7 • Musique, de Jean-Sébastien Bach à Boulez

20 juin 2018 - 14:00
Salle 9 - Drouot-Richelieu- 9, rue Drouot 75009 Paris
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N° 1101
ALAIN Jehan (1911-1940).
MANUSCRIT MUSICAL autographe signé, Trois Pièces pour grand orgue (1938) ; 3 cahiers in-fol. avec pages de titre : [1]-9, [1]-5 et [1]-10 pages.

Précieux manuscrit de trois importantes œuvres pour orgue, dont le grand chef-d’œuvre des Litanies.
Ces Trois Pièces pour grand orgue comprennent Le Jardin suspendu [JA 71], écrit en octobre 1934, les Variations sur un thème de Clément Jannequin [JA 118] et les Litanies [JA 119] composées en 1937. Elles furent créées par Jehan Alain lui-même à Paris, en l’église de la Trinité, le 17 février 1938, et ont été publiées chez Alphonse Leduc en 1939.
Le manuscrit est soigneusement noté à l’encre noire sur papier à 16 lignes, avec des indications très précises de registration ; on relève quelques traces de grattages pour correction. Il comprend successivement :
I. Variations sur un thème de Clément Jannequin (titre et 9 pages), marqué au début Affeto ;
II. Le Jardin suspendu (titre et 5 pages), dont le sous-titre « ou la vision de l’idéal fugitif » a été biffé sur la page de titre et en tête de la pièce ;
III. Litanies (titre et 10 pages) ; sur la page de titre, Jehan Alain a inscrit cette épigraphe : « Quand l’âme chrétienne ne trouve plus de mots nouveaux dans la détresse pour implorer la miséricorde de Dieu, elle répète sans cesse la même invocation avec une foi véhémente. La raison atteint sa limite. Seule la foi poursuit son ascension ».
Jehan Alain a trouvé la chanson de Jannequin qui sert de thème aux Variations dans un recueil de Weckerlin appartenant à sa grand-mère ; c’est, selon Marie-Claire Alain, « un hommage rendu aux maîtres anciens français qu’Alain admirait et pratiquait. Après une exposition de la chanson en manière de Récit de Hautbois, vient une variation en mode majeur : Récit de Cromorne. Le fugato suivant fait alterner Récit de Cornet et Tierce en taille. Un canon à trois voix prépare la conclusion en douceur ».
Le Jardin suspendu, c’est « l’idéal perpétuellement poursuivi et fugitif de l’artiste, c’est le refuge inaccessible et inviolable », avait écrit Alain en tête d’un manuscrit primitif. La pièce est construite, écrit Marie-Claire Alain, « sur un ostinato de douze mesures. Il y a cinq présentations de cet ostinato, varié chaque fois de manière différente » : exposition, reprise modulante, contrepoints en gammes, contrepoints en triolets arabesques cadentielles, et conclusion. « Une atmosphère de rêve baigne cette pièce solidement charpentée ».
Composées en août 1937, les Litanies comptent 77 mesures, et ne comportent pas de mesure chiffrée, juste des barres de mesure encadrant des groupes de notes plus ou moins réguliers, la plupart de 16 croches. Marie-Claire Alain commente : « Le caractère obsessionnel du grand thème en mode de ré transposé sur mi bémol s’impose dès le début, scandé de battues irrégulières : 3+5+2+4+2. Jehan recherchait une musique “magique”. Les Litanies se veulent envoûtantes. L’auteur y reprend certains passages d’une Fantasmagorie composée quelques années plus tôt, pièce écrite dans un train, dont les roulements irréguliers inspirèrent les rythmes contrastés du deuxième élément thématique. C’est bien le paradoxe d’Alain que d’opposer dans la même œuvre le comique au tragique. Mais très bientôt l’élément tragique redevient dominant et il s’impose jusqu’au paroxysme final. Trois semaines après l’achèvement des Litanies, notre sœur Marie-Odile trouvait la mort dans un accident de montagne » ; à la suite de ce drame, Jehan Alain rédigea l’épigraphe qui figure en tête de la partition. Jehan Alain confiait à son ami Bernard Gavoty : « Il faudra, quand tu joueras ça, donner l’impression d’une conjuration ardente. La prière, ce n’est pas une plainte, c’est une bourrasque irrésistible qui renverse tout sur son passage. C’est aussi une obsession : il faut en mettre plein les oreilles des hommes… et du bon Dieu ! » Gavoty ajoutait : « Aujourd’hui, l’œuvre est célèbre dans le monde entier, à juste titre, car elle compte parmi les plus géniales qui aient été écrites pour l’orgue ».
Discographie : Marie-Claire Alain, dans l’intégrale de l’œuvre pour orgue de Jehan Alain (Erato 2000).

ALAIN Jehan (1911 1940). MANUSCRIT MUSICAL autographe signé, Trois Pièces pour grand orgue (1938) ; …
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N° 1103
AURIC Georges (1899-1983).
MANUSCRIT MUSICAL autographe signé, La Pastorale, ballet (1926) ; 1 feuillet de titre et 461 pages in-fol.

Partition d’orchestre de la musique de ce ballet composé pour les Ballets Russes.
C’est pour les Ballets Russes de Serge de Diaghilev que Georges Auric écrivit la musique de La Pastorale, sur un argument de Boris Kochno. L’œuvre fut créée au Théâtre Sarah Bernhardt le 29 mai 1926, l’orchestre étant placé sous la direction de Roger Désormière. La chorégraphie était réglée par Georges Balanchine, dans un décor et des costumes de Pedro Pruna, avec Félia Doubrovska (l’Étoile), Serge Lifar (le Télégraphiste), Thamar Gevergeva (la Demoiselle), Léon Woïdzikovsky (le Régisseur).
« Un jeune télégraphiste arrive à bicyclette par un temps chaud au bord d’une rivière. Pour être bien nature, il s’empresse de se débarrasser de sa sacoche aux dépêches et se plonge dans l’onde que figurent le plancher de la scène et un petit bout de parapet. Survient La Demoiselle, suivie d’autres Demoiselles ; elle s’empare de la sacoche. Tout le monde danse un petit pas et s’en va. Le jeune Télégraphiste sort de l’eau et, s’étendant sur le plancher, mais, cette fois-ci, devant le petit parapet, s’endort et devient évidemment invisible puisqu’une troupe de cinéma faisant irruption pour tourner un film peut, sans soupçonner sa présence, manœuvrer, construire un décor et se livrer à des exercices variés. Paraît l’Étoile de la troupe et deux acteurs. Pas de ladite Étoile. Sur ce, le Télégraphiste s’éveillant, aperçoit l’Étoile. Pas de deux. Puis, irruption des villageois auxquels étaient destinés le contenu de la sacoche dérobée par la Demoiselle de tout à l’heure et qui rapporte l’objet de son larcin. Danse générale et départ définitif et à bicyclette du Télégraphiste » (André Messager, Le Figaro, 1er juin 1926).
Le manuscrit est écrit à l’encre noire sur papier à 32 lignes, avec quelques corrections à l’encre rouge ; il a servi de conducteur pendant les représentations du ballet. L’orchestre comprend : petite flûte, 2 grandes flûtes, 2 hautbois, cor anglais, 2 clarinettes, 2 bassons, 2 cors, trompette, cornet, 3 trombones, tuba, timbales, percussions, xylophone, célesta, 2 harpes, et les cordes. La partition compte 12 numéros, précédés d’un prélude :
Prélude (p. 1-5), Moderato ;
N° I (p. 6-62), Allegro commodo ;
N° II (p. 63-91), Andantino con moto ;
N° III (p. 92-102 [103-104 blanches]), Moderato ;
N° IV (p. 105-151 [152 blanche]) ;
N° V (p. 153-189 [190-192 blanches]), Presto ;
N° VI (p. 193-249), Allegro con brio ;
N° VII (p. 251), roulement de tambour voilé ;
N° VIII (p. 253-269), Lento ma non troppo ;
N° IX (p. 273-283), Presto subito ;
N° 10 (p. 285-341), Tempo di valz, paisiblement ;
N° 11 (p. 345-449), Moderato [p.449, cette note : « attendre que Lifar soit sur les genoux »] ;
N° 12 (p. 450-461), Moderato.
Discographie : Christoph Poppen, Deutsche Radio Philharmonie Saarbrücken Kaiserslautern (SWR Music Hänssler Classic, 2010).

AURIC Georges (1899 1983). MANUSCRIT MUSICAL autographe signé, La Pastorale, ballet (1926) ; 1 feuil…
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N° 1104
BACH Johann Sebastian (1685-1750).
MANUSCRIT MUSICAL autographe, fragment de la cantate Ich habe meine Zuversicht BWV 188, [1728] ; 2 pages d’un feuillet d’environ 15,8 x 19,5 cm (défauts dûs à l’acidification de l’encre, avec petites fentes et pertes, dans le haut du fragment renforcé par une bande de papier collant ancien sur environ 4 x 18 cm du recto, assez décoloré, la partie inférieure en bon état), scellé sous chemise d’archive à vitrine (198 x 232 mm), chemise de maroquin bleu et étui.

Rarissime et précieux fragment musical autographe d’une cantate de Bach.
Ich habe meine Zuversicht (« J’ai placé ma confiance en mon Dieu fidèle »…) BWV 188 est une cantate pour le 21e dimanche après la Trinité, composée sans doute pour le 17 octobre 1728 (ou peut-être le 6 novembre 1729). Le texte, comme souvent à cette époque, fut tiré de Picander (Christian Friedrich Henrichi, Ernst-Schertzhaffte und Satyrische Gedichte, Leipzig, 1728). « À propos de la guérison par le Christ du fils d’un fonctionnaire à Capharnaüm, le livret est un simple chant glorifiant la confiance en Dieu, à l’image de cet homme à qui le Christ avait dit “Ton fils vit”, et qui crut à cette parole. Il met à nouveau l’accent sur la foi qui sauve le chrétien au milieu des vicissitudes de la vie. C’est en Dieu qu’il met sa confiance et son espoir, puisqu’il est tout amour. Ses desseins sont insondables, et même dans les tourments il continue à mener ses créatures pour leur bien » (Gilles Cantagrel, Les Cantates de J.-S. Bach). L’effectif comprend 4 voix, 2 hautbois, alto, orgue obligé et basse continue.
Le présent fragment se rattache au 4e mouvement, Aria pour alto accompagnée par le violoncelle et l’orgue. Il correspond à la moitié inférieure du f. 17 du manuscrit original, comprenant les mesures 59b-66 et 73-76, soit 11 mesures et demie de la conclusion du mouvement, sur les paroles « Seinen führt, unerförschlich iste die Weise, Wie der Herr die Seinen führt, unerförschlich iste die Weise, Wie… » (Insondable est la manière dont le Seigneur mène les siens…), avec la conclusion instrumentale, suivie de la mention « Seq. Recit ». Il est noté sur 4 systèmes de 4 portées. « La confiance en Dieu peut être mise en doute face aux peines éprouvées par le chrétien en son existence, même s’il faut bien savoir que tout ce que l’on a à subir l’est pour notre bien. Pour mieux cerner ce climat de doute et de souffrance, c’est la voix de l’alto qui s’exprime ici, et dans cette tonalité de mi mineur à laquelle Bach avait déjà eu recours dans l’air de ténor de la cantate Ich glaube, lieber Herr BWV 109, pour ce même dimanche, afin de traduire l’espoir chancelant du chrétien mal assuré de sa foi. Cet air est écrit en un trio qui favorise les registres graves de la voix d’alto et du violoncelle assurant la basse continue, tandis que la main droite de l’organiste concerte dans l’aigu avec l’alto. Les triolets et les syncopes de la partie d’orgue, dont peu à peu s’empare le soliste, établissent un sentiment d’instabilité, presque d’errance, caractérisant les doutes qui envahissent l’âme du chrétien » (Gilles Cantagrel).
Provenance. Le manuscrit autographe de cette cantate BWV 188, comptant à l’origine 18 feuillets, a subi de nombreuses vicissitudes. On croit qu’il a figuré parmi un lot de manuscrits dont hérita le fils aîné impécunieux de Bach, Wilhelm Friedemann, et que ce dernier fit vendre aux enchères en 1774. Les dix premiers feuillets ont été perdus depuis lors, emportant avec eux la majeure partie du premier mouvement (lequel peut être identifié comme un remaniement du dernier mouvement d’un concerto pour violon, perdu, employé aussi dans le concerto pour clavecin BWV 1052). Des fragments de l’héritage de Wilhelm Friedemann repassèrent en vente en 1827 et furent acquis par l’ingénieur et collectionneur Carl Philipp Heinrich Pistor (1778-1847). Les manuscrits de Pistor furent hérités par son gendre, Adolf Friedrich Rudorff (1803-1873), puis passèrent au musicologue Friedrich Wilhelm Jähns (1809-1888). Le présent feuillet fut l’un de quatre acquis de Jähns par le collectionneur viennois Gustave Petter (1828-1868), que l’on tient responsable de leur démembrement. Les feuillets restants de la cantate sont éparpillés maintenant, et 4 feuillets sont découpés, comme ici, en deux, voire trois morceaux ; quoique les fragments se trouvent en dix collections et en huit pays, ils se suivent suffisamment pour permettre de reconstituer la cantate sans lacune significative, du deuxième au cinquième mouvement. Le fragment présent, qui comporte la moitié inférieure du f. 17, est identifié dans le Kritische Bericht comme A14 (collection particulière inconnue). Le même ouvrage constate que l’acidification d’encre évidente qui a affecté la moitié supérieure du présent fragment est caractéristique des feuillets démembrés, et résulte en partie de l’écriture très dense de composition du compositeur (en l’occurrence avec de nombreuses doubles-croches). Le dernier propriétaire du présent fragment, selon le Kritische Bericht du Neue Bach-Ausgage (1997), est Nora Kluge (née von Hase), de Lübeck, épouse du compositeur et musicologue Manfred Kluge (1928-1971), qui en hérita, probablement, de son grand-père, Oskar von Hase (1846-1921), propriétaire des éditions musicales Breitkopf & Hartel. Il passa en vente à Londres chez Christie’s (4 novembre 1981, lot 144) ; acquis par Frederick Lewis Maitland PATTISON (1923-2101, ex libris), il repassa en vente chez Christie’s (21 mai 2014, lot 15).
Les manuscrits de Jean-Sébastien Bach sont de la plus grande rareté.

BACH Johann Sebastian (1685 1750). MANUSCRIT MUSICAL autographe, fragment de la cantate Ich habe mei…
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N° 1105
BACH Johann Sebastian (1685-1750).
Clavir Ubung bestehend in Præludien, Allemanden, Couranten, Sarabanden, Giguen, Menuetten, und andern Galanterien ; Denen Liebhabern zur Gemüths Ergoetzung verfertiget von Johann Sebastian Bach Hochfürstl. Sächsisch-Weisenfelsischen würcklichen Capellmeistern und Directore Chori Musici Lipsiensis. Opus 1. In Verlegung des Autoris. 1731. Leipzig, in Commission bey Boetii Seel. hinterlassene[r] Tochter, unter den Rath:hause. (Leipzig, 1731). In-folio oblong (23 x 30 cm) de 73 pages, entièrement gravé, très bel état intérieur ; reliure demi-basane à coins un peu postérieure, dos manquant (1er plat de reliure détaché, ainsi que le titre et le 1er cahier ; cachet encre au revers du plat sup., annotation à l’encre en 1979 sur la page de garde finale).

Première édition de ce rarissime volume, publié à compte d’auteur, un des six exemplaires connus, donnant la première édition complète des Six Partitas pour clavier (BWV 825-830).
Un des six exemplaires connus de la première édition de la première partie de la Clavier-Übung, enregistré comme l’exemplaire G5 dans la Neue Bach Ausgabe. La page de titre contient l’adresse, supprimée dans les éditions ultérieures, de la fille du libraire J.T. Boëtius, Rose Dorothee. Comme Bach ne pouvait pas couvrir la totalité des coûts de distribution, une partie des impressions ont été vendues chez ce libraire de Leipzig. Rosine Dorothee était en fait mariée au graveur de la page de titre de cette édition de la Clavier-Übung, Johann Gottfried Krügner, et l’on peut penser qu’ils dirigeaient la librairie ensemble.
La Neue Bach Ausgabe enregistre dix-neuf exemplaires de la deuxième édition, et deux de la troisième.
Les six Partitas sont parmi les plus belles œuvres pour clavier de Bach. Chacune des six Partitas a été publiée individuellement dès 1725. Aucune de ces éditions originales n’a survécu. En 1731, Bach les réunit en un seul volume, la Clavier-Übung, qu’il désigne comme son « Opus 1 », pour affirmer ainsi l’importance capitale de ces œuvres.
« Ce terme de Clavier Übung signifie littéralement “exercice pour le clavier”. Le terme Übung désigne la pratique, l’exercice, l’étude, du verbe üben, s’exercer, s’entraîner à, étudier. Mais le mot même d’exercice est bien sûr à prendre dans son sens le plus large, celui d’œuvres auxquelles s’exercer sur le clavier, ou à jouer pour son plaisir » (Gilles Cantagrel, J.-S. Bach, l’œuvre instrumentale). Selon Johann Nikolaus Forkel, le premier biographe de Bach : « Cette publication fit grand bruit dans le monde musical : on n’avait guère vu ni entendu jusqu’alors d’aussi excellentes compositions pour le clavecin ».
D’autres publications suivront, dans la série des Clavier-Übung : la deuxième, en 1735, comprenant le Concerto italien et l’Ouverture à la française, la troisième, en 1739, avec des pièces pour orgue, et la quatrième, en 1741 ou 1742, avec les Variations Goldberg. Toutes ces éditions de musique publiées du vivant de Bach sont rarissimes.
Bibliographie : Neue Bach Ausgabe, V/1, « Kritischer Bericht », pp. 17 sq. ; Christoph Wolff, « Textkritische Bemerkungen zum Originaldruck der Bachschen Partiten », in Bach-Jahrbuch (1979), pp. 65-74 ; G. Kinsky, Die Originalausgaben der Werke Johann Sebastian Bachs (1937), p. 26 ; RISM B480.
Provenance : collection musicale André MEYER (1884-1974) (Collection musicale André Meyer, Abbeville, F. Paillart, 1961, p. 18 ; vente Sotheby’s Paris, 16 octobre 2012, n° 8).

BACH Johann Sebastian (1685 1750). Clavir Ubung bestehend in Præludien, Allemanden, Couranten, Sarab…
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N° 1106
BACH Carl Philipp Emanuel (1714-1788).
L.A.S. « Bach », Hambourg 17 novembre 1787, au libraire Engelhardt Benjamin SCHWICKERT à Leipzig ; 1 page in-4 au filigrane Pro-Patria, adresse avec sceau de cire rouge.

Belle et rare lettre à son éditeur, au sujet de son célèbre traité Versuch über die wahre Art das Clavier zu spielen (Essai sur la veritable manière de jouer les instruments à clavier).
Il répond à la demande de Schwickert d’examiner et réviser au besoin son Versuch, en soulignant que ce livre est probablement plus exempt de défauts qu’aucun livre au monde, et qu’il ne nécessite ni examen ni révision ; il signale que, vu son âge et sa santé, il laisse toujours de telles affaires de fabrication à ses éditeurs et qu’il ne l’entreprendra en personne à aucun prix (« daß ich Ihnen von dem Ihnen abgetreten Versuche sagte : daß dies Buch so ganz rein von aller Fehlern sey, als vielleicht kein einziges andere in der Welt »)...
[Le Versuch über die wahre Art das Clavier zu spielen (1753) est l’un des plus fameux traités musicaux de son temps. D’abord publié sous les auspices du compositeur à Berlin en 1753, les deuxième et troisième éditions en furent publiées à Leipzig par le libraire Schwickert, en 1780 et 1787. En fait, l’édition de 1787, dont Bach parle dans cette lettre, comportera l’addition de six nouvelles pièces pour clavier, et d’autres révisions.]
Cette lettre semble inédite ; elle est connue seulement par un bref résumé donné dans un catalogue de vente à Berlin en 1922, transcrit par Suchalla et Clark : depuis lors, on avait perdu sa trace, jusqu’à sa réapparition en vente à Londres en 2011.
Bibliographie : E. Suchalla, Carl Philipp Emanuel Bach. Briefe und Dokumente Kritische Gesamtausgabe, II (1994), n° 580 ; S. Clark, The Letters of CPE Bach, (Oxford, 1997), n° 325 (signalée comme perdue).
Provenance : vente Sotheby’s, Londres, 30 novembre 2011, n° 81.

BACH Carl Philipp Emanuel (1714 1788). L.A.S. « Bach », Hambourg 17 novembre 1787, au libraire Engel…
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N° 1107
BALLETS RUSSES.
Ensemble de 2 lettres autographes, une pièce signée, et une photographie dédicacée.

Serge de DIAGHILEV. L.A.S., 4/17 janvier 1911, à Gabriel Astruc (2 pages in-12, encadré avec photo). Au sujet de la musique de Reynado Hahn pour le ballet Le Dieu bleu. « J’ai bien reçu le contrat du Dieu bleu. Veuillez, s’il vous plaît, dire à Reynaldo, que j’attends de ses nouvelles ainsi que son arrivée à St. Petersbourg »…
Vaslav NIJINSKI. P.S. avec date et lieu autographes « 16.9.17 Buenos-Aires W. Nijinsky » ; 1 page in-4 à en-tête du Plaza Hotel Buenos Aires avec timbre fiscal (encadré avec photo). Reçu de Serge de Diaghilew la somme de 500 dollars en pesos argentins « en paiement de mon treizième spectacle que je danserai cet après-midi même au Théâtre Colon (dans le deuxième et quatrième ballets du programme : Sylphides et Schéhérazade) »… Il a signé et daté sur le timbre fiscal.
Léon BAKST. L.A.S., 17 juin, à un ami [Gabriel Astruc ?] ; 2 pages in-8 à son chiffre et adresse, 112 boulevard Malesherbes (encadrée avec un portrait, encre un peu passée par endroits). Il a une « magnifique nouvelle » à annoncer. « Rouché a accepté (il a sauté dessus) le ballet La Nuit Enchantée (et la seule chose qu’il m’a demandée – si il peut la monter en juillet). Je crois que cela n’a pas d’importance car de suite il m’a prié de se renseigner, si Fokine peut venir souvent en France ? L’important, c’est tout de suite le mettre en présence d’une orchestration faite déjà, avant le départ de Fokine ; de décors et costumes dessinés et une chorégraphie faite »… Ils établiront alors un contrat, et arrangeront « un magnifique engagement à Londres, où – autant je connais les Anglais – ce ballet peut passer 200 fois de suite et alors ce qui n’est pas négligeable, c’est une poule d’or en même tant qu’un succès d’art », puis ce sera l’Amérique… Il est plein d’espoir : « La chorégraphie de Fokine dans Daphnis est une pure merveille de noblesse et de de fougue – La troupe est méconnaissable »…
Fédor CHALIAPINE. Photographie avec dédicace autographe signée ; 21,8 x 16,5 cm (encadrée). « To Mr George King Souvenir of London F. Chaliapin 1928 ».
On joint 2 photographies signées de Rudolf NOUREEV (20 x 25cm, et 23,5 x 19,5 cm, encadrées) ; et le livre L’Après-midi d’un Faune Nijinsky 1912. 33 photographs by Baron Adolphe de Meyer. Palladium prints by Richard Benson. Produced by The Eakins Press Foundation (New York, Eakins, London, Dance Books Ltd [1978]), in-fol.

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N° 1108
BEETHOVEN Ludwig van (1770-1827).
L.A.S. « Beethoven », Vienne 17 septembre [1795], à Heinrich von STRUVE ; 4 pages in-16 (81×47 mm) d’un petit feuillet double, remplies d’une petite écriture serrée ; en allemand.

Très rare lettre de jeunesse à son ami Heinrich von STRUVE (1172-1851), qui faisait partie de son cercle d’amis à Bonn et était entré au service de la Russie. Beethoven vivait depuis novembre 1792 à Vienne où il étudiait auprès de Joseph Haydn.
Il se réjouit de la lettre de son cher ami, à laquelle il ne s’attendait pas. Le voilà donc maintenant dans ce froid pays où l’humanité est encore traitée de manière indigne. Il y sera confronté à beaucoup de choses qui vont à l’encontre de sa façon de penser, de son cœur et même de tout son être. Mais quand viendra le jour où il n’y aura plus que des êtres humains ? Peut-être verra-t-on ces temps heureux se profiler à l’horizon ici et là, mais universellement – de cela ils ne seront plus témoins car cela prendra probablement encore des siècles... « Lieber! daß du mir hieher geschrieben hast, hat mich unendlich gefreut, da ich mir’s nicht vermuthete. Du bist also jetzt in dem kalten Lande, wo die Menscheit noch so sehr tinter ihrer Würde behandelt wird, ich weiß gewiß, daß dir da manches begegnen wird, was wider deine Denkungs-Art, dein Hertz, und überhaupt wider dein ganzes Gefühl ist. Wann wird auch der Zeitpunkt kommen wo es nur Menschen geben wird, wir werden wohl diesen glücklichen Zeitpunkt nur an einigen orten heran nahen sehen, aber allgemein – das werden wir nicht sehen, da werden wohl noch Jahrhunderte vorübergehen »...
Suivent des mots réconfortants relatifs à la mort de la mère de Struve (21 avril 1795) et quelques réflexions sur le thème de la mort au cours desquelles Beethoven évoque ses propres parents…
Puis il évoque ses projets de voyages et des connaissances communes. Il ne saurait dire quand il partira de Vienne, mais sa première destination sera l’Italie puis peut-être la Russie, demandant à Struve combien coûte le voyage à Petersbourg, car il pense y envoyer quelqu’un dès que possible. Il va bientôt faire parvenir quelques-unes de ses pièces de musique à la sœur de Struve. Le professeur Stup de Bonn qui est à Vienne, Wegeler et Breuning saluent Struve. Beethoven le prie de continuer à lui écrire, le plus souvent possible ; qu’il ne laisse pas son amitié pour lui s’étioler par l’éloignement, il est et reste son très cher ami… « Wie bald ich von hier gehe, kann ich nicht bestimmen, meine erste Ausflucht wird nach Italien sein, und dann vieleicht nach Rußland, du könntest mir wohl schreiben, wie hoch die reise von hier nach P[etersburg] kömmt, weil ich jeman,den hinzuschicken gedenke sobald als möglich. Deiner Schwester werde ich nächstens einige Musik von mir schicken. Professor Stup von Bonn ist auch hier. Grüße von Wegeler und Breuning an dich. Ich bitte dich mir ja immer zu schreiben, so oft du kannst, laß deine freundschaft für mich sich nicht durch die Entfernung vermindern, ich bin noch immer wie sonst dein dich liebender Beethowen ».

[Heinrich von STRUVE (1772-1851), né à Regensburg, est entré très jeune au service de l’état russe ; il fut conseiller de légation à Kassel à partir de 1796, fonda en 1845 la société des sciences naturelles de Hambourg et mourut alors qu’il était conseiller d’état russe détaché à Hambourg. Dans le Stammbuch (liber amicorum) de Beethoven, créé par les amis de ce dernier lors de son départ pour Vienne, on retrouve un mot de la main de Struve daté du 30 octobre 1792. Le juriste Johann Reiner STUPP (1767-1825), originaire de Bonn, a séjourné à Vienne en 1795 et était une connaissance de Beethoven. Franz Gerhard WEGELER (1765-1848) et Stephan von Breuning (1774-1827) ont compté toute sa vie parmi les plus proches amis de Beethoven.
Les lettres de jeunesse de Beethoven sont extrêmement rares : l’édition complète de sa correspondance ne répertorie que 16 lettres datant des années antérieures à 1795 (éd. Sieghard Brandenburg, Munich, 1996-1998).

BEETHOVEN Ludwig van (1770 1827). L.A.S. « Beethoven », Vienne 17 septembre [1795], à Heinrich von S…
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N° 1109
BEETHOVEN Ludwig van (1770-1827).
MANUSCRIT MUSICAL autographe signé, Ruf vom Berge [WoO 147], 1816 ; bifeuillet de 4 pages petit in-4 oblong (16 x 19,5 cm ; légères rousseurs) ; dans une reliure moderne en parchemin, titre sur le plat sup. en lettres dorées, étui.

Manuscrit complet d’un charmant petit lied.
Ruf vom Berge (L’Appel des montagnes) est composé sur un poème de Georg Friedrich TREITSCHKE : « Wenn ich ein Vöglein wär’, Und auch zwei Flüglein hätt’, Flög ich zu dir »… (Si j’étais un petit oiseau, et si j’avais deux petites ailes, Je volerais vers toi »…), qui reprend et développe une poésie populaire, recueillie par Arnim et Brentano dans le Knaben Wunderhorn.
Georg Friedrich TREITSCHKE (1776-1842), littérateur, librettiste et entomologiste, fut aussi directeur du théâtre de Vienne. Ami de Beethoven, il révisa à sa demande, en 1814, le livret de l’opéra Fidelio.

Ce lied strophique, à 3/8 en la majeur, et marqué Etwas lebhaft, compte 6 strophes de 5 vers, ponctuées à la fin du 3e par un point d’orgue, et le 5e suivi d’une brève ritournelle ; sur le manuscrit, après la courte introduction au piano dolce, Beethoven a noté musique et paroles de la première strophe et indiqué « 1 2 3 4 5te mal » pour la reprise à l’identique des strophes 2 à 5 ; et sur la dernière page il a noté musique et paroles des deux derniers vers de la 6e strophe « Ich nur bin festgebannt, Weine allhier », ainsi que la conclusion du piano.

Le manuscrit, à l’encre brune sur trois systèmes de trois portées par page, compte trente mesures de musique écrite, et la 11e mesure biffée.
La première page du cahier porte cette dédicace malicieuse au poète : « Für Seine Wohlgeboren H. v. Treitschke vom L. v. Beethoven am 13ten Wintermonath 1816 », avec cet ajout sous le nom de Treitschke : « ersten Dichter u. Trachter von den Ufern der Wien bis zum Amazonenfluß» (pour le bien-né M. von Treitschke, premier penseur et rêveur depuis les rives de Vienne jusqu’au fleuve Amazone). Et en haut de la première page de musique, il a inscrit le titre avec une deuxième ligne quelque peu mélancolique (la fin du poème s’achève dans les pleurs) : « Ruf vom Berge / Von einem aus der Tiefe » (de quelqu’un depuis les profondeurs).
Ruf vom Berge a été publié en juin 1817, gravé par Steiner pour voix et piano, dans les Gedichte de Treitschke (Wien, Wallishausser, 1817).
La Beethoven-Haus à Bonn conserve une petite feuille d’esquisse au crayon de ce lied (NE 34).
Discographie : Dietrich Fischer-Dieskau, Jörg Demus (Deutsche Grammophon, 1997).

BEETHOVEN Ludwig van (1770 1827). MANUSCRIT MUSICAL autographe signé, Ruf vom Berge [WoO 147], 1816 …
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N° 1110
BEETHOVEN Ludwig van (1770-1827).
L.A.S., [Baden fin juillet début août 1825], à l’ARCHIDUC RODOLPHE ; 3 pages in-4 (encre un peu pâle, fentes aux plis très bien réparées).

Très belle et exceptionnelle lettre à l’Archiduc Rodolphe, une des très rares (peut-être la seule) de cette correspondance encore dans une collection privée.
Dans cette lettre, le compositeur exprime sa joie de savoir l’Archiduc de retour à Vienne. Puis, il l’informe de son état de santé : une inflammation de l’intestin a failli lui être fatale, et s’il va mieux maintenant, il n’est pas complètement rétabli pour autant. Pour terminer, il se met à la disposition de Son Altesse pour venir jouer de la musique avec lui dans quelques jours.
L’Archiduc RODOLPHE d’Autriche (1788-1831), fils cadet de l’empereur Leopold II d’Autriche, prince-archevêque et cardinal, fut l’élève, l’ami et le bienfaiteur de Beethoven, qui lui a dédié quatorze de ses œuvres, dont la sonate Les Adieux, le Trio à l’Archiduc, le 5e Concerto “l’Empereur”, la Sonate Hammerklavier, et la Missa solemnis. La majeure partie des lettres de Beethoven à l’Archiduc est conservée à la Gesellschaft der Musikfreunde de Vienne, et quelques autres à la Nationalbibliothek de Vienne, la Deutsche Staatsbibliothek de Berlin, et la Beethovenhaus à Bonn.
Aussitôt qu’il a lu dans le journal l’annonce du retour à Vienne de l’Archiduc, il a voulu lui écrire pour lui exprimer sa joie ; il l’a fait mille fois en pensée, mais il ne tient pas à confier à la poste ses lettres pour la Burg, puisqu’à plusieurs reprises les siennes ne sont pas arrivées ; il a préféré attendre le retour de l’un de ses amis à Vienne pour savoir sa lettre en mains sûres. Il apprend avec tristesse que l’Archiduc a été indisposé, et espère une prompte guérison, même s’il doute que l’air de Vienne puisse convenir à son état. S’il avait encore un logement en ville, il serait rentré plus tôt pour venir voir l’Archiduc ; mais sa santé vient d’être fort ébranlée par une inflammation intestinale qui l’a mis presque aux portes de la mort, et s’il va mieux maintenant, il n’est pas complètement rétabli pour autant. C’est pitié que l’homme doive payer encore son tribut à la faiblese de la Nature. Il termine en se mettant à la disposition de Son Altesse pour venir passer avec lui quelques heures de musique s’il le souhaite…
« Ihre Kaiserliche Hoheit! Gleich ihre Ankunft in Wien hatte ich in der Zeitung gelesen u. wollte gleich schreiben, um I.K.H, meine Freude darüber auszudrücken, dies ist denn in Gedanken tausendmahl geschehen, der Post vertraue ich nicht gern Briefe in die Burg, da ich schon mehrmahlen erlebt habe, daß selbe gar nicht angekommen sind, ich wartete daher auf die Ankunft von einem meiner Freunde hier, um meinen Brief sicher annkommen zu wissen in Wien – mit Betrübniß u. großter Theilnahme erfahre ich von I.K.H ihr übelbefinden, hoffententlich wir es wohl bald vorübrgehen, ob aber jetzt die Luft in Wien den Zustand der Gesundheit I.K.H verbeßern wird, daran zweifle ich; – hätte ich eine wohnung in der Stadt, so hätte ich mich früher sogleich in die Stadt begeben um I.K.H. meine geziemende Aufwartung zu machen – meine Gesundheit hat leider früher einen starken Stoß erhalten durch eine Gedärm Entzündung, wobey ich am den Pforten des Todes mich beynahe befand, doch geht es jezt beßer; obschon noch nicht ganz hergestellt – traurig daß eine grewiße Bildung der Menschen auch ihren tribut der schwäche der Natur bezahlen muß ; – ich werde morgen oder übermorgen noch nachschreiben u. mir die Freyheit nehmen, I.K.H zu sagen was das beste wäre, wenn Höchstdie selben wünschten wieder enige Stunden Musikal. zuzubringen mit mir. Alles, was nur der Himmel gedeihliches herabschickt, gedeihe für I.K.H. I.K.H mit inningster Theilnahme gehorsammst treuster Diener. Beethoven. »
Beethoven Briefwechsel (Brandenburg n° 2021). [Ex Anderson n° 493 (mal daté)].

BEETHOVEN Ludwig van (1770 1827). L.A.S., [Baden fin juillet début août 1825], à l’ARCHIDUC RODOLPHE…
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N° 1112
BERLIOZ Hector (1803-1869).
L.A.S., Paris 16 mai [1828], à son père le Docteur Louis BERLIOZ ; 2 pages in-4 (légèrement froissée, petites réparations).

Belle lettre à son père annonçant son premier concert.
[Dans ses Mémoires (chap. XVIII), Berlioz a raconté comment, amoureux fou de l’actrice anglaise Harriet Smithson, il résolut de se faire connaître d’elle ; il n’avait encore rien donné au public que sa Messe solennelle à l’église Saint-Roch. « Alors je tentai ce que nul compositeur en France n’avait encore tenté. J’osai entreprendre de donner, au Conservatoire, un grand concert composé exclusivement de mes œuvres ». Malgré l’opposition de Cherubini, directeur du Conservatoire, il obtint, grâce au surintendant des Beaux-Arts Sosthène de La Rochefoucauld, la salle de concert. Il fit jouer les ouvertures de Waverley et des Francs-Juges (et un air de cet opéra), la scène La Révolution grecque, et, en remplacement de la cantate La Mort d’Orphée, le Resurrexit de sa Messe solennelle. Si le concert remporta un succès d’estime, Harriet Smithson n’en entendit même pas parler. « En somme pourtant, ce concert me fut d’une utilité réelle ; d’abord en me faisant connaître des artistes et du public ; ce qui, malgré l’avis de Cherubini, commençait à devenir nécessaire ; puis en me mettant aux prises avec les nombreuses difficultés que présente la carrière du compositeur, quand il veut organiser lui-même l’exécution de ses œuvres. Je vis par cette épreuve combien il me restait à faire pour les surmonter entièrement. Inutile d’ajouter que la recette fut à peine suffisante pour payer l’éclairage, les affiches, le droit des pauvres, et mes impayables choristes qui avaient su se taire si bien. »]
« Mon cher papa,
Je suis dans le moment critique, le jour de mon concert approche. Après d’innombrables difficultés que j’ai vaincu successivement, j’ai tout lieu d’espérer que je m’en tirerai à mon honneur.
Mr De Larochefoucault m’a accordé la grande salle de l’école royale de musique, la plus commode et la plus avantageuse de Paris ; elle est aussi la plus économique. Quelques démarches ont été faites auprès de lui par le directeur de l’école [CHERUBINI], pour l’empêcher de me l’accorder ; heureusement je l’ai su à temps et d’après une lettre que j’ai écrite à Mr De Larochefoucault, il a sur le champ envoyé l’ordre de mettre la salle à ma disposition ». Il a été soutenu par le député de l’Isère Chenavaz et le comte de Chabrillant « dans cette négociation. A présent que le directeur de l’école voit que Mr De Larochefoucault me protège, il me fait très bon visage, il vient même ce matin de mettre à ma disposition, tous les élèves des classes de chant. Je me suis arrangé ce matin avec le fermier du droit des indigens qui prélève le quart de la recette des concerts publics. Prenant en considération les frais que je suis obligé de faire pour les choeurs de l’opéra dont je ne puis me passer, il me laisse ma recette complette en lui payant 150 francs la veille du concert. Si vous pouvez m’aider là dedans je vous prie de le faire, car mes finances sont extrêmement basses et je ne pourrais absolument pas lui payer cette somme le samedi 24 mai si vous ne m’envoyez pas de l’argent avant cette époque. Je rougis de vous en demander si souvent, mais j’y suis forcé par ma position. […]
Adieu mon cher papa, dans quinze jours j’espère que vous recevrez de moi de bonnes nouvelles. […]
Votre affectionné fils H. Berlioz
Mon concert aura lieu le Dimanche 25 mai jour de la Pentecôte » [il eut lieu en fait le lendemain 26 mai].
Provenance : ancienne collection Reboul. Correspondance, t. I, p. 186 (n° 87).

BERLIOZ Hector (1803 1869). L.A.S., Paris 16 mai [1828], à son père le Docteur Louis BERLIOZ ; 2 pag…
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N° 1117
BOULEZ Pierre (1925-2016).
MANUSCRIT MUSICAL autographe signé, Deuxième Sonate pour piano (1948) ; 1 feuillet de titre et 23 pages in-fol.

Précieux manucrit de la Deuxième Sonate pour piano, œuvre majeure de la production du premier Boulez et du répertoire pianistique du vingtième siècle.
Composée d’octobre 1947 à mai 1948, elle fut créée par Yvette Grimaud à l’École Normale de Musique, au Concert des éditeurs, le 29 avril 1950, et publiée la même année chez Heugel.
Le manuscrit est tracé avec précision à l’encre noire sur papier à 26 lignes Il est signé et daté en fin : « mai 48 / octobre-novembre 47 février 48 ». Il porte cette note en tête : « Remarque générale : Pour l’interprétation des nuances, éviter absolument, surtout dans les tempos lents, ce que l’on convient d’appeler les “nuances expressives” ».
La Sonate est divisée en quatre mouvements :
I. Extrêmement rapide ;
II. Lent ;
III. Modéré, presque vif (page 15 : 22 mesures biffées et insertion d’un feuillet avec 9 mesures nouvelles) ;
IV. Très librement, avec de brusques oppositions de mouvement et de nuance.
Citons le beau commentaire de cette Deuxième Sonate par André Boucourechliev : « Dans cette œuvre, le système dodécaphonique se transforme en une conception sérielle – beaucoup plus élargie – du langage musical, qui régit non plus les sons mais les rapports sonores, et fait entrer le rythme, sous une forme extrêmement développée et une organisation autonome, dans ses nouvelles structures. Boulez procède ici par cellules rythmiques brèves, constituées en véritables thèmes rythmiques indépendants, et développées selon des principes mis en valeur et enseignés par Messiaen : rythmes non rétrogradables, canons rythmiques, transformations, augmentation et diminutions proportionnelles des valeurs, etc. L’autonomie rythmique des contrepoints dans la Sonate de Boulez (où, comme l’indique le compositeur, toutes les voix sont également importantes), l’abolition totale de toute pulsation régulière (la barre de mesure n’est plus qu’un repère visuel pour l’exécutant), créent un temps musical nouveau, d’une totale discontinuité, qui exige de la part de l’auditeur une écoute nouvelle car, évidemment, c’est tout le contraire d’une évasion que nous propose l’œuvre de Boulez ; elle fait appel à notre participation, à notre propre inquiétude : alors seulement – et bien plus vite qu’il ne semble au premier abord – elle se révèle, avec ses violences rythmiques discontinues et imprévisibles, étonnamment proche de nous, de notre sensibilité d’hommes modernes ».
On a joint les épreuves corrigées (Heugel 1950) tirées en bleu par le graveur Buchardt (48 pages chaque) : la première épreuve (8 décembre 1949) est surchargée de corrections autographes ; la 2e épreuve porte la commande du tirage (datée 21-2-50).
Plus une L.A.S. de Pierre Boulez (1 p. in-8), avec une page in-4 de corrections autographes pour l’Errata ; plus le feuillet d’épreuve de l’Errata.
Bibliographie : Dominique Jameux, Pierre Boulez (Fayard 1984), p. 298-315 (analyse détaillée de la Deuxième Sonate).
Discographie : Maurizio Pollini (Deutsche Grammophon, enr. 1976).

BOULEZ Pierre (1925 2016). MANUSCRIT MUSICAL autographe signé, Deuxième Sonate pour piano (1948) ; 1…
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N° 1118
BOULEZ Pierre (1925-2016).
MANUSCRIT MUSICAL autographe, Le Soleil des eaux : La Sorgue, chanson pour Yvonne (1958) ; 1 feuillet de titre et 31 pages in-fol. (petites déchirures aux premier et dernier feuillets).

Partition d’orchestre avec chœurs de la seconde pièce du Soleil des eaux, sur un poème de René Char, dans sa version de 1958.
En avril 1948, Boulez avait écrit une musique pour la production radiophonique d’une pièce de René CHAR, Le Soleil des eaux. Il décide ensuite d’utiliser une petite partie de cette musique, et conçoit une cantate qui réunira deux poèmes de René Char (recueillis dans Les Matinaux, 1950) : la Complainte du lézard amoureux, à laquelle il ajoute une seconde pièce, La Sorgue, d’une écriture plus complexe, pour trois solistes vocaux (soprano, ténor et basse) et orchestre de chambre. L’œuvre sera créée le 18 juillet 1950 au Théâtre des Champs-Élysées, sous la direction de Roger Désormière, avec Irène Joachim, Joseph Peyron et Pierre Mollet, « création historique qui marque l’entrée de Pierre Boulez dans la vie musicale officielle » (D. Jameux). Boulez reprendra ensuite son œuvre à deux reprises : la version ici présentée pour les trois solistes plus un chœur à trois voix et orchestre symphonique (1958), publiée chez Heugel en 1959 ; puis la version définitive pour soprano solo, chœur à 4 voix et orchestre (1965).
Le manuscrit est noté minutieusement à l’encre noire sur papier à 32 lignes.
Au verso du titre, Boulez a copié cette « Mise en garde » de René Char : « Nous avons en nous, sur notre versant tempéré, une suite de chansons qui nous flanquent, ailes de communication entre notre souffle reposé et nos fièvres les plus fortes. Pièces presque banales, d’un coloris clément, d’un contenu arriéré, dont le tissu cependant porte une minuscule plaie. Il est loisible à chacun de fixer une origine et un terme à cette rougeur contestable ».
Il a dressé également la nomenclature des instruments de l’orchestre : « 2 Flutes (la 2e également piccolo), 1 Hautbois, 1 Cor Anglais, 1 Clarinette Si b, 1 Clarinette Basse Si b, 2 Bassons, 3 Cors en fa, 2 Trompettes en ut, 1 Trombone, 1 Tuba. Percussion : Xylo, Vibra, Glockenspiel à marteaux, Timbales mécaniques (4 ; dont une timbale piccolo), Cymbale, Gong, T.T. ; 3 exécutants. 1 Harpe. Quintette à cordes (7 pup. 1ers Violons, 7 pup. 2e Violons, 6 pup. Altos, 5 pup. Vcl., 4 pup. CBasses) ». Suit l’effectif (corrigé) du Chœur : « 12 Sopranos, 10 Ténors, 10 Basses », et le Soprano solo.
La pièce est marquée au début dans le tempo Allant. Pour la partie de chœur, qui commence « bouche fermée », Boulez a noté : « Comme un instrument : DANS l’orchestre ».
Du poème de René Char, écrit pour Yvonne Zervos : « Rivière trop tôt partie, d’une traite, sans compagnon »…, Boulez a dit avoir « utilisé cette ambigüité d’un texte dit, ou collectivement, ou individuellement. J’ai beaucoup utilisé ce rapport de l’énonciation -collective et individuelle, fondamental dans ma conception de l’adaptation d’un texte ». Dominique Jameux souligne, quant à lui, dans cette pièce, « le conflit entre cette apparente simplicité de texture, et l’extrême finesse, en fait, de l’écriture chorale, à un moindre degré orchestrale. Pièce psalmodiante – Boulez en soulignera ce caractère –, La Sorgue est un poème fait de onze versets, que le musicien suivra pas à pas en les détachant relativement les uns des autres, adjoignant au tout un prélude et un postlude ».
On joint l’épreuve corrigée, tirée en vert (Heugel 1958, 44 pages in-fol.).
Bibliographie : Dominique Jameux, Pierre Boulez (Fayard 1984), p. 317-331.
Discographie : Pierre Boulez, Phyllis Bryn-Julson, BBC Singers, BBC Symphony Orchestra (Erato 1990).

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N° 1119
BRAHMS Johannes (1833-1897).
L.A.S. « J. Br. », [Wien 25 février 1883], à Franz STOCKHAUSEN, « Musikdirector » à Strasbourg en Alsace ; 1 page oblong in-12, enveloppe ; en allemand (portrait joint).

Il a trouvé, à son retour, des lettres et un portrait de la part du Dr C. Mayer, kleine Metzgergasse 5, qui écrit qu’il sera en voyage pour des mois. Brahms ne sait que faire sinon envoyer à Stockhausen ce portrait, destiné à la sœur de Mayer, en le priant de le faire parvenir à l’un ou à l’autre ! Il lui adresse son salut du fond du cœur, et à tous ses chenapans… « Lieber Stockhausen, bei meiner Rückkehr finde ich Briefe und inliegendes Bild vor, von Herrn Dr C. Mayer, kleine Metzgergasse 5. Er schreibt mir daß er für Monate verreist. Ich weiß mir nicht anders zu helfen als daß ich Ihnen das Bild schicke ; es ist für seine Schwester bestimmt ; haben Sie doch die Freundlichkeit es ihm oder ihr zukommen zu lassen ! Außerdem grüße ich Sie herzlichst und alle Ihre Panzen dazu »…
[Brahms s’était rendu en décembre à Strasbourg : lors d’une soirée musicale le 20 décembre 1882, il y avait accompagné au piano la cantatrice Amalie Joachim dans l’interprétation de deux de ses lieder. Il écrit cette lettre au retour d’une tournée en Allemagne pour faire connaître son deuxième concerto pour piano (janvier-février 1883). Admirateur alsacien de Brahms, le pianiste et chef d’orchestre Franz STOCKHAUSEN (1839-1926) fut directeur du Conservatoire de musique de Strasbourg, de 1871 à 1907, et anima la vie musicale strasbourgeoise, en jouant notamment beaucoup les œuvres de Brahms. Son frère Julius Stockhausen, interprète réputé de lieder, était un ami intime de Brahms.]

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N° 1120
BRAHMS Johannes (1833-1897).
MANUSCRIT MUSICAL autographe, Salamander, [1888] ; 2 pages oblong in-fol. (première page légèrement brunie, avec l’encre très légèrement passée).

Manuscrit complet du lied Salamander (op. 107 n° 2).
Le deuxième de ses Fünf Lieder op. 107, pour voix avec accompagnement de piano. C’est en juillet 1888, au bord du romantique lac de Thun (Thoune) en Suisse, que Brahms composa cette pièce, dans le village de Hofstetten, où il passa les étés de 1886, 1887 et 1888.
Le poème, illustrant la cruelle candeur de l’amour, avait paru en 1861 dans le recueil Lieder und Gedichte de l’écrivain Karl Lemcke (1831-1913), également historien de l’art et de la littérature.
Le narrateur s’y compare amoureux à la salamandre (mot masculin en allemand) qu’une fillette jette dans le feu. « Es saß ein Salamander Auf einem kühlen Stein, da warf ein böses Mädchen Ins Feuer ihn hinein (bis). Sie meint’, “er soll verbrennen”, Ihm ward erst wohl zu Muth, wohl wie mir kühlem Teufel Die heiße Liebe tut (bis) » (Une salamandre se tenait sur une pierre froide ; une méchante fillette la jeta au feu, croyant qu’elle allait brûler, mais la bête s’en trouva mieux que jamais, comme moi, diable froid, quand me prend le brûlant amour).
Marqué Mit Laune (avec enjouement), en la mineur à 4/4, ce bref lied compte « deux couplets, l’un mineur l’autre majeur, […] pour évoquer le cœur plein de froideur qui peut s’embraser comme la salamandre jetée au feu » (Brigitte François-Sappey). La partie de piano, « un peu à la façon d’un mouvement perpétuel » (Claude Rostand), est vivace, avec des sauts jubilatoires.
Le manuscrit est noté à l’encre brune sur un feuillet oblong (recto-verso) à 9 lignes, avec 3 systèmes de 3 portées par page. Brahms a noté en tête le titre, le nom de « Karl Lemcke », et le numéro d’opus (changé à la publication) : « op. 106 N° 3 ».
Salamander fut chanté pour la première fois en public le 31 octobre 1888 à Berlin par la cantatrice et amie de Brahms Amalie Schneeweiss, ancienne épouse du violiniste Joseph Joachim. Le recueil de Fünf Lieder op. 107 fut publié en ce même mois d’octobre 1888 à Berlin chez Fritz Simrock.
Provenance : collection Fritz SIMROCK, ami et principal éditeur de Brahms (il l’a identifié en tête, avec le lieu et la date, à l’encre rouge : «  Juli 1888 in Thun », et noté le cotage 9064 au crayon bleu) ; puis son petit-fils Fritz Alfred Auckenthaler, qui dirigea la firme Simrock.
Bibliographie : Donald & Margit L. McCorkle, Johannes Brahms. Thematisch-bibliographisches Werkverzeichnis, pp. 431-434, seul manuscrit connu.
Discographie : Dietrich Fischer-Dieskau, Daniel Barenboim (Deutsche Grammophon, 1983) ; Ian Bostridge, Graham Johnson (Hyperion, 2015).

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