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Lettres & Manuscrits Autographes

mardi 23 octobre 2018 - 13:30
3, rue Favart 75002 Paris

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N° 2
Émile Chartier dit ALAIN (1868-1951). 3 manuscrits autographes signés, Propos d’un Normand, [1908-1909] ; 2 pages in-8 chaque (le 1er au crayon).
Sur le cinématographe (propos publié dans La Dépêche de Rouen du 1er juillet 1908). « Le cinématographe pénètre partout, s’impose partout, non pas parce que le public le désire, mais parce que les producteurs ont des appareils et des vues à placer. Le public est un bon diable »…
Sur l’art, 2 textes publiés dans La Dépêche de Rouen des 4 et 25 mai 1909 et recueillis dans Préliminaires à l’esthétique (Gallimard, 1939). – Sur les limites de l’Art. « Il y a trop d’artistes »... Notre éducation esthétique « nous a rendus très indulgents. […] Il y a une chose que l’on devrait dire, c’est que le commencement, dans les beaux-arts, n’est jamais difficile. On arrive très vite au passable. […] Toutes ces œuvres d’art sont bien écrites, bien peintes, bien sculptées ; et ce n’est rien du tout »… – Sur l’Art dans ses rapports avec la Raison : « Nos cathédrales seraient bien laides si elles n’avaient pour nous plaire que les statues des saints et des rois, ou les monstres des gargouilles. Mais tous ces ornements faits pour plaire sont heureusement perdus dans l’ensemble. Ce sont les lignes tout à fait simples sévères et dénudées de la grande nef qui sauvent tout. Moins une cathédrale est ornée plus elle est belle quand elle est belle. […] La superstition fut le premier moteur, j’en conviens ; mais c’est la Raison qui fut l’architecte »

Émile Chartier dit ALAIN (1868 1951). 3 manuscrits autographes signés, Propos d’un Normand, [1908 1909] ; 2 pages in 8 c…
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N° 5
Jacques AUDIBERTI (1899-1965). Manuscrit autographe ; 8 pages in-4 numérotées I-VIII (fentes, bords effrangés et taches en 1ère page).
Méditation fantaisiste, avec de nombreuses ratures et corrections. « La raison d’être du monde, chaque religion, chaque philosophie l’enferme dans une calebasse particulière, cafetière atomiste, burette jésuite, gourde marxiste. Tout comme l’eau, la raison d’être du monde se prête, elle se plie aux contours, même les plus saugrenus, de la vaisselle qui l’incarcère. Mais, son profil personnel ? Quel est-il ? Son portrait ? Comment l’obtenir ? Qu’il s’agisse de l’eau, qu’il s’agisse de la raison d’être du monde, le mieux, pense l’abhumaniste, le mieux serait de verser la fluide matière à même une solidité plate, lisse, imperméable. Qu’elle s’y répande sans gêne ! Nous tiendrons pour son effigie exacte et suffisante la forme qui, là, se dessinera. Et aussitôt, livrée à l’étalement excentrique horizontal, la raison du monde envahit la plateforme glissante si nous l’épanchâmes. De s’étendre, de s’élargir sans limite la nappe liquide s’amincit. Elle s’amincit jusqu’à s’évanouir. Adios ! La table redevient sèche. Notre soif agenouillée caresse de la langue cette surface d’aridité. Devons-nous vivre à quatre pattes ? Non ! debout ! La surface se lève en même temps que nous »… Etc. Le manuscrit est resté inachevé (ou incomplet de la fin).
On joint une L.A.S. de Marcel AYMÉ, Paris 5 juillet 1933, [à Max Fischer] (1 p. in-4), le remerciant de son livre Détours : « j’ai fort apprécié la fine observation des choses et des gens, que vous présentez sous un aspect neuf, le rebondissement des idées et des images mêmes »...

Jacques AUDIBERTI (1899 1965). Manuscrit autographe ; 8 pages in 4 numérotées I VIII (fentes, bords effrangés et taches …
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N° 7
Jules BARBEY D’AUREVILLY (1808-1889). L.A.S., Hôtel Granval Dimanche 23 [décembre 1877], à Victor Lalotte ; 3 pages in-8, enveloppe (timbre découpé, cachet de cire rouge à la devise Trop tard).
Sur les droits de ses Bas-Bleus. « J’étais endormi sur votre bonne lettre, quand une lettre de Nicolardot est venue très désagréablement me réveiller. Il me mande qu’Amyot est allé chez Palmé et qu’il y a dit : qu’il allait me faire un procès en police correctionnelle pour stellionnat. C’est odieux et profondément bête. Mais il faut croire à la bêtise humaine, parce que c’est ce qu’il y a au monde de plus commun ». Il voudrait savoir ce qu’il en est. « Dans tous les cas, nous sommes à l’abri, je pense, de cette ignoble accusation. J’étais de la plus entière bonne foi, en vendant à Palmé, après les refus du père Amyot de prendre mes bas-bleus, – refus répétés avant sa faillite. M. Nicolardot, lui-même, qui était souvent mon intermédiaire auprès du père Amyot, lui a, comme moi, souvent proposé le manuscrit des bas bleus, et Amyot lui a finalement répondu : que j’étais libre de faire des Bas bleus tout ce que je voudrais […] Cependant, et quelques armes que nous ayons, cette idée du procès en stellionat est pour moi une inquiétude. Rassurez-moi »…
Correspondance générale, t. VIII, p. 135.

Jules BARBEY D’AUREVILLY (1808 1889). L.A.S., Hôtel Granval Dimanche 23 [décembre 1877], à Victor Lalotte ; 3 pages in 8…
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N° 14
Jean BLANZAT (1906-1977). 3 L.A.S. et 1 L.A., 1932-1934 et s.d., à Eugène Dabit ; 7 pages in-4 ou in-8, une adresse.
Gonesse. Il serait heureux de le connaître et discuter des points qui les séparent : « Je crois au reste que ces divergences sont plus apparentes que profondes »… Puis, à propos de l’un de ses romans : « Je suis de votre avis et de celui de Guéhenno. La culture multiplie les individualités […], et Gide l’a dit, s’instruire, progresser c’est réaliser ses dissemblances »… Bel Air 2 août 1932. « Comme je comprends la plénitude de votre vie actuelle : le soleil, la mer, et les habitudes les plus simples, les plus immédiates. J’admire que vous ayez tout de même la force de travailler. Moi, avec bien moins, avec seulement les arbres, le temps chaud, la suggestion de la vie courante, je ne l’ai pas et je me demande si je pourrai l’avoir encore… […] vous restez un témoin non récusable de toute ma vie »… S.d. Après sa visite, « les choses sortent du quotidien pour prendre une signification plus grande. Vous êtes redoutable aux paresseux […] Vos paroles suscitent en nous deux des commentaires passionnés, des admirations et aussi des réfutations violentes et instinctives »… 18 février 1934. Longue lettre sur Un mort tout neuf : « Je suis sûr que c’est le plus accompli de vos livres, le plus serré, le plus fort ; et c’est sans doute aussi le plus beau. […] Il y a d’abord une vraie perfection technique. Avec un peu de cruauté, vous m’avez dit combien le mien livre, manquait de soin, d’attention, de travail et j’étais désolé, parce que précisément je tiens beaucoup à ce contrôle permanent des forces, à ce rassemblement d’énergie intellectuelle dont votre roman est précisément un exemple »… On joint le n° de Livres de France à lui consacré (avril 1965).

Jean BLANZAT (1906 1977). 3 L.A.S. Et 1 L.A., 1932 1934 et s.D., à Eugène Dabit ; 7 pages in 4 ou in 8, une adresse. Gon…
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N° 15
Maurice BLONDEL (1861-1949) philosophe. 9 L.A.S., 1 L.S. et 3 cartes a.s., 1912-1948, à Armand Chambon ; 28 pages et demie formats divers, qqs adresses.
Correspondance à un ancien élève. Loctudy 8 août 1912. Félicitations sur sa licence de philosophie, et son projet de faire une licence d’histoire. « Vous ne doutez pas de l’intérêt affectueux avec lequel je suivrai toujours les progrès de votre carrière »... Quincy par Montbard 21 septembre 1913. Vœux pour son avenir ; regrets sur l’« étroitesse incurable des conditions matérielles » de l’enseignement libre... Aix 16 octobre 1913. Il lui propose de donner « quelques leçons d’histoire à un adolescent, de santé délicate »... 28 février 1915. « Je m’unis de cœur à votre peine, à vos prières, à vos espérances chrétiennes, la seule consolation véritable que la mort puisse nous laisser »... 27 janvier 1921. Critiques et conseils après lecture de sa dissertation sur le problème « trop vaste » des conséquences de l’industrialisme ; il faut « concentrer votre réflexion sur les points essentiels », etc. « J’espère que vous pouvez étudier les auteurs philosophiques que vous avez entre les mains, & que vous ne trouvez pas trop de difficultés à les comprendre »... Saint-Seine-sur-Vingeanne 4 septembre 1921. Devant les « difficultés incroyables de découvrir une situation », Blondel va recommander Chambon à un ancien collègue de Lille, Petit-Dutaillis [inspecteur général de l’enseignement secondaire en histoire]... Magny-la-Ville (Côte d’Or) 25 août 1922. Il analyse la situation de Chambon, et s’interroge sur les possibilités d’un poste aux Arts et Métiers de Vierzon, ou de leçons à Rome. « J’espère que la Providence vous guidera vers la meilleure solution, en récompense de votre dévouement, de votre labeur, de votre délicatesse »... 30 septembre 1922. Souhaits de bienvenue à ses nouvelles fonctions de professeur de littérature à l’école régionale de Vierzon... Aix 11 décembre 1922. Vœux après sa nomination aux Arts et Métiers de Cluny. « Je suis remplacé pour l’année à la Faculté par M. Goblot (de Lyon) qui fait des conférences de 2 h½. J’admire ce zèle »... Aix 16 janvier 1923. « Je connais ce vénérable Cluny & je vous suis par l’imagination comme par l’affection dans ces vastes & vénérables bâtiments. Vous saurez vous faire estimer & apprécier [...] Je corrige les épreuves de mon livre sur Ollé-Laprune & je rédige la Pensée »... 15 janvier 1924. Nouvelles familiales, et du « branle-bas » à Aix dans les milieux éducatifs catholiques... 20 février 1948. Félicitations sur son fils Yves Chambon, jeune docteur en médecine. « Nous voici ce matin sous une chute de neige assez abondante et ma santé, si précaire en ma 87ème année, m’oblige à d’extrêmes précautions, d’autant plus que j’ai été pris d’une bronchite aiguë qui m’éprouve beaucoup et m’arrête complètement dans mon travail »... On joint 2 enveloppes autogr. ; une carte-souvenir à son effigie, et qqs lettres de Léopold d’Or relatives aux Amis de Maurice Blondel (1949-1950) ; plus un poème a.s. de César Santelli, L’Enfant malade.

Maurice BLONDEL (1861 1949) philosophe. 9 L.A.S., 1 L.S. Et 3 cartes a.S., 1912 1948, à Armand Chambon ; 28 pages et dem…
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N° 17
Henry BORDEAUX (1870-1963) écrivain. 90 L.A.S. et un manuscrit autographe, Thonon-les-Bains, Annecy, Cognin près Chambéry, Paris, Genève, Port-Cros 1894-1913, à Jules Huret, rédacteur au Figaro ; environ 180 pages formats divers, qqs adresses et enveloppes.
Importante correspondance littéraire et journalistique. Appréciation des offres de service du rédacteur du Figaro : souhait d’un mot sur ses Âmes modernes par Philippe Gille, d’une intervention auprès de Calmette pour connaître le sort de son article sur des livres de Bourget et Loti, d’une référence à son étude sur le théâtre de Jules Lemaitre, etc. Primeur de la candidature du marquis Costa de Beauregard au fauteuil académique de Camille Doucet, avec profil biographique... Appréciation pour son Enquête sur la question sociale en Europe, « autrement intéressant que l’Enquête sur l’évolution littéraire où ne se manifestaient que de petites vanités », quoique les préfaces [de J. Jaurès et P. Deschanel] soient banales. « L’article de Mirbeau sur vous n’avait rien d’extraordinaire. Il était inutile pour souligner la teneur de vos interviews d’en faire des caricatures » (28 décembre 1896)... Bordeaux évoque ses articles, ses projets de romans et nouvelles, et ses propres publications (Âmes modernes, Le Pays natal, La Peur de vivre, Paysages romanesques…). Nombreuses références à sa vie et ses promenades savoyardes, à la solitude de la vie en province, à des échanges de livres et à ses voyages à Paris (demandes de places au spectacle)... Il est question de l’affaire Dreyfus (allusions à Méline, Picquart, Bertillon, Charavay, Henry etc.) : « Je ne dis pas comme vous que Dreyfus est innocent et Esterhazy coupable, parce qu’il faudrait croire à une aberration mentale de tant de gens », mais il reconnaît les aspects louches de l’affaire. « S’il a été condamné illégalement [...] n’aurait-on pas mieux fait de réviser son procès que de faire le procès Zola ? Ah ! Que ce Zola a donc été maladroit, si l’on peut jeter encore la pierre à un homme ainsi passé ! Qu’il a été maladroit d’entasser les violences et d’accuser de mauvaise foi tant d’officiers [...] ! Et que penser de l’interprétation insensée de ce débat tout individuel, qu’on a remplacé par des entités comme la Patrie et la Justice au nom desquelles les hommes se battent » (dimanche [février 1898])... Le verdict l’a attristé profondément : « Comment concilier cette condamnation avec Esterhazy auteur du bordereau ? [...] La presse dite nationaliste portera le poids de l’aberration mentale dont sont frappés tant de gens aujourd’hui ; on verra quelle France nous feront les Drumont et les Rochefort » (20 septembre 1899)... On rencontre aussi les noms de Paul Adam, Henry Bataille, Émile Berr, Alfred Capus, Maurice Donnay, Jacques des Gachons, Urbain Gohier, Henry Houssaye, Étienne Lamy, Jean Lorrain, Guy de Maupassant, Eugène de Vogüé, etc. Manuscrit d’un article Indiscrétions académiques.
On joint 7 cartes de visite autogr. ; plus la minute a.s. d’une réponse d’Huret (1913).

Henry BORDEAUX (1870 1963) écrivain. 90 L.A.S. Et un manuscrit autographe, Thonon les Bains, Annecy, Cognin près Chambér…
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N° 20
André BRETON (1896-1966). Tapuscrit avec corrections autographes, La Paix par nous-mêmes, [décembre 1948] ; 4 pages in-4.
Manifeste pacifiste en soutien à l’action de Garry Davis, le « citoyen du monde », publié dans le quotidien de gauche Franc-tireur du 9 décembre 1948. Ce tapuscrit, double carbone, présente 5 additions ou corrections à l’encre bleue, chacune de plusieurs mots, de la main d’André Breton.
Breton commence par paraphraser Charles Fourier en disant : « Les terribles événements qui ont signalé la première partie du vingtième siècle ne sont que des bagatelles en fonction de ceux qui se préparent. Le monde touche à une catastrophe d’un tel ordre qu’on peut espérer que sa seule appréhension sera de force à imposer la paix perpétuelle. Il n’y a rien d’excessif à interpréter ainsi à la fois le cri d’alarme réitéré des savants atomistes et l’irrésistible mouvement de masse qu’a déclenché le geste symbolique de Garry Davis » (qui avait déchiré son passeport)… Breton cite Albert Einstein, pour affirmer la nécessité de « changer notre façon de penser » et « refaire l’entendement humain », malgré « les conformismes de gauche comme de droite », pour aller vers « la réorganisation de l’humanité sur une base organique », et éradiquer « ce nationalisme ivre et encore avide de sang […] cet impérialisme rival du coca-cola et du marxisme dénaturé »…
On joint 2 tracts imprimés : Déclaration de Garry Davis premier citoyen du monde à l’Assemblée générale des Nations Unies le 19 novembre 1948, avec au dos la Liste de soutien du cas Garry Davis, et Les Surréalistes à Garry Davis, février 1949, tous deux portant le nom d’André Breton parmi les signataires.

André BRETON (1896 1966). Tapuscrit avec corrections autographes, La Paix par nous mêmes, [décembre 1948] ; 4 pages in 4…
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N° 21
Joseph Caraguel (1855-?) écrivain. 90 L.A.S., la plupart « Foureau » ou « Boch », vers 1892-1908, à Jules Huret ; 262 pages formats divers, qqs adresses et enveloppes (qqs petits défauts ; plus une carte de visite a.s.).
Importante correspondance de l’un des « néo-réalistes » interviewés pour l’Enquête sur l’évolution littéraire de Jules Huret, et l’un des plus solides amis du journaliste. Caraguel surnomme Huret « Bouvard » ou « Pécuchet », d’après les personnages du roman de Flaubert, et signe bon nombre de lettres du nom de leur compère : « Foureau ». Il parle abondamment de la presse, d’éditeurs, de ses déceptions d’auteur dramatique, de ses lectures ; il critique et commente des articles d’Huret (« le plus Bouvard de tous les Bouvards »), suggère de nouveaux interviewés, et signale des questions d’actualité qui méritent commentaire – par exemple, en août 1892, un conflit social à Roubaix : « montrer le désarroi de leurs cervelles, leur incompréhension, leur passion combattive, leur enthousiasme pour des meneurs vaniteux, suffisants et nuls, découvrir les petites causes personnelles, locales, qui montent, dirigent les uns et les autres. Ce serait, cette fermentation, le contraste avec le renoncement du Creuzot. Songez à dégager la psychologie, à voir les mobiles vrais. Posez la question patriotique, internationale. Il y a beaucoup d’étrangers à Roubaix, vous pourriez en interroger. Vous iriez voir des fabricants ; il y en a de radicaux : interrogez sur leur républicanisme, comment ils l’entendent avec le socialisme. [...] 3 articles : le fabricant, le meneur, le mené. Prenez des renseignements électoraux »... Etc.
On joint 8 L.A. ou L.A.S. (minutes) d’Huret à des confrères : Ballot, Brisson, Caraguel, Chantavoine etc., et une note autographe sur une pièce de Caraguel. Plus une l.a.s. à lui adressée de Serge Bassel.

Joseph Caraguel (1855 ?) écrivain. 90 L.A.S., la plupart « Foureau » ou « Boch », vers 1892 1908, à Jules Huret ; 262 pa…
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N° 26
Jacques CHARDONNE (1884-1968). 28 L.A.S., La Frette 1960-1967, à Matthieu Galey ; environ 64 pages in-4.
Très belle et intéressante correspondance littéraire et amicale. Nous ne pouvons donner ici qu’un trop rapide aperçu de ces belles lettres sur papier quadrillé (celui que Chardonne employait quand il disait la vérité).
6 octobre 1960, au sujet de son texte Le bonheur à Spetsai [publié dans Demi-jour], dont il est très content ; réflexions sur la mémoire…
17 janvier 1962, constatant la mort du roman : « Une pitié, quand je pense aux romans qui paraissent entre 17 et 30. […] Si le roman est mort ; c’est bon. Une chose qui pouvait arriver. Je ne dis pas que les écrivains d’aujourd’hui sont nuls ; loin de là, dans l’ensemble. Je dis que les romans sont mauvais »... Puis sur son ami Paul Morand : « Il déraille souvent. Il faut que je le guide. Je lui dis ce matin (il allait écrire dans Match : on a enterré l’Orient-Express, tant mieux ; fini le train. Les grands paquebots, fini. Le France, une bêtise pour la vaine grandeur) je lui dis : la vitesse, c’était votre jeunesse. Aujourd’hui, c’est la lenteur. On veut de la détente. On cherche des vacances. Un beau paquebot, merveilleuses vacances (il n’y en a pas d’autres) ; des trains de luxe (vrais), s’il y en avait, les avions seraient vides. Morand retarde ; quelle aventure ! »... 19-21 avril, critiquant Michel Déon, qui rêve dans ses îles d’une liberté illusoire, et dont les idées politiques du « parti Maurras » irritent Chardonne : « Les idées politiques des Français, qu’ils soient de gauche ou de droite, sont d’une sottise que l’on ne trouve guère qu’en France ; j’ai vu se déployer cette bêtise pendant soixante ans. [...] Le régime politique français (démocratie parlementaire, chambre des députés, prétendue liberté, des discours, aucun gouvernement) c’est ce qu’il y a de pire. […] Maurras a écrit de bonnes choses ; et, plus encore de stupides – surtout touchant l’Allemagne »... Puis sur le général de Gaulle : « Tous les Français, sauf Mauriac et moi, détestent de Gaulle. [...] le régime politique qu’il veut établir, c’est le bon ; c’est le régime américain ; un vrai gouvernement, qui gouverne, pendant cinq ans. Et puis on le juge ; on le garde ou on le renvoie. […] la cervelle politique des Français, c’est une puante bouillie »... 30 avril, sur l’état de la littérature en Europe, et éloge du grand critique Curtius… 14 juin, sur son dernier livre Détachements : « Ce qui m’épate dans ce livre, que j’estime fort, c’est que je l’ai vraiment écrit en deux mois. A présent, je mets sept ans pour écrire 250 pages (ce sera à peu près le temps que j’aurai gardé “Demi-jour” sur ma table) »... Il critique fort les « mots inutiles, même français », qui sont « de la bourre »...
18 janvier 1963, commentaire critique d’un déjeuner chez Paul Morand, avec les Jouhandeau : « Inviter Elise, voir Elise, et chez soi, une honte ». Morand est très content de l’accueil qu’on lui fait : « Il se croyait banni de France, et en souffrait »... Il parle avec malice des élections académiques : « Si le froid persiste, Paulhan sera élu à l’Académie ; ses ennemis ont plus de 90 ans et ne sortent pas par cette température. Déjà, Jean Guitton, à la surprise générale s’est glissé à l’Académie à la faveur du froid »... 29 février, sur le XIXe siècle et George Sand : « Elle était “progressiste”, avec des doutes. Heureusement pour elle, il ne lui fut pas donné de connaître la suite, jusqu’à Hitler. La mort est bien nécessaire »... Réflexions sur l’armée, la liberté et la politique… « Les Morand se sont entichés de Pagnol »... 5 mars, sur la littérature, à propos de Marguerite Duras : « Ce qu’elle veut peindre, c’est une idée, à la mode du jour. La mode est au confus, et à “l’angoisse”. En d’autres temps, c’était une autre façon de voir. L’écrivain, en général, est un serviteur fidèle de son époque. La véritable originalité, c’est le plus rare. Presque toute “littérature”, c’est chose d’un moment. Stendhal n’était pas du tout de son époque. Cependant, il ne fut pas un méconnu. Il était connu et apprécié par tous (presque) bons écrivains ou juges de son temps »... Il relit les Contemplations de Hugo : « Il y a du bon, de l’admirable, et du médiocre. C’est un poète. Il veut être “poète” à chaque ligne : le vers oblige. On n’est pas poète à tout instants. […] C’était l’époque où Hugo était en colère à Guernesey. Cette colère gronde partout. Napoléon III n’était pas un mauvais régime. C’est Mérimée qui avait raison. On pourrait faire toujours l’économie de ses colères. Il s’agit d’être bien persuadé que les hommes sont des fols ; et le furent toujours »... Réflexions politiques : « Le crime, c’est de 1900 à 1918 (traité compris). C’est là que le continent chavire. Trente ans, les socialistes ont réclamé les “nationalisations” ; à présent, ce sont les industries libres qui sont idéales »… 8 mars 1963, sur la littérature, conseillant Galey pour l’aider à combler ses lacunes : Paul Bourget, Maupassant et Zola, Jules Romains, Dickens : « Si on ne fait pas une thèse sur un auteur, très peu de livres suffisent pour le juger ; et même quelques pages. Les écrivains ne font que se répéter ». Il déplore le manque de culture des nouvelles générations, « la sécheresse du terrain, la bonne conscience dans l’ignorance ; la T.V. suffit ». Pis il encourage Galey dans son projet sur Barbey d’Aurevilly : « un personnage, un bon sujet. [...] Il a toutes les singularités, et même du talent »… 1er juillet 1963, sur l’enrichissement du peuple : « Voici le danger : un “peuple” riche est ingouvernable ; il est trop fort. […) Cela conduit au communisme seule tyrannie possible, au nom du peuple, et qui mettra tout le monde en prison. […] Pauvre “capitalisme”. [...] Cette colossale affaire Hachette, dont la puissance et l’étendue surpasse toute imagination, est dirigée par les gens les plus médiocres ; à ce point qu’ils font pitié »... 26 septembre : « La littérature n’est pas une carrière ; c’est un exil »... Il oppose à la déchéance dans laquelle Chateaubriand a terminé sa carrière, la pleine réussite de la petite carrière de Mauriac... Puis il raconte son retour à Vigny, qu’il voit en homme du Maine-Giraud, en seigneur paysan, en solitaire triste, s’occupant de ses vignes et de ses procès… Sur la préface de Jacques Brenner à Catherine, « étonnante, définitive ; Chardonne est là tout entier, à jamais. Le plus curieux, c’est que Brenner est là tout entier, lui aussi : discret, presque effacé, et profond »... 28 septembre, sur la littérature et le cinéma, à propos du Feu follet [de Louis Malle], bien supérieur au roman de Drieu (« ils sont tous médiocres »). « Le cinéma doit remplacer le roman-distraction. C’est un art. Il est bien supérieur au roman-distraction. C’est à dire tous les romans, sauf trois par siècle, et qui sont de la littérature. Qu’est-ce donc que cette “littérature” que le cinéma ne peut remplacer : ce sont des mots. Un art qui est fait de mots. Lequel art implique aussi de la pensée ; et une pensée telle, que l’attention est nécessaire ; un certain recueillement ; une certaine aptitude à la pensée »... 6 octobre, sur le style et le genre des chroniques : « Mon style, (tant travaillé sans qu’il y paraisse) ne vaudrait rien pour des “chroniques”. Je vise à l’extrême concentration dans la limpidité ; la chronique demande un style plus détendu. Il faut savoir “développer”. Valéry mettait au plus haut l’art du développement, si difficile ; il y fut merveilleux. Il faut savoir “développer”, bien étaler sa pensée, sans que jamais on ne sente le délayage »... Il s’attaque à « ces ivrognes (Frank, Blondin, etc.) et ces innombrables réfractaires à la femme (plus ou moins ; plutôt moins que plus), signes de ces temps, ce sont des déserteurs de la vie ; c’est un phénomène cosmique »...
23 janvier 1964, longs conseils à Galey pour l’achèvement de son Barbey, sans se presser... « Quand vous jugerez le livre terminé, laissez-le dormir trois mois. Si, pendant ces trois mois, des idées vous sont venues (idées nouvelles, ou corrections utiles) attendez encore trois mois »... 29 janvier, sur Demi-jour et André Parinaud... L’article de Galey sur Drieu « est magistral. Vous êtes, de beaucoup, le premier critique de cette époque »... 17 mai, sur les modes littéraires : « Si “je me penche” sur les “jeunes”, ils m’ennuient ; et “par ailleurs” je les plains ; ce sont des éphémères ; […] trois fois dans ma vie j’ai vu s’éteindre, ou plutôt se résorber, dans le perpétuel mouvement des vagues, les ambitions si confiantes d’écoles littéraires. […] Un “fonds” d’éditeur, après trente ans, c’est trois livres. […] la vraie “littérature” ne peut nourrir un éditeur. Mais il y a quantité de branches vigoureuses dans l’édition »... Puis il évoque sa surdité : « Après tout, le silence convient, à mon âge ; et sa terrible solitude »... 11 juillet. Violente diatribe contre la Résistance, à propos de la destruction de Royan : « J’ai eu une seule haine dans ma vie : la haine du “résistant”, combinaison du crime et de la sottise ; l’ancêtre du Résistant, c’était les patriotards d’avant 14 (Déroulède, Maurras, Péguy, Delcassé etc...) à qui l’on doit la guerre de 14 (en partie). Les vainqueurs de la guerre de 39, ce sont les Américains et les Russes. De Gaulle, c’est zéro. Les Résistants ont simplement tué, ou fait tuer, plus de cent mille Français ; et ils sont responsables de la persécution des juifs en France, laquelle n’était pas prévue. [...] Dans les villes où il n’y avait pas de résistants, les allemands sont partis sans rien abîmer »... Puis sur son travail à projet de livre sur L’Édition et la société : « Jusqu’ici je pensais “je n’ai jamais travaillé”. Mes livres ont été dictés par mon ange gardien. Je me bornais à écouter, à transcrire »... Chardonne raille le goût des critiques et du public pour les écrivains torturés, et se compare à Goethe... Dimanche [18 octobre]. Conseils à Matthieu Galey : « vous écrirez des livres. Des livres touchant à la critique genre “Barbey”. Ce n’est pas un genre épuisé ; on peut le rénover. [...] Troisième phrase, dans dix ans. Vous écrivez un roman ; peut-être deux ; c’est suffisant. Ce que je viens de dessiner c’est à peu près la carrière de Benjamin Constant »… Recommandations pour se faire embaucher par un éditeur riche, tel que Laffont ou Flammarion... 17 décembre, sur son projet d’une Histoire de l’Édition : « C’est un ouvrage assez lourd, en somme, pour mon âge. Il me faut une sérieuse assistance. Ça ne sera pas lourdement écrit. J’ai le ton. Le ton léger des souvenirs. Un livre, léger de poids, mais dense, et sérieux »... Sur les attaques de Kleber Haedens contre le Nouveau Roman ; anecdotes sur Paul Morand et Mauriac...
21 janvier 1965, souvenirs sur Ernst Jünger… Jünger était peu goûté en Allemagne, et cela n’a pas changé. « Cela dépendait des recoins. L’Allemagne, c’est de nombreux recoins. Elle ne sera jamais “unifiée” »... Il parle encore des pages de ses Propos comme ça sur Mauriac, de Sainte-Beuve, de la guerre atomique entre l’Amérique et la Chine... 23 avril, sur son prochain livre, Propos comme ça, qu’il veut « très court » ; il hésite sur l’éditeur : « Je n’ai pas eu encore le courage d’entrer chez Gallimard depuis la mort de Nimier. Gallimard ne pense qu’à la correspondance de Morand. Il voudrait des manuscrits de moi à tous prix. Malheureusement pour lui, l’argent m’est indifférent »... Vendredi [28 mai], déploration sur l’état de la France : « Pauvre France ; pauvre France. Elle fut, jadis, une nation militaire. Depuis bientôt deux siècles, elle perd toutes les guerres […] Elle fut une grande nation littéraire. Elle avait du discernement (éminente qualité) pour la cuisine, et pour la littérature. […] La moitié de Claudel, passe encore ; et le pauvre Gide. Mais Aragon ! Le comble de l’horreur ! La bêtise folle. Avec Malraux, la chute était déjà grave. [...] Les grandes douleurs sont muettes. Aragon, c’est un cabotin »... (réponse jointe de Galey). 17 octobre, sur l’impuissance et la chair : « Morand m’écrit : “Dès que l’on ne peut plus faire crier une dame pendant une heure, sans débander, il faudrait disparaître.” Je lui réponds : “ne vous y trompez pas, elle crie pour vous faire plaisir”. […] “Impuissant” ; notion vague. L’opposé, l’excès contraire, n’est pas moins pernicieux. Le modèle serait le monde des curés et des moines. Ils n’ont pas tous une maîtresse. Il y a donc un moyen de mater la chair : ne pas trop y penser, avant tout. Considérer “la chair” comme une bêtise et un avilissement. Vénérer “l’impuissance”. “La chair” c’est interdit à l’artiste. – L’homme n’a pas le droit d’avoir des enfants (surtout l’artiste) »...
22 février 1966, lettre désabusée sur la littérature et les milieux littéraires : « Je trouve la masse des écrivains quelque chose de nul ; la “littérarature” un ramas de niaiseries, la “société littéraire”, en tous les temps, une misère. Peut-on imaginer (pour ne parler que des modernes) qu’une espèce de folie, telle que le “monologue intérieur” a pu occuper les esprits au moins trente ans ; que des livres tels que le dernier Green ou Nourissier, trouvent un éditeur (j’ai envie de leur dire : je ne vous demande rien ; ça vous regarde vos petites histoires) Mes petites histoires à moi, elles sont lourdes ; mais j’ai eu assez de pudeur pour n’en rien dire ; personne, jamais, ne les soupçonnera. […] Si on me demandait mon opinion sur Proust ; ce ne serait pas long. Je dirais : “c’était un demi-fou ; mais il avait un art extrême pour décrire, en poète, de menus objets ; par exemple un thermomètre” »... Puis sur le Romantisme, « essentiellement allemand »... 14 avril, se réjouissant d’avoir reçu une lettre du général de Gaulle sur Propos comme ça, qu’il recopie…Réflexions sur la France qui a besoin d’un commandement : « La liberté, c’est très dangereux. Elle n’a servi aux français que pour des guerres folles, des révolutions, et autres fantaisies »... 15 août, sur la sottise des jeunes : « Une exception à cette loi : l’époque où apparut vous, Brenner, Nimier, etc. Vous êtes venus au monde, fort cultivés, hommes faits, des vieux. Je vous ai toujours considéré comme des frères. Cette époque est passée ; les “jeunes”, aujourd’hui, sont idiots »... Puis sur les lettres de Morand : « Il est unique. Il écrit en courant. C’est jeté. Les “lettres” que l’on nous donne à lire, en général, c’est une misère : un pesant bavardage. La “littérature” sera perdue par “les jeunes” »... 30 novembre : « Le peuple des écrivains, c’est des ingénus. Le Clézio, dit une ingénue de cette tribu, et quelques autres, “seront les grands” du proche avenir. Non. Clézio qui compte un peu aujourd’hui, ne sera rien, demain. Entre hier, aujourd’hui et demain, aucun rapport. Ce sont des poissons de rien du tout que l’on aperçoit de la plage. La vie déteste la vie. D’où, le passé, le présent et l’avenir, sans aucun rapport entre eux »...
Janvier 1967, sur la médiocrité de la littérature et des milieux littéraires de ce temps, notamment chez Grasset... Puis sur son projet de Nouveaux Propos : « je n’écrirai pas L’Histoire de l’Édition. Cela m’ennuie. J’en fais cadeau à Brenner, qui l’écrira ou non. Je publierai dans Nouveaux Propos les morceaux sur l’édition qui m’intéressent [...] ces Nouveaux Propos seront un gros livre, fort différent du premier (il faut bien changer, puisque je trouve maintenant des “propos” comme ça partout ; même chez Cioran, et fort médiocres) »...

Jacques CHARDONNE (1884 1968). 28 L.A.S., La Frette 1960 1967, à Matthieu Galey ; environ 64 pages in 4. Très belle et i…
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N° 29
Paul CLAUDEL (1868-1955). L.A.S., Nara 7 mai 1926, à Léonard Aurousseau, directeur de l’École française d’Extrême-Orient à Hanoi ; 3 pages et demie in-8, vignette et en-tête The Nara Hotel, enveloppe.
Il le remercie chaleureusement pour ses félicitations sur son « panonceau diplomatique ». Il se retrouve à Nara, et a fait des visites inoubliables à Miyajina et au temple à pivoines de Hasé, où un vieil abbé vénérable l’a invité à écrire un poème sur un carton parsemé d’or : « je n’ai trouvé autre chose que les lignes suivantes : “Je suis venu de l’autre bout du monde pour voir ce qui se cache de rose au cœur des pivoines blanches de Hasé” »... Il évoque des visites au temple de Jimmô Tennô et à Isé, puis lui confie une lettre débordante de joie qu’il vient de recevoir de Copeau, qui jouit de l’étonnement de tous les convertis. « Et vous, mon cher ami, quand me donnerez-vous le même bonheur ? Un an, plus d’un an déjà depuis que nous avons eu notre première conversation. À quoi sert d’attendre et à ne pas croire votre âme qui meurt de faim et qui a absolument besoin de lumières. Toutes ces objections par lesquelles le diable essaye de vous retenir, jouez-leur un bon tour en passant à travers sans même essayer d’y répondre. L’important est de vivre et non pas de philosopher. Qui s’engage dans les chicaneries diaboliques n’en sort jamais »... Il envoie la lettre de Copeau. « Et vous aussi apprenez à vivre, à respirer, à espérer, à aimer, à croire ! Laissez aller les rêves à votre âme et elle vous conduira où il faut. [...] L’intelligence n’est qu’un organe de contrôle, mais ce n’est pas elle qui vit, pas plus que ce ne sont les yeux qui mangent »...
On joint une lettre ronéotypée de Jacques Copeau, Assise samedi saint [3 avril 1926], à Claudel, racontant le bonheur de sentir la présence de Dieu, puis faisant l’éloge de Feuilles des saints, en particulier de L’Architecte. « A-t-on jamais dit combien votre poésie est humaine ? Nul n’a fixé comme vous, du ton de la grande poésie, certaines choses ordinaires d’expérience quotidienne, certains gestes, certains objets et certaines vérités du cœur »... Il raconte un souvenir émouvant de lecture de L’Annonce à ses enfants...

Paul CLAUDEL (1868 1955). L.A.S., Nara 7 mai 1926, à Léonard Aurousseau, directeur de l’École française d’Extrême Orient…
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N° 30
Paul CLAUDEL. 6 L.A.S., Paris 1919-1946 ; 7 pages la plupart in-8 et demi-page in-12.
3 mai 1919 (à en-tête Ministère des Affaires étrangères. Service de Documentation pour le Congrès de la Paix), au sujet de sa Sainte Geneviève [que les Feuillets d’art vont publier] dont il ne possède pas d’autre exemplaire dactylographié… Mardi, pour discuter de Sainte Geneviève.
1938, à Henri Massis. 30 janvier, protestant contre l’attribution du Prix Nobel à Roger Martin du Gard, « cet écrivain sans talent qui a pris à tâche de calomnier et de déshonorer son pays, soit en lui imputant contre toute vérité une part de responsabilité dans la guerre de 1914, soit en couvrant de boue nos paysans, soit en prenant pour sujet d’une pièce (représentée à Stockholm en soirée de gala !!) les plus abominables turpitudes. C’est une véritable insulte pour la France et pour les écrivains français dignes de ce nom »… 4 avril, au sujet d’un Comité pour la préservation du Saint Sépulcre.
1946, à Denise Barat. Brangues 18 janvier, sur ses conférences. « J’ai l’habitude d’aller à la messe tous les matins. Y aurait-il une église ou une chapelle pas trop loin, car je suis vieux et un peu poussif »... Genève 9 février, il est en Suisse pour quelques conférences, et ira à Bruxelles pour une reprise de Jeanne au bûcher...
On joint une L.A.S. à Max Favalelli (26 janvier 1945, à propos d’un article pour Candide) ; et une carte postale a.s., [Paris 27 décembre 1948], à M. Barat de Témoignage chrétien.

Paul CLAUDEL. 6 L.A.S., Paris 1919 1946 ; 7 pages la plupart in 8 et demi page in 12. 3 mai 1919 (à en tête Ministère de…
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N° 31
Jean COCTEAU (1889-1963). Manuscrit autographe ; 3 pages in-4 sur papier ligné (arrachées d’un classeur, quelques petits défauts).
Réflexions sur la place du poète en France et sur Jacques Maritain ; brouillon très raturé et corrigé. « « Le drame d’être poète se décuple de l’être en France. La France […] confond musique et poésie. Or les langues musicales (chantantes) sont les plus mauvais véhicules de poésie. Les pays qui les parlent sont des pays poétiques sans véritable poésie. Italie – Angleterre, pays poétiques. La langue française est, de par son algèbre, ses volumes durs, volumes qui s’emboîtent, ses lignes nettes propres à cerner les fantômes, son aptitude au calembour, ses ressorts de piège, sa couleur abstraite, une admirable idiote de poésie. […] Ce qui est pur ne peut être combiné. Je m’oppose à toute combinaison. Une belle vie n’est-elle pas la combinaison type ? Je reste pur. D’échec en échec. La Lettre à Maritain était, reste et restera le type d’une lettre d’amour. En ce sens je n’y changerais pas une ligne. Mais cet échec doit servir à la longue. Pour servir tout de suite, pour devenir efficace, pour que j’en profite, il fallait, par exemple, en face de J’adore, lâcher Desbordes qu’on assassinait. […] Maritain est la seule personne dont le cœur pense comme un cerveau sans aucune des maladresses du cœur. Il ressemble à ces beautés du type mannequin sur qui tout va sans retouche. Cette singularité lui permet de rester pur là où n’importe qui combinerait pour rester d’accord avec soi et le reste. Me le nier serait fou ! On l’accusa de me prendre au piège. C’était exact. Mais ce piège m’attirait dehors »...

Jean COCTEAU (1889 1963). Manuscrit autographe ; 3 pages in 4 sur papier ligné (arrachées d’un classeur, quelques petits…
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N° 43
François COPPÉE (1842-1908). 4 L.A.S., [1890]-1907, à sa cousine Marguerite Robert, à Quimper ; 4 pages in-8 ou in-12, 3 enveloppes.
[Rome 10 avril 1890]. À la suite d’une l.a.s. de leur cousin Auguste, évoquant une audience papale accordée à Coppée, sa sœur Annette et leur cousine Alexandrine, François Coppée envoie des vœux pour la santé de Marguerite, et des félicitations sur la promotion de Robert au grade de capitaine. « Annette, la cousine Alexandrine et moi, nous allons continuer notre route jusqu’à Naples »… La Fraizière 13 juin [1894]. « Les enfants sont très gentils – comme leurs portraits. Nous allons mieux, Annette et moi, et nous voici installés à la campagne, où nous attendons l’été – au coin du feu »… 2 janvier 1907, vœux : « Annette vieillit beaucoup, hélas ! Elle a passé 80 ans »… Beg Meil [septembre 1907]. À Beg Meil pour 10 ou 15 jours avec son médecin et ami, le Dr Duchastelet, il propose de venir demander à déjeuner à Marguerite. « Comme je viens de souffrir et souffre encore des gencives, je ne puis absorber que des aliments très mous, des œufs, du poisson, par exemple, et seulement de la mie de pain. – Oh ! ton vieux cousin n’est pas brillant, – mais il se réjouit quand même de te revoir et d’évoquer auprès de toi les anciens souvenirs »…
On joint 2 palettes en corne ; 11,5 x 21 et 10 x 20 cm, avec restes de gouache ou aquarelle. François Coppée a pratiqué, à côté de son activité poétique, le dessin et l’aquarelle ; on connaît surtout ses amusantes lettres illustrées à Méry Laurent.

François COPPÉE (1842 1908). 4 L.A.S., [1890] 1907, à sa cousine Marguerite Robert, à Quimper ; 4 pages in 8 ou in 12, 3…
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N° 47
Léon DAUDET. 5 manuscrits autographes signés ; 4 pages in-4 chaque avec ratures et corrections et collages de coupures de presse.
Le Banquet des Médecins d’A.F. : « Comme la véritable politique, la médecine, cette politique de l’organisme, est l’école de la raison. […] Il y a du médecin dans l’homme d’État, comme il y a du chirurgien dans le grand soldat »… Qu’est-ce que le front commun ? Une couverture à Voleurs et Assassins. « La plupart de ceux qui défileront, dimanche prochain, dans le cortège rouge, croiront, de bonne foi, manifester contre le fascisme, lequel a d’ailleurs pour lui, en Italie, la quasi unanimité des ouvriers et des paysans. Communistes, S.F.I.O. radicaux et fonctionnaires seront en réalité des dupes, réunis, agglomérés sous le vocable de front rouge, pour servir de couverture aux voleurs, aux assassins découverts par l’affaire Stavisky »… La Valeur de l’Aviation Russe, dénonçant « l’extrême frivolité de ceux qui, comme Barthou et Laval, ont misé sur cette carte douteuse : la supériorité des appareils et des aviateurs soviétiques, l’importance de leur menace quant à Berlin »… Le Gaspillage démocratique : « Il s’agit du gaspillage en hommes, par les démocraties alliées, pendant la grande guerre, gaspillage constaté par le démocratissime Lloyd George dans ses Mémoires »… La “Réforme” de Pernot-Tartuffe. Bonnaure en Liberté, sur le « député escroc Bonnaure […] grand distributeur électoral et parlementaire du magot volé à l’épargne par Stavisky »…

Léon DAUDET. 5 manuscrits autographes signés ; 4 pages in 4 chaque avec ratures et corrections et collages de coupures d…
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N° 49
Michel DÉON (1919-2016). 18 L.A.S., 1965-1995, à Ginette Guitard-Auviste (la première à Jacques Chardonne, 4 à Me Louis Guitard) ; 24 pages formats divers, la plupart à en-tête, enveloppes.
Belle correspondance littéraire à la critique littéraire, dans le souvenir de Chardonne.
Fontainebleau 28 novembre 1965, à Jacques Chardonne : l’article de Ginette Guitard-Auviste sur Le Rendez-vous de Patmos est remarquable : « On voudrait écrire des livres pour avoir, de temps à autre, un article de cette profondeur, de cette perspicacité, de ce goût »… Chardonne a transmis la lettre, avec une note autographe. 28 novembre, remerciant de l’article : « Vous avez dit l’essentiel, et admirablement. Après cela, il n’y a plus qu’à tirer l’échelle »… Funchal 11 février 1969, sur le projet de Pierre Sipriot de faire une adaptation de L’Épithalame de Chardonne ; Camille Belguise préférerait Claire… Spetsai 2 août 1969, il serait heureux d’entendre l’enregistrement de Claire : « Oui, j’aimerais bien l’entendre. Autrefois je faisais cela aussi sur magnétophone, mais l’éloignement finit par détacher de toute curiosité »… Gort 25 novembre 1970, sur Les Poneys sauvages : « On ne connaît jamais le livre qu’on a écrit et sur une aussi longue distance un auteur n’est plus sûr de rien. […] Comme je considère que vous êtes en plus un des deux ou trois critiques qui savent pénétrer jusqu’au cœur d’un roman, me voilà plus qu’heureux »… En post-scriptum : « La mort de De Gaulle ne m’a fait ni chaud, ni froid. Il y a trop longtemps que je le considérais comme une charogne pour m’étonner qu’il en soit maintenant vraiment »… Kilcolgan 21 novembre 1971. Il a lu avec émotion le premier cahier Jacques Chardonne. « C’est une grande joie d’entendre parler de lui et de sauver de l’oubli des articles comme celui de Vialatte. J’espère que vous pourrez continuer en attendant que nous ayions toute sa correspondance. Merci aussi de l’envoi du Morand dans la Bibliothèque idéale, un livre très précieux, indispensable »… Spetsai 20 juin 1972. Il espère que ça n’ennuie pas trop son amie, « de disposer de mon vote »… Tynagh 15 novembre 1978 : « Il faut aussi que je m’accroche à ma table et travaille. Une nécessité en ce moment où je serai plutôt tenté de vagabonder en attendant l’épreuve de février » [sa réception à l’Académie française, le 22 février 1979]… Paris 27 février 1983. « J’ai été content de vous voir l’autre jour dans ce brouhaha plutôt gentil et sympathique »… Tylnagh 24 août 1984. Il se plaint du prix Chardonne, et de tous les jurys dans lesquels il s’est laissé attirer : « je ne vais plus à Monaco. Le Kléber Haedens qu’il fallait porter à bout de bras me lasse. Je garde Larbaud et Léautaud. C’est déjà beaucoup si l’on pense que je fais partie de presque toutes les commissions de l’académie […]. J’aimerais avant qu’il ne soit trop tard vivre au milieu de mes Chardonne, de mes Morand, de Stendhal, de Giono. Il y a un moment de la vie où il faut savoir être un égoïste vieillard qui ne pense qu’à son plaisir »… 10 décembre 1984. Vive recommandation de L’Europe russe, annoncée par Dostoïevski de Paul Morand – « époustouflant ! » – et d’Attitudes et profondeurs illustré par J.-P. Rémon : « Morand reste bien vivant alors que je vois, avec tristesse, s’achever l’année du centenaire Chardonne. Malgré votre livre, l’exposition de la B.N., quelques radios, je le sens qui s’éloigne […]. En fait, il faudrait gommer les romans qui ne sont pas à la hauteur, et rassembler en un seul volume de la Pléiade, l’essentiel de ses réflexions. À La Bruyère, il a suffi des Caractères pour survivre »… Paris 12 mars 1989. B.F. [Bernard Frank] a du talent, et parfois encore de la verve, mais « personne ne résiste à autant d’alcool et de bouffe. […] sur Chardonne qui en disait grand bien, il n’a été que mépris », alors que pour Matthieu Galey, « Chardonne a cessé d’exister en mai 68 »… 30 mai 1992. Appréciation du grand talent de Claude-Michel Cluny : « Nous lui avons donné il y a 2 ans le Grand Prix de poésie. Le prix Chardonne lui irait bien »… 11 juin 1992, sur les manipulations du prix Chardonne. « Schneider ? Ce n’est pas un mauvais livre [Le Palais des mirages], mais ses souvenirs sont noyés dans une écriture si plate qu’on songe à Waterloo, morne plaine »… Etc.

Michel DÉON (1919 2016). 18 L.A.S., 1965 1995, à Ginette Guitard Auviste (la première à Jacques Chardonne, 4 à Me Louis …
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