seigneur et crestienna moult grant partie des habitans Joseph avoit ung serourge nommé
Bron lequel avoit un filz...».
illustration
Ce manuscrit est illustré d'un grand frontispice enluminé (f. 1), qui figure plusieurs scènes dans un seul tableau. On reconnait
Tristan qui monte à cheval. A gauche, Tristan accueille Iseult qui arrive en bateau chargé d'hommes en armes. Enfin dans une forêt lointaine, Iseult, assise au sol, assiste au combat de Tristan contre un sanglier sauvage.
La miniature est attribuable à Loyset Liédet, artiste actif et documenté en «Hesdin» dès 1454. Il apparait en 1469 parmi les nouveaux membres de la gilde des gens du livre de la ville de Bruges en 1469 où il est présent dès 1468 (il peint un Regnault de Montauban (Paris, BnF, Arsenal, ms 5072)).
Georges Dogaer a bien identifié son style: «His tall figures are easily recongnizable: they are very slim and tend to sag a little at the knees, nearly all of them have the same facial expression, and their attitudes are wooden and stiff. Although Liédet's compositions remain rather cold and arid, his colours, as a rule, strongly varied and fresh, lend life to his pictures” (Dogaer, 1987, p. 107).
Loyset Liédet fut, pour l'essentiel, au service des ducs de Bourgogne (notamment le duc Charles le Téméraire pour qui il réalisa plus de 400 miniatures) et des membres de leurs cours. Liédet illustre pour eux plusieurs manuscrits, avec une prédilection pour les romans et les chroniques: il est à la tête d'un atelier florissant à Bruges dont serait issue la présente miniature si l'on retient une production d'atelier.
bibliographie
Born, Robert. Les Lalaing. Une grande «mesnie» hennuyère, de l'aventure d'Outrée au siècle des gueux (1096-1600), Bruxelles, 6.
Bousmanne, B., T. Delcourt (dir.), I. Hans-
Collas, P. Schandel, C. Van Hoorebeeck et M. Verweij (ed.), Miniatures flamandes, 1404-1492, Bruxelles-Paris, 2011.
Chocheyras, Jacques et Philippe
Walter, Tristan et Iseut: genèse d'un mythe littéraire, Paris, Honoré Champion, 1996.
Curtis, Renée L. Le Roman de Tristan en prose, vols. 1-3. Cambridge (1963-1965).
Dogaer, Georges, Flemish Miniature Painting in the 15th and 16th centuries, Amsterdam, 1987.
Légaré, Anne-Marie, «Loyset Liédet: un nouveau manuscrit enluminé», in Revue de l'art, 4 (1999), pp. 36-49.
Ménard, Philippe (éd.) Le Roman de Tristan en Prose, vols. 1-9. Genève, Droz, 1987-1997
Vanwijnsberghe, Dominique, «Marketing
Books for Burghers: Jean Markant's activity in
Tournai, Lille, and Bruges», in Flemish Manuscript
Painting in Context. Recent Research, ed. E. Morisson and T. Kren, Los Angeles, 2006, pp. 135-148.
Wijsman, Hanno, «William Lord Hastings, Les Faits de Jacques de Lalaing et le Maître aux inscriptions blanches. A propos du manuscrit français 16830 de la Bibliothèque nationale de France», in Als ich can. Liber amicorum in Memory of Prof. Dr. Maurits
Smeyers, ed. Bert Cardon et al., Leuven, 2002, pp. 1641-1664.
Wijsman, Hanno, Luxury bound. Illustrated
Manuscript Production and Noble and
Princely Book Ownership in the Burgundian
Netherlands (1400-1550), Turnhout, Brepols,2010

[LUCE DE GAT; HELIE DE BORON (ATTRIBUÉ À)]. [TRISTAN ET ISEULT (TRISTAN EN PROSE)] En français, manu…
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16 juin 2018

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N° 17
PETRARQUE (1304-1374), CANZONIERE; TRIOMPHES;
LEONARDO BRUNI, VITA PETRARCAE; PETRARQUE, NOTES SUR LAURE En italien et en latin, manuscrit enluminé sur parchemin
Italie, Lombardie, Pavie ou Milan, vers 1470
Avec 5 enluminures par Giovanni Pietro Birago, actif en
Lombardie, vers 1471-1513.
198 ff., sur parchemin (collation: i-xiii8, xiv-xv10, xvi8, xvii6, xviii-xx8, xxi9, xxii7 (de 8, manque le v), xxiii-xxiv6, xxv8), texte complet, il manque cependant un feuillet qui pouvait comporter une miniature (sans doute pour illustrer le Triomphe de la Chasteté), réclames verticales en marge du dernier feuillet de la plupart des cahiers, texte sur 29 lignes (justification: 70 x 147 mm), fine écriture humaniste à l'encre brune, numérotation des poèmes à l'encre rouge pâle (Canzoniere), nombreuses lettrines d'une hauteur de 2 lignes à l'or bruni sur fonds alternativement bleu ou rouge, parfois bicolore avec rehauts blancs, feuillet frontispice enluminé avec un encadrement sur fond d'or bruni, orné d'anges, d'oiseaux et d'animaux, avec une miniature montrant
Laure ceignant Pétrarque de la couronne de laurier, la bordure inférieure avec une jeune femme tirant une flèche dans le coeur d'un jeune homme et, au centre en bas, un médaillon avec les armes des Visconti, la bordure extérieure avec un médaillon représentant
Apollon poursuivant Daphné (Canzoniere), quatre miniatures pour les Triomphes (3 à pleine page et 1 à une à un tiers de page) [mouillures marginales en particulier aux dix derniers ff., mais visibles tout du long au centre de la marge extérieure et qui ont causé une dépigmentation au coin intérieur inférieur au f.1, à la marge inférieure du f. 150 v° et à la marge extérieure du f. 166, petits manques dans le vélin à 2 feuillets)].
Reliure anglaise du milieu du XIXe siècle signée F. Bedford. Plein maroquin brun estampé à froid, centre des plats décorés d'un treillis de filets à froid encadrés d'une double bordure, la première composée de losanges enchevêtrés, la seconde de fleurons encadrés par un double triple filet, dos à 5 nerfs, auteur et titre dorés au dos, bordure intérieure à triple filet. Boitier de conservation articulé. Dimensions:
207 x 142 mm.
Superbe manuscrit peint à Milan par Giovanni Pietro Birago, peintre des Heures Birago et des Heures Sforza, au service des Visconti et des Sforza. Tout manuscrit des textes de Pétrarque est précieux.
provenance 1. Manuscrit copié et enluminé en Italie, ce que corroborent l'écriture et le style des miniatures attribuables à Giovanni Pietro Birago, un artiste actif à Milan dans les premières années de la décennie 1470, auparavant connu sous le nom «Maître du Livre d'heures de Bonne de Savoie» (Londres, BL, Add. 34294, Heures dites Sforza) ou encore «Maître des Heures Birago».
2. Armoiries des Visconti dans un écu peint dans la bordure inférieure du feuillet frontispice: d'argent, à une couleuvre ondoyante (guivre) en pal d'azur, couronnée d'or, vomissant un enfant de sa gueule, posé en face, les bras étendus. Les armoiries sont inscrites dans une couronne de laurier doublée d'une inscription en lettres capitales: «IVLLIVS VICE COMES». Ces armoiries ont été repeintes plus tardivement sur un écu antérieur. On connait un membre de la famille Visconti du nom de Giulio Visconti Borromeo Arese, comte di Brebbia (1664- 1751), diplomate lombard au service de la Maison d'Autriche et qui fut ministre plénipotentiaire des Pays-Bas autrichiens de 1726 à 1732, sous l'empereur Charles VI et sous le gouvernorat de Marie-Élisabeth.
Une autre copie du Canzoniere et des Trionfiavec un frontispice par le même artiste et une miniature semblable (Milan, Biblioteca Trivulziana, Cod. 903: cf. G. Petrella, Il fondo Petrarchesco della Biblioteca
Trivulziana manoscritti ed edizioni a stampa (sec.xiv-xx), 2006, pp.
33-38) porte un médaillon d'un format exactement identique où les armes des Visconti sont entourées de «Franciscus Vicecomes» (Francesco Visconti). Il paraît probable que notre manuscrit fut originellement enluminé pour un des proches parents de Francesco, qui avait un frère, Guido (Conte Pompeo Litta, Famiglie celebri italiane, Visconti di Milano, tav. XVI), ou un autre Visconti de la cour ducale, par lequel il passa par héritage à un «Giulio». Un des personnages connus portant ce prénom fut Giampietro, conseiller ducal en 1477 et ancêtre d'un «Giulio» qui fut diplômé de l'université de Pavie en 1604 (Litta, Visconti di Milano, tav. XIII). Rappelons que la famille Visconti entretenait des relations privilégiées avec Pétrarque, qui fut longtemps le protégé des seigneurs de Milan.
Enfin signalons que Giovanni Pietro Birago (Maître des Heures Birago) a peint aussi un De Remediis utriusque fortunae de Pétrarque, conservé à Clermont-Ferrand (BM, MS 170).
3. Sir Henry Hope Edwardes, Bart., qui le fit relier par le grand relieur londonien Francis Bedford.
4. Christie's, Londres, 24 novembre 2009, lot 5
texte ff. 1-7v, Index alphabétique des incipit des poèmes du Canzoniere; ff. 8-8v, feuillet blanc réglé; ff. 9-150v, Pétrarque, Canzoniere (Rerum vulgarium fragmenta), íncipit, «Voi ch'ascolati in rime...»; numérotées I à CCCLXVI [nos 1, 3, 2, 4-79, 81-82, 80, 83-92, 94-96, 93, 97-120, 122, «Donna mi viene», 123-242, 121, 243-339, 342, 340, 351-54, 350, 355, 359, 341, 343, 356, 49, 357-58, 360-66]; ff. 151-190, Triomphes, incipit, «Nel tempo de rinuova e miei sospiri...», avec f. 151, Triomphe de l'Amour I; f. 153v, Triomphe de l'Amour II; f. 157, Triomphe de l'Amour III; f. 160, Triomphe de l'Amour IV; f.
163, Triomphe de la chasteté; 166v, Triomphe de la mort I; f. 170v, Triomphe de la mort II; f. 174, Triomphe de la renommée I, première rédaction; f. 176v, Triomphe de la renommée I; f. 179, Triomphe de la renommée II; f. 182, Triomphe de la renommée III; f. 184, Triomphe du temps; f. 188, Triomphe de l'éternité; f. 190v, feuillet réglé blanc; ff. 191-197, Leonardo Bruni, Vita Petrarce, rubrique, Incipit vita Francisci
Petrarcae edita per Leonardum Arretinum virum clarissimum; íncipit, “Francisco Petrarca huomo di grande ingegnio...”; ff. 197-197v, Pétrarque, Notes sur Laure, en latin, rubrique, Infrascripta epistola inventa fuit Rome in quodam studiolo Francisci Petrarce propria manu scripta; incipit, “Laura propriis virtutibus illustris & meis longum celebrata...” ff. 197v-198, Pétrarque, Notes sur Laure, en italien, rubrique, El vulgare della detta epistola; incipit, “Laura di proprie virtu illustre & lungo tempo...”; f. 198v, feuillet blanc réglé.
Inspiré par son amour pour Laure, aperçue pour la première fois à Avignon en 1327, le Canzoniere (Rerum vulgarium fragmenta) comprend 366 poèmes écrits en toscan (317 sonnets, 29 chansons, 9 sextines, 4 madrigaux et 7 ballades): l'ouvrage fixe la forme du sonnet et pose les bases de la poésie lyrique européenne jusqu'à la Renaissance et au-delà. L'oeuvre se divise en deux parties, que sépare la mort de Laure, en 1348. Le poète est partagé entre la représentation réaliste de l'amour et la conception médiévale, entre le profane et le sacré, les deux se mêlant pour culminer dans la célébration de la beauté.
Comme Béatrice pour Dante, Laure est celle qui conduira le poète au salut. La première partie évoque la figure vivante de Laure et chante les douceurs et les tourments de l'amour impossible; la deuxième est tout entière consacrée au souvenir et à l'idéalisation de Laure, qui atteint une dimension mythologique.
Pétrarque travailla toute sa vie à ce recueil, le peaufinant et réarrangeant jusqu'à sa mort. Malgré la célébrité que lui valurent ses oeuvres latines de son vivant, le poète ne se doutait pas de l'immense répercussion qu'allait avoir ce livre, à l'origine d'une école poétique qui, à travers les poètes de la Pléiade entre autres, allait façonner la littérature occidentale tout entière et reste à ce jour le canon de tous les sonnets amoureux.
Les Triomphes, l'autre oeuvre poétique majeure de Pétrarque, fut commencée en 1354. Ce poème allégorique divisé en six triomphes et douze chapitres voit s'opposer le Désir et la Chasteté, la Mort et la Gloire, le Temps et l'Éternité. Les figures allégoriques accompagnées des personnages historiques, mythologiques et bibliques se succèdent depuis le triomphe initial de l'amour sur le coeur humain jusqu'à la victoire finale de l'Éternité sur le Temps. Au centre de cette épopée amoureuse écrite en tercets hendécasyllabes se trouve encore une fois Laure sur l'invocation à laquelle se clôt le poème. Le présent manuscrit reflète l'évolution constante du texte et contient des éléments de différents stades de sa composition. Quelques omissions ont été rétablies en marge dans une écriture cursive du XVe siècle.
Le manuscrit est complété par les Notes sur
Laure (en italien et en latin), qui démentent l'hypothèse selon laquelle Laure n'aurait été qu'une figure allégorique. Pétrarque rappelle les circonstances dans lesquelles il aperçut pour la première fois sa bien-aimée et celles dans lesquelles il apprit sa mort. Les notes
proviennent d'un manuscrit inséré dans un exemplaire de Virgile ayant appartenu au poète. Enfin, le manuscrit comprend la Vie de Pétrarque par Leonardo Bruni (1370-1444), ouvrage qui contribua à propager la gloire du poète.
illustration f. 9, Laure couronne Pétrarque (Avignon en arrière-plan?); au bas du Feuillet frontispiece, un médaillon avec Apollon et Daphné; f. 150v, Le Triomphe de l'Amour; f.167, Le Triomphe de la Mort; f. 184v, Le Triomphe du Temps (de la Renomée); f.187v, Le Triomphe de l'Eternité.
Les enluminures de ce manuscrit sont l'oeuvre de Giovanni Pietro Birago, appelé aussi le «Maître des Heures Birago» d'après le livre d'Heures qu'il réalisa pour un membre de la famille Birago de Milan (vers 1470, aujourd'hui dans la collection du Comites
Latentes (Genève): voir J.J.G. Alexander et A. de la Mare, The Italian Manuscripts in the Library of Major J.R. Abbey, 1969, pp.147-150) mais aussi «Maître des Heures de Bonne de Savoie» d'après les célèbres
Heures Sforza (Londres, BL, Add.34294).
Birago naquit probablement à Milan vers 1450 et mourut vers 1513. Il fut actif à Brescia, Pavie et Milan, où ses principales commandes furent destinées aux cours princières. Parmi celles-ci, on connaît un exemplaire de présent pour le duc Galeazzo Maria Sforza du Opusculum de impedimentis matrimonii de Girolamo Mangiarias de 1466 (Paris, BnF, Ms. lat. 4586) et les Heures de Cecilia
Gonzaga (Morgan Library, Ms M.454) vers 0. Il est surtout connu pour être l'auteur des miniatures du livre d'Heures de Bona
Sforza (complété par le Hollandais Gerard
Horenbout), épouse du duc de Milan. Ce chef-d'oeuvre de la Renaissance, après avoir connu une histoire mouvementée (une partie du manuscrit fut volée à Birago), a appartenu à Marguerite d'Autriche, tante de l'empereur
Charles Quint et se trouve aujourd'hui au
British Library. Dans une lettre de l'époque, Birago estime sa valeur à 500 ducats, c'està- dire environ cinq fois la valeur de la Vierge aux rochers de Léonard de Vinci. En 2004, une des pages enluminées par Birago fut retrouvée et acquise par la British Library pour 345 000 dollars.
La décoration du présent manuscrit de Pétrarque est exécutée avec une grande finesse et somptuosité. Birago y aborde les grands thèmes classiques, en les rafraîchissant et les renouvelant par son invention.
L'attention méticuleuse apportée aux illustrations du texte de Pétrarque va au-delà de la parfaite maîtrise technique. A l'époque de ce manuscrit, un cycle d'illustrations des Triomphes s'était développé, dont la diffusion était bien plus grande que celle du texte lui-même: les Triomphes étaient représentés sous forme de gravures, tapisseries, statuettes, vitraux, peintures et ferronnerie.
L'iconographie de ces scènes, qui toutes montraient une procession triomphale, était relativement indépendante du texte de Pétrarque. Tout en suivant ce schéma dans les grandes lignes, les miniatures du présent manuscrit ne peuvent être directement rattachées à une série connue: elles témoignent d'une grande originalité dans l'organisation et le choix des éléments. Ainsi, parmi les personnages qui escortent l'Amour figure un Hercule nu, tandis que Samson et Dalila voisinent avec Aristote et Phyllis comme exemples de figures illustres vaincues par l'amour. L'illustration de la page d'ouverture témoigne d'une compréhension fine de l'oeuvre. On y voit Laure couronner le poète de lauriers, l'arbre mythologique, ce qui renvoie à son nom (la scène est évoquée au sonnet 119), thème repris dans le médaillon qui représente Daphné se métamorphosant en laurier pour échapper à Apollon (Pétrarque ayant identifié son amour et la perte de l'objet aimé aux malheurs d'Apollon).
bibliographie
Mann, N. Petrarch Manuscripts in the
British Isles; Censimento dei codici
Petrarcheschi 6, Trapp, J.B., “Petrarch's Laura: The Portraiture of an Imaginary Beloved”, in Journal of the Warburg and Courtauld Institutes, LXIV (2001), pp.73-74.
Santoro, C. I codici medioevali della Biblioteca
Trivulziana, 1965, p. 22.
Bollati, Milvia, Dizionario biografico dei miniatori italiani, Milan, 2004

PETRARQUE (1304 1374), CANZONIERE; TRIOMPHES; LEONARDO BRUNI, VITA PETRARCAE; PETRARQUE, NOTES SUR L…
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16 juin 2018

14:30

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16 juin 2018

14:30

N° 19
LIVRE D'HEURES (À L'USAGE DE PARIS)
En latin et en français, manuscrit enluminé sur parchemin
France, Lorraine (Nancy ?) et Paris, vers 1493
Avec 14 grandes enluminures par
Georges Trubert et 3 enluminures par le Maître de Martainville (ou son atelier) 127 ff., précédés et suivis de 4 ff. de garde de parchemin moderne, complet (collation: i6, ii10, iii-viii4, ix-xvi8, xvii5), écriture en lettre bâtarde à l'encre brune, texte sur une colonne, 19 lignes de texte, réglure à l'encre rouge, rubriques en rouge, bouts-de-ligne en rouge foncé ou bleu avec décor doré, initiales d'une ou deux lignes de hauteur à l'or liquide sur fonds rouge foncé ou bleu, avec décors dorés, initiales de 3 à 4 lignes de hauteur en rose avec rehauts blancs avec décor floral, sur fonds rouge avec décors dorés, 17 miniatures, dont 12 à trois-quarts de page et 5 à pleine page, bordures enluminées, la plupart avec feuilles d'acanthe, fleurs, fruits et grotesques ou bestiaire sur fonds d'or, les bordures des miniatures à pleine page étant soit des encadrements architecturés avec aplats de couleur soit des bordures à bandes rayées colorées.
Reliure de la fin du XIXe siècle, plein maroquin rouge, décor symétrique des plats à double filets croisés au centre et encadrement aux petits fers, dos à nerfs soulignés de petits pointillés, caissons à double filets dorés ornés de fleurons, titre doré, double filet doré sur les coupes, doublures de maroquin blanc au semé de fleurs de lys dorées, gardes de tabis moiré crème, tranches dorées (rel. signée L. Curmer (contre-plat supérieur) et dorure de C.
Maillard (contre-plat inférieur); quelques rousseurs sur les gardes). Emboîtage moderne en plein maroquin brun. Dimensions: 133 x 83 mm.
«Eclatant de virtuosité» et d'une «inlassable imagination décorative» (Reynaud, 1977), Georges Trubert est considéré comme l'un des plus importants enlumineurs français de la fin du XVe siècle. Ces Heures sont l'un des ouvrages enluminés par Trubert pendant sa période lorraine au service de René II de Lorraine entre 1492 et 1494.
provenance 1. Manuscrit peint par Georges Trubert, «historieur», peintre actif entre 1467 et 1499 en Anjou, en Provence (au service de René d'Anjou) puis en Lorraine (au service de René II de Lorraine). Georges
Trubert meurt en 1508.
2. Nombre inscrit dans le coin droit inférieur du recto de la dernière garde: «14623».
3. Vente Rouen, 14 mars 1990, no. 48.
texte ff. 1-6v, Calendrier, en latin, encres rouge, bleue et brune: relevons les saints suivants, Jean Chrysostome, en rouge (27 jan.);
Radegonde, en rouge (30 jan.); Celidon, en rouge (10 mars); Gertrude, en rouge (17 mars); ff. 7-7v, feuillet réglé blanc; ff. 8-13, Péricopes évangéliques; ff. 13v-16v, Obsecro te; ff. 17-59v, Heures de la Vierge (usage de Paris), avec laudes (ff. 25v-34), antienne, «Benedicta tu...» et capitule, «Te laudent angeli...»; prime (ff. 34-39), antienne, «Benedicta tu...» et capitule, «Felix namque...»; none (ff. 46v-49), antienne, «Sicut lilium...» et capitule, «Per te dei...»; ff. 60-60v, feuillet blanc réglé; ff. 61-74, Psaumes de la pénitence suivis des litanies; f. 74v, feuillet réglé blanc; ff. 75-78, Heures de la Croix; f. 78v, feuillet réglé blanc; ff. 79-81v, Heures du Saint Esprit; ff. 82-119, Office des morts (usage de Paris), avec les leçons suivantes: 1. Qui Lazarum; 2. Credo quod; 3. Heu michi; 4. Ne recorderis; 5. Domine secundum; 6. Peccantem me; 7. Domine secundum; 8. Memento mei; 9. Libera me; ff. 119, Prières et suffrages aux saints, avec rubriques suivantes, Commemoratio pro defunctis; Ad totam trinitatem; Quando surgis de lecto; Exeundo de camera dic;
Oratio valde devota; In oresencia corporis christi; In elevatione corporis christi;
Eundo cubitum; De sancto Sebastiano;
De beata Maria Magdalena; De beata
Barbara; De sancta Katherina; De sancta
Genovefa; De sancta Martha; Oratio, «Omnipotens sempiterne deus...».
illustration
Il y a 17 miniatures dans ces Heures, dont trois sont peintes par un autre artiste parisien (Le Maître de Martainville), e.g. ff.
8; 9v et 75. Les 14 autres miniatures sont attribuables à Georges Trubert.
f. 8, Saint Jean l'Evangéliste; f. 9v, Saint Luc; f. 11, Saint Marc; f. 12v, Saint Matthieu; f. 13v, Vierge au croissant; f. 17, Annonciation; f. 25v, Visitation; f. 34v, Nativité; f. 39v, Annonciation aux bergers; f. 43, Adoration des rois mages; f. 46v, Présentation au temple; f. 50, Fuite en Egypte; f. 55v, Couronnement de la Vierge; f. 61, David en prière; f. 75, Crucifixion; f. 79, Pentecôte; f. 82, Cadavre sortant d'un cercueil.
Georges Trubert appartient à une famille d'artistes installée à Troyes, en Champagne, depuis au moins 1364. Son père, Pierre Trubert, est mentionné dans les archives comme «peintre et imagier». Son frère, François, est signalé comme sculpteur. Son autre frère, Guy ou Guyot, est mentionné comme facteur d'orgues. Le troisième, Oudard, est cité comme «imagier et graveur» (Hamon, 2004). La personnalité de Georges Trubert a été révélée avec précision en 1977 grâce aux travaux de N. Reynaud et a fait l'objet d'une mise au point par
M.-C. Léonelli (2009): «Nicole Reynaud a parfaitement caractérisé le style de Trubert. Ces pages peintes sont conçues comme un tout cohérent où la miniature centrale, l'encadrement, et éventuellement le texte sont parfaitement liés de façon à développer des compositions très monumentales. La très grande variété des encadrements participe à la solennité de la mise en page» (Léonelli, 2009, «Bréviaire de René II de Lorraine», no. 55).
Vraisemblablement formé à Paris, Georges
Trubert est régulièrement nommé dans les textes et comptes de la cour de René d'Anjou. Il semble d'abord actif en Anjou, puis en Provence où il est enlumineur officiel de la cour à partir de 1467, succédant sans doute à Barthélemy d'Eyck.
Une salle de travail est aménagée spécialement pour lui, dans l'hôtel particulier du prince à Avignon. En 1476, il reçoit une somme d'argent pour effectuer un voyage à Rome. La même année, il épouse une
Arlésienne nommée Marguerite Bonnot.
Par la suite, il est mentionné comme valet de chambre, office honorifique qui lui permet de percevoir de généreux subsides.
Après la mort de son mécène, il reste au service de son héritier, Charles V d'Anjou, jusqu'à sa mort en 1481. Durant la décennie 0, il est toujours actif à Avignon, où il possède des maisons données par son ancien mécène. Vers 1490, il est appelé par le petit-fils du roi René, René II de Lorraine. Il s'installe à sa cour, à Nancy, où il est actif comme peintre officiel jusqu'à l'extrême fin du XVe siècle. En mai 1508, une minute notariale parisienne le signale comme mort. Plus aucune oeuvre ne lui est attribuée après 1500
Les manuscrits les plus achevés de Georges Trubert appartiennent à sa période lorraine. Son style se caractérise par une large palette de couleurs rares et acides (alliant un rouge-orangé intense, deux jaunes et deux verts respectivement clairs et foncés, un azur de lapis-lazuli et un bleu-ardoise, un rose pâle, un mauve intense et un grenat foncé), et l'usage du camaïeu d'or et de la grisaille. L'encadrement de ses compositions fait preuve de recherche: outre l'architecture antiquisante de la Renaissance italienne, il utilise volontiers des combinaisons originales, telles des branches écotées liées entre elles: dans les présentes Heures, Trubert encadre deux miniatures avec des bandes obliques de couleur, osant les rayures (ff. 61 et 82). Ses personnages présentent une physionomie particulière, avec leurs yeux écartés longuement étirés sur les tempes. Les femmes portent les cheveux flottant sur les épaules, leur visage vu de trois-quarts est légèrement incliné. Les figures sont souvent situées au premier plan, vues à mi-corps dans un cadrage resserré, en vertu de ce que l'historien d'art Sixten Ringbom a nommé le dramatic
close-up: une mise en page destinée à rapprocher affectivement la représentation peinte de celui qui la contemple, et à favoriser sa méditation (Ringbom, 1965).
Reynaud relève que «Trubert pousse la formule à son extrême, remplissant totalement la surface peinte par les demi-figures cadrées au plus juste, éliminant au maximum les éléments anecdotiques du décor ou de paysage et les personnages annexes, insistant sur le jeu des regards et des mains...» (Reynaud, 1993, p. 384).
Outre une probable formation parisienne, le style de Georges Trubert semble à l'évidence influencé par un autre peintre de René d'Anjou, Barthélemy d'Eyck, auquel il emprunte notamment le lourd drapé des vêtements.
Le présent livre d'heures est à rapprocher d'un ensemble cohérent de manuscrits réalisés par Georges Trubert pendant sa période lorraine, sous l'influence de l'enluminure du Nord, dite ganto-brugeoise.
Reynaud (1993) suggère que Philippe de Gueldre, l'épouse de René II de Lorraine, a sans doute apporté des ouvrages et manuscrits de ce courant artistique, ayant été élevée à la cour de Bourgogne. On relèvera aussi l'influence d'artistes tels
Simon Marmion qui affectionne aussi les cadrages à mi-corps. Parmi ces manuscrits datant de la période lorraine du peintre
Georges Trubert, on compte: R. Esmérian.
Vente Paris, Galliéra, 6 juin 1972, no. 5: «Heures de René II de Lorraine» (localisation actuelle inconnue); Heures de Jean de Chasteauneuf (Paris, BnF, n.a.l. 3210; voir notice Reynaud, 1993, no. 217, daté circa 1493); Heures (Waddesdon Manor, ms. 21); Bréviaire (Paris, Bibliothèque de l'Arsenal, ms. 601); Bréviaire (Paris, Petit
Palais, ms. Dutuit 42); Diurnal (Paris, BnF, lat. 10491). Les présentes Heures sont évoquées par Reynaud (1993, no. 217).
On notera l'association de Trubert dans les présentes Heures avec un peintre parisien (qui peint trois miniatures). Il est intéressant de noter que Trubert s'associe volontiers avec des peintres autres pour réaliser les cycles d'enluminures des ouvrages: citons par exemple des Heures à l'usage de Troyes peintes pour partie par Georges Trubert (12 miniatures) et par
Jean Colombe (5 miniatures) (Londres, Christie's, vente 28 novembre 2001, lot 18).
bibliographie
Avril, F. et N. Reynaud. Les manuscrits à peintures en France - 1440-1520, Paris, 3, pp. 377-384.
Hamon, Étienne, «Une famille d'artistes d'origine troyenne à Paris la fin du xve siècle: les Trubert», in Bibliothèque de l'École des chartes, t. 162, no 1, 2004, pp. 163-189.
Léonelli, Marie-Claude, «Georges Trubert, de René d'Anjou à René II de Lorraine», dans Marc-Édouard Gautier, Splendeur de l'enluminure. Le roi René et les livres, Angers, 2009, pp. 145-149.
Reynaud, Nicole. «Georges Trubert, enlumineur du roi René et de René de Lorraine», in Revue de l'art, 35 (1977), pp. 41-63.
Ringbom, Sixten, Icon to Narrative. The
Rise of the Dramatic Close-up in Fifteenth- century Devotional Painting, Åbo,1965

LIVRE D'HEURES (À L'USAGE DE PARIS) En latin et en français, manuscrit enluminé sur parchemin France…
Estimation - 200 000 - 300 000 €
Aristophil - Neuilly sur seine, France
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16 juin 2018

14:30

N° 20
HEURES DITES DE JEANNE RAOULIN LIVRE D'HEURES (À L'USAGE DE PARIS)
En latin et en français, manuscrit enluminé sur parchemin
France, Paris, vers 1500-1510
Avec 12 grandes et 16 petites miniatures, attribuées au
Maître de Philippe de Gueldre (16 petites miniatures et 7 grandes) et à un atelier parisien (émule de Jean Pichore ?) 147 ff., manque trois feuillets (après 62, 73 et 102, ancienne foliotation), écriture gothique à l'encre brune, sauf pour le calendrier (17 lignes) en lettres rouges bleues ou or, parchemin réglé à l'encre rouge pâle, 18 lignes à la page, écriture à l'encre brune, initiales ornées à l'or liquide sur fonds bleu ou rouge foncé, bouts-de-ligne de même ou figurés par des bois écotés dorés, initiales d'une hauteur de 2 lignes en bleu rehausssé de blanc ou or sur fonds rouge, bleu, ou or parfois avec motifs floraux, plus grandes initiales de couleur marquant les grandes divisions liturgiques sur fonds rouge et bleu avec parfois motifs zoomorphiques (e.g. ff. 44v, 77), bordures enluminées à toutes les pages (baguette latérales seules pour les feuillets de texte) avec feuilles d'acanthe colorées sur fond à l'or liquide ou fond réservé avec fleurs et grotesques, avec 12 grandes miniatures et 16 petites miniatures.
Reliure moderne de velours rouge cramoisi, dos à 4 nerfs, gardes anciennes, tranches dorées. Dimensions: 120 x 176 mm.
provenance 1. Manuscrit peint et copié à Paris, pour l'usage liturgique de Paris.
Au feuillet 24v on trouve une miniature à pleine page figurant une donatrice (commanditaire de ces Heures ?) agenouillée en prière et dans un cartouche dans l'encadrement architecturé: «Jehanne
Raoulin». Elle est présentée par saint Jean-Baptiste, sans doute son saint patron, ou celui de la paroisse à laquelle elle appartenait.
Note manuscrite rajoutée dans les marges des feuillets 24v-25: «Jean Raoulin bachelier en droit pretre du diocese du Mans fut secretaire du chapitre de l'eglise de Paris depuis 1493 jusqu'au 8 aout 1496. Pierre Raoulin son neveu lui la ceda jusqu'au 16 fevrier 1535. Il devint en meme temps curé de St Jean le Rond...observé par moi archiviste de l'eglise de Paris en 1764». On consultera aux Archives nationales, le fonds Série L, Eglises collégiales de Paris, notamment la cote L 602: «Eglise collégiale Saint-Jean-le-Rond».
L'église Saint-Jean-le-Rond était une église de Paris dédiée à saint Jean-Baptiste aujourd'hui détruite. Elle était accolée au mur gauche de la nef de la cathédrale Saint-Étienne de Paris, ou aujourd'hui du collatéral Nord de la cathédrale Notre-Dame de Paris, à l'emplacement actuel de la rue du Cloître-Notre-Dame. Il est intéressant de noter que la donatrice est présentée par saint Jean-
Baptiste. Saint-Jean le Rond a conservé longtemps un rôle central dans les cérémonies baptismales, mais servait également d'église paroissiale: on y célébrait le culte de sainte Geneviève car la légende disait qu'au Ve siècle celle-ci ait réuni dans le baptistère les femmes parisiennes pour les exhorter à lutter contre Attila par leurs prières.
L'église avait la charge des laïcs vivant dans le cloître Notre-Dame.
Elle était desservie par un collège de huit chanoines, formé de deux prêtres, de trois diacres et de trois sous-diacres.
2. Annotations à peine lisibles au premier feuillet de garde. On distingue le nom «Houé» et la date 1764.
3. Vente Lantelme, 29 novembre 1904, n° 21.
texte ff. 1-12v, Calendrier (usage de Paris), encre rouge, bleu et or, en français, à l'usage de Paris, avec sainte Geneviève (3 janvier; 26 novembre); saint Landry (10 Juin); sainte Aure (4 octobre); saint
Denis (9 octobre); saint Marcel (3 novembre); ff. 13-18, Péricopes évangéliques; ff. 18v-21v, Obsecro te; ff. 22-24, O intemerata; ff. 25-84v, Heures de la Vierge; manque un feuillet à sexte, avec une miniature, sans doute une Adoration des mages (fol. 65 ancienne foliotation, nouvelle fol. 66) ff. 85-99v, Psaumes de la pénitence
ff. 100-102v, Heures de la Croix; ff. 103-106v, Heures du Saint Esprit; ff. 107-145, Office des morts, manque le premier feuillet de l'Office des morts, avec une miniature (fol. 102, ancienne foliotation); ff. 145-151v, Suffrages de la Trinité, de saint Michel, de saint Jean-
Baptiste, de saint Jacques le Majeur, de saint Sébastien, de saint
Nicolas, de saint Antoine, de sainte Anne, de sainte Catherine, de sainte Marguerite, de sainte Geneviève.
illustration:
Ce manuscrit contient 12 grandes miniatures et 16 petites miniatures: f. 13, Saint Jean l'Evangéliste sur Patmos; f. 14v, Saint Luc (petite miniature); f. 16, Saint Matthieu (petite miniature); f. 17v, Saint Marc (petite miniature); f. 18v, Pietà (petite miniature); f. 22, Vierge à l'Enfant (petite miniature); f. 24v, Donatrice en prière présentée par Saint Jean Baptiste; f. 25, Annonciation; f. 44v, Visitation; f. 54, Nativité; f. 59, Annonce aux bergers;
f. 67, Présentation au temple; f. 71, Fuite en Egypte; f. 77, Couronnement de la Vierge; f. 82, Christ en gloire et résurrection des morts; f. 98, Crucifixion; f. 101, Pentecôte; f. 141, Trinité; f. 142v, Saint-Michel terrassant le dragon; f. 142, Saint-Jean-Baptiste; f. 143, Saint-Jacques le Majeur; f. 143v, Martyr de Saint-Sébastien; f. 144, Saint Nicolas; f. 144, Saint Antoine; f. 145, Sainte Anne à lire à la Vierge; f. 146, Sainte Catherine; f. 146, Sainte Marguerite; f. 147, Sainte Geneviève.
Ces Heures ont été peintes vers 1500/1510, sans doute pour la donatrice représentée en prière au feuillet 24v: Jeanne Raoulin. Les miniatures sont de deux mains différentes. L'une se rattache à un atelier parisien, proche du Maître des Entrées Parisiennes. L'autre très caractéristique est celle du Maître de Philippe de Gueldre. On peut lui attribuer avec certitude les 16 petites miniatures et 7 des grandes: l'Annonciation, la Nativité, l'Annonce faite aux bergers, la Présentation au temple, le Couronnement de la Vierge, la Crucifixion, et la donatrice en prière avec saint Jean-Baptiste.
On soulignera le caractère collectif ou du moins l'association contemporaine de deux artistes dans un même livre d'heures, reflétant bien la tendance à la multiplicité des intervenants et des associations possibles entre scribes, enlumineurs, «historieurs» (décor) et libraires. Pour citer Delaunay: «Cette imbrication donne aux livres un aspect hétéroclite dont on a peine à comprendre les liens. Il est néanmoins possible de rassembler des manuscrits au cours de leur élaboration, par leur texte, leur décor ou leurs artistes et de restituer ainsi une cohérence à cet immense puzzle» (Delaunay, 2000, vol. 1, p. 311). Le phénomène des associations entre les artistes, réservé jusqu'alors aux commandes d'exception, s'accroit de manière évidente dans le livre d'heures dans le dernier quart du XVe siècle.
Delaunay avance: «On imagine mal dans ce cas, un commanditaire en relation avec différents miniaturistes mais plutôt un libraire qui distribue et assure la cohérence de l'ensemble...Par ces biais, les nouvelles idées se diffusent aisément» (Delaunay, 2000, vol. 1, p. 312).
Responsable de la majorité des miniatures dans ces Heures, le Maître de Philippe de Gueldre fut ainsi nommé d'après une Vie du Christ (Lyon, BM, MS 1525) de Ludolphe de Saxe peinte en 1506 pour la duchesse de Lorraine Philippe de Gueldre, seconde femme de René
II, duc de Lorraine, décédée en 1547 (voir Plummer, 1982). L'artiste semble avoir été très en vue dans les milieux de cour, actif à Paris d'environ 1495 à environ 1510. Il a peint notamment pour le roi Louis
XII l'Anabase traduite de Xénophon et travailla pour le premier ministre le cardinal Georges d'Amboise. Il travailla également pour le libraire
Antoine Vérard collaborant pour celui-ci à de nombreux ouvrages tant imprimés que manuscrits dont certains destinés à Louise de Savoie, mère de François Ier (voir Winn, 1984, pp. 608-610; Avril and Reynaud, 1993, p. 281). Sa manière se reconnaît à ses visages ronds, aux yeux étonnés, au court nez retroussé, à la bouche minuscule souvent entrouverte, à la chevelure appliquée en casque. On retrouve dans tous ses ouvrages la même facture précise et le même dessin très fin des visages repris du bout d'un pinceau un peu tremblé. Il est surtout remarquable par l'intensité de son coloris, dont les bleus foncés et violents sont très particuliers, alliés à beaucoup de vert, du rouge presque grenat hachuré d'or, et de l'or liquide en quantité pour les vêtements ou les architectures d'encadrement. (voir les contributions de Nicole Reynaud, dans Avril, François et N. Reynaud, Les manuscrits à peinture en France 1440 - 1520, Paris, 1993, pp. 278 -281).
Le Maître de Philippe de Gueldre gagnerait à être mieux étudié, notamment dans ces livres d'heures peints en collaboration avec d'autres ateliers, comme c'est le cas ici.
bibliographie
Avril, F. et N. Reynaud. Les manuscrits à peintures en France, 1440- 0, Paris, 1993.
Delaunay, Isabelle. Échanges artistiques entre livres d'heures manuscrits et imprimés produits à Paris (1480-1500), thèse de doctorat, Université de Paris IV-Sorbonne, 2000, t. I-III.
Winn, M.-B. “Books for a Princess and Her Son, Louise de Savoie, François d'Angoulême and the Parisian Libraire Antoine Vérard”, in
Bibliothèque d'Humanisme et de Renaissance, 46 (1984), pp. 603-617.
Plummer, J. with the assistance of G. Clark, The Last Flowering: French
Painting in Manuscripts 1420-1530 from American Collections, New
York and London, 1982

HEURES DITES DE JEANNE RAOULIN LIVRE D'HEURES (À L'USAGE DE PARIS) En latin et en français, manuscri…
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