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Collection Baudelaire & grands écrivains

dimanche 04 novembre 2018 - 14:30
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N° 1
BAUDELAIRE (Charles). Lettre autographe signée « C. Baudelaire » à Narcisse Ancelle, avec 2 apostilles autographes de celui-ci. [Paris], 30 juin 1845. 7 pp. 1/2 in-4, petites fentes aux pliures, quelques infimes perforations. Sans doute la plus extraordinaire missive de Baudelaire en mains privées Célèbre « lettre du suicid e » : orphelin de père, mal aimé de son beaupère (officier vétéran des guerres d'Empire), humilié par sa mise sous tutelle financière (depuis septembre 1844) et néanmoins perclus de dettes, en proie au doute sur son génie littéraire, Charles Baudelaire annonce ici son désir d'en finir avec la vie et déclare hautement son amour pour sa maîtresse Jeanne Duval, inspiratrice de plusieurs poèmes des Fleurs du mal. Le poète tenterait de se suicider au début du mois de juillet, d'un coup de couteau sans conséquences, et serait alors recueilli quelque temps chez Jeanne Duval. « Il faut donc que je vous explique mon suicide... » « Quand mademoiselle Jeanne Lemer vo us remett ra cette lett re, je serai mort. – Elle l'ignore. – Vous connaissez mon testament – sauf la portio n rése rvée à ma mère, mademoiselle Lemer doit hérite r de to ut ce que je laisse rai après paiement fait par vous de certaines dettes dont la liste accompagne cette lettre. Je meurs dans une affreuse inquiét ude – rappelez-vous notre conversation d'hier. – Je dési re, je veux que mes dernières inte ntio ns soient st ricteme nt exécutées . – Deux pe rsonnes pe uvent atta quer mon testame nt , ma mère et mon frère – et ne pe uvent l'atta quer que sous le préte xte d'aliénatio n mentale – mon suicide ajouté aux désordres divers de ma vie ne peut que les servir pour frustrer mademoiselle Lemer de ce que je veux lui laisser. Il fa ut donc que je vo us expli que mon suicid e et ma co nduite à l'égard de mademoiselle Lemer . – De telle sorte que cette lettre adressée à vous, et que vous aurez soin de lui lire, puisse servir à sa défense, en cas que mon testament soit attaqué par les personnes ci-dessus nommées. Je me tue – sans chagrin. – Je n'éprouve aucune de ces perturbations que les hommes appellent chagrin – mes dettes n'ont jamais été un chagrin – Rien n'est plus facile que de dominer ces choses-là. – Je me tue pa rce que je ne puis pl us vivre, que la fatigue de m'endormir et la fatigue de me réveiller me sont insupportables. Je me tue pa rce que je me crois immortel , et que j'esp ère. – Au moment où j'écris ces lignes, je suis tellement bien doué de lucidité, que je rédige encore quelques notes pour Mr Théodore de Banville, et que j'ai toute la force nécessaire pour m'occuper de mes manuscrits. Je donne et lègue to ut ce que je possède à mademoiselle Lemer, même mon petit mobilier et mon portrait – pa rce qu'elle est le se ul être en qui j'ai trouvé quel que repos – quelqu'un peut-il me blâmer de vouloir payer les rares jouissances que j'ai trouvées sur cette affreuse terre ? Je connais bien mon frère – il n'a pas vécu en moi ni avec moi – il n'a pas besoin de moi. Ma mère, qui si souvent et to ujours involo ntai rement, a empoisonné ma vie, n'a pas non pl us besoi n de cet argent. Elle a son mari , elle possède un être humain, une affection, une amitié. Moi, je n'ai eu que Jeanne Lemer. – Je n'ai trouvé de repos qu'en elle, et je ne veux pas, je ne peux souffrir la pensée qu'on veuille la déposséder de ce que je lui donne, sous prétexte que ma raison n'est pas saine. Vous m'ave z ente ndu ces jours-ci ca user avec vo us. – Étais -je fo u ? Si je savais qu'en priant ma mère elle-même, et en lui exposant la profonde humiliation de mon esprit, je pusse obtenir d'elle de ne pas troubler mes dernières volontés, je le ferais immédiatement – tant je suis sûr qu'étant femme, elle me comprendra mieux que tout autre – et pourra peut-être à elle seule détourner mon frère d'une opposition inintelligente. Jeanne Lemer est la seule femme que j'aie aimée – elle n'a rie n. – Et c'est vous, Monsieur Ancelle, un des rares hommes que j'aie trouvés doués d'un esprit doux et élevé, que je charge de mes dernières instructions auprès d'elle. Lisez-lui ceci – qu'elle co nnaisse les motifs de ce legs, et sa défense , en cas que mes dispositions dernières soient contrecarrées. – Faites-lui, vous, homme prudent, comprendre la valeur, et l'importance d'une somme d'argent quelconque. – Essayez de trouver quelque idée raisonnable dont elle puisse tirer profit et qui rende utiles mes suprêmes intentions. Guidez-la , co nseille z-la , oserai-je vo us dire : aimez-la – pour moi du moins. – Montrez-lui mon épo uva ntable exemple -– et comme nt le déso rdre d'esp rit et de vie mène à un désespoi r sombre, ou à un anéantisseme nt complet . Raison et utilité ! Je vous en supplie. Croyez-vous réellement que ce testament puisse être contesté, et m'enlèvera-t-on le droit de faire une action vraiment bonne, et raisonnable avant de mourir ? Vous vo yez bien mainte nant que ce testame nt n'est pas une fa nfa ronnade ni un défi co ntre les idées sociales et de famille , mais simpleme nt l'expressio n de ce qui reste en moi d'humain – l'amour, et le sincère dési r de servir une créat ure qui a été quel quefois ma joie et mon repos . – Adieu ! Lisez-lui ceci – je crois en votre loyauté, et sais que vous ne le détruirez pas. Donnez-lui immédiatement de l'argent (500). Elle ne connaît rien de mes suprêmes intentions – et s'attend à me revoir venir la tirer de quelques embarras. Da ns le cas même où ses dernières volo ntés seraient discutées , un mort a bien le droit de fai re une libéralité . L'autre lettre qu'elle vous remettra, et qui n'est faite que pour vous, contient la liste de ce qu'il faudra payer pour moi, afin que ma mémoire soit intacte... » Narcisse Ancelle, protecteur de Charles Baudelaire Tuteur, agent littéraire et confid ent de Charles Baudelaire, Narci sse Ancelle (1801-1888) avait été le notaire du père et de la mère du poète, dont il était devenu l'ami. Bourgeois orléaniste, retiré de son étude en 1851, il était devenu maire de Neuilly. En 1844, il avait été désigné conseil judiciaire de Charles Baudelaire, avec pour mandat de gérer sa fortune. Le poète subit cette tutelle le restant de sa vie, recevant sa maigre allocation mensuelle avec humiliation, d'abord, puis avec résignation. Ses relations avec Narcisse Ancelle se changèrent en une solide amitié : il lui ouvrait véritablement son coeur dans ses lettres et sollicitait de lui des services qui excédaient la simple question financière, le chargeant par exemple de démarches concernant la publication de ses oeuvres. Quand Charles Baudelaire fut frappé d'hémiplégie et de confusion mentale, Narcisse Ancelle se déplaça jusqu'à Bruxelles pour s'occuper de lui. « Ancelle et Baudelaire : deux hommes qui se heurtent mais aussi deux hommes que lia une vraie et durable amitié. En dépit d'éclatantes colères, Baudelaire témoigna à son conseil judiciaire reconnaissance et affection. Avec Rigueur, Ancelle s'évertua à préserver le capital qui devait procurer des revenus au poète durant son existence, une existence dont nul ne prévoyait la brièveté. Nombre de critiques assimilèrent cette rigueur à une forme plus ou moins consciente de cruauté [...]. Accusation bien injuste. Certes, Baudelaire eut faim et fut tenté par le suicide. Mais Ancelle ne peut être tenu responsable de la nature complexe du poète, ni de son inadaptation sociale. Témoin et confident de ses souffrances physiques et morales, il l'aida, au contraire, le servit de son mieux. Ami et conseil de Mme Aupick, Ancelle fut aussi l'intermédiaire entre la mère et le fils, et pour répondre, comme il le fit, à tant d'exigences diverses, pour subir, sans lassitude, la constante pression de Mme Aupick, il fallait être doué d'une solide patience et d'une réelle bonté » (Catherine Delons, Narcisse Ancelle, p. 10). « Jeanne Lemer est la seule femme que j'aie aimée » Maîtresse « maudi te » de Baudelaire, Jeanne occupe une place centrale dans sa vie et son oeuvre. Le poète la rencontra au printemps 1842, et vécut par intermittences avec elle pendant près de vingt ans une passion tempétueuse qui évolua en amour charitable quand la belle, vieillie et s'éloignant de lui, fut devenue une « épave » marquée par les infirmités et la misère. Les Fleurs du mal lui consacrent plusieurs poèmes majeurs , désignés parfois comm e formant le « cycle de Jeanne ». Ainsi, dans « Je te donne ces vers » : « [...] Être maudit à qui de l'abîme profond, / Jusqu'au plus haut du ciel rien, hors moi, ne répond , / – Ô toi qui, comme une ombre à la trace éphémère, / Foules d'un pied léger et d'un regard serein / Les stupides mortels qui t'ont jugée amère, / Statue aux yeux de jais, grand ange au front d'airain ! » En outre, Baudelaire laissa quatre portraits d'elle dessinés à la plume. « Quelque chose à la fois de di vin et de bestial » (Théodore de Banville). Malgré cette place prépondérante, peu de choses sont connues de Jeanne Duval, d'autant moins que la mère de Baudelaire a détruit toutes les lettres de celles-ci après la mort de son fils. Le vrai nom de cette femme de couleur reste incertain, Duval, Lemer, Lemaire ou Prosper selon les documents, de même que son origine, probablement Saint-Domingue, et son emploi – il semblerait qu'elle ait tenu des petits rôles au théâtre dans les années 1838-1839. Théodore de Banville, dans Mes Souvenirs (1882), en donne une description qui en souligne la dualité baudelairienne : « C'était une fille de couleur, d'une très haute taille, qui portait bien sa brune tête ingénue et superbe, couronnée d'une chevelure violemment crespelée, et dont la démarche de reine, pleine d'une grâce farouche, avait quelque chose à la fois de divin et de bestial... » « J'ai usé et abusé , je me suis amusé à martyriser, et j'ai été martyrisé à mon tour » (Charles Baudelaire, lettre à sa mère, 11 septembre 1856). La relation de Baudelaire avec Jeanne Duval est exemplaire de son rapport paroxystique à la vie, à la beauté satanique qui pour lui la caractérise : « [C'est] une liaison "tempétueuse" faite de ruptures et de retrouvailles, de volupté et de férocité, de remords, de dévouement, d'égoïsme et de charité [...]. Dans Les Fleurs du mal, Jeanne est celle qui conduit d'abord, par le rêve et le souvenir, vers les mondes "lointains, absents, presque défunts" d'un paradis parfumé où la nature chaleureuse, la Beauté des corps et de l'Idéal ne seraient qu'un. Mais dans nombre d'autres, au contraire, elle est celle qui réveille de ce rêve, qui fait retomber le poète dans la trivialité du monde, en révèle la nature "abominable", sépare la nature et la vie de l'Idéal et change l'amour de la vie en enfer. À cette tension, pourtant, qui alimente perpétuellement la création poétique chez Baudelaire, on sent bien que s'oppose l'irréductibilité de Jeanne aux images, sa réalité, son humanité » (Jean-Paul Avice et Claude Pichois, Dictionnaire Baudelaire, p. 241). Expositions : ce document a figuré en 1968-1969 dans l'exposition Baudelaire tenue au Petit Palais (n° 119 du catalogue), et en 1993 dans l'exposition Baudelaire-Paris tenue à la Bib liothèque historiq ue de la ville de Paris (n° 94 du catalogue). Charles Baudelaire, Correspondance, t. I, pp. 124-126.

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N° 2
BAUDELAIRE (Charles). Lettre autographe à Narcisse Ancelle, son conseil judiciaire et confident. Dijon, 10 janvier 1850. 12 pp. in-8 , quelques infimes perforations, sans les derniers feuillets. Un mystérieux séjour à Dij on. Baudelaire demeura dans cette ville de la fin de 1849 au début de janvier 1850, et il semblerait, bien qu'il n'y en ait aucune preuve, qu'il y soit venu à la suite de son ami Jules Viard : rencontré dans les bureaux du Corsaire-Satan, ce publiciste républicain proche de Pierre-Joseph Proudhon et relation de Théodore de Banville était venu à Dijon pour collaborer à la rédaction du journal dijonnais Le Travail. Baudelaire « mangeur d'opium ». Le poète se plaint ici des conséquences physiologiques de sa consommation de laudanum – une teinture alcoolique d'opium.Les vapeurs de ce stupéfiant planent sur ses oeuvres littéraires , ainsi, dans le poème « Le poison », paru en 1857 dans les Fleurs du mal : « L'opium agrandit ce qui n'a pas de bornes, / Allonge l'illimité, / Approfondit le temps, creuse la volupté, / Et de plaisirs noirs et mornes / Remplit l'âme au-delà de sa capacité. » En 1860, Les Paradis artificiels comprend une adaptation de Thomas De Quincey sous le titre « Un mangeur d'opium », avec des formules telles que : « Toi seul, tu donnes à l'homme ces trésors, et tu possèdes les clefs du paradis, ô juste, subtil et puissant opium ! ». Dans Le Spleen de Paris, encore, paru de manière posthume en 1869, on peut lire dans le poème en prose « La chambre double » une description saisissante des effets hallucinatoires de cette drogue, dont il dit : « Dans ce monde étroit, mais si plein de dégoût, un seul objet connu me sourit : la fiole de laudanum , une vieille et terrible amie , comme toutes les amies, hélas ! féconde en caresses et en traîtrises. » Jeanne, inspiratric e de plusieurs Fleurs du mal. Maîtresse « maudite » de Baudelaire, Jeanne occupe une place centrale dans sa vie et son oeuvre. Celui-ci la rencontra au printemps 1842, et vécut par intermittences avec elle pendant près de vingt ans une passion tempétueuse qui évolua en amour charitable quand la belle, vieillie et s'éloignant de lui, fut devenue une « épave » marquée par les infirmités et la misère. Les Fleurs du mal lui consacrent plusieurs poèmes majeurs, tels « Je te donne ces vers... », désignés parfois comme formant le « cycle de Jeanne ». Sur son manuscrit calligraphié des premi ères Fleurs du mal. Baudelaire confia à une officine parisienne de copistes calligraphes, dirigée par un nommé Palis, le soin d'établir un manuscrit luxueux de ses poèmes, premier état de ce qui deviendrait les Fleurs du mal. La présente lettre résonne du mécontentement que lui a inspiré le résultat. « ces maudites questio ns d’argent ». Une part importante de la présente lettre est consacrée aux difficultés financières qui pesèrent sur Baudelaire pendant plus de vingt ans : ayant dissipé, de 1842 à 1844, une partie de la fortune que lui avait léguée son père, et ne pouvant retirer suffisamment de revenus de sa plume, il fut placé sous la tutelle du notaire Narcisse Ancelle : il recevait de maigres mensualités et devait conduire des démarches qu'il jugeait humiliantes pour mendier des avances. Sur Narcisse Ancelle, voir ci-dessus le n° 1. « Vous ne comprenez absolument rien à ma vie... » « Lisez avec attention. J'ai été assez gravement malade, comme vous savez. J'ai l'estomac passablement dét raqué pa r le la udanum , mais ce n'est pas la première fois, et il est assez fort pour se remettre. Jeanne est arrivée hier mati n, et m'a assez longuement parlé de son entrevue avec vous. Tout est pour moi afflictio n dep uis lo ngtemps . Je n'ai donc pas été étonné d'entendre des choses qui prouvent que vo us ne comp renez absolument rien à ma vie , mais cela viendra tout à l'heure. J'ai sous les yeux votre lettre du 14 décembre, arrivée le 17 seulement. D'abord, Palis vous a indignement volé. Des fa utes ridicules et folles , commises dans la table, comme Le tombant vivant, Vitesse de la lune, pour Le tombeau vivant, Tristesse de la lune, et bien d'autres [« Le tombeau vivant » est le titre primitif du poème des Fleurs du mal « Le mauvais moine »] , la dorure plei ne de taches , la reli ure qui devait être en chag rin et qui est en papie r imita nt le chag rin, des co rrectio ns indiquées pa r moi au crayon et qui n’ont pas été accomplies , témoig nent qu’il a profité de mon absence pour ne pas fai re son devoi r, – de pl us, pour me vole r. Je devais encore 20 francs à peu près. Il était convenu que la reliure coûterait 8 francs. Total, 28. Vous en payez 40. Il a sans doute oublié de vous dire que je lui avais déjà donné primitivement 11 ou 12 francs d’à-compte. Encore me devrait-il une diminution ou une indemnité pour sa coupable et honteuse besogne , il est impossible d’admettre qu’une reliure qui bien faite doit être payée 8 francs, mal faite soit payée 20 francs. Quant à cette nuée de fautes, c’est encore plus grave, et cela témoigne que, quand on n’a plus eu peur de moi, on s’est moqué de moi. Si vous avez du courage, quand vous passerez place de la Bourse, vous lui réclamerez 12 francs. Il paraît que vous lisez mes lettres avec bien de la distraction. Vous craignez que je ne retourne à Paris, parce que je vous écris : "Il me tarde déjà de m’en aller d’ici". Vous n’avez pas compris que le mot : ici, c’était l’hôtel. Cela voulait dire : il me tarde de m’en aller d’un endroit où je dépense trois fois plus que je ne dois dépenser. Vous n’avez donc jamais voyagé. Mon intention en arrivant ici était de louer d’un côté un tout petit appartement, et d’un autre côté de louer des meubles. Puis, pendant longtemps je n’avais plus à m’occuper que du compte courant des dépenses, sauf le prix mensuel de la location. C’est pour cela qu’en partant de Paris je vous dis, et que dans ma lettre je vous ai répété que je tenais vivement à recevoir 300 francs pour le premier mois. Je pars de Paris, le 3. Il me semble que le premier mois, c’est le mois de décembre. Au lieu de cela, vous m’envoyez, – le 17 seulement, – (14 jours de dépense à l’hôtel, par votre faute !) – 200 francs pour deux mois, décembre 49 et janvier 50. Je vous demandais 300 francs pour le premier mois, à cause de frais d’installation. C’était une complaisance sur laquelle je comptais , mais vo us n’ave z pas même accompli l’exécutio n st ricte de nos co nventio ns, qui serait 200 francs le 1er décembre – (je les ai reçus le 17) – et 200 le 1er janvier, vo us me les deve z. Je vous assure que j’ai cru que c’était de votre part une erreur de compte, une étourderie non dangereuse. Mais voici Jeanne qui me rép ète et m’affirme la même chose. Vraiment mon étonnement est grand. Réfléchissez-y bien, et vous verrez comme moi que deux mois, c’est à dire deux fois 200 francs, font 400 francs, et non pas 200 francs. Encore vous dis-je que vous m’aviez fait espérer que le premier envoi serait de 300 francs à cause des dépenses inséparables d’une première installation , mais cela, je ne l’exige pas, ou plutôt je n’ose pas l’exiger. Jeanne dit que vo us vo us app uyez sur cette singulière raison que vo us ave z déjà eu de grandes complaisa nces pour moi. C’est très vrai, et je vo us en remercie bien sincèrement, mais ce n’est pas un motif légitime pour me crée r des emba rras. Je dépense à l’hôtel 12 francs. Une fois chez moi, ce qui implique la location de trois mois payés d’avance, et mensuellement 30 francs ou 40 au plus, au plus, pour la location des meubles, je dépenserais 3 ou 4 francs par jour. Comprenez-vo us vot re fa ute mainte nant ? Il était convenu qu’à partir du premier jour de 1850 je recevrais 200 francs , donc depuis le 1er du mois, vo us me deve z 200 francs [la somme soulignée huit fois]. Je ne sors pas de là. Maintenant, si pour vous, comme pour les gens réellement rectes et intelligents, devoirsignifie : le plus possible, le plus qu’on peut faire, le plus qu’on peut donner, – vous me devez 300 francs, et deux cents le 1er février. Du reste la dame de l’hôtel vient de me dire qu’elle a besoin d’argent pour le 15. Or vous voyez qu’il n’y a pas un instant à perdre, puisque vous recevrez cette lettre le 12. Si vous m’envoyez d’un seul coup 400 ou 500 francs, c’est-àdire janvier et février, je pars de l’hôtel immédiatement, et deux jours après je serai installé chez moi. Dans ce cas-là, je ne devrais plus vous demander d’argent que le 1er mars. Ce serait sans doute beaucoup plus sage , j’y aurais un grand bénéfice, et vous y gagneriez la certitude que je suis mieux et que je dépense moins. Autre distraction de votre part : vous me demandez un reçu de vos deux cents francs , vous avez donc oublié que j’ai eu la bonhomie d’ajouter à ma dernière lettre un reçu de trois cents. Encore un mot. Jeanne, que j’ai beauco up to urmentée au sujet de sa co nférence avec vo us, m’affirme que vous lui avez dit que si elle vous écrivait un mot qui vous démontrât la nécessité d’une avance, vous la feriez sans doute. Voilà qui est singulier et passablement humi liant pour moi : par quelle fenêtre vo ulez-vo us donc qu’on jette de l’argent, dans une petite ville [« d'imbécil » biffé], où le travail est le seul remède de l’ennui ? J’ignore ce que Jeanne fera, et si l’envie de sorti r de cet hôtel lui fera fai re une chose que je regarde comme inco nvenante , mais je vous répète qu’en comptant avec moi deux-cents francs pour janvier, que je n’ai pas reçus, et deux-cents pour février, vous ne faites aucune avance, vous ne commettez aucune complaisance, vous ne sortez pas de nos conventions. Si vo us savie z quelle fatig ue c’est pour moi de reve nir sans cesse sur ces maudites questio ns d’argent ! Cela finira sans doute . Vous avez dit encore à Jeanne bien d’autres choses , mais je n’ai plus le courage de vous faire des reproches. Vous êtes un grand enfa nt. Cepe ndant, je vo us ai suffisamment souvent rep roché vot re sentime ntalisme , et démontré l’inutilité de vot re atte ndrissement à l’endroit de ma mère. Laissez à to ut jamais cela de côté , et si j’ai quel que chose de cassé dans l’esp rit à cet endroit , plaig nez-moi et laisse z-moi tranquille. Ainsi que Jeanne. Il y a encore bien d’autres choses, mais passons. Seulement, je vous en prie, si vous avez par hazard plus tard, quelque occasion de revoir Mlle Lemer, ne jouez plus avec elle, ne parlez plus tant, et soyez plus grave. J’ai pris dep uis lo ngtemps l’habit ude de vo us dire netteme nt to ut ce que je pe nse , ainsi, il ne faut pas m’en vouloir pour cela. Une fois déba rassé de cet hôtel maudit , quelques meubles étant loués, voilà comment j’arrange ma vie. Je puis trouver en dehors de mon revenu un minimum de 1200 fr. Cela fait donc 300 par mois avec mon revenu. J’abandonne à Jeanne 50 fr., pour sa toilette. Elle est chargée de nous faire vivre avec 150 fr. Je mets 50 francs de côté pour le loyer des meubles et de l’appartement. Puis, encore 50 fr. de côté pour acheter plus tard des meubles à Paris, quand, ayant fait assez de besogne pour payer mes dettes, je jugerai à propos de revenir. Quant à mes dettes , je viens pour la centi ème fois pe ut-être d’en fai re le compte . Cela est affligeant , mais il fa ut que cela finisse. Je l’ai juré. Je dois en tout 21236 fr. 50 : 14077 fr. de billets souscrits, 4228 fr. de dettes non garanties par billets au-dessus de 100 fr., 919 fr. 25 c. de petites dettes au-dessous de 100 fr., et enfin 2012, 25 de dettes d’amis. Sur une masse aussi considérable, de combien de vols, ou de déshonnêtetés, ou de faiblesses n’ai-je pas été victime, comme l’affaire de René Lurois [créancier de Charles Baudelaire]... Je me résume : vous avez commis une erreur. Quelques complaisances que vous ayez eues, je devais recevoir, au moins, à partir de mon arrivée ici, 200 fr. par mois, or 200 n’en font pas 400. Rappelez-vous que le total de l’année 49 était entièrement absorbé depuis octobre. Si je vous engage à m’envoyer de suite janvier et février, c’est à dire 400 ou même 500 fr., c’est pour les très excellentes raisons que je vous ai développées. Il est impossible de dépe nser inutileme nt cet argent, et d’ailleurs Jeanne, qui est , comme toutes les femmes , pl us qu’économe , est inté ressée à me surveille r... » Expositions : ce document a figuré en 1968-1969 dans l'exposition Baudelaire tenue au Petit Palais (n° 595 du catalogue). Charles Baudelaire, Correspondance, t. I, pp. 158-162, établie par Claude Pichois qui n'a pu donner la suite du texte que d'après la copie levée par Eugène Crépet.

BAUDELAIRE (Charles). Lettre autographe à Narcisse Ancelle, son conseil judiciaire et confident. Dijon, 10 janvier 1850.…
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N° 3
BAUDELAIRE (Charles). Manuscrit autographe. [1855]. 1 f. in-8 carré et 1 f/ in-12 oblong, sous chemise de papier , infimes perforations. Avec 3 apostilles autographes de Narcisse Ancelle, son conseil judiciaire et confident. Critiq ue littéraire consacrée à L'Histoire de Neuilly près Paris (Seine) et de ses châteaux, par l'abbé Alexandre-Germain-Constant Bellanger, ouvrage paru vers le milieu du mois de juin 1855. C'est Narcisse Ancelle, maire de Neuilly et conseil judiciaire de Baudelaire, qui, d'une part, finança ce livre vendu au profit des pauvres, et qui, d'autre part, en commandita la critique par le poète. Baudelaire im pose sa grille de lecture sensationnaliste à un ouvrage historiographiq ue : il fait de Neuilly la scène même du drame humain manifesté à travers anecdotes ou personnages suscitant épouvante et séduction, selon la logique d'association paradoxale qui fonde Les Fleurs du mal. L'abbé Bellanger se montre réservé sur les personnages qui heurtaient la morale chrétienne, comme Pauline Bonaparte, mais Baudelaire fait remarquer que l'ouvrage recèle « tous les personnages, même ceux trop séduisants pour la plume sévère d’un prêtre », et, s'il fait l'éloge convenu de sa sincérité et de son objectivité, il souligne en revanche que l'abbé aborde aussi avec vérité des sujets sulfureux. Baudelaire met ainsi en exergue, dans cette histoire de Neuilly, ce qui relève du roman noir à la Maturin ou de l'univers sadien : « le château fut le théâtre d'un abominable vandalisme, la proie des plus ignobles passions, l’orgie et la destruction ». En outre, il introduit la notion de fatalité aux côtés de celle, plus canonique, de Providence qu'a convoquée l'abbé. Sade et Maturin à Neuilly « Depuis ces dernières années, il s’est manifesté un excellent mouvement historique qu’on pourait appeler mouvement provincial [allusion sans doute à la floraison d'ouvrages d'histoire locale qui marqua la première moitié du xixe siècle]. C’est avec de petits livres d’histoire sincèrement et soigneusement rédigés, comme l’Histoire de Neuilly et de ses châteaux par l’abbé Bellanger, que se font les bons livres généraux. Si toutes les localités de France suivaient cet exemple, l’histoire générale ne serait plus qu’une question de mise en ordre, ou du moins, entre les mains d’un grand esprit, la besogne serait considérablement abrégée. – M. l’abbé Bella nger, dont la commune de Neuilly déplore actuellement la perte [il venait de mourir en février 1855], prend l’histoi re de cette localité dep uis l’épo que romaine jusqu’aux te rribles journées de fév rier où le châtea u fut le théâtre d'un abominable va ndalisme, la proie des pl us ignobles passio ns, l’orgie et la dest ructio n [lors de la révolution de 1848, le château de Louis-Philippe à Neuilly fut pillé et incendié]. Neuilly fut, comme le dit le modeste histo rien, choisi pa r la provi dence ou la fatalité , quat re fois en soixante ans, comme théâtre de grands faits natio naux et décisifs [en 1795, lors de l'insurrection de vendémiaire, Murat saisit sur la plaine des Sablons les canons dont Bonaparte se servit contre les royalistes, en 1814 comme en 1815, le dernier coup de canon fut tiré sur le pont de Neuilly, en 1830, c'est à Neuilly que la couronne vint à Louis-Philippe, en 1842, c'est là que le duc d'Orléans trouva la mort]. – Toute la série des personnes illustres qui ont fondé, embelli, habité, illustré Neuilly et ses châteaux passe sous les yeux du lecteur. Dans cette esquisse rapide, tous les personnages, même ceux trop séduisants pour la plume sévère d’un prêtre, défilent dans leur vraie attitude. Depuis sainte Isabelle, fondatrice du monastère de Longchamps [sic], depuis la charmante reine Margot, d’érudite et romanesque mémoire, depuis Pascal et sa foudroyante conversion, jusqu’à l’Encyclopédie, dont l’idée germa au château même de Neuilly, jusqu’à Parmentier, l’ensemenceur de la plaine des Sablons, jusqu’à la princesse Pauline, au général Wellington, jusqu’au drame de la route de la Révolte, tous les faits qui ont illustré cette historique commune sont passés en revue avec une rapidité, une netteté, une honnêteté littéraire des plus remarquables. – Cet excellent petit livre se vend à la Librairie nouvelle, boulevard des Italiens, et chez Dentu, au Palais-Royal. » De sa main, Narcisse Ancelle a porté plusieurs mentions au verso du second feuillet et sur la chemise : « Article rédigé par Ch. Baudelaire qui a paru dans les journaux. L'Histoire de Neuilly par l'abbé Belanger » (à l'encre) , « Je devrais retrouver la date » (au crayon) , et un brouillon avec nombreuses ratures d'un entrefilet sur l'ouvrage : « Le Conseil municipal de Neuilly a pris un vif intérêt [biffé : « à la publication de cet excellent livre »]. Il se vend au profit des pauvres à la Librairie nouvelle, boulevard des Italiens, chez Dentu, au Palais royal – le prix est de 1 f. 50 c. » Que cet article ait été publié à l'époque, comme l'indique ici Narcisse Ancelle, n'a pu être confirmé. En tous les cas, il fut exhumé par Jacques Crépet et livré au public dans le Mercure de France du 15 novembre 1935, puis inséré en 1937 dans l'édition Nrf des OEuvres diverses de Baudelaire. Charles Baudelaire, OEuvres complètes, Paris, Gallimard, Nrf, Bibliothèque de la Pléiade, t. II, pp. 55-56. – Catherine Delons, Narcisse Ancelle, reproduction sur 2 planches du cahier central hors texte.

BAUDELAIRE (Charles). Manuscrit autographe. [1855]. 1 f. In 8 carré et 1 f/ in 12 oblong, sous chemise de papier , infim…
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N° 4
BAUDELAIRE (Charles). – POE (Edgar Allan). Histoires extraordinaires. Paris, Michel Lévy frères, 1856. In-18, xxxi-(une blanche)-330-(2 dont la dernière blanche) pp., demi-chagrin violet, dos lisse fileté et fleuronné, tranches mouchetées, premier feuillet avec attaches fragiles, infime mouillure en marge haute des ff., rares rousseurs (reliure de l'époque) , volume placé dans un étui-boîte cartonné de Julie Nadot. Édi tion originale, dont il ne fut pas tiré de grand papier. Exemplaire sorti des presses de Louis-Simon Crété à Corbeil. Envoi autographe signé : « à monsieur J. Cohen, Ch. Baudelaire » (sur la page de faux-titre). Baudelaire entretient ici ses relations avec le journal Le Pays, où, de 1854 à 1856, il publia plusieurs textes d'Ed gar Poe. L'avocat et publiciste Joseph Cohen (1817-1899) fut entre autres, de fin 1853 à fin 1856, le rédacteur en chef de cet organe semi-officiel du régime impérial qui accueillait diverses collaborations littéraires et où Barbey d'Aurevilly, ami de Baudelaire, officiait comme critique. Si Le Pays refusa ensuite, en 1857, de publier l'article de Barbey favorable aux Fleurs du mal, il publia en revanche en 1860 celle du même sur Les Paradis artificiels. En 1865, Baudelaire songerait encore à ce journal pour placer un de ses textes. Charles Baudelaire reconnut en Ed gar Poe un génial frère de « guignon ». Quand, en 1848, il fit paraître sa première traduction d'Edgar Poe (1809-1849) dans La Liberté de la presse, il ne voyait alors en lui qu'un adepte tardif de l'illuminisme de la fin du xviiie siècle. Il parvint bientôt à une compréhension plus juste de l'oeuvre de cet auteur complet (critique, romancier et poète), s'y reconnut, et lui voua dès lors une admiration sans borne. Ainsi, il vantait en 1853 son « génie » à Auguste Poulet-Malassis, et promettait en 1856 à Charles-Augustin Sainte-Beuve de revenir à outrance « sur le caractère surnaturel de sa poésie et de ses contes ». Il consacra une grande part de ses travaux littéraires à la traduction des oeuvres d'Ed gar Poe. Il choisit d'abord des contes et quelques poèmes qui, parus en périodiques de 1852 à 1855, furent réunis dans deux recueils, Histoire extraordinaires (1856), Nouvelles histoires extraordinaires (1857), et donna ensuite Aventures d'Arthur Gordon Pym (1858), Eureka (1863) et Histoires grotesques et sérieuses (1865). Tous ces volumes furent ses oeuvres littéraires les plus rentables. Par ses traductions et son travail critiq ue, Il put à juste titre se vanter d'avoir « mi s en branle la réputation d'Ed gar Poe à Paris » (lettre à Eugène Pelletan du 17 mars 1854). Il ne fut certes pas le premier à s'intéresser aux textes du grand auteur américain : Isabelle Meunier, Adolphe Borghers, William Hughes, Amédée Pichot, Émile Forgues ou Gustave Brunet en donnèrent des traductions en revues ou en volumes à partir de 1844. En revanche, il s'est distingué par l'ampleur et la sincérité de ses traductions, et par le fait qu'il a accompli en parallèle un admirable travail critique sur Edgar Poe : il mena en effet d'actives recherches, obtint notamment d'utiles renseignements auprès de l'Américain parisien William Wilberforce Mann, et rédigea trois études successives, la première publiée en 1852 dans la Revue de Paris, la seconde et la troisième en préfaces respectives aux Histoires extraordinaires (1856) et aux Nouvelles histoires extraordinaires (1857). Il offrit là parmi ses plus belles pages de critique littéraire : « Si vous ajoutez à cette vision impeccable du vrai, véritable infirmité dans certaines circonstances, une délicatesse exquise de sens qu'une note fausse torturait, une finesse de goût que tout, excepté l'exacte proportion, révoltait, un amour insatiable du Beau, qui avait pris la puissance d'une passion morbide, vous ne vous étonnerez pas que pour un pareil homme la vie soit devenue un enfer, et qu'il ait mal fini , vous admirerez qu'il ait pu durer aussi longtemps » (p. xi du présent volume).

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N° 5
BAUDELAIRE (Charles). – POE. Histoires extraordinaires. Paris, Michel Lévy frères (Corbeil, typographie et stéréotypie de Crété), 1856. In-18, xxxi-(une blanche)-330-(2 dont la dernière blanche) pp., broché , couverture encollée et remise en place, faux-titre peut-être rapporté monté sur onglet, rares rousseurs , volume placé sous chemise à dos de maroquin noir (avec trace d'étiquette) et étui (A. Devauchelle). Édi tion originale, dont il ne fut pas tiré de grand papier. Exemplaire sorti des presses de Louis-Simon Crété à Corbeil. Envoi autographe signé « à Monsieur Édouard Thierry, de la part de l'auteur, Ch. Baudelaire » (sur la page de faux-titre). un des rares défense ur des Fleurs du mal en 1857, le critiq ue Éd ouard Thierry (1813-1894) se montra en effet très favorable à Baudelaire dans un article du 14 juillet 1857 dans le Moniteur universel : il y réfuta l'imputation d'immoralité dirigée contre le poète, et plaça Les Fleurs du mal « sous l'austère caution de Dante ». Baudelaire était alors déjà en relations avec Édouard Thierry puisqu'il eut connaissance du texte de l'article avant publication et, le trouvant remarquable, pressa son auteur de le publier. Il remercia le critique par l'envoi d'un exemplaire des Fleurs du mal sur hollande dédicacé, et décida de diffuser l'article, d'une part auprès des juges, en le faisant imprimer en août 1857 dans son factum intitulé Articles justificatifs, et d'autre part auprès du public, en le faisant figurer dans l'appendice de la troisième édition des Fleurs du mal (elle serait imprimée en 1868, après sa mort). C'est sous la rubrique « Amis » – et non « Presse » – que Baudelaire placerait Édouard Thierry dans la liste de distribution de ses livres établie entre 1862 et 1865. Bibliothécaire à l'Arsenal en 1856, Édouard Thierry deviendrait administrateur de la Comédie-Française en 1859. Charles Baudelaire, qui reconnut en Ed gar Poe un génial frère de « guignon, consacra une grande part de ses travaux littéraires à la traduction de ses oeuvres, et put à juste titre se vanter d'avoir « mis en branle la réputation d'Edgar Poe à Paris ».

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N° 7
BAUDELAIRE (Charles). Les Fleurs du mal. Paris, Poulet-Malassis et De Broise, 1857. In-12 (188 x 121 mm), (4)-248-(4) pp., titre imprimé à l'encre rouge et noire, couvertures conservées (2 restaurations marginales à la couverture inférieure), dos conservé (monté sur feuillet de papier fort), maroquin vert sombre, dos à nerfs, doublure de maroquin grenat dans un encadrement de maroquin vert sombre fileté, gardes de soie dorée brochée à motifs de fleurs stylisées japonisantes, tranches dorées , dos légèrement frotté, discrètes marques au crayon sur de rares feuillets (Marius Michel). Édi tion originale, exemplaire sur vélin d'Angoulême, de première émission, avec les coquilles habituelles, la rarissime faute « s'enhardissent » pour « s'enhardissant », en page 12, étant ici corrigée. La couverture figure ici en 3e état, avec les fautes corrigées. Exemplaire complet des 6 pièces condamnées qui furent expurgées de nombreux exemplaires : « Les Bijoux », « Le Léthé », « À celle qui est trop gaie », « Lesbos », « Femmes damnées » (« À la pâle clarté [...] »), « Les Métamorphoses du vampire ». 2 corrections au crayon, aux pages 29 et 110. Envoi autographe signé « à M. Tenré fils, souvenir de bonne camaraderie, Ch. Baudelaire » (au crayon, sur la page de faux-titre). Banquier lié au monde du livre, anci en camarade de collège de Baudelaire, Louis-Ludovic Tenré (1819-1895) était le fils d'un ancien libraire ayant abandonné l'édition pour se lancer dans la finance, et d'une artiste-peintre également issue d'une famille de libraires. Il consentit divers prêts à des éditeurs ou libraires comme Auguste Poulet-Malassis ou Julien Lemer (qui servirait d'agent littéraire à Charles Baudelaire), et serait l'escompteur du poète pendant près de dix ans, d'environ 1856 à 1865. De tous les financiers à qui Charles Baudelaire s'adressa dans son constant besoin d'argent, Louis-Ludovic Tenré lui fut probablement le plus favorable, étant le seul à avoir reçu un exemplaire dédicacé des Fleurs du mal.

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N° 8
BAUDELAIRE (Charles). Les Fleurs du mal. Paris, Poulet-Malassis et De Broise, 1857. In-12 (188 x 121 mm), (4)-248-(4) pp., titre imprimé à l'encre rouge et noire, couvertures conservées sans le dos, maroquin noir, dos à nerfs fileté à froid, coupes filetées, encadrement intérieur de maroquin noir orné d'une dentelle dorée, doublures et gardes de moire bleu nuit, nerfs très légèrement frottés, étui bordé, tranches dorées , infimes manques angulaires aux premiers et derniers feuillets (P. L. Martin). Édi tion originale, exemplaire sur vélin d'Angoulême, de première émission, avec les coquilles habituelles, la rarissime faute « s'enhardissent » pour « s'enhardissant », en page 12, étant corrigée. La couverture figure ici dans un des deux très rares 1er ou 2e état, avec les fautes non corrigées – l'absence du dos de couverture ne permet pas de le déterminer plus précisément. Exemplaire complet des 6 pièces condamnées qui furent expurgées de nombreux exemplaires : « Les Bijoux », « Le Léthé », « À celle qui est trop gaie », « Lesbos », « Femmes damnées » (« À la pâle clarté [...] »), « Les Métamorphoses du vampire ». 6 corrections, soit 4 interventions à l'encre et 2 grattages simples, à la page de dédicace et aux pages 29, 43, 110, 217 (2 à cette page). Envoi autographe, un des rares signés de son nom comple t : « À Monsieur Piétri, hommage de l'auteur. Charles Baudelaire » (sur la page de faux-titre). Un des personnages clefs du di spositif répressif des délits de presse, le préfet de polic e Pi erre-Marie Pi étri (1809-1864) était un ancien avocat et député républicain rallié à Louis-Napoléon Bonaparte après les journées insurrectionnelles de 1848. Homme d'ordre, il fut nommé préfet en 1849, puis, après le coup d'État de 1851, servit le régime en exerçant diverses fonctions, notamment celles de préfet de police de 1852 à 1858 – il fit alors preuve d'une grande fermeté à l'égard des éditeurs de livres et de journaux en usant des pouvoirs discrétionnaires qui lui avaient été conférés. Cette position en faisait un destinataire utile des Fleurs du mal au moment où Baudelaire, attaqué sur la moralité du recueil mais sûr de son bon droit, cherchait à trouver des appuis officiels. Le poète adressa également à Pierre-Marie Piétri, d'ailleurs, un exemplaire du placard imprimé à sa demande portant le texte de la critique de Barbey d'Aurevilly favorable aux Fleurs du mal que Le Pays avait refusée. Claude Pichois et Jacques Dupont, L'Atelier Baudelaire, t. I, p. 46 (exemplaire cité).

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N° 9
BAUDELAIRE (Charles). Notes autographes, autour de 2 coupures de presse montées sur 2 pages d'un bi-feuillet in-folio. [Fin juillet ou début août 1857]. Avec mentions autographes de Narcissse Ancelle, son conseil judiciaire et confident, dont une cachée par une collette postérieure fixée par de la bande adhésive. Quelques petites déchirures marginales, dont une portant atteinte à un mot. Exceptionnelle pièce du Dossier constitué par Baudelaire à l'intention de son avocat. Les Fleurs du mal furent mises en vente le 21 juin 1857 et les commentaires ne tardèrent pas : le 5 juillet le Figaro publiait la première critique consacrée au recueil, par Gustave Bourdin, et cette attaque contre « les putridités » qu'il étale selon lui, fut suivie entre autres par une nouvelle attaque le 12 juillet, dans le même journal, par Jean Habans qui assène des arguments moraux identiques. Tandis que des rumeurs de saisie couraient depuis déjà deux jours, le ministre de l'Intérieur Adolphe Augustin Marie Billault se préoccupa activement des Fleurs du mal à partir du 6 juillet : dès le lendemain, sa Direction générale de la sureté publique dénonçait plusieurs pièces des Fleurs du mal comme étant « un défi jeté aux lois qui protègent la religion et la morale ». D'après son ami Charles Asselineau, Baudelaire était persuadé que l'artic le du 5 juillet avait joué comm e « dénonci ation » des Fleurs du mal auprès du mi nistère de l'Intérieur – ce qui lui faisait écrire le 11 juillet à son éditeur Auguste Poulet- Malassis : « Voilà ce que c'est que d'envoyer des exemplaires au Figaro !!!! ». Au Figaro, organe républicain modéré et libéral, Bourdin et Habans représentaient ce qu'on a pu appeler « l'antibaudelairisme progressiste » (André Guyaux, Baudelaire. Un demi-siècle de lectures des Fleurs du mal, p. 917), mais, de fait, Bourdin ayant commencé sa carrière à la Gazette des tribunaux, il avait pu nouer des relations privilégiées avec le monde judiciaire et donc les futurs acteurs du procès des Fleurs du mal. Les pièces qu'il cite furent effectivement de celles retenues par la justice. De son côté, Habans connaissait le ministre Billault. Le 17 juillet le procureur général donna son accord à la Direction de la Sûreté, requit la saisie du recueil et la tenue d'un procès : Baudelaire demanda à Poulet-Malassis de cacher des exemplaires autant qu'il pouvait, tenta de faire jouer ses relations littéraires et politiques, et prit un avocat en la personne de Me Gustave Chaix-d'Estange. C'est pour celui-ci qu'il constitua un dossier réunissant un argumentaire et diverses pièces commentées, les unes appuyant la défense des Fleurs du mal, les autres contrant les attaques portées contre elles – dont les présents articles. À la mi-août, Baudelaire fit d'ailleurs imprimer à petit nombre un recueil d'Articles justificatifs. Rien de tout cela ne fut suffisant, car le 20 août 1857 le tribunal prononça un jugement qui retenait le délit d'offense à la morale publique, infligeait des amendes à Baudelaire comme à son éditeur, et les condamnait à supprimer 6 pièces du recueil. Il s'agit donc ici de la premi ère et princi pale attaque de presse con tre Les Fleurs du mal, et de sa confirmation dans le même journal (le Figaro). « L'odieux y coudoie l'ignoble » (Gustave Bourdin) La première coupure de presse apprêtée ici par Baudelaire, avec référence autographe, est un extrait de la chronique intitulée « Ceci et cela » que Gustave Bourdin fit paraître le 5 juillet 1857 dans le n° 249 du Figaro. Narcisse Ancelle y a inscrit plus tard plusieurs mentions autographes dont : « Critique malveillante de Baudelaire » (caché par la collette). L'extrait correspond au passage consacré aux Fleurs du mal dans cette chronique éclectique : « M. Charles Baudelaire est, depuis une quinzaine d'années, un poète immense pour un petit cercle d'individus dont la vanité, en le saluant Dieu ou à peu près, faisait une assez bonne spéculation , ils se reconnaissaient inférieurs à lui, c'est vrai , mais en même temps, ils se proclamaient supérieurs à tous les gens qui niaient ce messie [...]. J'ai lu le volume [...]. On ne vit jamais gâter si follement d'aussi brillantes qualités [...]. L'odieux y coudoie l'ignoble , – le repoussant s'y allie à l'infect [...]. Ce livre est un hôpital ouvert à toutes les démences de l'esprit, à toutes les putridités du coeur , encore si c'était pour les guérir, mais elles sont incurables [...]. » « Toutes ces horreurs de charnier étalées à froid » (Jean Habans) La seconde coupure de presse apprêtée ici par Baudelaire, avec référence autographe, est le passage consacré aux Fleurs du mal extrait de la chronique intitulée « Semaine littéraire » que Jean Habans fit paraître le 12 juillet 1857 dans le n° 251 du Figaro. Il s'agit du passage consacré aux Fleurs du mal de cette chronique littéraire : « Avec M. Charles Baudelaire, c'est de cauchemar qu'il faut parler [...]. Lorsqu'on ferme le livre après l'avoir lu tout entier comme je viens de le faire, il reste dans l'esprit une grande tristesse et une horrible fatigue. Tout ce qui n'est pas hideux y est incompréhensible, tout ce que l'on comprend est putride, suivant la parole de l'auteur [...]. Toutes ces horreurs de charnier étalées à froid, ces abîmes d'immondices fouillés à deux mains et les manches retroussées, devaient moisir dans un tiroir maudit. Mais on croyait au génie de M. Baudelaire, il fallait exposer l'idole longtemps cachée à la vénération des fidèles [...]. L'idole est pourrie et les adorateurs fuient en se bouchant le nez. Il en coûte assez cher de jouer au grand homme à huis clos, et de ne savoir pas à propos brûler ses élucubrations martelées à froid dans la rage de l'impuissance. On en arrive à se faire prendre au mot lorsqu'on dit : "Moi, mon âme est fêlée, et lorsqu'en ses ennuis / Elle veut de ses chants peupler l'air froid des nuits, / Il arrive souvent que sa voix affaiblie / Semble le râle épais d'un blessé qu'on oublie, / Au bord d'un lac de sang, sous un grand tas de morts, / Et qui meurt sans bouger, dans d'immense efforts !" Comme c'est vrai, tout cela ! et comme je donne raison à M. Baudelaire, lorsqu'il se juge ainsi ! Allons ! un Requiem par là-dessus, et qu'on n'en parle plus. » Dimanche 4 Novembre 2018 / Osena t / 31 L'article de Gustave Bourdin ? Une « dénonciation » Jean Habans ? « Un jeune homme protégé » par le ministre de l'Intérieur De sa main, Baudelaire a inscrit, au bas de l'article de Jean Habans : « M. J. Habans est un jeune homme protégé pa r M. Billa ut, minist re de l'Inté rieur [sic pour Adolphe Augustin Marie Billault]. MM. les rédacte urs du Fi garo ont trouvé sans doute que la dénonciatio n faite pa r M. Gustave Bourdi n n'était pas suffisante . » Baudelaire a donc immédiatement compris que les deux articles successifs de Gustave Bourdin et de Jean Habans participaient de la même offensive conduite au sein du Figaro par des relais des pouvoirs publics. Dans une autre note autographe, Baudelaire récuse ici un contresens commi s par Jean Habans sur son poème « Au lecteur ». Jean Habans affirme ainsi : « Les Fleurs du mal, qu'il vient de publier, sont destinées, suivant lui, à chasser l'ennui "qui rêve d'échafauds en fumant son houka" » De sa main, Baudelaire a souligné le passage et écrit en marge : « Je n'ai jamais dit cela . » Dans son poème, en effet, il écrivait en fait : « La sottise, l'erreur, le péché, la lésine, / Occupent nos esprits et travaillent nos corps, / Et nous alimentons nos aimables remords, / Comme les mendiants nourrissent leur vermine / [...]. / Dans la ménagerie infâme de nos vices, // Il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde ! [...] C'est l'Ennui ! – l'oeil chargé d'un pleur involontaire, / Il rêve d'échafauds en fumant son houka. / Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat, / – Hypocrite lecteur, – mon semblable, – mon frère ! » Expositions : ce document a figuré en 1957 dans l'exposition Charles Baudelaire tenue à la Bib liothèque nationale (n° 275 du catalogue), en 1968-1969 dans l'exposition Baudelaire tenue au Petit Palais (n° 332 du catalogue, avec reproduction p. 83), et en 1993 dans l'exposition Baudelaire-Paris tenue à la Bib liothèque historiq ue de la ville de Paris (n° 222 et 224 du catalogue). Charles Baudelaire, OEuvres complètes, Paris, Gallimard, Nrf, Bibliothèque de la Pléiade, t. I, p. 1177, avec édition partielle des notes de Baudelaire sur l'article de Jean Habans.

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N° 10
BAUDELAIRE (Charles). Notes autographes, autour d'une coupure de presse montée sur la première page d'un bi-feuillet in-folio. [Fin juillet ou début août 1857]. Avec une apostille autographe de Narcissse Ancelle, son conseil judiciaire et confident, « critique sanglante des Fleurs du mal... ». Sarcasmes sur un artic le assassin consacré aux Fleurs du mal, lâchement signé « Z. Z. Z. » par le critique français Armand de Pontmartin, paru le 15 juillet 1857 dans le n° 196 du Journal de Bruxelles. Pour sa défense dans le procès des Fleurs du mal Exceptionnelle pièce du Dossier constitué par Baudelaire à l'intention de son avocat. Les Fleurs du mal furent mises en vente le 21 juin 1857 et les commentaires ne tardèrent pas : le Figaro publiait les premières attaques contre le recueil, les 5 et 12 juillet. Tandis que des rumeurs de saisie couraient depuis déjà deux jours, le ministre de l'Intérieur Adolphe Augustin Marie Billault se préoccupa activement des Fleurs du mal à partir du 6 juillet : dès le lendemain, sa Direction générale de la sureté publique dénonçait plusieurs pièces des Fleurs du mal comme étant « un défi jeté aux lois qui protègent la religion et la morale ». Le 17 juillet le procureur général donna son accord à la Direction de la Sûreté, requit la saisie du recueil et la tenue d'un procès : Baudelaire demanda à Poulet-Malassis de cacher des exemplaires autant qu'il pouvait, tenta de faire jouer ses relations littéraires et politiques, et prit un avocat en la personne de Me Gustave Chaix-d'Estange. C'est pour celui-ci qu'il constitua un dossier réunissant un argumentaire et diverses pièces commentées, les unes appuyant la défense des Fleurs du mal, les autres contrant les attaques portées contre elles – dont le présent article. À la mi-août, Baudelaire fit d'ailleurs imprimer à petit nombre un recueil d'Articles justificatifs. Rien de tout cela ne fut suffisant, car le 20 août 1857 le tribunal prononça un jugement qui retenait le délit d'offense à la morale publique, infligeait des amendes à Baudelaire comme à son éditeur, et les condamnait à supprimer 6 pièces du recueil. « Cette littérature de charnier, d'abattoir et de mauvais lieu » (Armand de Pontmartin) UNE des princi pales attaques de presse contre Les Fleurs du mal. Armand de Pontmartin y lâche la bonde à son dégoût : « L'auteur est un monsieur Baudelaire, qui [...] passe pour un grand homme dans un de ces petits cénacles d'où partent les immondices de la presse bohême et réaliste. Rien ne peut vous donner une idée du tissu d'infamies et de saletés que renferme ce volume [...]. Les citations mêmes ne sont pas possibles à une plume honnête. C'est par là et par un sentiment de dégoût, plus fort que tout le reste, que M. Baudelaire échappera au fouet des gens qui se respectent. Il y a là une pièce intitulée : Une charogne, qui dépasse tous les chefs-d'oeuvre du genre. Cette littérature de charnier, d'abattoir et de mauvais lieu, ce règne des Truands de la littérature, doit donner à réfléchir. ces gens-là, après tout, ont le haut du pavé. Ils possèdent leurs journaux, leurs éditeurs, leurs admirateurs : leurs livres circulent librement , on en parle, on les lit , les critiques s'en occupent , et ce qu'il y a de plus curieux, c'est que les Flaubert et les Baudelaire se fâchent quand on leur dit que c'est de la décadence : ah ! ils ont bien raison , ce n'est pas de la décadence , c'est de l'orgie , et pas même de l'orgie au vin de Champagne, avec des fleurs et des bougies, mais de l'orgie populacière, à l'eau d'af et au gin, dans un de ces quartiers maudits des grandes villes, où le vice donne la main au crime, et où ils s'expliquent l'un par l'autre. » En outre, Pontmartin compare en pire Les Fleurs du mal à Madame Bova ry de Gustave Fla uber t : « Je vous parlais récemment de Madame Bovary, ce scandaleux succès, qui est à la fois une ignominie littéraire, une calamité morale et un symptôme social. Ce hideux roman de Madame Bovary est une lecture de piété en comparaison d'un volume de poésies qui vient de paraître ces jours-ci, sous le titre de Fleurs du mal. » « C'est un mouchard catholique, mais belge ! c'est-à-dire qu'il n'a que les vices, et non l'esprit de son patron » (Charles Baudelaire) De sa main, Baudelaire a inscrit un comm entaire général : « Le Journal de Bruxelles représente en Belgique, à ce qu'on dit, les idées de L'Univers [organe de presse catholique dirigé par Louis Veuillot]. C'est un mouchard catholique, mais belge ! c'est-à-dire qu'il n'a que les vices, et non l'esprit de son patron. Ses bureaux sont à Bruxelles, place des Martyrs, rue des Roses !! » Le poète a également souligné la premi ère phrase : « Et puis, je l'avoue, on devient presque indulgent pour les licences et les gaudrioles d'autrefois, quand on voit ce qui se passe aujourd'hui dans notre littérature », qu'il a assortie d'un comm entaire partic ulier : « Il était, quelques lignes auparavant, question de Béranger et de ses sentiments chrétiens , or, Veuillot me disait il y a peu de jours : dites, si vous êtes obligé de vous défendre, que lorsque tout un peuple va s'informer de la santé de ce misérable, on n'a pas le droit de poursuivre l'auteur des Fleurs du mal ! [il serait peut-être imprudent de se servir à l'audience de cette méthode de défense]. » Baudelaire a également exposé cet argument concernant Béranger, avec la même réserve, dans un recueil de notes à son avocat (Charles Baudelaire, OEuvres complètes, Pléiade, pp. 194-195). GRAN DE VO IX DU CONSERVAT ISME et ennemi intim e de Baudelaire, le publici ste Armand de Pontmartin (1811-1890) fut « le seul critique auquel [Baudelaire] ait accepté de "répondre", engageant avec lui une controverse sur les relations entre la littérature et la morale » (André Guyaux, Baudelaire. Un demi-siècle de lectures des Fleurs du mal, p. 1035). Sujet de raillerie dans les cercles émancipés et chez nombre d'auteurs comme Sainte-Beuve, Barbey d'Aurevilly ou Huysmans, Pontmartin disposait cependant d'une vaste audience dans les milieux bienpensants, en partie grâce à son provincialisme revendicatif, dénonciateur du parisianisme. Baudelaire le dénonça comme « un homme qui a toujours l'air d'arriver de sa province », comme « grand haïsseur de littérature », « imbécile qui défend au poète de choisir luimême ses sujets », et comme un de ces« professeurs jurés » que leur « langue insuffisante » et leur « sagesse d'écolier » rend inaptes à comprendre et exprimer « le mouvement de la vie ». C'est Pontmartin qui engagea la longue passe d'armes qui les opposa, en formulant en 1856 une critique des Histoires extraordinaires, à quoi Baudelaire répondit de manière cinglante en 1857 dans la préface aux Nouvelles histoires extraordinaires. Pontmartin mena alors une attaque contre les Fleurs du mal, d'abord de manière couverte en juillet 1857 dans le présent article du Journal de Bruxelles, puis de manière ouverte en septembre 1857dans Le Spectateur. « Le point de vue de Pontmartin dénonçant Les Fleurs du mal rejoint celui d'Ernest Pinard et des dénonciateurs de juillet 1857. Il s'ancre dans le même puritanisme, avec quelques nuances de sensibilité : Pinard se pose en défenseur de l'ordre moral, Pontmartin en arbitre de la bienséance et des moeurs châtiées de la vieille France [...]. Il avait la nostalgie [...] de l'âge d'or de la Restauration, où cohabitaient le romantisme et la monarchie de droit divin » (André Guyaux, op. cit., p. 1041). En 1860, Baudelaire revint à la charge dans Les Paradis artificiels, dénonçant « les Pontmartin et autres sermonnaires de salons », fustigeant « la grande folie de la morale [qui] usurpe dans toutes les discussions littéraires la place de la pure littérature ». Après une nouvelle attaque de Pontmartin en 1861 à l'occasion de la seconde édition des Fleurs du mal, Baudelaire manoeuvra encore contre lui en 1862 pour le brouiller avec le directeur de la Revue des deux mondes François Buloz. Sur Narcisse Ancelle, voir ci-dessus le n° 1. Expositions : ce document a figuré en 1957 dans l'exposition Charles Baudelaire tenue à la Bib liothèque nationale (n° 277 du catalogue), en 1968-1969 dans l'exposition Baudelaire tenue au Petit Palais (n° 333 du catalogue), et en 1993 dans l'exposition Baudelaire-Paris tenue à la Bib liothèque historiq ue de la ville de Paris (n° 225 du catalogue, avec reproduction p. 125). Charles Baudelaire, OEuvres complètes, Pléiade, t. I, pp. 1178-1179, avec édition partielle des notes de Baudelaire sur l'article de Pontmartin.

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N° 11
BAUDELAIRE (Charles). Pièce autographe signée. Paris, 26 avril 1858. 1/2 p. in-4 Billet à ordre de Baudelaire : « Le quinze août prochain je paierai à M. Cousinet ou à son ordre la somme de cinq cents francs, valeur reçue en marchandises... » Entre deux traits, en bas à gauche de la même page : « Bon pour 500 fr. » Louis Cousinet l'a endossé au verso, le 17 mai, en faveur d'un certain M. Valentin (2 lignes autographes signées), et ledit Valentin l'a à son tour endossé le 30 juin 1858 en faveur de la banque Lécuyer & C°. Un créanci er de Baudelaire, le restaurateur Louis Cousinet. Restaurateur à l'enseigne de « La Tour d'argent », d'abord quai de la Tournelle, puis rue du Bac et enfin rue de Verneuil, Cousinet semble avoir agi en usurier avec Baudelaire, lequel a certes pris des repas chez lui mais a sûrement dû lui emprunter de l'argent à plusieurs reprises, depuis au moins 1844. Baudelaire, littéralement harcelé par Cousinet, ne remboursa jamais complètement sa dette envers celui-ci, qui s'élevait à la mort du poète en 1867 à plus de 2500 francs. Joint, concernant la même dette, 2 pièces manuscrites : – une pièce signée par l'huissier Charles-Borromée Bercier, mandaté par la banque Lécuyer. Paris, 16 août 1858. 1. p. 1/2 in-4 lithographiée avec ajouts manuscrits et estampilles. Protêt d'Huissier pour défaut de paiement de Baudelaire. « L'an mil huit cent cinquante huit le seize août à la requête de Mrs Lécuyer & compagnie, banquiers demeurant à Paris... j'ai... sommé et interpellé Mr Charles Baudelaire... quai Voltaire n° 19 où, étant & parlant à la co ncierge de la maison ainsi... de présentement payer aux requérants ou à moi huissiers pour eux porteur la somme de cinq cents francs..., laquelle a répondu que le souscripte ur est sorti , qu'il n'y a personne chez lui, qu'aucuns fonds ne lui ont été remis pour payer ledit billet, sommé de signer a refusé... » – une pièce de la banque Lécuyer et Cie. S.l., [août 1858]. 1 p. au format carte de visite, lithographiée avec ajouts manuscrits. Mention de la somme de 507, 65 fr. (incluant les frais d'huissier) due par M. Valentin aîné à cette banque. Le même 16 août 1858, Baudelaire écrirait une lettre à Louis Cousinet l'autorisant à toucher à sa place la somme de 500 francs sur le prix de ses articles à la revue contemporaine, et indiquerait que cette délégation serait faite pour être substituée au présent billet à ordre. Charles Baudelaire, Correspondance, t. I, p. 493.

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N° 12
BAUDELAIRE (Charles). Ensemble de 15 lettres à Eugène Crépet : soit : 13 lettres autographes signées (une au crayon), une lettre autographe, et un reçu autographe signé. 1859-1862. Collaboration de Baudelaire à l'anthologie des Poètes français, futur chapitre de son recueil sur L'Art romanti que. Quand Eugène Crépet décida de publier un panorama général de la poésie française, il conçut son projet comme un choix de textes significatifs accompagnés de notices introductives. Pour celles-ci, il s'adjoignit la collaboration de savants comme comme Anatole de Montaiglon, mais surtout d'écrivains comme Sainte-Beuve (qui donna la préface générale), Charles Asselineau, Théodore de Banville, Jules Barbey d'Aurevilly, Théophile Gautier (qui rédigea la notice sur Charles Baudelaire accompagnée d'un choix de sept poèmes des Fleurs du mal) ou Jules Janin. L'ouvrage, intitulé Les Poètes français : recueil des chefs-d'oeuvre de la poésie française depuis les origines jusqu'à nos jours, fut imprimé chez Jules Claye en quatre volumes, les trois premiers publiés chez Casimir Gide en 1861 et le dernier chez Hachette vers le 2 août 1862. Charles Baudelaire fut chargé de dix notices pour le volume concernant la période contemporaine, consacrées à Théodore de Banville, Auguste Barbier, Marcelline Desbordes-Valmore, Pierre Dupont, Théophile Gautier, Victor Hugo, Leconte de Lisle, Gustave Le Vavasseur, Hégésippe Moreau, Petrus Borel. Sept de ces notices parurent effectivement dans Les Poètes français, mais trois furent refusées : Eugène Crépet remplaça celle sur Auguste Barbier par un texte de Léon de Wailly, celle sur Hégésippe Moreau par un texte de Théodore de Banville, et supprima purement et simplement celle sur Petrus Borel. Charles Baudelaire republierait neuf de ses dix notices (celle sur Moreau exceptée) en juin-août 1861 dans la Revue fantaisiste de Catulle Mendès, et les intégrerait ensuite toutes dans la section Réflexions sur quelques-uns de mes contemporains de son recueil L'Art romantique, qui ne paraîtrait qu'après sa mort, en 1869. Eugène Crépet, une des « vieilles canailles » du carnet de Baudelaire. Si le poète le rangea dans cette catégorie (aux côtés de Louis Hachette), c'est que leurs relations furent tendues lors de sa collaboration à l'anthologie des Poètes français. Eugène Crépet, d'une part, conduit par son puritanisme et ses convictions républicaines, exigea diverses modifications dans les textes de Baudelaire et refusa même trois notices. De son côté, Baudelaire se montra pressant dans ses demandes d'avances financières. Cela en arriva à tel point qu'Eugène Crépet refusa de lui envoyer l'ouvrage auquel il avait collaboré tant qu'il ne se serait pas vu rendre les volumes de poésies de Hugo qu'il lui avait prêtés. Il demeura néanmoins sans rancune et publia en 1887 un volume des OEuvres posthumes et correspondances inédites de Baudelaire, auxquelles il joignit une étude qui fait de lui le premi er bi ographe sérieux du poète. « Il me paraît inutile de faire composer... puisque dans chacune de ces notices il y a des choses choquantes pour vous... » – Lettre autographe signée « Ch. Baudelaire ». Paris, 4 août 1859. « J'ai fi ni vos sept notices , to utes co nçues dans le st yle et suiva nt la mét hode demandés . Je m'étais, comme vous savez, promis de vous attendre , mais j'apprends que vous serez encore absent pendant une huitaine de jours. Je vous demande donc la permission de m'adresser à M. Gide pour lui en réclamer le prix. L'ensemble fait, aussi bien que j'ai pu compter, un peu plus d'une feuille. Soyez assez bon pour m'envoyer un mot qui me permettra de me présenter chez lui. J'aurais atte ndu vot re reto ur, si je n'étais pas poursuivi pour une somme dont ce manuscrit rep rése nte la moitié . Il y a donc là pour moi un repos momentané. Je laisserai le manuscrit à M. Gide, et à votre retour, nous le reprendrons pour le lire ensemble. Nous avons, il est vrai, déjà causé de tout cela. Veuillez ne voir dans ma lettre qu'un signe de déférence pour vous. Que vous seriez aimable, si je recevais votre réponse après demain 6 ! – Chose possible... » (1 p. in-8, adresse au dos, 2 déchirures au feuillet d'adresse dues à l'ouverture sans manque de texte). Eugène Crépet accéda à la demande Baudelaire qui put recevoir rapidement la somme qui lui revenait. – Lettre autographe signée « Ch. Baudelaire ». [Paris, vers le 25 août 1859]. « Ceci a déjà été lu et retouché deux fois. je me propose d'y retoucher encore un peu... C'est po ur cela que je réclame vot re promesse , de fai re compose r ces notices en placa rds. Alo rs, selo n mon habit ude, j'y verrai to ut à fait clai r. Et je quitterai Paris plus tranquille. 3 épreuves de chacune... Ne soyez pas inquiet , je ne ferai pas des remaniements énormes . Quand vous en serez à la littérature anglaise, je ferai en sorte de vous rembourser vos 260 fr., pas par de la critique mais par de la traduction pure. Les morceaux à choisir pour Barbier et Moreau ne sont pas indiqués. Pense z à la Tentation de Barbier, morceau non réimprimé [ce poème était cher à Baudelaire qui s'en est souvenu maintes fois]. » (2 pp. in-12, adresse au dos, déchirure au feuillet d'adresse due à l'ouverture sans manque de texte , trace d'onglet et petite restauration à la pliure). – Lettre autographe signée « Ch. Baudelaire ». Paris, 31 octobre [1859]. « J'irai [à] 4 heures et demie au pl us ta rd chez M. Gide avec le Moreau et le Dupont prêts, sauf deux pages, depuis si longtemps. Je vous ai fortement négligé parce que je viens de traverser une phase terrible. Je ne quitte rai pas Paris, sans avoi r remanié de nouveau to utes mes notices sur un manuscrit très propre et très net. J'aurai ce mois-ci un peu de temps à moi. Puis-je encore compter sur l'offre gracieuse que vous m'avez faite relativement aux tragédies ou à une tragédie [Baudelaire envisageait de proposer une nouvelle traduction de Bertram, or the Castle of St-Aldebrand de l'Irlandais Charles Robert Maturin], ce qui en même temps me permettrait de vous rembourser ce que je suis honteux de vous devoir depuis trois mois ?... » (1 p. 1/4 in-8, adresse au dos, deux petites déchirures dues à l'ouverture, l'une anciennement restaurée avec infime atteinte au texte mais sans manque). – Lettre autographe signée de ses initiales. S.l., [1859 ou 1860]. « J'ai fait, comme vous savez, quelques efforts pour trouver la Barcarolle de P. Dupont. Tâchez donc d'en faire autant, et de mieux réussir que moi. C'est la dernière notice à livrer, et j'ai hâte d'en finir... » (1 p. in- 8, au crayon, adresse au dos, petite déchirure au feuillet d'adresse due à l'ouverture sans atteinte au texte). – Lettre autographe signée de ses initiales. [Paris, 13 mai 1860]. « Nous voici à dimanche et je n'ai pas encore reçu votre réponse à ma dernière lettre. Je co nti nue à travaille r, et je crois que j'aurai fini ce soir. Cependant, si comme je vous l'ai dit, je n'avais pas tout à fait fini demain matin, au lieu d'aller chez vous à 11 heures, je vous attendrais chez moi à 5 heures du soir... » (1 p. in-12, adresse au dos, feuillet d'adresse avec trace d'onglet et petit manque angulaire du à l'ouverture sans atteinte au texte). – Lettre autographe. [Paris, vers les 15-20 mai 1860]. « Je suis malade depuis hier et je ne peux pas bouger. Je veux vous porter cette notice moi-même. Il est évident que je n'irai pas m'établir là-bas [à Honfleur] sans vous le dire. J'ai écrit à Hugo. Je vous l'ai déjà dit , mais par voie de Londres, et si vous aviez réfléchi que les départs de bateaux n'ont lieu qu'une ou deux fois par semaine de Guernesey, et qu'Hugo n'écrit que le dim[anche], vous ne m'n demandriez pas déjà la réponse [Hugo ne répondrait que le 19 juillet]... » (1 p. in-16 d'une écriture un peu altérée par la maladie, trace d'onglet au verso). – Pièce autographe signée « Ch. Baudelaire ». S.l., 21 mai 1860. « Reçu de M. Crépet la somme de quatre-vingt-dix francs, sur le compte de mes notices litté raires ou de mes traductio ns de poètes anglais ... » (1 p. in-12 oblong, traces de 2 onglets au verso). – Lettre autographe signée de ses initiales. [Paris, avant octobre 1860]. « Je me presserai parce que j'ai besoin de me presser. J'irai aujourd'hui à 4 h. chez M. Gide. Je viens à l'instant même d'oublier l'adresse de Leconte de Lisle [Eugène Crépet avait à négocier avec Leconte de Lisle les droits de reproduction de ses poèmes reproduits après la notice de Baudelaire]. Mais à coup sûr, vous trouverez cela chez M. Pincebourde, à la librairie Malassis [le futur éditeur René Pincebourde, alors premier commis d'Auguste Poulet-Malassis], rue des beaux-Arts, 9... » (1 p. sur un bi-feuillet in-16, fente anciennement restaurée et trace d'onglet au second feuillet, blanc). – Lettre autographe signée « Ch. Baudelaire ». [Paris], 8 novembre 1860. Concernant le bohème Ferdinand Fouque, toujours dans la misère, qui cherche à être employé par une revue ou un éditeur : « M. Ferdinand Fouques [sic] est venu me voir, il y a trois ou quatre jours, pour me demander s'il pouvait travailler pour vous. J'étais très affairé ce jour-là, et je suis désolé de ne pas l'avoir accompagné chez vous... Un dernier mot : je co nsidère Fouques comme un esp rit remarquable, érudit , poéti que. Je crains (malgré ce que je pense de votre pénétration) que vous ne l'ayez pas reçu avec tous les égards qui lui sont dus. Je travaille pour vous. Si demain vous n'avez pas reçu de mes nouvelles par un commissionnaire, envoyez-moi après-demain votre valet de chambre avec toutes les bonnes feuilles que je vous demande , toutes... Et il vo us rappo rte ra tout Hugo... » (2 pp. 1/4 in-8, trace d'onglet au verso). – Lettre autographe signée de ses initiales. Paris, 17 janvier 1861. « Vous me demandez si vo us deve z sérieusement compte r sur moi ? – Oui. – D'abo rd je vo us dois cette notice , ensuite je tiens à la voi r signée de moi. – Vous me dites que j'ai déjà affirmé qu'elle était finie. – Oui, et j'en suis mécontent [il s'agit très probablement de la notice sur Victor Hugo]. Si une roue m'était passée sur le ventre ou sur la tête, malgré que vous attendiez depuis longtemps, vous me feriez encore crédit. Eh bien, supportez (au moral) quelque chose de pire. – Je rentre dans la vie depuis 4 jours, je suis à Paris depuis 5, et je me trouve en face de sept morceaux arriérés , y comp ris le vôtre, to us égalemen t pressés , un ensemble de 160 pages . Oui, je désire que vous comptiez sur moi. Quel jour commencerai-je à prendre pour vous les 24 ou 48 heures nécessaires, je n'en sais rien aujourd'hui , je sais seulement que jour à jour je ferai ce que j'ai à faire. Je vo us récrirai de nouveau aussit ôt que je serai calmé ... Il y a 4 jours, j'ai rencontré M. Gide, et comme j'étais curieux de savoir si vous étiez fort embarrassé par ma faute, je l'ai questionné à ce sujet. Il m'a affirmé qu'aucun embarras ne pouvait venir actuellement par moi. Vous trouverez cette lettre une mauvaise réponse. Elle contient la vérité pure : un grand trouble, beaucoup d'arriéré, et la certitude que je finisse votre affaire. En même temps, le Pierre Dupont... » (2 pp. in-8, trace d'onglet au verso). – Lettre autographe signée « Charles Baudelaire ». [Paris, vers le 4 juin 1861]. « Je me suis remis ce mati n à vot re Hugo , vous pouvez donc être tranquille de ce côté. Je sors de chez M. Claye, à qui j'ai demandé une bonne ép reuve de Gautie r, Leco nte de Lisle, et Barbier , mais il pa raît qu'il n'est pl us temps , et que ce serait un vif embarras. Je demande avec insista nce une bonne ép reuve de Desbo rdes -Valmore, et une bonne ép reuve d'Hégésippe Moreau, avant que vous n'ayez fait décomposer. D'après ce que vous m'avez dit hier soir, il me pa raît inutile de fai re compose r Pierre Dupont, Le Vavasse ur et Pet rus Borel , puisque dans chac une de ces notices il y a des choses choquantes pour vo us [la notice sur Dupont comportait des critiques qui pouvaient sembler malvenues à l'égard d'un ami, celle sur Le Vavasseur comportait un passage évoquant le poète « presque nu », celle sur Borel en montrait explicitement le côté excessif, bousingot]. Ayez bien soin de ne pas égarer les trois manuscrits, le quatrième (Hégésippe) étant représenté par une bonne épreuve... » (1 p. 3/4 in-8, en-tête imprimé « Poulet-Malassis et de Broise, libraireséditeurs à Paris », adresse au dos, feuillet d'adresse avec trace d'onglet et petite déchirure due à l'ouverture sans atteinte au texte). – Lettre autographe signé de ses initiales en 2 endroits. [Paris, peut-être juin 1861]. « Je ne puis m'occ upe r que des reto uches de Pierre Dupont, puisque je co nsidère les deux autres comme excelle ntes [les notices sur Borel et Le Vavasseur]. Vot re ave uglement seul fait obstacle à ce que vo us soyez de mon avis . Je vous en supplie, ne m'en parlez plus. Vous aurez votre épreuve lundi. Quant aux citations, vous savez ce qui a été décidé , tout au plus puis-je vous donner quelques conseils pour le choix , mais à quoi bon ? Je pars à la fin du mois. Pensez aux autres dont je n'ai pas encore eu les épreuves... » (1 p. in-16, adresse au dos, feuillet d'adresse avec trace d'onglet et déchirure anciennement restaurée affectant le texte sans manque). – Lettre autographe signée de ses initiales. [Paris, peut-être juin ou été 1861]. « J'avais même exprimé le dési r de revoi r to utes les citatio ns (et pe ut-être d'en ajoute r une). Il me semble que ce serait prudent, car vous voyez que, sans compter les trois vers que j'ai changés, il y avait passableme nt de fa utes , alté rant le te xte et le sens. Si cet enfant vous trouve, remettez-lui les autres , s'il ne vous trouve pas, envoyez-les moi dans la soirée, vous les aurez avant demain. (No n seulement Les Contemplations, mais aussi La Légende . J'espère que j'irai là-bas en juillet. Je vous renverrai le tout)... Supprimez la note ajoutée si vous la trouvez superflue. » (1 p. in-8 carré, adresse au dos, feuillet d'adresse avec trace d'onglet, restauration à un manque angulaire affectant les deux feuillets sans atteinte au texte). – Lettre autographe signée de ses initiales. [Paris], 19 juin 1861. « Depuis plusieurs jours, toutes vos épreuves remaniées sont chez vous, et il y a pour vous 100 fr. chez Malassis, tiers des 300 que j'ai reçus, comme vous pouvez vous en assurer sur les registres de la revue [la Revue fantaisiste à qui Baudelaire confia neuf de ses notices écrites pour les Poètes français]. Comme votre lettre m'a inquiété, j'ai voulu voir madame Crépet , elle était absente. Ensuite je suis allé à l'imprimerie où on n'a rien reçu. Avant de quitter Paris, je veux to ut reli re, d'ailleurs les quat re dernières ont besoi n d'être rel ues après co rrectio n. Et enfin, il sera nécessai re de mett re une note dans la notice sur Valmore... Je ne peux vous répondre que chez vous. Vous ne me dites pas où vous êtes et le timbre de la poste est illisible. » (1 p. 1/2 in-8, petits accrocs marginaux et très légère trace d'onglet, sans atteinte au texte). – Lettre autographe signée « Charles Baudelaire ». [Paris], 9 septembre 1862. « Votre précieuse lettre est arrivée trop tard. Je ve ux dire que j'ai le 4e vol ume des Poètes français. Je l'ai pa yé, bie n ente ndu. Je garde la facture aussi soigneusement que votre lettre. Quant à vos livres , vot re réclamatio n n'est que trop juste , il était puéril de prendre une forme aussi impé rieuse. Je n'ai souvenir exact que des Contemplations et de La Légende des siècles , dans la crainte de me tromper, je vais réclamer tout ce que l'on pourra trouver de Victor Hugo chez moi... » (1 p. in-12 carré, trace d'onglet au verso). Joint, 2 pièces : – Crépe t (Eugène). Brouillon autographe signé à Charles Baudelaire. Paris, 14 septembre 1862. Il s'agit de sa dernière lettre au poète, répondant à la dernière lettre reçue de lui (celle du 9 septembre 1862, ci-dessus) : il y explique « combien l'accent presque toujours dédaigneux, impératif et quasi-dictatorial de [sa] correspondance [l'] a blessé ». – Poulet-Malassis (Auguste). Lettre autographe signée à Eugène Crépet. Paris, 29 septembre 1861. Concernant ses droits sur les poésies de Baudelaire, Banville, Châtillon et Leconte de Lisle, et sur la notice de Baudelaire relative à Banville. Provenance : bib liothèque du grand collectionneur baudelairien Armand Godoy. D'origine cubaine, poète francophone et traducteur de l'espagnol, Armand Godoy (1880-1964) réunit une importante bibliothèque d'imprimés et de manuscrits de Baudelaire. Charles Baudelaire, Correspondance, t. I, pp. 590, 592-593, 611, 647, t. II, pp. 43, 46, 50, 95, 104, 124-125, 172, 172-173, 173, 174, 258-259. – Pour la lettre d'Eugène Crépet : Lettres à Charles Baudelaire, p. 106.

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N° 13
BAUDELAIRE (Charles). Lettre autographe signée « Ch. Baudelaire » à Eugène Crépet. [Paris, vers le 10 avril 1860]. 2 pp. 1/4 in-16, trace d'onglet au verso. Collaboration de Charles Baudelaire à l'anthologie des Poètes français, futur chapitre de son recueil sur L'Art romanti que. L'auteur des Fleurs du mal collabora à ce recueil paru en 1861- 1862 en rédigeant les notices introductives aux extraits de dix auteurs contemporains dont Victor Hugo, Théophile Gautier, Auguste Barbier ou Auguste de Laprade. Mais il rencontra des difficultés avec le coordinateur de l'ouvrage, Eugène Crépet, qui demanda des modifications dictées par des considérations morales ou politiques. « Ce jocrisse de Laprade ». Ainsi, dans la notice consacrée à Auguste Barbier, Eugène Crépet demanda que soit atténué un passage sarcastique à l'égard du poète Auguste de Laprade, académicien à la muse royaliste et religieuse, chez qui Charles Baudelaire critiquait l'hérésie de la morale dans l'art. Le poète se montra fort réticent à apporter des changements à son texte, comme en témoigne la présente lettre, et, faute d'être parvenu à un accord, Eugène Crépet remplaça cette notice par une autre de Léon de Wailly. L'ensemble des notices de Charles Baudelaire serait intégré dans la section Réflexions sur quelques-uns de mes contemporains du recueil L'Art romantique, des OEuvres complètes préparées par Charles Baudelaire mais publiées de manière posthume en 1869. Eugène Crépet fut une des « vieilles canailles » du carnet de Baudelaire, mais aussi son premi er bi ographe sérieux. « Vous me to urmente z horriblement et inutileme nt. J'ai mis, à ca use de vo us auta nt qu'à ca use de moi, une applicatio n énorme dans ces notices . Ce que j'écris est bon et irréfutable. Cependant je vous ai déjà promis, par complaisance et par déférence, de remanier plusieurs passages. Je l'ai déjà fait, dans le Barbier par exemple. Or, comment voulez-vous que je corrige quoi que ce soit, puisque je n'ai pas d'épreuves ? Comment vo ulez-vo us que je recomme nce, pour la troisième fois, le passage relatif à ce jocrisse de Laprade, puisque je n'ai pas l'épreuve sous les yeux ? Vous savez bien cependant que j'ai demandé une 2e épreuve, ce qui, après la lettre que vous m'avez écrite, impliquait chez moi la volonté de vous complaire encore en essayant encore une transformation. Quant à profite r de mon absence pour alté rer ce que j'écris, vo us ne le ferez pas , d'abord pa rce que cela serait dés honnête , ensuite parce qu'il a été convenu entre nous que si je me refusais à certaines transformations, ce serait Boyer [l'écrivain Philoxène Boyer, qui a présenté Baudelaire à Crépet] qui se chargerait de ce travail , enfin parce qu'il serait convenable d'abord de me donner un texte de mes notices, tel que je l'ai primitivement écrit (à ce sujet, je vous ferai remarquer que je serais fort heureux d'avoi r le Gautier et le Barbi er qui sont probablement corrigés et peut-être clichés). Il y aurait encore une manière de vider toutes les difficultés , de vous et de Gide, qu'ai[-je] reçu d'argent ? Malgré toutes les dépenses dont je suis accablé, je saurai vous rendre cela, ou je vous fournirai les moyens de vous le faire rendre. Je vous supplie de ne voir aucune impertinence dans cette proposition extrême. Je ne m'y résoudrais moi-même qu'en désespoir de cause... » Provenance : bib liothèque du grand collectionneur baudelairien Armand Godoy. D'origine cubaine, poète francophone et traducteur de l'espagnol, Armand Godoy (1880-1964) réunit une importante bibliothèque d'imprimés et de manuscrits de Baudelaire. Charles Baudelaire, Correspondance, t. II, pp. 21-22. « Envo yez-moi tout ce que vo us ave z d'Hugo... Il fa ut que je m'en sat ure pe ndant 24 heures ... »

BAUDELAIRE (Charles). Lettre autographe signée « Ch. Baudelaire » à Eugène Crépet. [Paris, vers le 10 avril 1860]. 2 pp.…
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N° 14
BAUDELAIRE (Charles). Lettre autographe signée en deux endroits, « Ch. Baudelaire » et « C. B. », adressée à Eugène Crépet. [Paris, mai 1860, probablement le 9]. 1 p. in-8 carré, au crayon, adresse au dos , feuillet d'adresse avec manque de papier angulaire du à l'ouverture sans atteinte au texte, quelques fentes anciennement restaurées et trace d'onglet. Collaboration de Charles Baudelaire à l'anthologie des Poètes français, futur chapitre de son recueil sur L'Art romanti que. Eugène Crépet, qui coordonna l'édition de cette anthologie parue en 1861-1862, confia à l'auteur des Fleurs du mal la rédaction des notices introductives aux extraits de dix auteurs contemporains, dont Victor Hugo. L'ensemble serait intégré dans la section Réflexions sur quelques-uns de mes contemporains du recueil L'Art romantique, des OEuvres complètes préparées par Charles Baudelaire mais publiées de manière posthume en 1869. Thuriféraire ironiq ue de Vic tor Hugo. Dans sa notice consacrée à cet auteur, Charles Baudelaire le décrit dans toute sa démesure, fait l'éloge de son « génie sans frontière », de manière argumentée et avec un accent de vérité qui n'évite cependant pas les ironies critiques. Il entretint de fait des relations malaisées avec Victor Hugo, s'agaçant de la grandiloquence de l'homme, admirant La Légende des siècles mais méprisant Les Misérables, alternant éloges publics et sarcasmes privés... « J'avais envie de me remettre en route ce matin pour vous trouver, mais il vaut mieux que je travaille. Je me suis déjà mis à vot re V. Hugo, dès hier. Il sera fini lundi et vous pourrez, si bon vous semble, venir me le demander vers six heures. Vous devinez que sous une pareille ardeur, pour que je laisse tout de côté, il y a une nécessité violente. J'ai besoin (par M. Gide) de 100 fr. pour demain, et de 100 fr. lundi. Mon Hugo se ra lo ng, pas trop lo ng , s'il ne couvre pas cette somme, nous en choisirons encore un autre, parmi les modernes. Je n'ai pas besoin de vous dire, vous le savez, qu'il y a là po ur moi un to ur de force à fai re. Je vais même ave rti r Hugo moi-même, afin de pouvoi r prendre mes aises . Mainte nant, envo yez-moi tout ce que vo us ave z d'Hugo chez vo us. Il fa ut que je m'en sat ure pe ndant 24 heures . Tout à vous... Je ne sors pas de la journée excepté à 6 heures... » Charles Baudelaire, Correspondance, t. II, pp. 39-40.

BAUDELAIRE (Charles). Lettre autographe signée en deux endroits, « Ch. Baudelaire » et « C. B. », adressée à Eugène Crép…
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N° 15
BAUDELAIRE (Charles). Notes autographes (14 lignes) au verso d'une enveloppe postale à lui adressée par Jules Barbey d'Aurevilly (s.l., 13 août 1860, in-16 oblong, adresse autographe de ce dernier en 5 encres différentes). Notes préparatoires à une lettre au di recteur de la Rev ue co ntempo raine, Alphonse de Calonne, qu'il expédierait le 13 août 1860 ou peu après. « Quand ? Vers ? Adresse de Hervé. 300. Fidélité. Constitutionnel remboursé. Je n'ose pas. Voir ma mère, et Malassis. Sainte-Beuve. Les 470. » Nouvelles Fleurs du mal et questions d'argent. Dans cette lettre, Baudelaire interroge Calonne sur sa date de départ, s'enquiert si Édouard Hervé, collaborateur à la Revue contemporaine, va publier des vers de lui (de nouveaux poèmes des Fleurs du mal qui paraîtront finalement dans L'Artiste le 15 octobre 1860), et demande s'il doit déposer un manuscrit ou sinon apporter 470 francs. Il quémande cependant une avance 300 francs afin de payer ses déplacements pour aller voir sa mère et son éditeur Poulet-Malassis, en précisant que venant à peine d'apurer sa dette envers Le Constitutionnel il ne peut pas déjà s'adresser à ce périodique pour un nouvel emprunt. Enfin, il dit à Calonne avoir vu Sainte-Beuve qui lui a parlé de lui de la manière la plus affectueuse. Superbe document, très graphiq ue. Charles Baudelaire, Correspondance, t. I, p. 683, note n° 2. – Lettres à Charles Baudelaire, p. 59, note. – Jules Barbey d'Aurevilly, Correspondance générale, t. VI, 1986, n° 1860/21, note n° 1.

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N° 16
BAUDELAIRE (Charles). Pièce autographe signée en tête « Baudelaire », intitulée « Liste de distribution » [vers le 17 janvier 1861]. 2 pp. in-folio, avec annotations autographes de Poulet-Malassis, et avec également une mention manuscrite ancienne concernant la datation de ce document. Quelques manques marginaux, quelques fentes anciennement restaurées, trace d'onglet en marge de la seconde page portant atteinte à quelques lettres de mentions de Poulet-Malassis, infimes perforations. Préci eux témoignage sur sa stratégie édi toriale et son cercle de relations. Cette « liste de distribution » des Fleurs du mal proposée par Charles Baudelaire à son éditeur reflète sa conception du paysage de la critique littéraire en France. Certes, quelques petites revues qui ne reçurent pas l'ouvrage publièrent tout de même des articles, et, à l'inverse, quelques destinataires effectifs n'y figurent pas comme Victor Hugo, mais la plupart des noms importants y figurent, y compris Armand de Pontmartin, tête de Turc de Charles Baudelaire et auteur en 1857 d'une critique assassine des Fleurs du mal. Charles Baudelaire id entifie ici les personnes qui comptaient le plus pour lui : il fait suivre leurs noms de mentions marquant son désir d'accompagner d'une lettre personnelle l'envoi des Fleurs du mal : parmi ces privilégiés, Jules Barbey d'Aurevilly, François Buloz, Jules Janin ou Charles- Augustin Sainte-Beuve. L'intérêt du poète pour la presse étrangère : Charles Baudelaire accorde une réelle importance à la réception de son ouvrage hors de France, notamment en Angleterre, comme le révèlent les 12 titres anglais présents sur cette liste. « 35 pièces nouvelles, toutes les anciennes remaniées, portrait » Charles Baudelaire propose ici en note un projet de Prière d'insérer pour la seconde édi tion des Fleurs du mal, précisant ce qui selon lui en renouvelait l'actualité. Il correspond peu ou prou à la mention portée au titre de l'édition. Document annoté par Auguste Poulet-Malassis Une illustration de l'attitude professionnelle de son édi teur et ami . Auguste Poulet-Malassis allait publier la seconde édition des Fleurs du mal dans la première semaine de février 1861. Si Charles Baudelaire manifeste dans la présente « liste de distribution » de larges ambitions pour la diffusion de son livre, Auguste Poulet-Malassis s'y montre logiquement plus sensible aux questions financières, et se propose de ramener les désirs de l'auteur à de plus modestes proportions. Ses annotations concernent le tirage et la pertinence du choix des destinataires du volume : il s'oppose à de nouveaux tirages sur grands papiers, et refuse ou conditionne plusieurs envois gracieux à la perspective d'obtenir des articles en retour : « inutile », « inutile, à moins qu'il ne promette », voire « Nous ne pouvons pas entrer dans les considérations d'amitié ». « Baudelaire. 20 ex. – Combien sur chine ou fil ? [Poulet-Malassis : « 20 ex. sur papier ordinaire. Il n'y en a sur fil et chine que quelques exemplaires tirés à mes frais dont je me réserve la disposition. Baudelaire en a fait tirer à ses frais quelques plus beaux ex. [sur vélin fort] chez Raçon [Simon Raçon, imprimeur de cette édition]. Il ne tenait qu'à lui d'en demander davantage. »]. Revue des deux mondes. Buloz (avec une lettre de moi). Revue contemporaine. De Calonne. Revue britannique. Qui ? Revue européenne. Lacaussade. Gustave Rouland (avec une lettre de moi). Correspondant. Qui ? Illustration. De Wailly ? Monde illustré. Gozlan (avec une lettre). Moniteur. Sainte-Beuve (avec une lettre). Débats. Deschanels (avec une lettre). Cuvillier-Fleury. [Poulet-Malassis a biffé le second nom, et indiqué : « Cuvillier-Fleury inutile. »] Presse. Saint-Victor (avec une lettre de moi). Arsène Houssaye (directeur de La Presse) (très important) (avec L'Artiste cela ferait un double) [Poulet-Malassis : « en tout cas, un exemplaire seulement »] Constitutionnel. Grandguillot (Vitu fera une note). Siècle. Taxil-Delord. [Poulet-Malassis a biffé cette ligne, et indiqué : « inutile, à moins qu'il ne promette »]. Pays. D'Aurevilly (avec une lettre). Patrie. Édouard Fournier. [Poulet-Malassis a biffé cette ligne, et indiqué : « idem » en référence à sa remarque précédente]. Opinion nationale. Levallois. Salut public de Lyon. Armand Fraisse (avec une lettre). Nord. Jules Janin (avec une lettre). Indépendance belge. Qui ? [Poulet-Malassis : « Ulbach (Mané) »]. idem. De Ronsard (ministère de l'intérieur. Très important pour 200 journaux) (avec une lettre). Union. Pontmartin. Gazette de France. Guttinguer (promis un article, annoncé même il y a huit jours) Revue anecdotique. Larcher. Revue de Genève. Qui ? Figaro. Monselet. [Poulet-Malassis a biffé cette ligne, et indiqué : « Inutile »]. Journal amusant. Nadar. Times. Thackeray's Cornhill Magazine (avec une lettre). Examiner. Spectator. Athæneum [sic] Literary Gazette. Press. Frazer's Magazine. Blacwood's Magazine. Westminster Review. Edinburgh Review. Quarterly Review. [Poulet-Malassis a encadré cette liste de titre anglais, et indiqué : « Nous savons par expérience qu'on n'obtient rien gratuitement des journaux anglais et aussi que la vente des livres français est presque nulle, puisque tous nos correspondants de Londres nous ont quitté successivement. Si ces ex. sont envoyés, en tout cas, l'envoi ne peut en être à notre charge. »] Russes et Allemands, je n'y entends rien. [Poulet-Malassis : « Y compris les 20 ex. d'auteur, et en retranchant ceux que j'ai rayés, restent 50 exemplaires de distribués ou donnés. C'est tout ce qu'on peut faire pour un tirage de 1.500 fr. Sans compter ceux à qui on n'a pas pensé qui viendront réclamer. Une dixaine au moins. Soit soixante. »] Vitu fera une note au Constitutionnel. La Fizelière à L'Artiste. Je vo udrais bien me décharger sur vo us de Banville, de Gautier et de Leconte de Li sle. [Poulet-Malassis : « Pas possible. No us ne pouvo ns pas entrer dans les co nsidératio ns d'amitié . Et les 20 exemp. d'auteur, pour qui seraient-ils ?] Plusieurs de ces exemplaires doivent être accompagnés d'une lettre de moi. Je verrai De Broise [le beau-frère et l'associé de Poulet-Malassis dans sa maison d'édition]. Évitez les doubles exemplaires jetés dans les journaux sans sûreté et sans garantie. J'ai quelqu'un qui s'occupera de l'affaire des journaux de Londres et qui peut-être ira lui-même dans les journaux. Si vo us faites une note (35 pi èces nouvelles , to utes les anciennes remaniées , portrait ), comm uniquez-la moi, je la ferai passe r dans une centai ne au moins de journaux de départements. En fait de grands journaux en province, je ne connais que Le Salut public. Je ne garde pas le double de cette note. » Exposition : ce document a figuré en 1968-1969 dans l'exposition Baudelaire tenue au Petit Palais (n° 635 du catalogue). Charles Baudelaire, Correspondance, t. II, pp. 125-127.

BAUDELAIRE (Charles). Pièce autographe signée en tête « Baudelaire », intitulée « Liste de distribution » [vers le 17 ja…
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N° 17
BAUDELAIRE (Charles). Lettre autographe signée de ses initiales à Eugène Crépet. [Paris, mai 1860, probablement le 11]. 4 pp. in-8 carré, trace d'onglet et deux fentes anciennement restaurées portant atteinte à un mot sans manque. Importante lettre sur ses intentions concernant son essai sur Vic tor Hugo, futur chapitre de son recueil sur L'Art romanti que. C'est dans le cadre de sa collaboration à l'anthologie des Poètes français, publiée par Eugène Crépet en 1861-1862, que Charles Baudelaire rédigea des notices introductives aux extraits de dix auteurs contemporains, dont Victor Hugo, Théophile Gautier, Auguste Barbier ou Pétrus Borel. L'ensemble serait intégré dans la section Réflexions sur quelques-uns de mes contemporains du recueil L'Art romantique, des OEuvres complètes préparées par Charles Baudelaire mais publiées de manière posthume en 1869. Baudelaire, thuriféraire ironiq ue de Vic tor Hugo. L'auteur des Fleurs du mal écrivit à l'exilé pour lui demander s'il acceptait de figurer dans cette anthologie commentée. Même s'il émit des réserves concernant les droits de ses éditeurs pour la reproduction d'extraits de ses oeuvres, Victor Hugo se montra enthousiasmé à l'idée d'être évoqué par Baudelaire : « ce qui me charme en ceci, c'est que mon nom serait prononcé par vous et incrusté dans une de ces pages profondes et belles que vous savez écrire ». Dans sa notice, Baudelaire décrit Hugo dans toute sa démesure, fait l'éloge de son « génie sans frontière », de manière argumentée et avec un accent de vérité qui n'évite cependant pas les ironies critiques. Il entretint de fait des relations malaisées avec Victor Hugo, s'agaçant de la grandiloquence de l'homme, admirant La Légende des siècles mais méprisant Les Misérables, alternant éloges publics et sarcasmes privés... Eugène Crépet fut une des « vieilles canailles » du carnet de Baudelaire, mais aussi son premi er bi ographe sérieux. « Tout est fort bien, sauf la différence de 100 fr. Je trouve très raisonnable que vous désiriez d'abord le manuscrit , mais une distance d'une semaine, c'est beaucoup , il y a peut-être manière d'arranger cela : – pas d'argent avant lundi , mais lundi, 200 fr. sur la notice complète d'Hugo , il y a là évidemment un peu de complaisance de votre part , mais d'un autre côté, je ne puis pas avant lundi faire choix d'un autre type , je veux donner to ut mon temps à Hugo , je crois que je suis cel ui qui fera cela de la fa çon la pl us riche, et enfin la différence en plus (je parle des 200 fr.) sera minime. Ceci m'amène à la question de longueur. Je n'ai pas l'intention de produire 16 pages. – J'ai oublié vos prix de rédactio n. – Je ne m'occ upe même pas d'une co nsidératio n aussi vile. – Je tâcherai de dire en 10 pages au maximum ce que je pense de raisonnable sur Hugo. Avouez que quand vous me reprochez la brièveté de mes premières notices, vous tombez dans une contradiction singulière. Vous avez donc oublié que je ne demandais pas mieux que de trouver plus d'espace, et que c'est vous qui m'avez imposé des conditions si sensibles. Sur Gautie r, sur Barbier, sur Pét rus Borel , j'aurais pu, avec plaisi r, écrire dix pages . Si vo us donnez dix pages à Boileau, que donnerez-vo us donc à Ro nsard, et à Hugo ? Je résume : je vais écrire à Hugo pour le préve nir que moi, petit et infirme, je prends vis-à-vis de lui to us les droits de la liberté . Je considère comme facile (absolument fait, je n'en puis répondre) le petit service que vous me demandez relativement aux citations. – J'es quiverai la questio n politi que , d'ailleurs je ne crois pas possible de parler des satires politiques, même pour les blâmer , or, si j'en pa rlais , bie n que je co nsidère l'engueulement politi que comme un signe de sottise , je serais pl utôt avec Hugo qu'avec le Bonapa rte du co up d'État . – Donc, impossible. – Mais je to ucherai un pe u à la questio n sociale, à l'utopie , à la pei ne de mort, aux religio ns modernes , &c. Je viens de recevoi r une lett re d'Hugo, très co rdiale, co ntre son ordinaire, et très-spi rit uelle , ce qui est enco re pl us singulier (à propos de Méryon) [Victor Hugo y remerciait Baudelaire de l'avoir associé à l'éloge du graveur Charles Meryon dans son Salon de 1859]. Tout cela facilitera évidemment notre affaire. Répondez-moi sur tous les points. Dites-moi quel type nouveau, adapté à ma nature, je pourrais prendre parmi les contemporains, pour parfaire la valeur de cette nouvelle dette. Je vous rendrai vos épreuves avec Hugo. Vous savez que j'écris tout. Donc j'ai écrit la dette de 245 ou de 265. Mais je ne l'ai pas sous la main. Je rép ète que si vo us co nti nuez ce genre de publicatio ns, Maturin paie ra cela [Baudelaire envisageait de proposer une nouvelle traduction de Bertram, or the Castle of St-Aldebrand de l'Irlandais Charles Robert Maturin]. Et si vous n'allez pas au-delà du présent ouvrage, je vous donnerai un bon sur n'importe qui... » Provenance : bib liothèque du grand collectionneur baudelairien Armand Godoy. D'origine cubaine, poète francophone et traducteur de l'espagnol, Armand Godoy (1880-1964) réunit une importante bibliothèque d'imprimés et de manuscrits de Baudelaire. Charles Baudelaire, Correspondance, t. II, p. 40-41.

BAUDELAIRE (Charles). Lettre autographe signée de ses initiales à Eugène Crépet. [Paris, mai 1860, probablement le 11]. …
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N° 18
BAUDELAIRE (Charles). Poème autographe (5 lignes) au bas d'une pièce manuscrite, contrat d'édition avec Auguste Poulet-Malassis (2 pp. 1/2 in-8, 2 perforations sans manque). 1862. Avec une apostille autographe de Narcisse Ancelle, son conseil judiciaire et confident (4 lignes). Le premier essai versifié du fameux poème postal à Poulet-Malassis Baudelaire découvre ici les possibi lités rim ées de l'adresse postale de son ami (édi teur des Fleurs du mal), au moyen d'un agencement particulier après redécoupage : « Auguste Poulet Malassis, rue de Mercélis, 35 bis, Ixelles, Bruxelles ». Il compléterait ces notes préparatoires en un « loisir de la poste » sur une enveloppe expédiée le 14 février 1866, lui donnant la forme définitive suivante : « Monsieur Auguste Malassis / Rue de Mercélis / Numéro trente-cinq bis / Dans le faubourg d'Ixelles / Bruxelles. / (Recommandée à l'Arioste / De la poste, / C'est-à-dire à quelque facteur / versificateur.) » Dimanche 4 Novembre 2018 / Osena t / 53 La convention par laquelle Baudelaire céda à Poulet-Malassis ses droits sur l'ensemble de ses oeuvres parues et à paraître Cet essai rim é figure au bas d'une copie de la convention d'édi tion du 1er juillet 1862 liant Baudelaire à Poulet- Malassis. Il s'agit de la novation du contrat passé le 24 mai 1861, novation rendue nécessaire par le fait qu'en juillet 1861 Poulet-Malassis s'était séparé de son associé et beau-frère Eugène De Broise. « Les soussignés sont convenus de ce qui suit. M. Charles Baudelai re, homme de lett res , demeurant à Paris... cède et aba ndonne avec toutes garanties de fait et de droit, à M. Auguste Poulet -Malassis , édite ur... le droit exclusif, à pa rti r de ce jour, de rep roductio n sous to utes les formes de ses trava ux litté raires pa rus et à pa raître. Ses ouvrages sont : Les Paradi s artifici els... et Les Fle urs du mal,... précédemment éditées par M.M. Poulet-Malassis et De Broise. Hi stoires extraordi naires, Nouvelles histoires extraordi naires et Aventures d'Arthur Gordon Pym. Ces trois ouvrages traduits d'Edgar Poe par M. Baudelaire et pour lesquels il substitue M. Poulet- Malassis dans ses droits résultant d'un traité avec M. Lévy et Cie , son éditeur pour ces trois livres. C'est-à-dire que si M. Lévy continue leur réimpression, les sommes spécifiées pour M. Baudelaire dans son traité avec M. Lévy, comme rémunération, seront désormais attribuées à M. Poulet-Malassis, et que dans le cas contraire, celui où M. Lévy ne voudrait pas continuer les réimpressions, M. Poulet-Malassis les exploiterait de droit, sous toutes les formes et dans tous les formats qui lui conviendraient, ainsi qu'il est spécifié plus haut. Les ouvrages à pa raître se compose nt de to us les trava ux litté raires , publiés et à publier pa r monsieur Baudelai re, soit en vol ume, soit dans quel que journal ou recueil litté raire que ce soit , et quelle que soit leur nat ure : criti que, roman, nouvelles , histoi re, philosop hie, etc. etc. Cette cession est faite à M. Poulet-Malassis par M. Baudelaire moyennant la somme de cinq mille francs, qu'il a payé [sic] avant ce jour en espèces et valeurs à sa satisfaction, à M. Baudelaire qui le reconnaît et en consent quittance. Il est entendu toutefois que dans le cas où M. Poulet-Malassis se trouverait remboursé dans un délai de quatre années à partir de ce jour, de la somme de cinq mille francs payée par lui, M. Baudelaire rentrerait purement et simplement dans la propriété des choses cédées, et la présente vente serait considérée comme vente à réméré [c'est-à-dire vente avec clause de rachat pour le vendeur].... » De sa main, Narcisse Ancelle a ajouté l'adresse de la librairie de René Pincebourde, ancien premier commis de Poulet-Malassis, qui tenait boutique près de l'ancienne adresse de l'éditeur Jules Hetzel : « Mr Pincebourde, [78] rue Richelieu... ancienne maison Hetzel ». Pour le poème postal : Charles Baudelaire, Correspondance, t. II, p. 598. – Pour la convention d'édition : ibid., pp. 251-252, et notes p. 783, exemplaire C.

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N° 19
BAUDELAIRE (Charles). Pièce autographe intitulée « Liste de distribution pour mes livres ». [Vers 1862-1865]. 2 ff. in-8, infimes perforations. Document établi en 3 temps : après en avoir rédigé le corps du texte d'une plume un peu épaisse, Charles Baudelaire a procédé à l'ajout de 7 noms, soit 6 noms d'une plume plus fine et un nom à la mine de plomb. Préci eux témoignage sur sa stratégie édi toriale et son cercle de relations. Cette « liste de distribution » générale comprend une centaine de noms classés en trois rubriques : « Académie », « Amis », « Presse ». Des académiciens cités, seuls Charles-Augustin Sainte-Beuve et Victor Hugo étaient des soutiens effectifs, quoique nuancés. Cette liste a été dressée peu avant ou quelque temps après la candidature de Charles Baudelaire à l'Académie française (1862). Parmi les « Amis » figurent aussi bien des écrivains comme Gustave Flaubert ou Charles-Marie Leconte de Lisle, des artistes comme Édouard Manet, Honoré Daumier ou le sculpteur Auguste Préault, des éditeurs comme Auguste Poulet-Malassis ou Jules Hetzel, un compositeur, Ernest Reyer, des relations privées comme Hippolyte Lejosne, madame Meurice ou Charles Neyt, et, étrangement, Ernest Pinard, l'ancien substitut du procureur général qui prononça le réquisitoire contre lui dans le procès des Fleurs du mal. La section concernant la « Presse » représente le paysage de la critique littéraire en France qui comptait selon lui, avec des noms comme celui de Jules Barbey d'Aurevilly. L'intérêt de Charles Baudelaire pour une di ffusion en Angle terre : il accorde en effet une place non négligeable à des personnalités comme les poètes Robert Browning, Alfred Tennyson, Algernon Charles Swinburne (qui avait exprimé son admiration pour lui), le peintre et poète Dante Gabriel Rossetti, le peintre James McNeil Whistler, ainsi qu'au périodique londonien Athenæum. « Académie. Sainte -Beuve. Victo r Hugo. Lamarti ne. Mérimée . Legouvé. Sandeau. Ponsard. É. Augier. De Sacy. Vitet. Amis. Babou. Champfle ury. Malassis . Fla ubert. Delange. Chenavard. Mme Meurice. Pelletier. Lejosne. Fromentin. Dumesnil [sic pour Armand Du Mesnil]. Leco nte de Lisle. G. Rouland. Du Camp. Reyer. Préault. Manet . Féval. Gozlan. Thierry. Da umier. Gava rni. Noriac. Hostein. Fournier. Nadar. Brow ning. Tennyson. Rossetti . Whistle r. Joly. Dubois. Neyt. Soulary. Rops . Dulamon. Deschamps. Vitu. Asselineau. Pinard. Het zel . Presse. Moniteur. Lacroix. Th. Gautie r. Deschanels. – Débats. Janin. Cuvillier-Fleury. Chasles. Taine. – Constitutionnel. Sainte -Beuve. Vitu. Roqueplan. – Presse. Houssaye. De Moüy. Saint-Victor. – Siècle. Jourdan. Texier. – Opinion nationale. Levallois. – Pays. D'Aurevill y. – France. Banville. – Gazette de France. Pontmartin ? – Nation. – Monde. Veuillot. – Temps. Nefftzer. — Salut public. Armand Fraisse. – Spectator. Swinburn [sic]. – Athæneum [sic]. – Illustration. Texier. – Monde illustré. Yriarte. Monselet. – Figaro. Jouvin. Duchesne. Claretie. – Revue des deux mondes. Montégut. Buloz. – Revue de Paris. La Madelène. – Revue contemporaine. De Calonne. – Revue britannique. Pichot. – Revue germanique. Dollfus. – Revue nationale. Charpentier. Asselineau. – Revue française. – Vie parisienne. Marcelin. – Indépendance belge. Frédéricx [sic pour Gustave Frédérix]. Janin. Véron. Thoré. – Événement. Zola . » Expositions : ce document a figuré en 1957 dans l'exposition Charles Baudelaire tenue à la Bib liothèque nationale (n° 202 du catalogue), en 1968-1969 dans l'exposition Baudelaire tenue au Petit Palais (n° 675 du catalogue, qui précise que les listes de ce genre établies par Baudelaire « apportent des éclaircissements d'un grand intérêt sur le cercle des relations de Baudelaire »). Provenance : collection de l'homme de lettres et homme politique Charles Blockhuysen dit Jean Réande. Charles Baudelaire, Correspondance, t. II, pp. 275-276.

BAUDELAIRE (Charles). Pièce autographe intitulée « Liste de distribution pour mes livres ». [Vers 1862 1865]. 2 ff. In 8…
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N° 20
BAUDELAIRE (Charles). Lettre autographe signée de ses initiales à Narcisse Ancelle, son conseil judiciaire et confident. [Bruxelles], 27 mai 1864. 2 pp. in-8, infimes perforations, quelques notes marginales postérieures au crayon. Avec courte apostille autographe de Narcisse Ancelle. Baudelaire obj et de rumeurs malveillantes. Le poète attribua à l'entourage de Victor Hugo les accusations colportées à son encontre qui faisaient de lui un mouchard de la police impériale désireuse de connaître les activités des exilés politiques français en Belgique. Il justifiait cette attribution à la « bande d'Hugo » comme une réaction à l'article qu'il avait publié dans le Figaro le 14 avril 1864 et où il se moquait du banquet qui devait se réunir le 23 avril 1864 sous l'égide (mais en l'absence) de Victor Hugo pour célébrer le tricentenaire de la naissance de Shakespeare. Dimanche 4 Novembre 2018 / Osena t / 57 Baudelaire avouait néanmoins dans une lettre à madame Meurice que l'attitude provocante et cynique qu'il avait adoptée à Bruxelles face aux rumeurs, n'avait pas peu contribué à les accréditer. Charles Baudelaire entretint de fait des relations malaisées avec Victor Hugo, passant d'une admiration de jeunesse à un regard plus sévère : il s'agaçait de la grandiloquence de homme, louait La Légende des siècles mais méprisait Les Misérables, alternait éloges publics (parfois ironiques) et sarcasmes privés... Victor Hugo se défia de de Charles Baudelaire à partir de 1858, mais regretta après la mort de celui-ci de ne pas avoir pu se l'attacher. « Quel peuple ! » (Baudelaire, en exil chez les Belges). Persécuté par ses créanciers, le poète quitta Paris le 24 avril 1864 pour s'exiler en Belgique, comme Auguste Poulet-Malassis. Il comptait gagner de l'argent avec une série de conférences, négocier la vente ses oeuvres aux libraires associés Albert Lacroix et Louis-Hippolyte Verboeckhoven (qui avaient publié avec succès Les Misérables de Victor Hugo) et courir les musées. Il alla de déceptions en déceptions, nourrissant son aigreur sarcastique naturelle et plongeant dans sa maladie nerveuse : ses conférences de mai à Bruxelles sur Eugène Delacroix, sur Théophile Gautier et sur les excitants, ne rencontrèrent pas le succès escompté et furent mal payées, tandis que Lacroix et Verboeckhoven ne s'y déplacèrent pas (ils refuseraient de l'éditer, en juin), et il en vint à ressentir de la répulsion même pour la peinture de Rubens. Il s'employa alors à rédiger un petit article sur le pays, qu'il étoffa jusqu'à vouloir en faire un véritable pamphlet, Pauvre Belgique, qu'il ne put achever avant sa mort et qui parut en 1952 dans les OEuvres posthumes. Devant à l'origine ne rester que quelques semaines en Belgique, Baudelaire y demeura plus de deux ans, à quelques absences près, et en revint impotent et aphasique. Sur Narcisse Ancelle, voir ci-dessus le n° 1. « Je n'ai pas encore attaqué la grande affaire [les négociations avec Lacroix et Verboeckhoven] , mais je doute de tout. Jugez vous-même si je n'en ai pas le droit. Après 5 co nférences (grand succ ès), j'ai désiré régler. Au lie u de 500 fr., on m'a appo rté 100 fr. avec une lett re d'excuses , alléguant que les fonds étant épuisés, on avait compté deux séances seulement à 50 fr., – et que, pour les 3 dernières, comme elles avaient été données après l'époque où s'arrête la saison des cours publics, on les avait considérées comme un acte de générosité de ma part [en fait, le 6 mai, Baudelaire avait écrit à sa mère que chaque lecture lui serait payée 50 francs et qu'il avait sollicité le droit d'en donner trois autres gratuitement]. Quel pe uple ! Quel monde ! Je n'avais pas de traité écrit. J'avais traité verbalement pour 100 fr. par conférence. J'ai eu envie de faire don des 100 fr. aux pauvres. Quel horrib le monde ! Je devais envoyer ces 500 fr. au maître de mon hôtel rue d'Amsterdam, M. Jousset, qui vous remettra cette lettre. Dans le courant de juin, je lui ferai remettre 100 ou 150 fr. par chacune des personnes à qui j'ai le droit de demander de l'argent à Paris. Ayez l'obligeance d'y coopérer par votre part pour les 100 restants, imputables sur juin... Je n'ose pas écrire cette mésave nture à ma mère, de pe ur de la désole r [il lui en écrirai néanmoins dans une lettre du 6 mai 1864]. Il est arrivé pi re enco re. Je ne sais qui (quel qu'un de la ba nde d'Hugo) a fait co urir ici un bruit infâme sur moi, et vous ne sauriez imaginer la crédulité des Bruxellois. Dans quelques jours, je traiterai, si je peux, une grosse affaire, mais je suis exaspé ré et déco uragé . Tout à vous , écrivez-moi, vous me ferez plaisir. Je retournerai sans doute à Paris le 15, et y passerai 8 jours... » Exposition : la liste a figuré en 1968-1969 dans l'exposition Baudelaire tenue au Petit Palais (n° 695 du catalogue). Charles Baudelaire, Correspondance, t. II, pp. 369-370.

BAUDELAIRE (Charles). Lettre autographe signée de ses initiales à Narcisse Ancelle, son conseil judiciaire et confident.…
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N° 21
BAUDELAIRE (Charles). Lettre autographe signée « Charles » à Narcisse Ancelle, son conseil judiciaire et confident (3 pp. in-8 sur papier bleu) et pièce autographe adressée au même Ancelle annotée de la main de ce dernier (1 p. in-8 sur papier crème). [Bruxelles], 29 décembre 1864. Petites perforations avec atteintes à quelques lettres. Li ste d'obj ets d'art lui appartenant, et lettre d'accompagnemen t concernan t le ur reco uvremen t. Le destinataire de ces documents, Narcisse Ancelle, était le conseil judiciaire de Baudelaire, tuteur qui lui avait été imposé pour la gestion de sa fortune mais qui était devenu un ami. Baudelaire collectionneur. Son goût particulier pour les oeuvres d'art s'exprima d'une manière excessive au regard de ses possibilités financières : il dilapida ainsi une partie de la fortune héritée de son père en 1842, et, même après sa mise sous tutelle financière en 1844, ne put s'interdire entièrement des acquisitions dispendieuses, contractant des dettes auprès de vendeurs – parfois aigrefins – et de restaurateurs d'objets d'art. Il reçut en outre quelques dons d'artistes dont il avait vanté les qualités dans ses critiques artistiques : tableaux, dessins, estampes... Il se constitua trois collections, dispersées successivement, connues par les descriptions de ses amis et par plusieurs documents dont la présente liste. Il fut un des premiers à s'intéresser aux arts d'Extrême- Orient, et fréquenta notamment la boutique orientaliste des époux Desoye, à l'instar de personnalités comme les frères Goncourt, Philippe Burty, Frédéric Villot, ou James McNeil Whistler. Sur Narcisse Ancelle, voir ci-dessus le n° 1. « M. Jacquinet est marchand de tableaux, encadreur, nettoyeur de gravures. J'ai laissé chez lui plusieurs objets, précieux pour moi... » « Mon cher Ancelle, je vous présente mes souhaits de bonne année, ainsi qu'à madame Ancelle. Je vous demande pa rdon de vo us donner trois commissio ns dont une est pe u digne de la gravité d'un magist rat , et de vous prendre ainsi une heure ou deux de votre temps. Mais je connais votre complaisance, et d'ailleurs ces commissions sont très importantes pour moi : 1° L'échéance pour dégage r ce bijou ou pour renouveler l'engagement est arrivé depuis trois jours. Il est donc plus que temps. C'est un ca deau et un souvenir. J'y tie ns énormément. J'ai une autre montre à Bruxelles, je n'ai donc pas besoin de celle-ci. Contentez-vous de renouveler l'engagement, cela se fait en 5 minutes. Il y aura trois ou quatre francs d'intérêts, que je vous rembourserai. La rue Joubert est à deux pas du chemin de fer [l'année précédente, le 26 décembre 1864, Baudelaire avait confié cette montre au Mont-de-Piété de la rue Joubert, près de la gare Saint-Lazare à Paris]. 2° Voir M. Jacquinet, presque à côté, rue Saint-Lazare, dans un renfoncement, presque en face la rue Pigale ou la rue Larochefoucault, à côté d'un sellier. M. Jac quinet est marchand de tablea ux, enca dreur, netto yeur de grav ures . J'ai laissé chez lui pl usieurs objets , précieux pour moi, il y a déjà fort longtemps (dont je vous transmets la liste pour la lui communiquer) et je crains, comme il n'a pas de nouvelles de moi depuis près d'un an, qu'il ne les égare, ou qu'il ne se croie autorisé à les vendre. D'ailleurs, je crois qu'il y a beaucoup de désordre chez lui. (C'est ainsi que par ma négligence, j'ai déjà pe rdu ailleurs des bronzes , un dessi n de Rubens, un éve ntail de 500 fr., &c.). Vous pouvez lui dire que je reviendrai prochainement à Paris. 3° Voir M. ou Mad. Deso ye, bouti que de bronzes et de porcelai nes japonnais, 220, rue de Rivoli. Lui dire qu'elle ait l'obligeance de me garder enco re quel que temps le pupit re en la que que je lui ai donné à répa rer. Lui demander ce que je lui dois, et lui affirmer que je vais revenir prochainement. Enfin, mon cher ami, j'ai besoin de 60 ou 70 f. pour des étrennes à faire aux domestiques et deux ou trois familles chez lesquelles je fréquente habituellement. Ayez l'obligeance de me mettre tout de suite 100 fr. dans une lettre, de manière que j'aie cela le 31 au matin. Vous vous souvenez que je vous ai promis de ne vous prendre désormais que 50 fr. par mois pendant un temps fort long. Cela comptera pour janvier et février. Cela sera, comme je vous le promets. Mes commissions vous paraîtront peut-être puériles. Je vous assure que c'est important pour moi. Je vous envoie d'avance, avec ce reçu, mille remerciements. C'est dans ce nouveau mois que je vous enverrai par un moyen détourné les objets que je vous ai promis [des livres dont Baudelaire lui avait recommandé la lecture]. La surveillance est maintenant très grande. Il y a eu des perquisitions à Paris. J'attends pour retourner en France des lettres d'un ou de plusieurs libraires. Cela va venir. Je vais passer 4 ou 5 jours à Bruges , mais je ne partirai qu'après avoir reçu votre lettre. – Le Spleen de Paris a recomme ncé dans la Revue de Paris... » Les 50 petits poèmes en prose intitulés en réunion Le Spleen de Paris, se rattachent de très près aux Fleurs du mal et commencèrent de paraître dès 1855 (dans un ouvrage collectif). Le 25 décembre 1864, 6 d'entre ces pièces venaient d'être publiées dans la Revue de Paris. Le recueil, demeuré inachevé, serait intégré dans les OEuvres complètes préparées par Baudelaire mais parues après sa mort, en 1868-1869. « Liste des objets déposés chez M. Jacquinet » Cette liste de « six articles », inscrite sur la pièce à part, a été annotée par Narcisse Ancelle : « une marine (grav ure à nettoyer, avec cadre noir, le cadre fourni par moi) [Narcisse Ancelle : « 1. d[onn]é à [ Jeanne] Duval », la fameuse maîtresse « maudi te » de baudelaire, qui lui inspira plusieurs poèmes des Fleurs du mal »] Une photographie, à monter sur bristol (modèle de femme, nu) [Narcisse Ancelle : « 2. Serait pour Albert », c'est-à-dire probablement l'éditeur Edmond Albert, ami d'enfance de Baudelaire] une sépia de Guys, vieux grognards à la colo nne Vendôme (à monter sur bristol et à mettre sous verre) [Narcisse Ancelle : « 3 »] Un portrait d'homme, au crayon noir [esquisse d'un portrait d'Auguste Poulet-Malassis par Alphonse Legros] (à fixer (je crois qu'il n'était fixé), et à monter sur gros papier bleu) [Narcisse Ancelle : « 4. N'est pas là »] Une sépia dans le genre Girodet (femme nue dans une grotte. Était salement montée. La monter de nouveau) [Narcisse Ancelle : « 5 »] Deux petits dessi ns, crayon et lavis , de Guys (sans doute des scènes de prostit utio n aux ba rrières , ou des voitures élégantes dans le bois de Boulogne, à monter sur bristol). [Narcisse Ancelle : « 6, 7, n'est pas là »]... » Exposition : la pièce portant le texte de la liste a figuré en 1968-1969 dans l'exposition Baudelaire tenue au Petit Palais (n° 575 du catalogue). Charles Baudelaire, Correspondance, t. II, pp. 427-429. – Catherine Delons, Narcisse Ancelle, reproduction sur une planche du cahier central hors texte.

BAUDELAIRE (Charles). Lettre autographe signée « Charles » à Narcisse Ancelle, son conseil judiciaire et confident (3 pp…
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N° 22
BAUDELAIRE (Charles). Poème autographe signé de ses initiales, adressé sous forme de lettre à Auguste Poulet-Malassis. 14 vers sur la première p. d'un bi-feuillet in-8 avec adresse autographe signée de ses initiales sur la dernière page du bi-feuillet, petite déchirure sur le feuillet d'adresse due à l'ouverture sans atteinte au texte , montage sur onglet sur un f. in-folio de papier fort doré sur tranches. « Vers laissés chez un ami absent » Brillant sonnet épistolaire im provisé dans un café de Bruxelles , comme le précise une mention autographe en tête du feuillet : « 5 heures à L'Hermitage ». Adressé à son ami et éditeur Poulet-Malassis, exilé comme lui à Bruxelles, il marque une visite infructueuse du poète au domicile de celui-ci. Y sont également cités trois autres proches : « Mam'selle Fanny », c'est-à-dire Françoise Daum, la compagne et future épouse de Poulet-Malassis, « l'ami Lécrivain », le libraire Alphonse Lécrivain qui servait d'agent littéraire à Charles Baudelaire, et « Mam'selle Jeanne », c'est-à-dire Jeanne Naeltjens, la compagne de Lécrivain. Pi èce de ci rconstance à usage intim e, rendue publiq ue dès 1865. C'est Auguste Poulet-Malassis qui en publia d'abord les deux premiers quatrains (car ils le concernaient seul), sous le titre apocryphe « Vers laissés chez un ami absent », dans La Petite revue du 29 avril 1865, périodique édité par son ancien commis René Pincebourde. En 1872, Auguste Poulet-Malassis intégra ces deux premières strophes sous le même titre dans le recueil de textes de Baudelaire Souvenirs, correspondance, bibliographie, préparé avec Charles Asselineau et Charles de Spoelberch de Lovenjoul, et publié chez le même René Pincebourde. Le texte intégral des quatre strophes ne parut qu'en 1896, toujours sous le même titre, dans le recueil collectif intitulé Tombeau de Charles Baudelaire (Paris, édition de La Plume). Malgré la forme poétique de cette pièce de vers, l'éditeur de la Pléiade a retenu sa fonction épistolaire comme critère principal pour la faire figurer non pas dans les OEuvres complètes mais dans la Correspondance. « Mon cher, je suis venu chez vous Pour entendre une langue humaine... » Trib ut facétieux à l'ami tié qui liait Baudelaire et Poulet- Malassis. Éditeur de plusieurs des grands ouvrages de Charles Baudelaire comme Les Fleurs du mal ou Les Paradis artificiels, Auguste Poulet-Malassis fut étroitement lié avec le poète, notamment à Bruxelles où ils s'étaient tous deux exilés pour dettes. Baudelaire put ainsi lui dédicacer un de ses portraits comme au « seul être dont le rire ait allégé [sa] tristesse en Belgique ». « Parmi les Papous... » Sarcasmes dans la veine de Pauvre Belgi que. Persécuté par ses créanciers, le poète quitta Paris en avril 1864 pour s'exiler en Belgique, comme Auguste Poulet-Malassis arrivé un an auparavant. Il alla de déceptions en déceptions : ses conférences ne rencontrèrent pas le succès escompté et furent mal payées, les éditeurs Lacroix et Verboeckhoven refusèrent de l'éditer, ce qui nourrit son aigreur sarcastique naturelle (déjà entretenue par sa maladie nerveuse) contre les Belges, qu'il traite ici de « papous » et de « topinambous ». Il s'attela alors à la rédaction d'un véritable pamphlet, Pauvre Belgique, qu'il ne put achever avant sa mort – l'ouvrage fut publié en 1952 dans les OEuvres posthumes. « Mon cher, je suis venu chez vous Pour entendre une langue humaine , – Comme un, qui, parmi les Papous, Chercherait son ancienne Athène [sic]. Puisque chez les Topinambous Dieu me fait faire quarantaine, Aux sots je préfère les Fous, – Dont je suis, chose, hélas ! certaine. Offrez à Mam'selle Fanny, (Qui ne répondra pas : Nenny, Le salut [« L'hommage » biffé, corrigé en « Le salut »] n'étant pas d'un âne) L'hommage [« Le salut » biffé, corrigé en « L'hommage »] d'un bon écrivain, – Ainsi qu'à l'ami Lécrivain Et qu'à Mam'selle Jeanne. » Provenance : bib liothèque du grand collectionneur baudelairien Armand Godoy (n° 14 du catalogue d'une partie de cette bibliothèque, Paris, Hôtel Drouot, 12 octobre 1988, avec reproduction). D'origine cubaine, poète francophone et traducteur de l'espagnol, Armand Godoy (1880-1964) réunit une importante bibliothèque d'imprimés et de manuscrits de Baudelaire. Charles Baudelaire, Correspondance, t. II, pp. 429-430. « Paris me fait une pe ur de chien... »

BAUDELAIRE (Charles). Poème autographe signé de ses initiales, adressé sous forme de lettre à Auguste Poulet Malassis. 1…
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N° 23
BAUDELAIRE (Charles). Lettre autographie signée en deux endroits, « C. B. » et « Charles Baudelaire », adressée à Narcisse Ancelle, son conseil judiciaire et confident. [Bruxelles], 18 avril 1865. 3 pp. in-8, 2 petites perforations portant atteinte à 2 mots. Sur son grand projet d'oeuvres complètes. Charles Baudelaire consacra une part importante de ses dernières années à tenter de faire accepter ses oeuvres complètes à un éditeur, pour des raisons tant financières que littéraires, puisqu'il était perclus de dettes et qu'il possédait des inédits, en manuscrits conservés à Bruxelles et chez sa mère à Honfleur. Il ne put malheureusement pas aboutir dans ses démarches avant sa mort. Sur Narcisse Ancelle, voir ci-dessus le n° 1. « Mon cher Ancelle, il faut que j'aille dimanche à Namur [chez le dessinateur et graveur Félicien Rops], ensuite que je repasse par Bruxelles pour aller à Paris, où je porte un pa quet de manuscrits , de là à Honfle ur, d'où je rappo rte rai à Paris un autre pa quet de manuscrits , et enfin que de Paris je retourne à Bruxelles, où j'espère bien que je ne ferai, cette dernière fois, qu'un séjour d'une dizaine de jours [il ne put finalement effectuer ce voyage en France]. Ayez donc l'obligeance de m'envoyer les 150 fr. de mai. Je n'ai aucune passe gratuite pour les chemins de fer, et je crois que je n'aurai pas le temps de m'en procurer à mon passage à Paris. Il fa ut de plus que je me procure un peu de linge avant de partir et que je fasse fai re une esp èce de portefe uille propre à emporte r des papie rs et des dessi ns sans les abîmer. Vous voyez qu'en supposant que j'aie votre réponse après-demain jeudi 20 (et j'y compte), j'ai très peu de temps devant moi, et surtout très peu d'argent, car les cinq voyages en première classe font presque les 150 francs. Je n'appo rte rai pas les vol umes que je vo us ai promis , ce serait imprudent. Je trouverai un moyen de vous les faire parvenir en mai. Je n'ai pas besoin de vous dire que je vous ferai une visite à mon passage à Paris... Eh bien ! votre petit Paradol vous a rempli de joie, n'est-ce pas ? [Baudelaire ironise sur les opinions politiques de Narcisse Ancelle qui partageait des convictions orléanistes avec le journaliste et homme politique Lucien-Anatole Prévost-Paradol, lequel venait d'être élu à l'Académie française.] Paris me fait une pe ur de chien , mais il faut que j'y aille , et puis j'ai vraiment trop d'envie de revoi r ma mère. Je lui écrirai avant de me mettre en route. » Baudelaire inscrit ensuite un reçu : « Reçu de monsieur Ancelle la somme de cent cinquante francs pour le mois de mai. Bruxelles, ce 18 avril 1865. Charles Baudelaire. 28 rue de la Montagne (et non pas : hôtel du Grand-Miroir) » Charles Baudelaire, Correspondance, t. II, pp. 484-485. « Ce gredin de Pincebo urde [qui]... fait le comme rce immoral des autog raphes »

BAUDELAIRE (Charles). Lettre autographie signée en deux endroits, « C. B. » et « Charles Baudelaire », adressée à Narcis…
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N° 24
BAUDELAIRE (Charles). Lettre autographe signée de ses initiales à Narcisse Ancelle, son conseil judiciaire et confident. [Bruxelles], 20 juillet 1865. 2 pp. in-8 carré, adresse au dos, 2 déchirures au f. d'adresse avec petits manques sans atteinte au texte, quelques fentes et pliures marginales, 2 perforations portant atteinte à 2 mots. Sur son grand projet d'oeuvres complètes. Charles Baudelaire consacra une part importante de ses dernières années à tenter de faire accepter ses oeuvres complètes à un éditeur, pour des raisons tant financières que littéraires, puisqu'il était perclus de dettes et qu'il possédait des inédits. Fixé à Bruxelles, il dut avoir recours aux services d'intermédiaires comme le libraire Julien Lemer, mais ne parvint pas à conclure d'affaire avant sa mort en 1867. À la date de cette lettre, Charles Baudelaire venait de faire payer par son conseil judiciaire Narcisse Ancelle une somme importante à son ami l'éditeur Auguste Poulet-Malassis, ce qui lui permettait de récupérer les droits exclusifs que celui-ci possédait par contrat sur l'ensemble de son oeuvre, et d'éviter qu'il ne mette à exécution sa menace de transférer sa créance à l'éditeur René Pincebourde – lequel n'avait pas de sympathie pour le poète. Sur Narcisse Ancelle, voir ci-dessus le n° 1. « Vous recevrez demain vendredi 21, de M. Martroye [le notaire bruxellois Louis-François- Xavier Martroye], le reçu que vous avez demandé à M. Malassis, et le traité en question. (Très sérieusement parlant, M. Malassis a envoyé 100 fr. à ce gredin de Pincebourde, avec qui, à ce qu'il paraît, l'affaire était conclue dès le 10 juillet). M. Malassis a payé pour moi une bagatelle (1 franc 60) que je vais lui rembourser. – Quant aux 10 fr., veuillez les porter à mon compte de dépenses [il s'agit probablement d'une somme destinée à désintéresser Pincebourde]. Je vous remercie d'avoir été voir Julien Lemer. Je suis si troublé et si ahuri, que je ne pe ux pas me résig ner à écrire ce soir à Julien Lemer, à qui j'ai enco re une masse de notes importa ntes à envo yer, relativement au traité qu'il a à faire faire (notes curieuses, intéressantes pour le libraire avec qui il traitera). Je les ferai avant minuit. J'ai, de plus, à vous envoyer une note peu importante, concernant M. Miquel Rouget [un de ses créanciers], qui m'a écrit une lettre pressante. Cela n'a rien d'alarmant. Ce qui m'inquiète vivement, c'est de savoi r si Sainte -Beuve et Julien Lemer me feront fai re un bon traité pour mes six vol umes [d'oeuvres complètes]. – Julien Lemer refuse tout salaire. Cela ne me convient pas... M. Malassis sort de chez M. Martroye. Il est inutile que j'y aille. (Un de mes amis intimes , de Paris [probablement Champfleury], à qui j'ai raco nté les angoisses que cet Auvergna t de Pincebo urde me fesait endurer, m'a offert de me déba rasser de lui pa r des moyens violents et dictato riaux. – J'en profite rai pe ut-être. – Ce Pincebo urde fait le comme rce immoral des autog raphes ... » Charles Baudelaire, Correspondance, t. II, pp. 519-520.

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N° 25
BAUDELAIRE (Charles). Lettre autographe signée « Ch. Baudelaire » à Narcisse Ancelle son conseil judiciaire et confident. [Bruxelles], 9 août 1865. 2 pp. in-8 à l'encre avec 6 mots ajoutés au crayon, en-tête gaufré de l'hôtel du Grand miroir à Bruxelles , petite perforation portant atteinte à un mot et à la signature. Charles Baudelaire consacra une part im portante de ses dernières années à tenter de faire acc epter ses oeuvres complètes à un édi teur, pour des raisons tant financières que littéraires, puisqu'il était perclus de dettes et qu'il possédait des inédits à Bruxelles et chez sa mère à Honfleur. Fixé en Belgique, il dut avoir recours aux services d'intermédiaires comme le libraire Julien Lemer et même à son ami et conseil judiciaire Narcisse Ancelle, mais il ne parvint pas à conclure d'affaire avant sa mort en 1867. L'« Appendic e » aux Fleurs du mal. Pour ces OEuvres complètes, Baudelaire avait longuement préparé la troisième édition de son recueil poétique majeur : Théodore de Banville et Charles Asselineau, qui se chargèrent du soin de l'établir, surveillèrent sa publication en 1868 en essayant de respecter au mieux ses intentions. Ils y ajoutèrent ainsi un « Appendice » désiré par le poète, qui réunissait des textes ayant trait aux Fleurs du mal, écrits lors de l'affaire du procès en 1857 par des personnalités telles que Jules Barbey d'Aurevilly ou Émile Deschamps. Certains de ces textes avaient déjà figuré dans la brochure que Baudelaire avait fait imprimer à petit nombre en août 1857 sous le titre Articles justificatifs pour Charles Baudelaire autour des Fleurs du mal. La lettre de Flaubert du 13 juillet 1857, mentionnée dans la présente lettre, ne serait finalement pas retenue dans l'« Appendice ». Sur Narcisse Ancelle, voir ci-dessus le n° 1. « Je viens de recevoir une longue lettre de J. Lemer (qui n'a d'ailleurs rien que de rassurant) mais qui va probablement m'obliger à faire une nouvelle excursion à Paris et à Honfleur. Veuillez m'envoyer les 50 fr. dont voici le reçu. En attendant que j'aie eu le plaisir de vous voir (je ne sais pas au juste quand ce sera), veuillez chercher dans vos papie rs si vo us ave z quel ques artic les ou quelq ues le ttres relatifs aux Fle urs du mal. 1° un memorand um, imprimé à mes frais pour mes juges , 2° des articles du Salut public signés Armand Fraisse, 3° lett res de Custine, de Fla uber t, et d'autres , 4° & cætera... Comme je vous le dis, je ne sais pas au juste quel jour j'irai vous prendre ces petits documents , il est bien inutile de me les envoyer, puisque je les destine à J. Lemer, ainsi que tous ceux, de même nature, que je trouverai chez Malassis et chez ma mère. Je saurai sans doute me procurer à Paris une passe gratuite pour Honfleur et une passe pour Bruxelles. Lemer me dit que vous lui avez fait une nouvelle visite. Ne le tourmentez pas. Je vois qu'il met du zèle à mon service... Ch. Baudelaire. 28, rue de la Montagne, et non pas : Hôtel du Grand miroir. » Au crayon, Baudelaire a ajouté en post-scriptum : « Les 50 fr. tout de suite ». Charles Baudelaire, Correspondance, t. II, p. 524. « Il pa raît que mo n affai re n'est pas du to ut pe rdue... » 68 /

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N° 26
BAUDELAIRE (Charles). Lettre autographe signée « Charles Baudelaire » à Narcisse Ancelle, son conseil judiciaire et confident. [Bruxelles], 1er octobre 1865. 2 pp. in-8, en-tête gaufré de l'hôtel du Grand miroir à Bruxelles , petites morsure d'encre, notamment à la signature, n'empêchant pas la lecture. À la recherche d'un édi teur pour ses oeuvres complètes. Charles Baudelaire consacra une part importante de ses dernières années à tenter de faire accepter ses oeuvres complètes à un éditeur, pour des raisons tant littéraires que financières, puisqu'il possédait des inédits en librairie et qu'il était perclus de dettes. Après avoir essuyé en 1864 un échec auprès de Lacroix et Verboeckoven (éditeurs des Misérables), il mena de longues négociations avec les frères Garnier qui finirent par lui opposer une fin de non recevoir en février 1866. Charles Baudelaire mourut ainsi en 1867 sans avoir vu l'édition de ses oeuvres complètes : ce sont ses exécuteurs testamentaires qui se chargèrent de les faire publier chez Michel Lévy, en 1868-1869. Sur Narcisse Ancelle, voir ci-dessus le n° 1. « Vous recevrez cette lettre demain matin lundi à 10 heures. Ayez l'obligeance de m'envoyer immédiatement ces 100 fr. par la poste. Je vous en supplie, n'attendez pas au lendemain. Je vous assure que c'est très pressé. Il s'agit de petits besoins urgents, de ces petits besoins qui ne veulent pas attendre. J'ai reçu ce matin de nouvelles informations de Paris. Il pa raît que mon affai re n'est pas du to ut pe rdue, mais que M. Hippol yte Garnier veut et que so n frère Auguste ne veut pas . Heureusement, Hippolyte est le plus fort. – Mais il est encore à la campagne. – Il s'agit de 4.000 fr. – Seulement, quand l'affai re sera co nclue, tout sera mangé d'avance . Il ne restera rien pour payer mes dettes en France. J'espère qu'il me restera sur ces 100 fr. de quoi aller à Paris avant le 15, pour signer ce traité, s'il y a lieu. Quand vous m'aurez envoyé ces 100 fr., mais seulement après (les 100 fr. étant ce qu'il y a de plus pressé), ayez l'obligeance de demander dans une mairie (derrière Saint-Sulpice ) un extrait de mon acte de naissance (9 av ril 1821) et de me l'envo yer ici . On me le réclame à l'hôtel de ville [la police belge désirait s'assurer de son identité pour lui établir un permis de séjour]... Je n'ai pas pu faire autrement, n'ayant pas de domicile en France, que de souscrire un billet à ordre de Miquel Rouget, payable chez vous, un billet de 280 ou 290, – le 25 ou le 26 octobre prochain. – Vous serez d'ailleurs parfaitement garanti : il me reste 110 fr. à vous prendre sur septembre, – il vous en restera 10, [sur] tout octobre, [il vous en restera] 160, [sur] novembre [il vous en restera] 160, [au total] 330. [Soit] 40 fr. de trop. Je n'ai pas besoin de vous dire que ce billet m'a été une chose désagréable. Mais la lettre de Rouget était plus qu'impérieuse, elle était suppliante. – Comme la mienne aujourd'hui... » Charles Baudelaire, Correspondance, t. II, 1936, pp. 531-532.

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N° 27
BAUDELAIRE (Charles). Lettre autographe signée de ses initiales à Narcisse Ancelle, son conseil judiciaire et confident. [Bruxelles], 30 novembre 1865. 4 pp. in-8, petites perforations portant atteinte à 3 mots. Extraordi naire lettre sur les Fleurs du mal, ses autres travaux littéraires, son projet édi torial d'oeuvres complètes, son ennui, sa mi santhropie, sa mère, etc. Charles Baudelaire consacra en effet une part importante de ses dernières années à tenter de faire accepter ses oeuvres complètes à un éditeur, pour des raisons tant littéraires que financières, puisqu'il possédait des inédits et qu'il était perclus de dettes. Après avoir essuyé en 1864 un échec auprès de Lacroix et Verboeckoven (éditeurs des Misérables), il mena de longues négociations avec les frères Garnier. Cependant, fixé à Bruxelles, il dut s'appuyer sur des intermédiaires, principalement sur le libraire Julien Lemer. Après maintes tergiversations, les frères Garnier refusèrent d'abord son pamphlet Pauvre Belgique, puis opposèrent en février 1866 une fin de non recevoir générale. Charles Baudelaire mourut ainsi en 1867 sans avoir vu l'édition de ses oeuvres complètes : ce sont ses exécuteurs testamentaires qui se chargèrent de la faire publier chez Michel Lévy, en 1868-1869. Sur Narcisse Ancelle, voir ci-dessus le n° 1. « J'aime encore mieux une solitude absolue que les compagnies brutales, bêtes et ignorantes... » « Je vous demande pardon de vous faire payer 12 sols pour une demande désagréable d'argent. Je ne peux pas faire autrement. J'ai, là, une bagatelle que je me suis procurée , il y a lo ngtemps , pour ma mère, et je ne pe ux pas la lui envo yer, fa ute de pouvoi r pa yer le port. Hélas ! Vous aviez donc encore raison. Je ne peux pas attendre le 31 décembre. Heureusement, nous touchons à la fin de l'année et la somme n'est pas forte. Si j'étais à Honfleur, je laisserais dormir mon revenu chez vous , mais quand y serai-je ? J'ai rep ris un pe u l'habit ude du travail . C'est tout ce que j'ai de bon à vous annoncer. Le Monde illustré m'a renvo yé mon manuscrit [probablemen t des poèmes en prose ], en me disant de le reto ucher, d'atté nuer certai nes choses que l'abonné ne pourrait pas supporter &c... Connaissez-vo us quel que-chose de pl us bête et de pl us tyrannique qu'un abonné ou qu'un rédacte ur en chef ? Je n'ai plus aucune nouvelle de Julien Lemer et des frères Garnier, sauf que M. Hippol yte Garnier est rentré à Paris le 25 octobre, – et puis, ce que je savais déjà, c'est qu'avant de s'absenter, il avait été co nsulte r Sainte -Beuve sur la vale ur de mes livres . – Julien Lemer m'a fait dire pa r un de nos amis, qu'il vo udrait bien voi r mes notes sur la Belgi que , je soupçonne qu'il veut acheter le livre, – lequel livre répugne à Garnier. J'ai donc remis le nez dans cet épo uva ntable fat ras, que j'avais lo ngtemps jeté de côté . Depuis quatre jours, je travaille à classer toutes mes notes et à construire une table des matières. J'en ai mal aux reins [Charles Baudelaire n'achèverait jamais son pamphlet Pauvre Belgique, qui paraîtrait en l'état en 1952]. Mais en supposant que Lemer me le prenne, les 800 fr. qu'il me donnera ne me tireront pas d'affaire. Je ne puis être délivré que pa r la co nclusion de l'affai re Garnier. Et comme ça traîne ! Comme ça traîne ! Je [v]ais vous faire... ma prière habituelle quand j'attends un peu d'argent. Je suis physiquement malade d'impatience. Je vous en supplie, n'attendez pas au lendemain pour ces misérables 150 fr. Cette bougresse (la maîtresse de l'hôtel) me rend malade, elle, de colère et de honte [madame Lepage, patronne de l'hôtel du Grand Miroir où Baudelaire résidait]. Vous pouvez, cette fois, m'adresser directement cette lettre rue de la Montagne, 28. Je lui destine 140 fr. afin de l'apaiser pour quelques jours. Ensuite, j'attendrai, aussi patiemment que mes nerfs me permettront, les réponses de Lemer et du Monde illustré. Pensez à la lettre Custine [lettre que l'écrivain Astolphe de Custine avait écrite à Baudelaire au sujet des Fleurs du mal, et qui fut insérée en 1868, selon le voeu du poète, dans l'« Appendice » de la troisième édition du recueil pour ses OEuvres complètes] et écrivez-moi quelques bonnes paroles. Pas besoin de recommandations d'économie , je vous verrai probablement dans le courant de décembre, et je ne vous prendrai pas d'argent. Aussitôt que je recevrai une somme quelconque, je mettrai 100 fr. de côté pour aller inspecter un peu mes affaires moi-même à Paris. Je m'ennuie et je souffre le martyre. J'ai rompu to ute esp èce de relatio ns. J'aime enco re mieux une solit ude absolue que les compag nies brutales , bêtes et ignorantes . Et ma mère ? Avez-vo us de ses nouvelles ? Je me figure quel quefois que je ne la verrai pl us. Vous aurez cette lettre demain matin à 10 heures. Si vous pouvez (je suis exigeant comme un homme qui souffre) me répondre avant cinq heures, j'aurai votre lettre le 2 à 8 heures. Bien à vous, et pas de gronderie, n'est -ce pas ?... Lisez les articles de Sainte -Beuve sur Proudhon. » Du 31 octobre au 15 décembre 1865, Charles-Agustin Sainte-Beuve publia dans la Revue contemporaine une série de 4 articles sur le philosophe et économiste Pierre-Joseph Proudhon (mort en janvier 1865), qu'il recueillerait en un volume en 1872. Baudelaire avait beaucoup lu Proudhon, qu'il admirait et qu'il avait rencontré, mais à qui il reprochait néanmoins son approche morale de l'art. Charles Baudelaire, Correspondance, t. II, pp. 546-548.

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N° 28
BAUDELAIRE (Charles). Lettre autographe signée de ses initiales à Narcisse Ancelle, son conseil judiciaire et confident. [Bruxelles], 21 décembre 1865. 8 pp. in-8, petites perforations portant atteinte à 2 mots. Avec 2 courtes apostilles, dont une autographe de Narcisse Ancelle. Magnifiq ue et longue lettre sur les Fleurs du mal, sur son isolement hautain à Bruxelles malgré ses visites chez l'épouse de Victor Hugo, sur son dédain pour « le petit journalisme », « la littérature de café », « la femme Sand », sur sa « haine » contre les libéraux et la Belgique, sur ses difficultés physiques, morales et financières. Charles Baudelaire traite également de ses efforts pour faire acc epter ses oeuvres complètes à un édi teur, motivé en cela par des raisons tant financières que littéraires, puisqu'il était perclus de dettes et qu'il possédait des inédits. Après avoir essuyé en 1864 un échec auprès de Lacroix et Verboeckoven (éditeurs des Misérables), il mena de longues négociations avec les frères Garnier qui refusèrent d'abord son pamphlet Pauvre Belgique, et finirent par lui opposer une fin de non recevoir générale en février 1866. Il mourut ainsi en 1867 sans avoir vu l'édition de ses oeuvres complètes : ce sont ses exécuteurs testamentaires qui se chargèrent de les faire publier chez Michel Lévy, en 1868-1869. Sur Narcisse Ancelle, voir ci-dessus le n° 1. « ... Il y a bien longtemps que j'aurais dû vous répondre , mais j'ai été saisi pa r une név ralgie à la tête qui dure dep uis pl us de quinze jours , vo us save z que cela rend bête et fo u [Baudelaire attribuait cela entre autres à sa longue consommation d'opium] , et pour pouvoir écrire aujourd'hui à vous, à Lemer [le libraire Julien Lemer, agent littéraire de Charles Baudelaire, qui négociait en vain avec les frères Garnier les conditions d'une édition de ses oeuvres complètes] et à ma mère, j'ai été obligé de m'emmailloter la tête dans un bourrelet que j'imbibe d'heure en... heure d'eau sédative. Les crises sont moins violentes que l'an passé, mais le mal dure bien plus longtemps. – Je dois avant tout vous faire mille excuses pour l'ennui que je vais vous causer. Rien n'est plus insupportable que les commissions pour un homme occupé. Je sens combien je suis indiscret , mais comment faire, et à qui m'adresser, si ce n'est à vous ? Il s'agit de la montre . D'ailleurs le temps est venu (sinon pass é !) de la dégage r, et vo us save z combie n je tie ns à ce souvenir [le 26 décembre 1864, Baudelaire avait confié cette montre au Mont-de- Piété de la rue Joubert, près de la gare Saint-Lazare à Paris]. J'ai cette manie de vo uloi r savoi r l'heure à to ut insta nt, et de ne pas pouvoi r travaille r sans pe ndule. Or, je n'en ai pas dans ma chambre. Pendant très longtemps, je me suis servi d'une montre prêtée qui m'a été réclamée. Ainsi, il vaut mieux dégager que renouveler. Je suis vraiment désolé des courses que cela va vous imposer. Aller une fois, deux fois peut-être, au Mont-de-piété, empaqueter soigneusement cela dans une petite boîte de telle façon que l'objet ne puisse pas bouger en route, et enfin le déposer au chemin de fer ou à la poste, en demandant un reçu. Je crois qu'heureusement vous avez ce qu'on nomme une grande reconnaissance, et que le bureau de la rue Joubert est un grand bureau. Alors il n'y aura qu'une course. Mais vous pouvez vous débarrasser de tout cela chez un commissionnaire en qui vous ayiez confiance. Le reçu ci-joint représente les 40 francs de la montre, 100 fr. que je vous demande pour suffire aux besoins du jour de l'an (ce qui me navre) (et c'est pour les soustraire à la maîtresse de l'hôtel [madame Lepage, patronne de l'hôtel du Grand Miroir] que je vous prie de me les adresser poste restante), enfin 10 fr. que je suppose devoir être plus que suffisants pour les intérêts du mont-de-piété et... les deux affranchissements. Il va sans dire qu'il faut que dans les premiers mois de l'année je rétablisse l'équilibre dérangé par une avance de trois cents francs. C'est facile en ne prenant que 80 ou 90 fr. par mois. En avril nous serons au pair. Je ne me va nte pas de posséder enco re ces vulgai res vertus que vo us m'ave z ta nt prêchées , mais cependant vous avez pu vous apercevoir que j'y tends un peu. J'ai à peu près une trentaine de francs à éparpiller entre les domestiques, et je ne pe ux pas ne pas appo rte r quel ques bagatelles dans deux ou trois maisons, pa rtic ulièrement chez mad. Hugo où j'ai beauco up fréquenté . Maintenant je ne vois plus personne, – malgré votre conseil. j'aime mieux mon ennui que la distraction causée par des conversations insipides. Et puis j'ai l'esprit toujours tourné vers ma mère ou vers ce maudit Julien Lemer. Rien de plus. D'ailleurs, je ne pe ux pl us quitte r ma chambre. Ma coiff ure fait sca ndale, même dans la co ur. Et vo us suppose z que je lis les fa daises de Paris et les bava rdages d'un M. Roc hefo rt [le publiciste Henri de Rochefort était alors une des plumes républicaines du Figaro] , mais je co nnais trop bien ce qu'on appelle le petit journalisme, et les petites gazettes , et la litté rat ure de café . Et vous me parlez du sieur Lanfrey [l'historien anticlérical Pierre Lanfrey], mais vous avez donc oublié ma haine co ntre ce qu'on appelle les lib éraux. Le livre sur la Belgi que est justeme nt l'expressio n de cette haine. – Julien Lemer me l'a récemment fait demander ou tout au moins le plan minutieux, l'argument. Je crois qu'il veut l'acheter. Mais tant que je n'aurai pas l'assurance de quelques heures de répit dans mon crâne, je ne pourrai pas travailler. [Charles Baudelaire n'achèverait jamais son pamphlet Pauvre Belgique, dont personne ne voulait, et qui paraîtrait en l'état en 1952.] J'ai reçu, il y a quelques jours, quinze jours à peu près, une visite agréable qui m'a un peu remonté le caractère, – pour quelques heures. Un jeune homme de Paris, de mes amis, est venu me voir [l'écrivain Léon Massenet de Marancour] , il avait rencontré Julien Lemer sortant de chez les Garnier, et prétendant toujours que la chose se ferait. Lemer ne parle plus de 4000 fr., mais de 5 ou 6000. Mais quel mystère que ces lenteurs ! Enfin, le tumulte du jour de l'an passé, j'irai m'enquérir moi-même de tout cela. Et mon nom qui se laisse oublier ! Et les Fle urs du mal qui sont une vale ur dormante , et qui dans une main habile auraient pu, dep uis neuf ans, avoi r deux éditio ns pa r an ! Et les autres livres ! Quelle maudite sit uatio n ! Et en supposant la Belgique parfaitement fini, et acheté par Lemer, il ne pourra m'en donner tout au plus que 800 fr. pour le premier tirage , or, non seulement une pareille somme est pour moi très insuffisante, mais de plus je ne peux pas laisser imprimer le livre tant que je serai en Belgique. Donc il faut en revenir à l'affaire Garnier. Le nouveau roi a fait son entrée triomphale sur un air des Bouffes-Parisiens, "c'est le roi barbu qui s'avance" [célèbre « couplet des rois » de l'opéra La Belle Hélène de Jacques Offenbach , créé en décembre 1864 au théâtre des Bouffes-Parisiens]. C'est la faute d'un naïf allemand dirigeant l'orchestre militaire. Ce pe uple est si profondément bête que pe rsonne n'a trouvé cela bouffon. Les prince d'Orléans n'ont pas assisté à la prestation du serment. Ils ont préféré se retirer plutôt que de céder la préséance aux ambassadeurs. Tout ce deuil national s'est exprimé par une boissonnerie épouvantable. Jamais les rues n'ont été tant inondées d'urine et de vomissements. Le soir, j'ai voulu sortir, et tout de suite je suis tombé par terre. – Me voil à obligé d'ajoute r un chapit re sur le vieux roi [Baudelaire plaça effectivement parmi ses notes pour Pauvre Belgique cette anecdote sur la mort du roi Léopold Ier et l'avènement de Léopold II le 17 décembre 1865]. Si vo us aimez, comme moi, vo us mett re un pe u de rage au cœ ur, lisez un grand succ ès pa risien, Une Cure du docteur Pontalais. C'est l'histoire d'un saint, converti à l'athéisme par un jeune médecin. C'est une infami e, écrite par un so t [Robert Halt]. C'est di gne de la femm e Sand [Baudelaire vibre encore ici de la rage avec laquelle il avait lu le roman de George Sand Mademoiselle La Quintinie paru en 1863]... » Charles Baudelaire, Correspondance, t. II, pp. 548-551.

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N° 29
BAUDELAIRE (Charles). Poème autographe intitulé « Les promesses d'un visage ». 1 p. in-8 carré, marges légèrement effrangées avec 2 manques de papier dont un affectant un mot, restaurations au verso. Joint, un manuscrit du poème « La pipe ». Une des « Galanteries » des Épaves . Écrite en 1865 ou 1866, cette pièce fut publiée sous le numéro XI dans la section « Galanteries » de son recueil Les Épaves en 1866, puis dans Le Nouveau Parnasse satyrique du dix-neuvième siècle au début de 1867 (avec titre à la date de 1866). De ces pièces « trop vives » refusées par Le Parnasse co ntempo rain. Baudelaire envoya des pièces de vers à Catulle Mendès, dont le nom est ici porté au crayon d'une autre main en marge supérieure. Celui-ci, qui animait le recueil périodique Le Parnasse contemporain, y publierait 15 de ces poèmes sous le titre collectif de Nouvelles Fleurs du mal. Il devait penser aux « promesses d'un visage », entre autres, quand il écrivit à Baudelaire le 23 janvier 1866 : « Quelques pièces, trop vives, ne peuvent prendre place dans le Parnasse. » « À Mademoiselle A...z ». Le voile demeure sur l'identité de cette mystérieuse dédicataire, malgré les hypothèses avancées. Un rapprochement a par ailleurs été fait avec le tableau de Manet La Chanteuse des rues, où figure un modèle féminin aux étranges sourcils surbaissés, et que Baudelaire avait vu en mars 1863 exposé à la galerie Martinet. Quelques variantes avec la version définitive de l'édition des Épaves reprise dans la Pléiade, toutes de l'ordre de la ponctuation. Surtout, le présent manuscrit révèle que le titre primitif était la dédicace elle-même « À Mademoiselle A...Z », mais que Baudelaire a ensuite inscrit le titre définitif entre celle-ci et le texte, d'abord sous la forme « Promesses » complétée ensuite en « Les promesses d'un visage » « J'aime, ô pâle beauté, tes sourcils surbaissés D 'où semblent couler des ténèbres , Tes yeux, quoique très noirs, m'inspirent des pensées Q ui ne sont pas du tout funèbres. Tes yeux, qui sont d'accord avec tes noirs cheveux, Avec ta crinière élastique, Tes yeux languissamment me disent : "Si tu veux, Amant de la muse plastique, Suivre l'espoir qu'en toi nous avons excité [« suscité » biffé, corrigé en « excité »] Et tous les goûts que tu professes, Tu pourras constater notre véracité D epuis le nombril jusqu'aux fesses , Tu trouveras au bout de deux beaux seins b[ien] lourds D eux larges médailles de bronze, Et sous un ventre uni, doux comme du velours, Bistré comme la peau d'un bonze, Une riche toison qui vraiment est la soeur D e cette énorme chevelure, Souple et frisée, et qui t'égale en épaisseur, N uit sans étoiles, nuit obscure !" "Nuit sans étoiles, nuit obscure !" Les Épaves , édi tion clandestine de Poulet-Malassis à Bruxelles . Bien que ce recueil poétique n'ait pas été publié à la demande de Baudelaire, celui-ci l'avait lui-même envisagé, d'abord sous les titres successifs de Bribes et de Feuilles. Il avait rédigé une table des matières, retrouvée dans ses papiers, où le présent poème figure sous le n° 14, mais il est connu qu'il conçut plusieurs projets, et l'on peut lire ici, inscrit de sa main le numéro « 16 » biffé (lu « 76 » par Claude Pichois). Auguste Poulet-Malassis prit l'initiative de la publication, en précisant dans son avertissement anonyme que le recueil était « composé de morceaux poétiques, pour la plupart condamnés ou inédits », et qu'il était destiné aux« deux-cents soixante lecteurs probables qui figurent – à peu près – pour son éditeur bénévole, le public littéraire en France, depuis que les bêtes y ont décidément usurpé la parole sur les hommes ». Auguste Poulet-Malassis n'en fut pas moins identifié, et, comme le diffuseur, condamné par le tribunal correctionnel de Lille le 6 mai 1868 pour outrage à la morale publique et religieuse ainsi qu'aux bonnes moeurs. Provenance : bib liothèque du grand collectionneur baudelairien Armand Godoy. D'origine cubaine, poète francophone et traducteur de l'espagnol, Armand Godoy (1880-1964) réunit une importante bibliothèque d'imprimés et de manuscrits de Baudelaire. Joint : BAU DELA IRE (Charles). Poème manuscrit intitulé « La pipe ». 14 vers sur une p. in- 4. Manuscrit connu, que Claude Pichois et Jacques Dupont répertorient et reproduisent dans leur ouvrage de référence sur Les Fleurs du mal, en lui reprochant néanmoins un « graphisme suspect, sans compter une formulation non moins maladroite ». Il comprend 3 variantes avec la version définitive imprimée. Dans ce sonnet des Fleurs du mal, appartenant au chapitre « Spleen et idéal », Charles Baudelaire s'approprie un motif littéraire ancien, déjà traité par l'écrivain allemand Gottlieb Konrad Pfeffel, que Gérard de Nerval a traduit, ou par Alphonse Rabbe, que Baudelaire plaçait au rang de Chateaubriand et de Poe. En plaçant au passage des réminiscences de la fable « La mort et le bûcheron » de La Fontaine, il en fait l'objet emblématique de l'écrivain, et sans doute même une pipe pour haschich. Marcel Proust affirmerait : « C'est dans les pièces relativement courtes ("La Pipe" m'en semble le chefd'oeuvre) que Baudelaire est incomparable » (« À propos de Baudelaire », paru dans la Nouvelle revue française de juin 1921). Provenance : André Bertaut (n° 159 du catalogue de la vente aux enchères de sa bibliothèque, Paris, Hôtel Drouot, 10-11 avril 1957). Pour « Les promesses d'un visage » : Charles Baudelaire, OEuvres complètes, t. I, p. 163. – • Pour « La pipe » : Charles Baudelaire, OEuvres complètes, t. I, p. 67. – Claude Pichois et Jacques Dupont, L'Atelier de Baudelaire. Les Fleurs du mal : édition diplomatique, t. I, p. 373, et t. III, p. 2441 (reproduction).

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N° 30
BAUDELAIRE (Charles). Lettre autographe signée « Charles Baudelaire » à Narcisse Ancelle, son conseil judiciaire et confident. [Bruxelles], 18 janvier [1866]. 8 pp. in-8, petites perforations portant atteinte à 7 mots. Avec courte apostille autographe de Narcisse Ancelle. Belle et long ue le ttre sur ses démarches pour placer ses oeuvres complètes, sur son pamphlet Pauvre Belgi que, et sur son état de santé physiq ue et psychologiq ue délabr é. Pour des raisons littéraires et financières, Charles Baudelaire cherchait à vendre ses oeuvres complètes, et menait alors des négociations avec les frères Garnier. Fixé à Bruxelles, il eut recours aux services de plusieurs intermédiaires, dont le libraire Julien Lemer ou Narcisse Ancelle lui-même, mais les éditeurs refusèrent d'abord son pamphlet Pauvre Belgique, et opposèrent finalement une fin de non recevoir générale en février 1866. Sur Narcisse Ancelle, voir ci-dessus le n° 1. « Mille remerciements, mon cher ami, pour votre amitié et votre bonne volonté. Si j'avais pu deviner votre inspiration, je vous aurais donné des documents ! Vous n'ave z rie n obte nu de clai r, pa rce que vo us ave z ca usé avec un imbécile (Auguste Garnier) que son frère Hippolyte n'instruit des choses qu'au dernier moment. Vous comprenez que si Hippol yte est allé co nsulte r Sainte -Beuve sur ma vale ur litté raire, c'est qu'il co nsidérait la chose comme digne d'atte ntio n. Je sais, depuis plus de six mois que la Belgique sera exclue de ce marché. Demain, je vous enverrai les lettres de Lemer et de Sainte-Beuve. J'ai enco re été mala de, très mala de. Vertiges et vomissements pendant trois jours. Il a fallu que je me tinsse sur le dos pendant trois jours , car, même accroupi par terre, je tombais, la tête emportant le corps. Je crois que c'était une ivresse de bile. Le médecin ne me recommande que l'eau de Vichy , et pas le sou ! Voici le pla n du livre sur la Belgi que, que Julien Lemer désirait voir depuis longtemps. C'est enfin une occasion pour nous de causer avec lui, et d'obtenir un compte-rendu exact de ce qui a été dit entre Hippolyte Garnier et lui à mon sujet, depuis six mois et demie. Vous le trouverez toujours entre 5 heures et minuit. Quand il n'est pas à son bureau, il est dans son appartement , il demeure au-dessus. Combien je suis honteux de vous causer tant d'ennuis ! Je veux, sur la Belgique, une réponse rapide, sinon immédiate. On m'écrit que Lemer est dans de mauvaises affaires. Je ne serais pas très heureux de lui vendre ce livre, mais je me souviens qu'il y a deux ans, quand j'annonçai à Dentu mon voyage projeté en Belgique, il me dit que si je faisais quelque chose sur ce pays, il l'achèterait volontiers. Malheureusement, la librairie Dentu a de grands vices. Peut-être se figurait -il à l'ava nce une desc riptio n de monuments, et non pas un croquis de mœurs. La mariée est deve nue trop belle . Enfin, que ce soit Lemer, Dentu, ou le diable qui l'ac hète , je ne veux plus écrire une ligne avant d'avoir un traité. Malgré le traité, je ne prendrai l'argent que quart par quart et je livrerai la matière au fur et à mesure. Cet arg umen t mi nutieux prouve que j'ai passablement de matériaux entre les mains. Je peux di re que le livre est dans l'état confus où Proudhon a laissé ce qu'on appelle ses oeuvres posthumes. Quant à l'arrangement que je propose, il prouve que je veux aller vite (cependant, je ne laisserai pas publier le livre tant que je serai ici. Donc, comme vous ne me prêterez pas les 2.500 fr. dont j'ai besoin, il faudra en revenir à la grosse affai re Garnier. Julien Lemer a la table des mati ères , et a la mati ère de 3 vol umes sur 5. Je n'irai à Honfleur chercher la mati ère pour comble r les lac unes qu'après le traité fait . (Il dit qu'Hippolyte a même pris des notes sur son programme). La Belgique est un peu à la mode. Donc on peut faire un assez gros tirage. Dites à Lemer que je lui recomm ande bi en de ne pas égarer Les Paradis (je n'ai pas d'autre exemplaire) ni la collection d'artic les critiq ues que j'appelle Les Contempo rains [qui seraient publiés après sa mort dans ses OEuvres complètes, dans la partie Réflexions sur quelques-uns de mes contemporains de L'Art romantique]. Il y a évidemment dans cette lettre des lignes que vous ne pouvez pas lui lire. Il faut bien prendre garde de le blesser, et d'ailleurs, même en adaptant le plan que vous me suggérez, nous ne po uvo ns jete r Leme r de côté qu'ap rès l'avoi r mis au pie d du mur, c'est -à-dire co nvai ncu d'incapacité . Ne trichons jamais. Je ne puis pas... me faire envoyer par vous 80 fr. – les 4 premiers mois de l'année font 640 fr. J'en ai déjà reçu 300. Je voudrais, le plus tôt possible, ne plus vous rien devoir. Je joins donc à cette lettre un reçu de 100 fr juste. Et en février, quand il faudra, comme je l'espère, aller moi-même à Paris, vous m'enverrez 50 fr. Pas de lettre chargée, je vous en prie , la femme de l'hôtel croirait que je reçois des trésors [madame Lepage, patronne de l'hôtel du Grand Miroir où Baudelaire résidait], et les voyages à la poste restante ne me sont plus possibles. On ne volera pas la lettre parce qu'il y aura dedans un billet de 100 fr. Le coût des lettres entre France et Belgique est chargé pour les lettres ordinaires. Ce n'est plus que 30 centimes. On m'a dit que L'Indépendance avait été interdite en France, à cause des mauvaises nouvelles qu'elle donnait sur le Mexique [le quotidien libéral L'Indépendance belge, dirigé par le Français Léon Bérardi, était un des principaux organes de presse de Bruxelles, et ses articles sur l'expédition du Mexique furent lus dans tous les pays francophones]. Si je peux finir cette nuit cet extrait de mes notes que j'appelle l'arg umen t [pour son pamphlet Pauvre Belgique], je joindrai tout de suite à ce paquet la lettre de Sainte-Beuve et les lettres de Lemer. Inutile de recopier pour vous le programme de mes 5 autres volumes [d'oeuvres complètes] qui est chez Lemer : Fleurs du mal (augmentées, et avec lettres et articles curieux), Spleen de Paris, pour faire pendant, Contemporains, peintres et poètes, 2 vol., Paradis artificiels Il me semble que pour avoir trois volumes amusants et d'une vente sûre, un libraire peut bien se risquer à acheter 2 volumes de critique en plus. C'était mon calc ul, et Lemer le trouvait bon. Sainte -Beuve le trouvait audacie ux. J'ai peur que Lemer n'ait appris votre visite chez les Garnier et ne prenne ça pour un espionnage de ma part. Raison de plus pour le voir et puisqu'il lui est si pénible d'écrire des lettres, dites-lui que vous me transmettez fidèlement tout ce qu'il vous dira. Je suis très inquiet de la santé de ma mère. Quant à moi, je ne pe ux pl us fumer sans dégoût. Pour un fumeur, c'est un vrai signe de dérangement. Tout à l'heure, j'ai été obligé d'inte rromp re cette lett re pour me jete r sur mon lit , et c'est un grand travail, car je crains toujours d'entraîner avec moi les meubles auxquels je m'accroche. Avec ça les idées noires , il me vient pa rfois à l'esp rit que je ne verrai pl us ma mère. Pardon et merci. Tout à vous... Pourvu que Lemer n'aille pas s'offenser parce que je ne lui écris pas, et parce que je ne vous donne pas une lettre d'introduction pour lui ! Mais, il ne me répond jamais. Après tout, c'est un excellent garçon. Seulement, je crois que la vieillesse et les chagrins l'ont apparessé... Je n'ai pas de copie du plan du livre sur la Belgi que. Ce serait cruel de recommencer. Si Lemer le garde, faites-lui observer ça. Il me pa raît difficile qu'un tel plan n'excite pas la curiosité d'un édite ur, si pe u intellige nt qu'il soit . Je mets toute ma confiance en vous. Délivrez-moi. – Mais soyez prudent. Vous devriez mettre ce plan dans une enveloppe à part, avant de le montrer. Mainte nant, je ferme le livre, et je mets mes notes au fond de ma commo de, afin de n'y pl us pe nse r que quand j'aurai un traité , c'est -à-dire la ce rtit ude d'être pa yé. » Charles Baudelaire, Correspondance, t. II, pp. 570-573.

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N° 31
BAUDELAIRE (Charles). Lettre autographe signée de ses initiales à Narcisse Ancelle, son conseil judiciaire et confident. [Bruxelles], 30 janvier 1866. 7 pp. in-8, petites perforations portant atteinte à deux mots , minces fentes marginales. Avec courte apostille autographe de Narcisse Ancelle qui a souligné et marqué quelques passages. Ric he et longue lettre, notamm ent sur son désir de remanier Le Splee n de Paris et ses textes de critiq ue, et d'ajouter un « Appendic e » aux Fleurs du mal pour une édition de ses oeuvres complètes. Il négociait alors leur publication avec les frères Garnier, par le truchement d'intermédiaires comme les libraires Julien Lemer et Alphonse Lécrivain ou encore Narcisse Ancelle lui-même, mais les éditeurs refusèrent d'abord son pamphlet Pauvre Belgique et opposèrent ensuite une fin de non recevoir générale en février 1866. Il évoque également des illustrations pour Les fleurs du mal : d'une part une affiche lithographiée par Félicien Rops, d'après une composition que celui-ci a également interprétée en une eau-forte qui allait être publiée en 1866 en frontispice des Épaves. Ensuite des ornements typographiques réalisés d'après des dessins de Félix Bracquemond pour une édition de luxe des Fleurs du mal un temps envisagée par Auguste Poulet-Malassis – celui-ci aurait voulu en présenter des exemplaires à l'Exposition universelle de Londres de 1862, mais sa faillite l'avait empêché de mener le projet à bien. Sur Narcisse Ancelle, voir ci-dessus le n° 1. « Mille remerciements pour tout votre zèle. Vous vous en tirez beaucoup mieux que je ne croyais. J'ai d'abord lu votre lettre à M. Lécrivain, qui part demain et que vous recevrez sans doute le 2 ou le 3. Voilà, à peu de chose près, le résultat de notre conversation, et conséquemment le sujet de votre future conversation : 1. Les arrangements futurs dont vous me parlez sont-ils une réalité, au moins une réalité commencée, ou bien l'exposé des espérances de Julien Lemer ? (Lécrivain autrefois lié avec Lemer, l'aura peut-être tâté). 2. Je trouve les ti rages trop faib les. Lécrivain dit qu'il importe peu, et que les Garnier s'apercevront bien vite de la valeur de mes livres. 3. Que signifie ce délai de trois ans, – et si, dans six mois, un des cinq tirages est épuisé, ne me devra-t-on pas payer de nouveaux droits d'auteur, au taux convenu ? Lécrivain prétend que cela va sans dire. 4. Je veux co rriger les ép reuves , je ne laisse rai jamais imprimer une ligne de moi, sans l'avoi r rel ue au moins deux fois. 5. Faites-vous expliquer ce que c'est que les doubles mains de passe [feuilles tirées en sus pour remplacer les exemplaires défectueux], sur lesquelles je prétends qu'on doit prélever les exemplaires pour les amis et les journaux. 6. Que M.M. Garnier sachent que si j'accepte des conditions que je trouve chétives, c'est parce que je veux que mes oeuvres soient désormais abritées dans une maison solide, et que j'espère que c'est une raison pour que tout mon avenir s'y rattache (à cette maison). Les Garnier ignorent ce que c'est que Le Spleen de Paris , – que Sainte -Beuve, dans Le Constitutionnel, lo rs de ma bouffonne, mais très intentionnée ca ndidat ure à l'Aca démie, a pa rlé de quel ques -uns de ces fragme nts comme de vrais chefsd'oeuvres. Ce n'est pas moi qui parle. On pourrait retrouver le numéro [le 20 janvier 1862, Sainte-Beuve avait qualifié de « bijoux » les poèmes en prose « Le vieux saltimbanque » et « Les Veuves »]. MM, Garnier ignorent la vale ur des pièces justific atives des Fle urs du Mal (articles de Sainte-Beuve, Custine, Th. Gautier, d'Aurevilly, etc.). Il leur en faudra parler [il s'agit là de lettres et articles qui seraient réunis dans l'« Appendice » à la troisième édition des Fleurs du mal, laquelle ne paraîtrait qu' en 1868, après sa mort]. Mais M. Lécrivain prétend qu'avec des gens aussi rusés que les Garnier, il ne faut pas avoir l'air trop pressé. Et puis souvenez-vous que si les deux Garnier sont égaux quant à la propriété, ils sont très inégaux en intelligence et en fonctions. Hippolyte est le directeur spirituel. Tous ces points, sans exception, sont également intéressants. Dimanche 4 Novembre 2018 / Osena t / 83 Lécrivain vous parlera aussi de La Belgiq ue déshabi llée [pamphlet que Baudelaire ne pourrait achever et qui serait publié en l'état en 1952 sous le titre Pauvre Belgique]. Tout ce que vous a débité là-dessus Lemer est radicalement absurde. Aucun journal, c'est vrai, aucune rev ue, même, ne pe ut prendre ce livre total . Seulement pe ut-être quelq ues fragmen ts descriptifs. Il faut qu'il paraisse neuf et entier, chez un éditeur. Il n'est pas d'éditeur assez bête pour ne pas comprendre le programme minutieux que je vous ai envoyé. Il n'est pas d'éditeur assez bête pour ne pas comprendre que la condition que j'impose (paiement du livre quart par quart) est la meilleure garantie de mon activité (c'est pour pouvoir finir le livre en France). J'accepte volontiers le secours de M. Nisard [le philologue Charles Nisard, ami de la famille Ancelle, qui fut membre de la commission du colportage de la librairie sous la monarchie de Juillet] (Lécrivain n'est pas de cet avis) et je l'en remercie d'avance. Si M. Nisard avait lu plus attentivement mon programme, il aurait vu une ligne qui répondait à sa pensée : que l'Impiété belge est une Contrefaçon, résultat de l'enseignement des réfugiés français. – Quant aux lignes malhonnêtes et injurieuses qu'il acc ole au nom de V. Hugo, j'en pense encore bi en plus long que lui. Mais je ne puis pas le di re. Souvenez-vo us que La Belgiq ue déshabi llée est un croquis très grave , très sév ère, de suggestion sévère, sous une appa rence bouffonne, à l'excès, quel quefois . Ainsi tombent vos reproches à propos du bâton merdeux, et d'autres expressions purement confidentielles. Je suis convaincu que l'éditeur auquel vous montrerez cet abrégé de l'ouvrage ne s'y méprendra pas. Mainte nant le co urage me revie nt. Je vais remanier Le Spleen, et remanier aussi Les Contemporains [critiques littéraires et artistiques qui seraient publiées après sa mort dans ses OEuvres complètes, dans la partie Réflexions sur quelques-uns de mes contemporains de L'Art romantique] (en m'appuyant uniquement sur ma mémoire, hélas! car le manuscrit est chez Lemer). J'aurai fini le 20 février si mes évanouissements et mes vomissements ne reviennent pas. Il me suffit donc que toutes les clauses soient vidées le 20. Quant à votre dernier conseil, je ne puis pas le suivre. Jamais je ne trouverai le courage, d'abord de déclarer à ma maîtresse d'hôtel que je m'en vais sans la payer [madame Lepage, patronne de l'hôtel du Grand Miroir], ensuite de voler encore de l'argent à ma mère, de la bonté de qui j'ai honteusement abusé. Il est six heures. Je n'ai pas le temps de vous remercier comme mon coeur le voudrait... Relisez cette lettre en commun avec M. Lécrivain, et discutez ensemble la valeur de chaque article (excepté les passages confidentiels sur ma pauvreté). N[ota]. Il va me rester 20 francs. Je reto urne dimanche à Namur voi r Rops, et admirer de nouveau cette église de Jésuites dont je ne me lasse rai jamais. [C'est sur les dalles de cette église Saint-Loup que Baudelaire ferait une chute quelques semaines plus tard, prélude à sa paralysie. Il l'évoque dans Pauvre Belgique comme une « merveille sinistre et galante », un « terrible et délicieux catafalque »]. Pourvu que le wagon ne me rende pas malade ! Je sais que M. Rops a fait une mag nifique affiche pour le cas de réimp ressio n des Fle urs du Mal. Il en veut 100 frs. Mais les Garnier sont si peu cultivés qu'ils ignorent peut-être le nom de M. Rops. Il y a, chez un imprimeur de Paris, des clichés , fleurons, culs-de-lampe , majuscules ornées , qui avaie nt été prépa rés pour une grande éditio n des Fle urs du mal (avis aux Garnier, sauf consultation de Lécrivain). » Charles Baudelaire, Correspondance, t. II, pp. 578-582.

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N° 32
BAUDELAIRE (Charles). Lettre autographe signée de ses initiales à Narcisse Ancelle, son conseil judiciaire et confident (2 pp. in-8) et pièce autographe signée « Charles Baudelaire » (2 pp. in-8), destinée aux éditeurs Auguste et Hippolyte Garnier mais adressée à Narcisse Ancelle pour leur être transmise. [Bruxelles], 6 février 1866. Petites perforations portant atteinte à un mot sur chaque document. Présentation générale de son Œuvre littéraire, ci tant notammen t Les Fleurs du mal, et des inédi ts formant « la mati ère de trois vol umes ». La lettre à Narcisse Ancelle apporte un commentaire à coeur ouvert de la pièce destinée aux frères Garnier. Charles Baudelaire négociait alors la publication de ses oeuvres complètes avec ces éditeurs, par le truchement d'intermédiaires comme les libraires Julien Lemer et Alphonse Lécrivain ou Narcisse Ancelle lui-même. Il reçut aussi – avec dédain – les conseils du philologue Charles Nisard, ami de la famille Ancelle, qui fut membre de la commission du colportage de la librairie sous la monarchie de Juillet. Cependant, les frères Garnier refusèrent d'abord son pamphlet Pauvre Belgique et opposèrent ensuite une fin de non recevoir générale en février 1866. Sur Narcisse Ancelle, voir ci-dessus le n° 1. « Suppose-t-il que je ne connais pas les ridicules de V. Hugo ? » « Je vous renvoie la note de M. Charles Nizard, pour éviter de céder à l'envie de lui jouer un mauvais tour et de publier cette note. M. Charles Nizard est sans doute très jeune, et d'ailleurs il aura été élevé pa rmi les professe urs. Ce n'est pas un joli monde. Je n'avais pas réfléchi d'abord à la singularité de son procédé. Veut-il il m'imposer ses haines? C'est indiscret. Suppose -t-il que je ne co nnais pas les ridicules de V. Hugo ? C'est impertinent. Croit -il que je sois un ami ave ugle et intime , de V. Hugo ? Alors, c'est un outrage personnel qu'il m'adresse. N'est-ce pas vrai ? Je reviens à notre affaire (Mon Dieu ! Comme madame Ancelle doit m'en vouloir de vous chipper ainsi une portion de votre temps !). M. Lécrivain n'a pu partir de Bruxelles que vendredi. – Sa première observation, quand je lui ai lu votre lettre, a été : "Lemer donne des détails bien minutieux pour une affaire entamée. S'il en savait si long, l'affaire serait, pour ainsi dire, conclue." Voici la note que vous m'avez demandée depuis longtemps pour Hippolyte Garnier (au cas où nous jetterions Lemer de côté). Mais, – attention ! – Lemer espérait sans doute tirer de M.M. Garnier un petit bénéfice très légitime au sujet de cette affaire. Je suppose que vous la finissiez , mais il l'a commencée , et il est évident que M.M. Garnier seront enchantés de trouver un prétexte pour le priver de ce qu'il attend. Il y a là des délicatesses à observer. Notez cette phrase que vous retrouverez dans une de vos deux lettres : "Je persiste à considérer l'affaire non seulement comme bonne pour vous, mais aussi comme excellente pour les Garnier. Il l'aura présentée ainsi. – Je me creuse la cervelle pour songer à tout et ne rien oublier. Une singula rité dans vot re note écrite pres que sous la dictée de Lemer : 1500 ex. tirage des Fle urs –––––––––––––– ! 1500 ex. –––––––– Paradi s –––––––––––– ! 1500 ex. ––––– de Spleen ––––––––––––– ! et 2000 ex. –––––– des Contemporains –– ! J'aurais supposé juste le co ntraire, puisque ce dernier ouvrage [Réflexions sur quelques-uns de mes contemporains, ensemble de critiques littéraires et artistiques, qui seraient publiées en 1868, après sa mort, dans L'Art romantique] est cel ui dont le succ ès est doute ux (aux yeux du libraire, du moins). J'ai été obligé de me remettre, depuis quelques jours, au lit, et je crois que je n'en bougerai plus. J'ai trop peur de mes étourdissements, et quelquefois, au lit même, j'ai la tête lourde. Mais je suis en sûreté. Quant à la maîtresse de l'hôtel, je n'ose plus penser à elle [madame Lepage, patronne de l'hôtel du Grand Miroir où Baudelaire résidait]. Avez-vous quelques nouvelles de ma mère ?... Que Lemer n'égare rien. Il a la mati ère de trois vol umes . » « Note pour M. Hippolyte Garnier. Il y a un an, j'ai chargé M. Lemer, un de mes anciens amis, de trouver un libraire qui voulût bien se charger de mes oeuvres, un libraire solide et fort qui pût leur donner une longue publicité. M. Lemer m'instruisit qu'il avait fait choix de M.M. Garnier, mais que très certainement, La Belgiq ue déshabi llée serait exclue du marché, si marché il y avait [pamphlet que Charles Baudelaire ne pourrait achever et qui serait publié en l'état en 1952 sous le titre Pauvre Belgique]. Je ne pouvais pas, d'ailleurs, ne pas trouver le choix de M. Lemer excellent. M. Lemer approuvait mon idée de rassembler mes œuvres chez le même édite ur, pour qu'elles pussent s'épauler les unes les autres, et moi, sachant que les libraires actuels n'augurent pas toujours bien des œuvres criti ques , je me disais qu'après tout on pouvait bien prendre les miennes, app uyées ainsi sur trois vol umes amusants : Les Fle urs du Mal, Les Paradi s artifici els et Le Spleen de Paris (pe ndant des Fle urs du Mal) dont Sainte -Beuve a, pa r ava nce, trop chanté les lo uanges dans Le Constitutionnel [du 20 janvier 1862]. Et puis je n'ai plus eu aucunes nouvelles des résultats de cette offre. Voici quelques notes qui ne sont pas inutiles : Fleurs du mal (se demandent toujours. – épuisées depuis très longtemps). Éditio n définitive , augmentée cette fois de pl usieurs pi èces de vers nouvelles , et de pl usieurs pi èces justificatives des pl us curieuses (Th. Gautier, Sainte-Beuve, de Custine, d'Aurevilly, et d'autres). Tout cela est à Honfleur. J'irai les chercher aussitôt que ma santé me permettra de quitter Bruxelles. Le Spleen de Paris, pour faire pendant aux Fleurs du mal (en prose). Le manuscrit est moitié ici (Bruxelles), moitié à Honfleur. Les Paradis artificiels, études sur les effets physiques et moraux de l'opium et du haschisch (livre à succès, peu connu) Quelques-uns de mes contemporains, artistes et poètes, 2 volumes. Le dessin (Ingres), la couleur (Delacroix), le chic (Vernet), l'éclectisme et le doute (Scheffer et Delaroche), la beauté moderne. Méthode de critique. – Delacroix et Ingres à l'exposition universelle. – La reine des facultés. – Le public et la photographie. – L'artiste moderne. &c... – L'essence du rire. Caricaturistes français. – Morale du joujou. – Le peintre de la Modernité (Constantin Guys de Sainte- Hélène). – L'art didactique, écoles allemande et lyonnaise. – La vie et les oeuvres de Delacroix. Edgar Poe, sa vie et ses oeuvres. Victor Hugo. Desbordes-Valmore. Auguste Barbier. Petrus Borel. H[égésippe] Moreau. G[ustave] Levavasseur. Th[éodore] de Banville. P[ierre] Dupont. Th[éophile] Gautier. Leconte de Lisle. [Philibert] Rouvière. Richard Wagner. Les Dandies (Chateaubriand et autres). Sainte-Beuve ou J[oseph] Delorme jugé par l'auteur des Fleurs du mal... » Charles Baudelaire, Correspondance, t. II, pp. 589-591.

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N° 33
BAUDELAIRE (Charles). Lettre autographe signée de ses initiales à Narcisse Ancelle, son conseil judiciaire et confident. [Bruxelles], 16 février 1866. 4 pp. in-8, tache d'encre sur la signature, 2 petites perforations portant atteint à 3 mots. Sur ses espérances en un retour de fortune appuyé sur la vente de ses poésies. Charles Baudelaire négociait alors la publication de ses oeuvres complètes avec les frères Garnier, par le truchement d'intermédiaires comme les libraires Julien Lemer et Alphonse Lécrivain ou Narcisse Ancelle lui-même, mais les éditeurs refusèrent d'abord son pamphlet sur la Belgique et allaient bientôt opposer une fin de non recevoir générale en février 1866. Pour sa Pauvre Belgique, Baudelaire envisagea alors de se tourner vers deux autres éditeurs, Édouard Dentu et Achille Faure, mais cela demeurerait également sans suite. Sur Narcisse Ancelle, voir ci-dessus le n° 1. « M. Lécrivain est revenu à Bruxelles dans la nuit de mercredi à jeudi. Il a causé quatre fois avec Lemer, et n'est pas allé vous voir. Je lui ai demandé pourquoi, et il m'a fait cette singulière réponse : "Je n'ai pas voulu voir M. Ancelle parce que j'ai craint de l'affecter en lui disant ce que je pense : c'est-à-dire que M.M. Garnier ne traiteront pas plus avec lui, Ancelle, qu'avec Lemer. Les visites de M. Ancelle chez M.M. Garnier ne serviront qu'à persuader à ceux-ci que vous avez un violent besoin d'argent, et plus vous le laisserez voir, et moins ils seront pressés de conclure. M. Ancelle peut traiter en votre nom, mais avec des lettres de vous. Mais le plus raisonnable serait d'aller à Paris traiter vous-même, et surtout de ramasser et de mettre en ordre les éléments des deux autres volumes [Les Fleurs du mal et Le Spleen de paris], puisque Lemer n'en a que trois [Les Paradis artificiels et les deux volumes de critiques artistiques et littéraires]. Les Garnier sont très défiants. De mes conversations avec Lemer, il résulte pour moi que, comme je l'avais deviné, les chiffres indiqués par Lemer à M. Ancelle sont des chiffres en l'air, ne représentant que les calculs approximatifs de Lemer, et ne signifiant donc absolument rien, puisqu'Hippolyte Garnier n'a fait aucune offre réelle . Des mêmes conversations, il résulte que M.M. Garnier ont envie de faire l'affaire mais qu'ils traînent en longueur afin d'avoir plus facilement raison de vous, – de plus (ici, mon cher Ancelle, attention !) qu'ils voudraient surtout acquérir ces 5 vol. en toute propriété. Quant aux idées de Lemer sur notre Belgi que, elles sont stupides. M. Ancelle devrait voir Dentu ou Faure (avec des lettres de vous), et montrer le plan qui suffit parfaitement" Ainsi... voilà des raisons pour enrayer votre beau zèle. Mais je vous suis très reconnaissant, je vous le répète. Je crois seulement qu'il n'y aurait pas de mal à faire une visite à M. Hippolyte Garnier , à lui remettre la petite note que je vous ai envoyée , à lui dire que je suis malade , qu'en mars j'irai probablement à Paris exprès pour le voir, apportant avec moi Le Spleen de Paris, et qu'enfin j'irai à Honfleur chercher Les Fle urs du mal avec les additions et les pièces justificatives. Dans la conversation, vous trouverez bien moyen de le tâter un peu. Pour votre gouverne, il faut que je vous explique la phrase de Lécrivain relative à la propriété. Accepter un pareil arrangement, ce serait une immense sottise. Jamais les Garnier ne consentiraient à me donner une somme assez forte pour l'exploitation, pendant toute ma vie et les 30 ans qui suivront ma mort, de ces 5 volumes. Puisque je n'ai aucune fortune, il fa ut que mes livres me fasse nt une petite rente , et j'aime mieux, croyant fermement au succès, recevoir une série indéterminée de petites sommes. J'ai aliéné à to ut jamais ma traductio n de Poe, et je m'en suis mille fois repe nti . Supposons seulement deux tirages de chaque volume à 2000 exemplaires à 30 centimes par exemplaire, cela fait 20000 exemplaires, soit 6000 francs. Je parie qu'ils ne consentiraient même pas à me donner cette somme pour la propriété entière. Or, faiso ns un simple calc ul sur mes poésies seulement : si pe ndant trente ans, on en vend seulement 200 exemplai res pa r an, cela donne un rés ultat net de 6000 exemplai res , soit 1800 fr. de droits d'auteur dont M.M. Garnier bénéficieraient. Supposons 500 ex. par an, cela fait 1500 exemplaires, soit 4500 fr. Or, Les Fle urs du mal se vendront lo ngtemps . Opérez maintenant le même petit calcul, le plus modeste possible, sur les autres vol. et vous verrez le résultat. Je vais mieux , je ne vais pas bien. On me parle de la nécessité de beaucoup me promener, de suivre un régime ferrugineux, et de prendre beaucoup de douches, sans compter les anti-spasmodiques, comme ceux que j'ai pris. Tout cela est bien ennuyeux, et il est impossible de se promener ici. De plus, les appareils à douches sont mal faits... Je n'ai pas enco re osé me remett re au travail . Je vous enverrai une lettre pour Dentu, puis pour Faure. » Charles Baudelaire, Correspondance, t. II, pp. 600-602.

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N° 34
BAUDELAIRE (Charles). Lettre autographe signée « Ch. Baudelaire » à l'éditeur Édouard Dentu. « Bruxelles, 28, rue de la Montagne », 18 février 1866. 3 pp. in-16, infimes perforations portant atteinte à quelques lettres. Pauvre Belgi que. Devant à l'origine ne rester que quelques semaines en Belgique, Baudelaire y demeura plus de deux ans, à quelques absences près, et en repartit impotent et aphasique. Venu dans ce pays en avril 1864 dans l'espoir de gagner de l'argent avec une série de conférences, de négocier la vente ses oeuvres aux libraires associés Albert Lacroix et Louis-Hippolyte Verboeckhoven (qui avaient publié avec succès Les Misérables de Victor Hugo) et de courir les musées, il alla de déceptions en déceptions, nourrissant son aigreur sarcastique naturelle et plongeant dans sa maladie nerveuse. Il s'employa alors à rédiger un petit article sur le pays, qu'il étoffa jusqu'à vouloir en faire un véritable pamphlet, Pauvre Belgique : il ne parvint ni à le vendre à un éditeur (les frères Garnier se désistèrent et il songea en vain à Édouard Dentu et Achille Faure) ni à l'achever avant sa mort – l'ouvrage parut en l'état en 1952 seulement, dans les OEuvres posthumes. Charles Baudelaire expédia cette lettre à son conseil judiciaire et confident Narcisse Ancelle (voir ci-dessus le n° 1), alors chargé du rôle d'agent littéraire, en lui demandant de la transmettre à Édouard Dentu, mais elle demeura entre les mains de Narcisse Ancelle car le poète pria ce dernier le 21 février 1866 de ne plus s'occuper de ses affaires littéraires. « Il y a deux ans, vous m'avez dit, si j'écrivais quelque chose sur la Belgique, de vous en faire part. Peut-être pensiez-vous alors à une description de monuments. La mariée est pe ut-être deven ue trop belle pour vo us. Il s'agit mainte nant d'un croquis de mœurs, où tout, où presq ue tout, doit entrer, sans compter les descriptions, surtout à propos de quelques villes où les guides imbéciles et routiniers n'ont rien su voir. Un de mes vieux amis, M. Ancelle, vous remettra ou vous fera remettre un plan très minutieux de l'ouvrage (un vol. de 10 feuilles au moins, 320 ou 360 ou 400 pages). C'est un plan fait pour être lu par un éditeur, et non pas une table des matières. Voici la Belgi que un pe u à la mode, grâce à la bêtise française. Il est temps de dire la vérité sur la Belgiq ue, comme sur l'Am ériq ue, autre Eldorado de la ca naille française, et de rep rendre la défe nse de l'idéal vraiment français. Le livre (ou plutôt mes notes), est si abondant que je serai obligé de faire des coupures. – Pas grand mal à ça. Il y a des redites. – Figurez-vo us l'état où Proudhon a laissé ses manuscrits . En un mois, ça pe ut être mis dans un état prése ntable . Mais j'ai juré de ne plus écrire une ligne sans la garantie d'un traité. Je ne désire aucune somme d'argent immédiate, mais je désire une série de paiements partiels au fur et à mesure que je livrerai le manuscrit. Cet arrangement est une excellente méthode pour accélérer l'achèvement du livre, et le traité devient nul si je ne le livre pas en entier, ou si je meurs, &c... &c... Et même, à la rigueur, dans ce cas, je pourrais garantir le remboursement des à-comptes. Je suis act uelleme nt maître de to us mes livres , sans exceptio n. J'aurais peut-être voulu vous offrir davantage , mais un de mes amis, que j'avais chargé de mes affaires [Julien Lemer], a entamé avec quelqu'un un arrangement, dont je dois, avec loyauté, attendre la solution ou le refus... » Joint, une note autographe de Narcisse Ancelle concernant une autre lettre de Baudelaire, de la même date. Charles Baudelaire, Correspondance, t. II, pp. 607-608. « je suis pris d'une sorte de fureur... La vie me devie nt de pl us en pl us intolé rable... »

BAUDELAIRE (Charles). Lettre autographe signée « Ch. Baudelaire » à l'éditeur Édouard Dentu. « Bruxelles, 28, rue de la …
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N° 35
BAUDELAIRE (Charles). Lettre autographe signée de ses initiales à Narcisse Ancelle, son conseil judiciaire et confident. [Bruxelles], 19 février 1866. 3 pp. 1/2 in-8, adresse biffée sur la dernière page , 2 petites perforations portant atteinte à quelques lettres, une biffure avec fine morsure d'encre, 2 fentes à la pliure, quelques mentions manuscrites postérieures au crayon. Sur son espoir de voir réédi tées Les Fleurs du mal apr ès l'échec de ses démarches pour publier ses oeuvres compl ètes . Charles Baudelaire avait longuement négocié avec les frères Garnier pour leur vendre ses oeuvres complètes, en passant par plusieurs intermédiaires, comme les libraires Julien Lemer et Alphonse Lécrivain ou Narcisse Ancelle lui-même, mais les éditeurs venaient de lui signifier une fin de non recevoir. Sur la belgiq ue, « ce chien de pa ys ». Devant à l'origine ne rester que quelques semaines en Belgique pour y échapper à ses créanciers et y trouver des ressources, Baudelaire y demeura plus de deux ans, à quelques absences près, et en revint impotent et aphasique. Il y accumula les déceptions, nourrissant son aigreur sarcastique naturelle et plongeant dans sa maladie nerveuse. Il s'employa alors à rédiger un petit article sur le pays, qu'il étoffa jusqu'à vouloir en faire un véritable pamphlet, Pauvre Belgique, qu'il ne put achever avant sa mort – l'ouvrage paraîtrait en l'état en 1952 seulement, dans les OEuvres posthumes. Sur Narcisse Ancelle, voir ci-dessus le n° 1. « Voilà que je reçois ce matin une lettre fort singulière de M. [Jules] Troubat, secrétaire de Sainte-Beuve, qui me parle avec beaucoup de sympathie de M. Lemerre, éditeur très zélé et très intelligent, dit-il, qui a témoig né le dési r de réimp rimer Les Fle urs du mal. Je réponds à M. Troubat que je vous ai chargé de placer tout. Ce renseig nement va ut-il que vo us inte rrompie z to ute démarche , je ne le crois pas . Mais il faudrait peut-être savoir ce que c'est que M. Lemerre, (passage Choiseul, 47). Sainte-Beuve étant au courant de mes ennuis, Troubat (qui, en général, ne pense que par Sainte-Beuve) ne doit pas parler à la légère. Du reste, voici la lettre, passablement énigmatique. Je ne peux même pas comprendre au juste si l'on me désigne ce monsieur comme un éditeur disposé à prendre généralement toutes choses de moi, bien disposé pour moi, d'une façon vague, une espèce d'ami inconnu, ou simplement comme un bon éditeur, pour poésies seulement. Je présume que les deux lettres que vous aurez reçues avant celle-ci vous auront frappé. Il faut faire attention à tant de choses ! J'ai vraiment honte en pensant à tous les tintouins que je vous cause, et j'ai pitié de vous. [Alphonse Lemerre ne rééditerait pas Les Fleurs du mal, mais publierait le 31 mars 1866 dans son périodique Le Parnasse contemporain des pièces inédites de Charles Baudelaire présentées sous le titre Nouvelles fleurs du mal]. Et puis, quand je pe nse que dans ce chien de pa ys je n'ai trouvé que vol , mensonge , pe rtes fo rcées d'arge nt, et que pa r surcroît la Belgi que ne m'aura servi qu'à rendre to utes mes affai res à Paris pl us difficiles , je suis pris d'une sorte de fureur... La vie me devie nt de pl us en pl us intolé rable. Je crois que les économies forcées que j'ai faites pendant deux mois ou six semaines ont exaspéré cette mégère [madame Lepage, patronne de l'hôtel du Grand Miroir où Baudelaire résidait]. Même quand on ne paye pas ces gens-là, il faut dépenser chez eux. Un malade qui mange beaucoup est honoré. Après-midi. M. Lécrivain sort de chez moi. Je lui ai lu votre lettre, et celle des Garnier. Lécrivain était abasourdi, tant l'affaire lui paraissait sûre. Il m'a fait recommencer la lecture et m'a dit : "Qu'est-ce que c'est que ce traité avec Lemer ?" (je n'ai jamais eu de traité avec Lemer). – "Qu'est ce que c'est que ce traité avec Hetzel ?" (je lui raconte alors l'affaire Hetzel). Alors il a conclu (en se souvenant que Lemer l'avait beaucoup consulté lui-même, Lécrivain, sur la valeur de cette affaire), que Lemer avait présenté l'affaire aux Garnier comme lui appartenant, mais en même temps de manière à les en dégoûter, voulant peut-être la faire lui-même et la revendre, ou simplement en dégoûter les autres. La lettre que vous attribuez au Garnier, et qui est de quelque commis est en effet si bête et si pleine de faussetés qu'il faut supposer quelque petit mystère. Observez que Lemer seul connaissait le traité avec Hetzel qui n'a pas reçu son exécution, et que c'est sur les co nseils de Lemer (qui préte ndait que Le Spleen et Les Fle urs décideraient l'affai re) que je suis aller prier Het zel de me rendre ma liberté . – Lemer a vu Hippolyte cinq fois. – Je vous répète mes conseils de prudence. Ne vo yez pe rsonne sans me co nsulte r... J'ai pe ur mainte nant que cet insucc ès chez les Garnier n'influence fâcheusement Dentu [Baudelaire essayait alors de placer son pamphlet Pauvre Belgique chez Édouard Dentu]. Il faudrait, comme on dit, le voir venir, c'est-à-dire que peut-être dans la conversation il peut lâcher ces mots : "Qu'estce que c'est donc que ces autres volumes pour lesquels un ami de M. Baudelaire a entamé une affaire ? &c," Alors vous pourrez vous lâcher. » Charles Baudelaire, Correspondance, t. II, pp. 613-614.

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N° 36
BAUDELAIRE (Charles). Lettre manuscrite, dictée, adressée à sa mère. [Bruxelles], 30 mars 1866. 1 p. in-8, adresse au dos , feuillet d'adresse avec petite déchirure due à l'ouverture et trace d'onglet en marge. Éc rite quelques heures avant d'être frappé de la paralysie qui le rendi t mutiq ue. Depuis plusieurs années, déjà, la santé de Charles Baudelaire s'était trouvée altérée, usée par les excès et la maladie. Après des alertes en 1860, 1862 et 1865, le poète avait été frappé par une crise plus violente le 15 mars 1866, chutant sur les dalles de l'église Saint-Loup à Namur, bientôt suivie de symptômes de troubles cérébraux. Quelques jours plus tard, dans la journée du 30 mars, la nuit du 30 au 31, ou peut-être le 31 à son hôtel, il fut victime d'un ictus hémiplégique qui le priva en outre de la parole. Quelques semaines plus tard, le 2 juillet, il fut ramené par sa mère à Paris, et placé le 4 juillet en maison de santé. Son état demeura stationnaire jusqu'au printemps 1867, puis s'aggrava rapidement : l'auteur des Fleurs du mal mourut le 31 août et fut porté en terre le 2 septembre. « Ma chère mère, la réponse transmise lundi t'est arrivée mardi soir. Mercredi, jeudi et aujourd'hui vendredi, tu aurais pu me donner de tes nouvelles , si tu ne l'as pas fait , c'est que tu supposes que je ne m'inquiète que de moi. Il faut absolument que tu me donnes de tes nouvelles. J'ai reçu une lettre d'A. [Narcisse Ancelle] qui me dit qu'il viendra bientôt : c'est inutile, au moins prématuré. 1° pa rce que je ne suis pas en état de bouger, 2° parce que j'ai des dettes, 3° parce que j'ai six villes à visiter, mettons 15 jours. Je ne veux pas perdre le fruit d'un long travail. Je sens qu'il a surtout à coeur de te complaire et de t'obéir , c'est pour cela que je t'en écris , je suis d'ailleurs disposé à revenir le plus vite possible. Écris-moi longuement et minutieusement sur toi. Je t'embrasse de tout mon coeur... » Provenance : bib liothèque du grand collectionneur baudelairien Armand Godoy. D'origine cubaine, poète francophone et traducteur de l'espagnol, Armand Godoy (1880-1964) réunit une importante bibliothèque d'imprimés et de manuscrits de Baudelaire. Exposition : ce document a figuré en 1957 dans l'exposition Charles Baudelaire tenue à la Bib liothèque nationale (n° 476 du catalogue), et en 1968-1969 dans l'exposition Baudelaire tenue au Petit Palais (n° 735 du catalogue). Charles Baudelaire, Correspondance, t. II, pp. 632.

BAUDELAIRE (Charles). Lettre manuscrite, dictée, adressée à sa mère. [Bruxelles], 30 mars 1866. 1 p. In 8, adresse au do…
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N° 37
BARBEY D'AUREVILLY (Jules). Lettre autographe signée à Charles Baudelaire, avec apostille autographe de celui-ci (19 mots au crayon sur le feuillet d'adresse). [Paris, fin décembre 1854]. 2 pp. in-8 à l'encre grenat, adresse au dos , petite déchirure au feuillet d'adresse due à l'ouverture sans manque de texte, petite perforation portant atteinte à quelques lettres. Tableau comm enté de ses livres parus, en réponse au poète qui lui en demande l'envoi pour madame Sabatier. Charles Baudelaire fut très épris d'Apollonie Sabatier à partir de 1851, lui adressant ou lui dédiant des poèmes, fut brièvement son amant en 1857, et demeura ensuite son ami. Femme libre et passionnée, celle que Théophile Gautier avait surnommée « la Présidente » tint un célèbre salon littéraire et artistique. « Mon cher Monsieur Beaudelaire [sic], vo us êtes si charmant et si bon avec vos curiosités de me lire que je suis tout honteux et tout premier pris de ne pouvoir mettre mes pauvres livres à votre disposition. Je n'ai que le Brummell , assez sale que je vous envoie, – mais je vais demander à mon éditeur de Caen [Guillaume-Stanislas Trébutien] un exemplaire pour vous qui rachètera le sans-gêne de celui-ci et que je vous prierai d'accepter. L'unique exemplaire que j'aie de ma Vi eille maîtresse est prêté, et mon exemplaire (unique aussi) de mon Ensorcel ée est chez le relieur. Dès que ces deux-là seront rentrés, ils iront vers vous. Germaine est un roman ac hevé , mais il n'a jamais été publié, pour ca use d'immoralité et d'horreur. Cette vapeur-là ne montera pas du fond de l'abîme. J'en ai refermé le couvercle [ce livre, dont la première version fut achevée en 1833, ne serait publié qu'en 1884 sous le titre Ce qui ne meurt pas]. Mes Proph ètes du pass é sont bien philosophiques et religieux pour une lectrice. Je ne vous les envoie pas pour cette raison. L'Am our im possib le qui doit être réédité prochainement est dans les mains de Dutacq [le publiciste Armand Dutacq, qui venait de de fonder la Société générale de librairie] pour cause de réédition. Je le lui redemanderai. Maintenant vous avez la liste de mes livres... Ecco ! Mon cher Monsieur Baudelaire. La Bague d'Annib al est aussi à rééditer. Mon exemplaire est chargé de notes si intimes que décemment je ne puis vous l'envoyer. Si j'en retrouve un exemplaire à Caen, ce sera pour vous, pour vous qui faites la quête des sympathies, à mon profit !... J'ai bien envie de vo us voi r ! Ami de deux jours qui vale nt dix ans ! » De sa main, Charles Baudelaire a inscrit un triple agenda : « Très pressé : Dutac q, Le Pays, M. Ducamp , Hostei n. Visites : Albert, Lafont, Le Commissionnaire. Malassis , Courbet , Dela nge, Bulo z, De Gonet . » Charles Baudelaire s'inquiétait de l'interruption de la publication dans le quotidien Le Pays, dirigé par Armand Cohen, de sa traduction des contes d'Edgar Poe. Il était en pourparlers avec le directeur du théâtre de La Gaîté Hippolyte Hostein, au sujet de deux projets : Est-il bon ? Est-il méchant ? de Diderot, que Hostein refusa, et L'Ivrogne, une pièce de sa propre invention, qui resta au stade des notes préparatoires. Il évoque également ici l'écrivain et publiciste Maxime Du Camp, à qui il avait fait parvenir un exemplaire des Histoires extraordinaires d'Edgar Poe qu'il venait de faire paraître, ainsi que l'éditeur des Fleurs du mal Auguste Poulet-Malassis, le peintre Gustave Courbet, l'encadreur Delange, le directeur de la Revue des deux mondes François Buloz, l'écrivain, éditeur et patron de brasserie Gabriel de Gonet, et un créancier, Lafont. Baudelaire et Barbey d'Aurevilly. Les deux écrivains se sont connus au journal Le Pays, auquel ils collaborèrent. Jules Barbey d'Aurevilly, qui apporta son aide à Charles Baudelaire pour y publier ses traductions d'Edgar Poe, avait conscience de leurs différences mais aussi de ce qui les rapprochait, écrivant par exemple à Guillaume-Stanislas Trébutien : « il n'a pas notre foi, ni nos respects, – mais il a nos haines et nos mépris ». Les deux hommes, en effet, « ne se reconnaissaient guère dans les valeurs d'une société où la religion du progrès matériel avait détruit à leurs yeux l'homme spirituel » (Claude Pichois et Jean-Paul Avice, Dictionnaire Baudelaire, p. 50). Il eut le courage de faire l'éloge des Fleurs du mal en un article qui fut refusé par le journal Le Pays en juillet 1857. Il y soulignait « l'architecture secrète de l'ouvrage », la recherche de perfection formelle, la profondeur de l'inspiration offrant une plongée dans la sensation, concluant : « après Les Fleurs du mal, il n'y a plus que deux partis à prendre pour le poète qui les fit éclore : ou se brûler la cervelle... ou se faire chrétien ». Charles Baudelaire fit imprimer ce texte dans sa brochure des articles justificatifs puis l'intégra dans l'« Appendice » de la troisième édition des Fleurs du mal, sortie après sa mort (1868). En 1860, Jules Barbey d'Aurevilly critiquait encore avantageusement Les Paradis artificiels. De son côté, Charles Baudelaire présentait Jules Barbey d'Aurevilly comme un « vrai catholique, évoquant la passion pour la vaincre », et appréciait son « culte de la vérité, exprimé avec une effroyable ardeur ». À sa mère, en 1862, il écrivait : « excepté d'Aurevilly, Flaubert, Sainte-Beuve, je ne peux m'entendre avec personne ». En définitive, une véritable amitié admirative les lia, assombries seulement par quelques brouilles passagères, par exemple au sujet d'Edgar Poe (en 1858) et de Charles-Augustin Sainte-Beuve (1862). Exposition : ce document a figuré en 1968-1969 dans l'exposition Baudelaire tenue au Petit Palais (n° 293 du catalogue). Jules Barbey d'Aurevilly, Correspondance générale, t. IV, 1984, n° 1854/56. – Lettres à Charles Baudelaire, pp. 31-34, avec texte des notes de Charles Baudelaire.

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N° 38
BARBEY D'AUREVILLY (Jules). Lettre autographe signée à Charles Baudelaire. [La Bastide d'Armagnac, dans les Landes], 26 février 1856. 3 pp. in-8, petite perforation portant atteinte à une lettre. Charles Baudelaire et Jules Barbey d'Aurevilly entretinrent une véritable amitié, nourrie d'une admiration réciproque et d'une haine commune pour le matérialisme de leur époque. « Enfin, mon cher Baudelai re, je lis un fragme nt de vot re pr éface dans Le Pays [préface à sa traduction des Histoires extraordinaires d'Edgar Poe, qui serait mise en vente vers le 12 mars, dont un extrait venait de paraître dans Le Pays du 25 février] ! Je l'attendais depuis longtemps, cette préface, ou tel autre signe que ce fût de votre prochaine publication. J'avais fait déjà, à deux reprises différentes, demander vot re Edgar Poe à Michel Lévy. Aujourd'hui c'est à vous-même que je le demande. Sous le plus bref délai, envoyez-le moi. Vous avez vu (si vous avez touché Le Pays depuis mon départ) que je continuais mes articles comme si j'étais encore rue de Vaugirard. Je les envoie directement à Dutacq qui les remet à Cohen [Armand Dutacq et Joseph Cohen, respectivement directeur et rédacteur en chef du journal Le Pays], et ils paraissent, sans trop attendre. De mon côté aussi, je vois avec plaisir que vous n'êtes pas mal avec Le Pays, puisqu'il a inséré le fragment que j'ai lu ce matin, de votre préface. Je pourrai donc dire de vo us le bien que je pe nse, sans qu'on mette bâto n dans mes roues . Ces roues -là seront celles d'un char de triomphe pour vo us [la critique de Barbey sur les Histoires extraordinaires, paraîtrait le 10 juin 1856 dans Le Pays]. Je vous envoie ces deux mots un peu au hazard, à l'adresse que m'a donnée Nicolardot, Votre Vampire [le publiciste Louis Nicolardot, personnage connu pour sa méchanceté et sa proximité avec Sainte-Beuve]... Au lieu de m'envoyer le livre directement vous-même, vous pourriez le remettre à Dutacq qui me l'enverrait comme il m'a envoyé les Contes drôlatiques[édition illustrée par Gustave Doré de cet ouvrage Honoré de Balzac, publiée par la Société générale de librairie que dirigeait Dutacq, et dont Barbey d'Aurevilly rendit compte dans deux articles du Pays]... Je ne pe rds pas mon temps . Vous ne croyez pas au temps pe rdu et vo us ave z raison. J'ai un soleil fabuleux, un air de soie, la masse d'argent des Pyrénées brillant sous ma fenêtre dans les lointains les plus clairs. Je fais collection de paysages et d'impressions, pour plus tard. Enfin ma vie (et pour nous, nous savons ce que veut dire ce mot vie) est presque heureuse. Je ne sais pas encore l'instant juste où je rentrerai à Paris. Je me suis donné la tâche de tirer de ma tête deux travaux d'haleine, sans compter les autres, et je ne reviendrai que ces choses terminées. Ceci n'est pas une lett re, c'est un mot d'amitié . Si vous m'écriviez, tout lancé que je sois en sens divers, je vous répondrais en homme assis, sinon rassis. Je serais heureux d'avoir de vos nouvelles... et de la littérature. Indiquez-moi quelque livre dont je puisse un peu rire, car il est bon parfois de se délasser du sérieux. Si vous aviez quelque ami de talent... à qui il faudrait faire place, mettez son livre avec le vôtre. Ce que vo us estime z, en fait de tale nt, m'est suffisamment recomma ndé. Quand vous m'aurez répondu & quand vous m'aurez dit où je puis, de sûreté, vous adresser les Reliq uiæ de Mlle de Guérin [textes d'Eugénie de Guérin, édités en 1855 par Jules Barbey d'Aurevilly et son ami Guillaume-Stanislas Trébutien], vous les recevrez, mon cher Baudelaire. C'est rare et précieux comme le diamant bleu de M. Hope [célèbre diamant qui, appartenant alors au député britannique Henry Thomas Hope, avait été exposé à l'Exposition universelle de Paris en 1855]. Mais vo us êtes des cinquante en Europe qui doivent avoi r cela . Vous êtes d'une élite enco re pl us rare, ca r je n'ai pas ci nquante amis... » Jules Barbey d'Aurevilly, Correspondance générale, t. V, 1985, n° 1856/21. – Lettres à Charles Baudelaire, p. 34-37.

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N° 39
BARBEY D'AUREVILLY (Jules). Lettre autographe signée à Charles Baudelaire. Baie de Saint-Jean-de-Luz (Pyrénées-Atlantiques), 26 septembre 1857. 2 pp. 1/2 in-8 avec dessin de flèche empennée au-dessus du nom de Baudelaire, sur un élégant papier à pâles motifs géométriques, petites perforations portant atteinte à quelques lettres. Charles Baudelaire et Jules Barbey d'Aurevilly entretinrent une véritable amitié, nourrie d'une admiration réciproque et d'une haine commune pour le matérialisme de leur époque. « Mon cher Baudelaire, quand vous recevrez ce billet que je vous trace à la hâte et sur le point d'entrer en Espagne où je compte passer quelques jours, vo us aurez pe ut-être lu un article sur vot re ami Fla uber t que j'ai envo yé au Pays [l'article de Barbey d'Aurevilly sur Madame Bovary ne paraîtrait que le 6 octobre dans ce quotidien]. Je mets la dernière main à un autre article sur le Vauvenargue de Gilbert [critique qui paraîtrait le 10 octobre 1857 dans Le Pays, sur l'édition des OEuvres du marquis de Vauvenargues annotée par Daniel-L. Gilbert publiée en 1857], mais comme cet article va se trouver fini d'ici deux jours, j'ai pensé à vous pour un troisième que je voudrais écrire encore, dans ce bienheureux coin du monde, avant de retourner dans cette abomination de Paris. Je lis ici deux ou trois journaux et je n'y vois aucune annonce d'ouvrage qui me convienne. Soyez donc assez bon, mon cher ami, pour m'envoyer un livre quelconque que vous jugiez digne d'être examiné. Je m'en rapporte à vous, et je vous serai reconnaissant. Vous m'adresserez l'ouvrage en question ici poste restante et vous aurez la grâce d'y joindre... quelques mots de cette main que je voudrais presser dans la mienne. Vous me renseig nerez sur les choses litté raires act uelles et si vo us ave z lu mon article sur Mme Bovary, vo us m'en direz vot re opi nion. Je crois que vers le sept d'8bre, je serai à Paris. Le premier travail que j'y donnerai sera sur les poésies de votre ami Banville que je mettrai avec votre ami Leconte Delisle, mais je ne veux faire ceci qu'à Paris [il publierait dans Le Pays son article sur Banville le 1er novembre 1857, et celui sur Leconte de Lisle le 19 août 1858]. J'ai lu Banville et quoi qu'il y ait des beautés dans son livre, c'est un rhéteur dans la poésie pl utôt qu'un vrai po ète . Vous êtes un pe u pl us poète que to ut cela , vo us, cher chenapa n. Votre ami, nonobstant... Je signe l'adresse de ma lettre pour vous ôter une seconde d'anxiété : ... miseris succurrere disco [citation de l'Énéide de Virgile où Didon dit « non ignara mali miseris sucurrere disco », soit : « n'ignorant pas le malheur, j'apprends à secourir les malheureux »] » Jules Barbey d'Aurevilly, Correspondance générale, t VI, 1986, 1857/26. – Lettres à Charles Baudelaire, p. 49-50.

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N° 40
BARBEY D'AUREVILLY (Jules). Lettre autographe signée à Charles Baudelaire. Saint-Jean-de-Luz, 1er octobre 1857. 3 pp. in-8, avec petit dessin de flèche empennée près de son adresse au bas de la dernière page, petites perforations portant atteinte à 2 lettres. Charles Baudelaire et Jules Barbey d'Aurevilly entretinrent une véritable amitié, nourrie d'une admiration réciproque et d'une haine commune pour le matérialisme de leur époque. L'article de Jules Barbey d'Aurevilly consacré à Madame Bovary, retardé de publication, ne paraîtrait que le 6 octobre dans Le Pays. « Mon cher ami, dans la lettre que je vous ai écrite d'ici & que vous avez dû recevoir lundi matin, je vous priais de m'envoyer un livre à votre choix qui fût digne d'examen et aujourd'hui je vous le rappelle encore, mais ce n'est pas pour cela seulement que je vous écris. Dans cette lettre, je vo us pa rlais d'un article sur la Madame Bovary et je vous priais de m'en dire votre opinion. Cet article, dans mes calculs les plus larges, devait paraître dimanche au Pays. Nous voici jeudi et au 1er d'8bre & l'article n'a pas encore pa ru [il ne paraîtrait que le 6 octobre]. Je viens d'écrire à M. Basset [Adrien Basset, rédacteur en chef du quotidien Le Pays] pour savoir la cause de cet incroyable retard, car Le Pays fait des Variétés. Il a donc de la place. M. Basset m'avait dit lui-même que je pouvais rendre compte de Madame Bovary. Quel incident a donc pu empêcher l'insertio n de mon travail ? Je prie M. Basset de m'écrire ou de me faire écrire, mais est-ce trop demander à votre amitié que de... vous prier de passer au Pays et de vous informer (de ma part) de ce qui s'y passe. Voyez vous-même M. Basset. Il a toujours été excellent pour moi. S'il a une raison – incompréhensible, indevinable pour moi – de refuser mon article et que sur ce point, il ne puisse être ramené, vous lui demanderez de vous le remettre. Vous m'avez parlé d'un journal [la revue Le Présent] qui paie 200 fr. et dans lequel vous travaillez. Vous m'avez dit que j'y aurais les mêmes conditions que vous... Eh bien, pour que mon travail sur Fla uber t ne soit pas pe rdu, on pourrait le mettre là, au refus du Pays, et je vous charge de cette insertion, mon cher ami, avec le sans-gêne & la confiance de l'amitié. Je suis en voyage & j'ai besoin d'argent. Ce reta rd du Pays m'abaso urdit . Qui, diable, aurait pu croire au ref us d'un article sur un ouvrage qu'on m'a autorisé à exami ner ? No us sommes inco rrigibles , mon cher Baudelai re. No us pe nsons – et nous y sommes sans cesse repris malgré les expériences les plus persistantes et les plus variées – qu'une chose incroyable ne pe ut pas être et c'est justeme nt pa rce qu'elle est incroyable qu'elle est !... » Belle et ample signature. Jules Barbey d'Aurevilly, Correspondance générale, t. VI, 1986, n° 1857/27. – Lettres à Charles Baudelaire, p. 50-52.

BARBEY D'AUREVILLY (Jules). Lettre autographe signée à Charles Baudelaire. Saint Jean de Luz, 1er octobre 1857. 3 pp. In…
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N° 41
BARBEY D'AUREVILLY (Jules). Lettre autographe signée à Charles Baudelaire. Paris, 17 octobre [1857]. 1 p. in-8 à l'encre brune avec soulignements à l'encre rouge, enveloppe à l'encre brune et rouge avec soulignement à l'encre rouge et verte, petite perforation avec atteinte à un soulignement. Charles Baudelaire et Jules Barbey d'Aurevilly entretinrent une véritable amitié, nourrie d'une admiration réciproque et d'une haine commune pour le matérialisme de leur époque. « Vous ave z un ami de pl us – dans Paris. Je suis allé vous voir hier. J'ai déjeuné chez Cousinet [restaurateur, et créancier de Baudelaire], vous demandant à tous les échos d'alentour. Pas de Baudelaire ! Les poètes sont fils de la lico rne et de la nuée et tie nnent de leurs pa rents, – de la nuée qui passe et de la lico rne qu'on ne trouve point ! Ce que je voudrais bien trouver, mais moins que vous, ce sont les poèmes de M. Leconte de Li sle. Je les mets dans le même médaillon que ceux de M. de Banville. Faites -les moi envo yer, cher gracie ux. Je voudrais en parler la semaine prochaine [il publierait une critique des Poésies complètes de Théodore de Banville dans Le Pays le 1er novembre 1857]. Tout à vous. Je m'en vais déjeuner avec Silvestre [l'écrivain et critique d'art Théophile Silvestre]. Où ?... Je n'en sais rien. Exposition : ce document a figuré en 1957 dans l'exposition Charles Baudelaire tenue à la Bib liothèque nationale (n° 160 du catalogue), et en 1968-1969 dans l'exposition Baudelaire tenue au Petit Palais (n° 339 du catalogue). Jules Barbey d'Aurevilly, Correspondance générale, t. VI, 1986, n° 1857/28. – Lettres à Charles Baudelaire, p. 52. « Vos vers sont magnifiq ues... ô ivrogne d'ennui, d'opi um et de blasp hèmes ! »

BARBEY D'AUREVILLY (Jules). Lettre autographe signée à Charles Baudelaire. Paris, 17 octobre [1857]. 1 p. In 8 à l'encre…
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N° 42
BARBEY D'AUREVILLY (Jules). Lettre autographe signée à Charles Baudelaire. Paris, 4 février 1859. « Pluie fine. Temps gris et à se griser. Rue Rousselet, – une laide rousse, 29 ». 3 pp. in-8 à l'encre rouge (sauf une petite apostille à l'encre brune), sur un papier raffiné à fin gaufrage étoilé, petite perforation portant atteinte à 2 lettres. Notamm ent sur trois poèmes des Fleurs du mal : « Le Voyage », « L'Albatros », et peut-être « Sisina » ou « Danse macabre ». Les deux premiers seraient imprimés à petit nombre à Honfleur à la fin de février, et les trois seraient ensuite publiés dans la Revue française du 10 avril 1859 puis intégrés en 1861 dans la seconde édition des Fleurs du mal. Charles Baudelaire et Jules Barbey d'Aurevilly entretinrent une véritable amitié, nourrie d'une admiration réciproque et d'une haine commune pour le matérialisme de leur époque. « Chère horreur de ma vie, je ne vous écris que deux mots. Un autre jour, vous en aurez quatre, mais aujourd'hui je suis à califourchon sur un éclair. Qu'il brille pour vous ! Vos vers sont magnifiq ues. Les trois pi èces – de vot re inspi ratio n la pl us enragée , ô ivrogne d'ennui, d'opi um et de blasp hèmes ! De pl us, "Le voyage" est d'un éla n lyrique, d'une ouverture d'ailes d'"Alba tros " que je ne vo us co nnaissais pas , crapule de génie ! Je vo us savais , en poésie , une sac rée vipère dégorgeant le venin sur les gorges des gouges & des garces , dans vot re ennui de vieux brag uard désespé ré. Mais voil à que les ailes ont poussé à la vipère et qu'elle mo nte , de nuée en nuée , monst re supe rbe, pour darder son poison jusque dans les yeux du soleil ... Arrêtons-nous, hein ? En voilà suffisamment sur votre éloge. Je ne veux pas vous faire aller à quatre pattes sur la côte de Honfleur more ferarum [à la manière des bêtes sauvages], Nabuchodonosor du Diable ! Que penseraient les jeunes filles de la côte si elles vous rencontraient dans cette indécente situation ? Mon cher ami, quand reviendrez-vous ? Quand pourrons-nous passer quelques bons moments ensemble ? Êtes-vous pour longtemps là-bas ?... Quelles sottes questions vous me faites faire, puisque vous me parlez de tout, excepté de votre retour – et de la durée de votre éloignement ? Répondez donc à cela. C'est là ce qui m'importe ! Madame Cousinet m'a demandé de vos nouvelles l'autre jour et voudrait vous revoir. Understand you ? J'ai promis que je vous le dirais et je vous le dis [le restaurateur Louis Cousinet était un des créanciers de Charles Baudelaire]. Rie n ici ! – Je vis comme le moine le pl us moine qui fut oncques , mais un moine piocheur et non paillard comme vous. J'ai une mise en train de trava ux formidables . Vous voyez donc Le Pays [journal auquel collaborait Barbey d'Aurevilly] là-bas ?... Aujourd'hui avec cette lettre, je vous mets à la poste mon article de mardi & je vous enverrais les précédents, si vous ne les aviez pas rencontrés, ô vieux-par-les-chemi ns ! dans vos chemins, semés de curés et de vendeuses de crevettes . Adieu, monst re. Ne déba uchez pe rsonne, et n'apprenez pas aux petites filles à faire des vers, selon vos méthodes de conception. J'ai écrit , à ce propos, un article sur Gautier [paru le 26 janvier 1859], Brard St-Omer de poésie [allusion à deux célèbres calligraphes et experts judiciaires en graphologie], mais poète de pa r le ciel ou l'enfer, et non de pa r sa théorie. Avez-vous lu cela (sur la réimpression d'Émaux et camées), une flèche de longueur à aller lui ouvrir le coeur jusqu'en Russie, s'il y est encore, mais sans lui faire le moindre mal ! [Gautier ne rentrerait qu'en mars de son voyage en Russie]... Pourquoi vo us aime-t-on, vicieux poètes ? Allo ns, aimez-moi un pe u aussi, quoique je vaille mieux que vo us... Bonjour Don Juan. Amusez-vous bien pour vous et pour moi. » Jules Barbey d'Aurevilly, Correspondance générale, t. VI, 1986, n° 1859/5. – Lettres à Charles Baudelaire, p. 56-58.

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N° 43
BARBEY D'AUREVILLY ( Jules). 3 lettres autographes signées à Charles Baudelaire. Vers 1852/1853-1859 et s.d. Charles Baudelaire et Jules Barbey d'Aurevilly entretinrent une véritable amitié, nourrie d'une admiration réciproque et d'une haine commune pour le matérialisme de leur époque. Sa première lettre à Baudelaire – S.l., [1852-1853]. « Monsieur, j'ai l'habitude d'être chez moi de 11 heures à midi, tous les jours, excepté le mardi et le dimanche. Je serai heureux de vous y recevoir... » (1 p. in-8 sur élégant papier à gaufrage ondé, petite perforation ne portant pas atteinte au texte). « Votre premier volume des contes d'Edgar Poe » – [Paris, début mai 1858], « de mon lit au vôtre probablement, 6 heures du matin ». « Mon ami, sans phrase, envo yez-moi de suite, je le garderai jusqu'à ce soir, vot re premier vol ume des co ntes d'Edgar Poe, j'ai le 2ème & le Gordon Pym, mais j'ai besoin du premier. Je fais une étude pour Le Réveil qui doit être livrée demain [article de critique consacré aux traductions de Baudelaire des textes d'Edgar Poe, qui paraîtrait le 15 mai 1858]. Mon exemplaire, à moi, est dans mon home mystérieux du Midi [chez la baronne de Bouglon] et je ne puis le faire venir en deux heures. Donc le vôtre ! Le vôtre ! J'en aurai besoin. Tout à vous, – fidèle... Peut-être, si j'ai fini à temps, irai-je vous reporter votre volume, en allant dîner chez Cousinet [restaurateur, et créancier de Baudelaire]. » (1 p. in-8, avec dessin de flèche empennée en tête de lettre, petite perforation sans atteinte au texte). Les « créatures du tout-puissant Guys » – Paris, [fin 1859]. « Mon cher Baudelaire, voulez-vous me donner à dîner à votre hôtel [Hôtel de Dieppe], mercredi prochain. 11 [ou « 1 h. »] ? J'ai soif de revoi r la Turq ue dont je suis affollé et les autres créat ures du to utpuissant Guys ? Si vous ne le pouvez pas, écrivez-moi un mot. Si cela se peut, j'arriverai de bonne heure, afin de saoûler mes yeux avant de remplir mon estomac... » (1 p. in-8 à l'encre grenat, petite perforation portant atteinte à une lettre de la signature). Charles Baudelaire avait une dilection particulière pour le talent du peintre Constantin Guys, avec qui il se lia : il lui consacra un important essai, Guys, peintre de la vie moderne, dont des extraits parurent en périodique en 1863 et qui fut ensuite intégré dans L'Art romantique. Il collectionna les dessins et peintures de Constantin Guys et en posséda jusqu'à une centaine, dont l'aquarelle intitulée Femme turque au parasol, qu'il donnerait à sa mère puis que celle-ci offrirait à Jules Barbey d'Aurevilly – elle est actuellement conservée au Petit Palais. Jules Barbey d'Aurevilly, Correspondance générale, t. III, 1983, n° 1853/38, t. VI, 1986, n° 1858/24, n° 1859/12. – Lettres à Charles Baudelaire, pp. 27, 53, 58.

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N° 44
DELACROIX (Eugène). Lettre autographe signée « Eug. Delacroix » à Charles Baudelaire. Champrosay [près de Draveil dans l'Essonne], 8 octobre 1861. 2 pp. in-8, infimes perforations. Remerci ements pour la critiq ue admi rative de Charles Baudelaire sur ses compositions de l'église Saint-Sulpic e, parue dans la Revue fantaisiste du 15 septembre 1861. La partie analytique du texte était largement consacrée à démontrer l'inanité de la querelle du trait et de la couleur, et Charles Baudelaire l'intégrerait en 1863 dans son article nécrologique sur le peintre : Dimanche 4 Novembre 2018 / Osena t / 105 « Jamais [...] Delacroix n'a étalé un coloris plus splendidement et plus savamment surnaturel , jamais un dessin plus volontairement épique. [...] Je parlais tout à l'heure des propos [... d'] esprits grossiers et matériels (le nombre en est infiniment grand), qui n'apprécient les objets que par le contour, ou, pis encore, par leurs trois dimensions : largeur, longueur et profondeur, exactement comme les sauvages et les paysans [...]. Selon ces gens-là, la couleur ne rêve pas, ne pense pas, ne parle pas [...]. Ces esprits superficiels ne songent pas que les deux facultés ne peuvent jamais être tout à fait séparées, et qu'elles sont toutes deux le résultat d'un germe primitif soigneusement cultivé [...]. La ligne et la couleur font penser et rêver toutes les deux , les plaisirs qui en dérivent sont d'une nature différente, mais parfaitement égale et absolument indépendante du sujet du tableau. » Charles Baudelaire et Eugène Delacroix : une admi ration non payée de retour. Le poète avait accroché sur les murs de son appartement de l'hôtel Pimodan la suite des lithographies de Charles Delacroix inspirées de Hamlet, et se montra toujours élogieux envers le peintre, dans ses critiques des salons de 1845, 1846, 1859, de l'exposition de 1855, comme dans son article nécrologique en 1863 ou sa conférence en 1864. Il lui dédicaça un exemplaire sur grand papier des Fleurs du mal. Malheureusement, de son côté, Eugène Delacroix « n'apprécie pas le critique et [...] ne comprend pas le poète » (Armand Moss), de même qu'il tint l'homme à distance, peu attiré par son mode de vie bohème. Charles Baudelaire, qui lui rendit plusieurs visites, demeura un « cher Monsieur » dans les quelques lettres qu'Eugène Delacroix lui adressa. « Mon cher Monsieur, je ne vois qu'au retour d'un voyage [à Augerville] qui m'a éloigné quelque temps de Paris votre article toujours si bienveillant et d'une tournure si originale, comme tout ce que vous faites, sur mes peintures de St-Sulpice. Je vo us remercie bien sincèrement et de vos éloges , et des réfle xions qui les accompag nent et les co nfirment, sur ces effets mysté rieux de la ligne et de la co uleur, que ne se nte nt hélas que pe u d'adeptes . Cette pa rtie musicale et arabes que n'est rien pour bien des gens qui regardent un tableau comme les Anglais regardent une contrée quand ils voyagent : c'est-à-dire qu'ils ont le nez dans le guide du voyageur, afin [de] s'instruire consciencieusement de ce que le pays rapporte en blés et autres denrées, & de même les criti ques bons sujets veulent comp rendre afin de pouvoi r démontrer. Ce qui ne tombe pas absolument sous le compas, ne peut les satisfaire, ils se trouvent volés deva nt un tablea u qui ne démontre rien et qui ne donne que du plaisi r. Vous m'avez écrit il y a deux mois relativement au procédé que j'emploie pour peindre sur mur : mais je ne savais où adresser une réponse. Je prends le parti aujourd'hui de vous adresser mes actions de grâce au bureau de la revue. Mille sincères amitiés et remerciemens... » Expositions : ce document fut présenté en 1968-1969 dans l'exposition Baudelaire tenue au Petit Palais (n° 513 du catalogue), et en 1993 dans l'exposition Baudelaire- Paris tenue à la Bib liothèque historiq ue de la ville de Paris (n° 198 du catalogue). Lettre célèbre publiée dès 1872 par Charles Asselineau, Auguste Poulet-Malassis et Charles de Spoelberch de Lovenjoul dans Charles Baudelaire, Souvenirs, correspondance, bibliographie (Paris, René Pincebourde). – Eugène Delacroix, Correspondance générale, t. IV, 1938, pp. 276-277. – Lettres à Charles Baudelaire, pp. 119-120. – Armand Moss, Baudelaire et Delacroix, p. 201.

DELACROIX (Eugène). Lettre autographe signée « Eug. Delacroix » à Charles Baudelaire. Champrosay [près de Draveil dans l…
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N° 45
HUGO (Victor). Envoi autographe signé. [14 mars 1866]. 3 lignes sur une p. in-4 de papier bleu. Avec une apostille autographe de Narcisse Ancelle, conseil judiciaire et confident de Charles Baudelaire. « À M. Ch. Baudelaire, son ami, Victor Hugo ». « Frontispic e » adressé à Baudelaire pour être joint à son exemplaire des Travaille urs de la mer. Hugo, qui hésitait à le lui envoyer parce le poète n'avait pas réagi à l'envoi des Chansons des rues et des bois, le lui fit parvenir par l'intermédiaire de sa femme à Bruxelles. Quand Baudelaire le reçut, la maladie l'avait déjà terrassé. Vic tor Hugo, « un génie sans frontières » (Charles Baudelaire, dans Les Poètes français, 1862). Charles Baudelaire eut pour Victor Hugo une admiration de jeunesse qui se ressent dans quelques-uns de ses premiers poèmes. Il se présenta à lui dès 1840, mais se montra déçu de leur rencontra, et porta ensuite des jugements contradictoires sur son grand devancier, alternant éloges publics et sarcasmes privés. Pour cette raison, Victor Hugo s'en défia à partir de 1858, même s'il lui dédia encore des poèmes. Charles Baudelaire lui dédicaça un exemplaire des Fleurs du mal, trouva sottement grandiloquente la lettre d'éloges qu'il reçut en retour, mais en reçut une seconde en août 1857 pour le soutenir après sa condamnation. Il sollicita de lui – et obtint – une préface pour son étude sur Théophile Gautier (1859), et, la même année, déclara son admiration pour son recueil de dessins et pour La Légende des siècles. En 1862, il détesta Les Misérables (1862) mais publia un dithyrambe parfois ironique de Victor Hugo dans l'anthologie des Poètes français. Exilé à Bruxelles, il fréquenta la maison de Mme Hugo, à qui il inspira de l'amitié, mais lança une attaque publique contre le clan Hugo à l'occasion du banquet Shakespeare. Le patriarche exprimerait des regrets de ne pas avoir pu s'attacher Charles Baudelaire – mais en des termes mesurés. Joint : – Hugo (Victor). Lettre à Charles Baudelaire, en copie de la main de Narcisse Ancelle, conseil judiciaire et confident de Baudelaire. Hauteville House à Guernesey, 24 avril 1862. « Écrire une grande page, cela vous est naturel, les choses élevées et fortes sortent de votre esprit comme les étincelles jaillissent du foyer, et Les Misérables ont été pour vous l'occasion d'une étude profonde et haute. Je vous remercie. J'ai déjà plus d'une fois constaté avec bonheur les affinités de votre pensée avec la mienne , tous nous gravitons autour de ce grand soleil, l'Idéal. J'espère que vous continuerez ce beau travail sur ce livre & sur toutes les questions que j'ai tâché de résoudre ou tout au moins de poser. C'est l'honneur des poètes de servir aux hommes de la lumière & de la vie dans la coupe sacrée de l'art. Vous le faites et je l'essaie. Nous nous dévouons, vous & moi, au progrès par la vérité... » – Pic hois (Claude). Lettre autographe signée. Paris, 19 juillet 1962. Concernant cette lettre de Victor Hugo, éditée dans l'édition Conard, et dont Baudelaire dit à sa mère que c'était « une lettre absolument ridicule. Cela prouve qu'un grand homme peut-être un sot ». Pour le « frontispice » de Victor Hugo : Lettres à Charles Baudelaire, pp. 196-197. – Pour la lettre de Victor Hugo, ibid., pp. 194-195, la présente copie étant mentionnée.

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N° 46
MANET (Édouard). Lettre autographe signée « Edouard Manet » à Charles Baudelaire. « Mardi 14 » [février 1865]. 4 pp. in-8. Éd ouard Manet en pleins préparatifs du Salon où il allait exposer Olympia et Jésus insulté par les soldats, provoquant un des grands scandales de l'histoire de l'art en France. Le Salon allait ouvrir ses portes en mai 1865 au Palais de l'Industrie sur les Champs-Élysées. Agent littéraire pour le poète. Édouard Manet évoque ici ses démarches pour aider Charles Baudelaire à trouver des éditeurs : il cite ici le libraire Julien Lemer, autre intermédiaire de Charles Baudelaire, le directeur de La Vie parisienne Louis Marcelin, qui venait de publier en 1864 une partie de l'essai du poète sur Constantin Guys, les éditeurs Achille Faure, Ferdinand-Fleurus Amyot, Albert Lacroix et Michel Lévy. Baudelaire et sa traduction des Histoi res grotes ques et sérieuses d'Edgar Poe. Édouard Manet mentionne ici plusieurs récits que Charles Baudelaire allait publier un mois plus tard dans son recueil Histoires grotesques et sérieuses : « Le Mystère de Marie Roget », et des extraits réunis sous le titre « Les habitations imaginaires ». « Mon cher ami, je suis allé hier soir chez Lemère et chez Marcellin. Lemère me semble très bien disposé et pense que Faure, l'éditeur, est celui qui ferait l'affaire. C'est un homme qui est jeune et audacieux. Sinon, il penserait à Amyot. Il n'a pas reçu le manuscrit de Marie Roget et attendait celui-là et les autres pour conclure quelque chose et vous en écrire. Marcellin m'a répondu que certai ns fragme nts des habi tations lui convenaient toujours mais comme le livre allait paraître il ne voulait les publier qu'à titre de réclame et non comme articles payés , vous auriez donc à lui faire savoir votre volonté à ce sujet. Mme Meurice [épouse de l'écrivain Paul Meurice et amie de Charles Baudelaire] me charge de vous dire qu'ils ont appris que Lacroix avait comma ndé à Judit h la traductio n d'un écrivai n anglais , Mat hurin, je crois – est-ce l'orthographe du nom, je n'en sais rien – , Meurice préte nd que vo us seul êtes capable de traduire ce livre. Lévy, avertit de cela et désirant toujours aller à l'encontre de ce que fait son confrère, serait peut-être capable de vous en commander la traduction de son côté. Qu'en pensez-vous [cette traduction de Melmoth the Wanderer de Charles Robert Maturin ne fut finalement pas commandée à Julie Bernat, dite Mlle Judith, de la Comédie-Française, mais à Maria de Fos, et Charles Baudelaire ne s'en mêla pas]. Le brave commandant, qui me semble un peu cornichon, continue à soigner ou à faire semblant de soigner sa terrible femme , j'espère cependant pour notre ami qu'il est dupe et non pas complice de tant de comédies. [La femme d'Hippolyte Lejosne figure comme Charles Baudelaire dans le tableau d'Édouard Manet La Musique aux Tuileries.] La pei nture va to ujours et nous sommes to us dans le co up de fe u. Fantin prépare un toast à la vérité et bien entendu ce sont ses amis qui le portent. Je crois qu'il nous prépare encore quelques horions [le peintre Henri Fantin-Latour exposa cette année au Salon un grand tableau, Le Toast, portrait de groupe d'amis de Manet représentés autour d'une figure de la Vérité]. Je n'ai pas effacé l'es quisse d'Adèle, et vais envo yer chez Martinet qui va ouvrir dimanche son exposition neuf toiles inédi tes [dont La Maîtresse de Baudelaire couchée], sans préjudice de ce que j'enverrai au Palais de l'Industrie. Je suis fort en retard mais vous voyez que je n'ai pas perdu mon temps. Brac quemond va sans doute aller à Bruxelles pour graver quelques-unes des peintures de Leys [par exemple le tableau La Servante d'Henri Leys] et Fioupou me charge de vous dire ses... amitiés [Joseph Fioupou, employé du ministère des Finances, qui écrivait des chroniques dans les journaux] et de vous prier, s'il vous tombait sous la main des gravures de mode du Directoire ou de la République, de les lui acheter. Vous ne m'ave z jamais acc usé réceptio n des morceaux de musique que j'avais demandé à l'éditeur de la place de la Madeleine [Gustave Flaxland] , vous les a-t-il envoyé, il a été, m'a-t-il dit, obligé de les faire demander en Allemagne, il ne les avait plus. Vous me parlez de la Revue de Paris. Elle me semble bien faible et destinée à vivre peu. Adieu, mon cher ami, je vous serre la main... Toute la famille Manet vous envoie ses amitiés. » L'ami tié dévouée d'éDOUAR D Manet POUR CHARLES Baudelaire. Le poète rencontra le peintre en 1859 chez une relation commune, Hippolyte Lejosne, et se lia avec lui d'une amitié qui fut particulièrement étroite de 1860 à 1862. En 1862, il composa un quatrain sur le tableau Lola de Valence et le fit afficher près de l'oeuvre, suscitant les mêmes huées qu'elle. La même année, Édouard Manet peignit le portrait de Jeanne Duval, La Maîtresse de Baudelaire couchée, et, de 1862 à 1869 grava 5 portraits du poète dont un servit à illustrer l'essai Charles Baudelaire Dimanche 4 Novembre 2018 / Osena t / 109 de Charles Asselineau (1869). Non content d'agir parfois comme agent littéraire pour Charles Baudelaire, le peintre lui prêta des sommes importantes alors qu'il n'était pas très fortuné lui-même. En revanche, si Charles Baudelaire affirma avoir été le premier à découvrir le talent d'Édouard Manet, et nourrit de fait de l'admiration pour lui, il ne lui apporta pas l'aide publique que celui-ci aurait espérée, notamment lors des scandales du Déjeuner sur l'herbe (1863) et d'Olympia (1865). « Delacroix [...], figure de proue de la modernité baudelairienne, a caché à Baudelaire la modernité de Manet » (Claude Pichois). Charles Baudelaire lui écrirait même, le 11 mai 1865, « Vous n'êtes que le premier dans la décrépitude de votre art ». Ils demeureraient cependant liés jusqu'à la fin, et Édouard Manet se rendit à son enterrement. Lettres à Charles Baudelaire, p. 230-232.

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N° 47
MANET (Édouard). Lettre autographe signée « Ed. Manet » à Charles Baudelaire. [Paris, vers le 25 octobre 1865]. 1 p. 3/4 in-8, infimes perforations. Avec mentions autographes de Narcisse Ancelle, conseil judiciaire et confident de Charles Baudelaire. Joint, une lettre autographe signée de l'épouse du peintre au poète. « Mon cher ami, me voilà de retour à Paris depuis quelques temps déjà et j'ai pa yé mo n tribu à l'épi démie régnante [de choléra ]. Les miens, heureusement, se portent bien. Il y a longtemps que vous ne m'avez donné de vos nouvelles. J'ai essayé plusieurs fois de voir Lemer mais il est impossible de mettre la main dessus. Y a-t-il du nouveau de ce côté [le libraire Julien Lemer, qui servait alors d'agent littéraire à Baudelaire, négociait alors avec les frères Garnier les conditions d'une édition des oeuvres complètes du poète, et Édouard Manet vint parfois en appoint]. J'ai app ris avec plaisi r que Vict . Hugo ne pouvait pl us se passe r de vo us [Baudelaire se trouvait à Bruxelles depuis 1864, et Victor Hugo y séjourna de juillet à octobre 1865]. Cela ne m'éto nne pas , il doit trouve r pl us d'att raits en la compag nie d'un homme comme vo us qu'en celle des fa nati ques qui l'ento urent d'ordinaire. Ne pourrait-on pas traiter avec ses éditeurs [Albert Lacroix et Louis-Hippolyte Verboechoven, qui avaient en fait déjà refusé]. Je ne doute pas que vous désiriez revenir le plus tôt possible à Paris et fais des voeux pour que vous ne recommenciez pas l'année 1866 à Bruxelles. À bientôt donc mon cher ami, je vous serre la main... » Suzanne, épouse et modèle de Manet, à Charles Baudelaire Joint : MANET (Suzanne Leenhoff, madame Édouard). Lettre autographe signée à Charles Baudelaire. Château de Vassé [commune de Rouessé-Vassé dans la Sarthe], 5 septembre [1865]. « En l'absence de mon mari, votre lettre adressée à Édouard est venue me trouver à la campagne chez un de ses oncles [Adolphe Fournier]. Le pressé de votre pli m'a dicté l'obligation d'en briser le cachet. Pardonnez-moi, Monsieur, de m'être ainsi initiée dans vos troubles secrets , et aussi de vous remercier du fond du coeur de songer à la gêne de mon pauvre Édouard, aux soucis que lui-même a de son avenir. Édouard a quitté Paris il y a huit jours, compta nt prolo nger son séjour en Espag ne, venir me chercher dans le Maine et y rester quelque temps. Je vous en avertis, Monsieur, afin que vous puissiez trouver un autre ami qui puisse promptement voir les personnes que vous lui indiquez. Peut-être vous trouverez-vous beaucoup mieux, car mon cher mari est un bien mauvais homme d'affai res , quand même sa vive amitié pour vous ! Les Lejosne sont rentrés dans Paris. Nous avons vu le commandant avant notre départ. Je n'ai point encore de nouvelles d'Édouard, ce silence augmente pour moi la longueur du temps. Ma belle-mère [Eugénie Fournier, mère d'Édouard Manet] me charge de vous remercier de votre bon souvenir et vous envoie ses meilleurs compliments... » (3 pp. in-8, sur papier avec en-tête gravé au monogramme d'Édouard Manet). Pour la lettre d'Édouard Manet : Lettres à Charles Baudelaire, p. 237-238. – Pour la lettre de Suzanne Manet, ibid., pp. 235.

MANET (Édouard). Lettre autographe signée « Ed. Manet » à Charles Baudelaire. [Paris, vers le 25 octobre 1865]. 1 p. 3/4…
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N° 48
MANET (Édouard). 3 lettres autographes signées « Édouard Manet » à Narcisse Ancelle, conseil judiciaire et confident de Charles Baudelaire. [Paris], septembre 1867 [-janvier 1868]. Chacune avec courte apostille autographe de Narcisse Ancelle. Ami dévoué de Charles Baudelaire, Édouard Manet lui avait avancé des sommes importantes alors que lui-même n'était pas particulièrement fortuné. Les présentes lettres, postérieures à la mort du poète (31 août 1867) sont relatives au recouvrement de cette créance qui interviendrait le 7 mars 1869. Sur Narcisse Ancelle, voir ci-dessus le n° 1. – 24 septembre 1867. « J'app rends que Baudelai re a laissé derrière lui une somme de.... qui sert à pa yer les dettes qu'il a laissées , vous êtes, je crois, Monsieur, chargé de ce soin. J'ai entre les mains reconnaissance d'une somme de quinze-cents francs que je lui avais prêtée. Quand to ut le monde sera dési nté ressé et s'il reste quel que chose, je vo us prierai de pe nser à moi... » (2 pp. in-16, en-tête gaufré à son initiale « M », petites perforations avec atteinte à une lettre). – Octobre 1867 [la mention du « jeudi 19 » est erronée, le 19 octobre étant en fait un samedi]. « Mes amis qui étaie nt en même temps des pl us intimes avec Ch. Baudelai re trouvent que j'ai eu to rt de m'inscrire en dernier comme créancier dans sa successio n. Je l'avais fait par pure délicatesse car je ne puis perdre une somme de l'importance de celle que je vous réclamais dans une première lettre. Je viens donc vous rappeler, Monsieur, que j'ai entre les mai ns deux tit res , l'un de mille francs, l'autre de cinq-cents – sommes prêtées pa r moi à Ch. Baudelai re. Je serais bien aise de savoir si je peux compter rentrer dans ces sommes en un temps rapproché... » (1 p. 1/2 in-12, en-tête gaufré aux initiales « SM » de son épouse, infimes perforations). De sa main, Narcisse Ancelle a inscrit la teneur de la réponse qu'il a adressée à Manet : « 24 octobre 1867... J'ai pris bonne note de votre réclamation à la succession de notre pa uvre ami Charles Baudelai re. » – « Ce 7 janvier » [1868]. « Je regrette de venir vo us pa rler enco re de ma créance à la successio n Baudelai re, mais je trouve que to ute cette affai re-là traîne bien en lo ngueur, et voudrais bien bien rentrer dans la petite somme qui m'est due... » (1 p. in-16, petite perforation avec atteinte à un mot). Lettres à Charles Baudelaire, pp. 228-229 (citations partielles).

MANET (Édouard). 3 lettres autographes signées « Édouard Manet » à Narcisse Ancelle, conseil judiciaire et confident de …
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N° 49
MEURICE (Éléonore Palmyre Granger, madame Paul). 3 lettres autographes signée [à Charles Baudelaire], dont une portant une apostille autographe de celui-ci . [1865]. Chacune également avec apostille autographe de Narcisse Ancelle, conseil judiciaire et confident de Charles Baudelaire. Une ami tié fémi nine de Baudelaire. Épouse de Paul Meurice, écrivain proche de Victor Hugo, Éléonore Palmyre Granger (1819-1874) était la fille du peintre Jean-Pierre Granger, et, pianiste de talent, fut notamment professeur de piano de Camille Saint-Saëns. Ingres et Bracquemond peignirent son portrait. Charles Baudelaire entretint avec elle une relation amicale et intellectuelle de haute tenue, comme en témoigne les lettres qu'il lui adressa, mais sans la même coquetterie amoureuse qu'elle y mettit. Ils avaient en commun la même vénération pour le génie de Richard Wagner – Charles Baudelaire consacra à celui-ci un important article publié ensuite en librairie. Après qu'il fut revenu malade de Bruxelles, madame Meurice vint quelquefois le voir pour lui jouer des airs de leur compositeur fétiche. « Votre dévouement pour Wagner... » – [Paris, vers le 5 janvier 1865]. « Si, cher Monsieur, je vous écris, et je le fais, sans être embarrassée. Ce n’est point mon esprit qui a la prétention de vous répondre, c’est ma simplicité et ma bonhomie habituelle. Dès que j’ai reconnu à l’adresse votre écriture, j’ai éprouvé une vraie joie et je vous le dis tout de suite pour vous en remercier. Le timbre de Bruxelles m’a un peu attristée , vous êtes toujours loin de nous mais vous pensez à moi quelquefois et vous avez eu besoin de me le prouver aujourd’hui, cela ne me suffit pas, mais me ferait prendre patience. J’ai souri d’abord en lisant vos folies , en les relisa nt, j’ai ép rouvé comme une esp èce de pitié , ne vous rebiffez pas, cette pitié n’a rien de blessant, au contraire. Me suis-je trompée, il m’a semblé que vo us ave z une souffrance et que vo us aurie z eu le dési r de me la raco nte r. Mais votre défiance, votre fierté vous ont retenu de le faire , avec moi, c’est mal. Vous devez me connaître assez pour savoir que je ne ris pas toujours et que je suis votre vieille amie. Voyons, que faites -vo us à Bruxelles ? Rie n. Vous y mourez d’ennui, et ici on vous attend impatiemment. Quel fil vous tient donc par l’aile attaché à cette stupide cage belge ? Dites-le-nous simplement. Le petit groupe qui vous regrette tant ne demanderait pas mieux que d’aider à couper ce fil si c’est possible. Que faut-il ? Est-ce une passe [titre de transport gratuit pour les chemins de fer] ? Nous l’aurons. Faut-il vous faire réclamer par la police, ou la force armée ? Enco re une fois, reve neznous, vo us nous manquez. Manet , déco uragé , déchire ses meille ures ét udes , Bracq uemond ne di scute plus , j’éreinte mon piano, espérant que les sons arriveront jusqu’à vous et vous attireront. No us faiso ns de la musique to us les quinze jours, chez moi. Les loups ne sont pas admis. Je suis maîtresse, seule, et ma royauté absolue n’a pas de sujets rebelles. Venez, votre absence est la seule ombre de ces petites réunions. Elles ont été organisées au moment où circulait le bruit de votre retour, nous y avons cru et nous nous sommes rassemblés, pour vous attendre. De temps en temps nous crions comme les sentinelles dans la nuit : "Baudelaire ne vient pas !" et il se fait un noir silence. Vous manquez aussi, savez-vous, à vot re dévo uement pour Wag ner. En musique, chacun ici a son adoration, dam ! Je fais ce que je peux : à Manet, il faut Haydn, Beethoven à Bracq uemond , Haendel à Champfleury, Fantin lui-même a son Dieu : Sc humann. Venez, et je joue Wagner . J’ai fait connaissance avec deux femmes qui vous regrettent. J’ai trouvé l’une jolie, l’autre conquérante, toutes deux bêtes diversement , mais, il est convenu que les femmes n’ont pas et ne doivent pas avoir d’esprit. La Japonnaise du Pays latin [cabaret de Montmartre] voudrait bien vous rendre ce que vous lui avez confié. La commandante fait présenter les armes à son mari chaque fois qu’on prononce votre nom [le commandant Hippolyte Lejosne et son épouse Valentine Thérèse Cazalis-Allut, amis communs de Manet et de Baudelaire]. Je l’ai vue le jeudi soir chez la mère Manet qui, elle aussi, a des regrets pour vous... Ah ! J’allais oublier une grave questio n que seul vo us saurez décider. Faut-il que je reprenne mes bandeaux ou dois-je pe rsiste r dans certai ne coiff ure que j’essaie , pe ut-être en souvenir de vo us ? Une manière de cheveux relevés en coques sur le sommet de la tête avec des boucles qui descendent vers le front, laissant les oreilles et la nuque à découvert. Et ma robe Robi n des bois garnie de co rnalines sans le pl us petit pli sur les hanches . Et ma robe de taffetas vert à l'habit d’Incroyable et celle de 15/16 [1815/1816] blanc brodée par feue mon arrièregrand- mère ? Tout cela vous attend. Est-ce qu’il devrait en falloir tant, quand je dis "Venez, mon amitié reconnaissante de ce que vous avez été pour moi lorsque mon coeur débordait d’amertume et de chagrin, mon amitié calme, sereine et forte aujourd’hui, vous appelle et vous tend les mains"... Malgré moi, je vais vous attendre, samedi, étonnez-moi, étonnez-nous tous en arrivant. Je ne vous souhaiterai la bonne année que de vive voix et par une poignée de main bien sentie (et votre livre dont il faut que je vous remercie)... » (4 pp. in-12, infimes perforations). Madame Meurice répondait ici à la lettre que Baudelaire lui avait adressée le 3 janvier 1865, dans laquelle il affirmait : « Dois-je vous dire combien je vous aime ? » et « Faut-il vous dire combien de fois j'ai pensé à vous (chaque fois que je contraignais un Belge à exécuter un morceau de Wagner [...]) ». Il y décrivait aussi les provocations auxquelles il se livrait cyniquement à Bruxelles : « Chère Madame, ne me répondez pas , vous seriez embarrassée, malgré tout votre esprit, pour répondre à une pareille lettre ». « Ah ! Pendez-vous, il y a eu une soirée chez Manet et vous n'y étiez pas ! » – [Paris, vers le 15 février 1865]. « ... Le lundi qui a suivi ma première épître, la conversation ci-après avait lieu devant moi entre mon mari et le représentant de la maison Lacroix Verboeck[hoven] (vous parlez de mots impossibles, en voilà un qui me trouble rien qu'à le lire, s'il fallait le prononcer, grand Dieu !) – Que publiez-vous, que publierez-vous ? demandait mon mari. – Des inepties pour la caisse, contre la caisse, la traduction d'un beau livre, le Melmo th de Mat hurin [sic]. – De qui la traduction ? – De Judith (du Théâtre- Français) [la comédienne Julie Bernat dite Mademoiselle Judith, parente de Rachel, qui publia notamment des traductions de Charles Dickens ou Wilkie Collins]. Grimaces très significatives de mon mari. – Pourquoi n'ave z-vo us pas demandé cette traductio n à Baudelai re, lui seul pouvait la bien fai re ! etc., etc., etc. Vrai, mon mari a été très gentil, et j'ai regretté que vous n'entendiez pas tout ce qu'il a dit de vous, vous auriez pardonné certaine boutade... J'avais envie de vous mettre au courant de cette affaire et de vous engager à aller trouver Lacroix, qui sait si on ne serait pas parvenu dans l'intérêt de tous, à mettre Judith de côté... Hier, Guérin [le journaliste Théophile Guérin, alors employé aux éditions Lacroix et Verboeckhoven] que nous avions gagné à vous et inquiété sur Judith est revenu nous voir et a reparlé du Melmoth. Il a effrayé la malheureuse sur la tâche qu'elle a pris si légèrement et lui a inspiré le désir de votre collaboration , cela irait tout seul si vous n'étiez à Bruxelles. que diable faites -vo us en Belgi que, ca r vos raisons sont si mauvaises ! Mon mari a insisté pour qu'il y ait une préface de vous... J'ai dit. Vous voilà au fait, voyez si le coeur vous en dit... Maintenant, chez Monsieur, comme je n'ai pas laissé lire à mon mari tout ce que vous m'avez raconté pour distraire ma triste vie, il ne doit pas se douter que je vous mets directement dans la confidence de ces conversations. Mettons, si vous voulez, que j'ai raconté cela à Manet ou à Bracquemond et que c'est l'un d'eux qui vous a écrit. Ah ! Pendez-vo us, il y a eu une soirée chez Manet et vo us n'y étie z pas ! Tout le monde en grande tenue. La commandante peu vêtue mais de satin avait des remparts, des tours, des balisthes, des cabestans d'argent sur la tête, le cou, les bras. C'était très militaire et Polyte triomphait [il s'agit d'Hippolyte Lejosne et de son épouse Valentine Thérèse Cazalis-Allut, amis communs de Manet et de Baudelaire]. La Stevens [l'épouse d'un des deux frères et peintres Alfred ou Joseph Stevens] avait cet éclat emprunté, dont elle a l'art de peindre etc., plus une coiffure grecque qui allait à merveille à sa jolie tête... Des dames inconnues, brunes, blondes, se pressaient dans le salon. Les hommes, vous les connaissez tous, timides comme des poissons rouges, pudiques comme des éléphants ou sauvages comme des ours, ils ont résolu de nous fuir comme des pestiférées et se sont installés dans la salle à manger. Manet allait des uns aux autres dans le fallacieux espoir d'un rapprochement. La musique les attirait un instant, puis après ils se sauvaient tant qu'ils pouvaient... Mme Manet a joué comme un ange [Suzanne Leenhoff était pianiste]... Chérubin-Astruc a chanté [l'artiste et écrivain Zacharie Astruc], la commandante-Thérèse a chanté aussi. Je vous parle de la command[ant]e parce que, si vous ne vous intéressez pas à elle, elle s'intéresse à vous et cela revient au même. Nous nous sommes séparés à regret à 2 heures du matin. Oh l'horrible temps au-dehors, la pluie, la neige, le froid, le noir, brrrr ! Je suis gelée quand je m'en souviens. Même là, au coin de mon feu où je suis si bien. Vous l'avez abandonné, dése rte ur que vo us êtes . Je vo udrais bien ne pas vo us regrette r et fai re comme Paris qui comme nce à prendre son pa rti de vot re absence, mais non, je ne pe ux pas . Je ne pardonnerai jamais à ce grand dadais de Stevens [le troisième frère Stevens, Arthur, originaire de Belgique] de vous avoir envoyé boire la bière de sa patrie... » (3 pp. 2/3 in-8, fentes aux pliures dont une jusqu'à mi-page, infimes perforations). De sa main, Baudelaire a inscrit ici : « La lett re de Dumas à Meurice » ( en marge haute de la première page). Il fait ici allusion à la lettre qu'Alexandre Dumas père écrivit en février 1865 à Paul Meurice pour reconnaître la paternité pleine et entière de celui-ci dans l'écriture du roman Les Deux Diane, originellement publié en 1846-1847 sous le seul nom de Dumas. Paul Meurice venait de la publier en préface à l'édition du drame qu'il en avait tiré. Baudelaire répondit à cette lettre de madame Meurice le 18 février 1865 : il y disait refuser de collaborer à une traduction du roman Melmoth de Charles Robert Maturin (« Je regarde les traductions comme un moyen paresseux de battre monnaie »), affirmait ne pas partager la sévérité de sa correspondante « sur les femmes qui montrent beaucoup de nudités », et critiquait Alfred Stevens comme Belge. « Je suis insultée tous les jours... pour mon courage à défendre Manet, venez donc me donner un coup de main.... » – [Paris, mi-mai 1865]. « Manet dit que vo us me demandez. Eh bien, me voil à – Comme il m’ennuie de ne pas vous voir, je profite vite de votre appel pour causer un instant avec vous. – Mais, qu’attendezvous ? Que me voulez-vous ? De quoi désirez-vous que je vous parle ? Depuis quelque temps, la vie est d’une monotonie écoeurante... Quoique habita nt Bruxelles , vo us co nnaissez Paris mieux que moi, bien sûr. Vous save z ce qui s’y dit , s’y écrit , s’y passe , s’y publie. Vous avez vu notre exposition de peinture par des yeux meilleurs que les miens [le Salon où Manet, ami commun, fit scandale en exposant Olympia]. Vous lisez tous les feuilletons qui en parlent, que pourrais-je en dire ?... D’ailleurs, je ne suis allée au Salon qu’une fois , il faut vous dire que depuis le 2 mai je suis comme qui dirait malade... J'ai voulu tâter de la maladie, j'ai cru que j'allais ramener un peu d'intérêt sur moi. Hélas, je n'ai point pâli, je n'ai point maigri. Loin de s'apitoyer sur ma santé on m'a laissée seule avec ma fièvre... Pendant que je vous écris, j’entends le chemin de fer, qui file vers Bruxelles. Voilà-t-il pas une jolie invention que cette grosse mécanique qui rue, renifle pour emporter, rapporter tous les jours des milliers d’indifférents à des milliers de kilomètres et qui n’a pas l’intelligence de vous enlever de cette satanée Belgique, où je suppose que [vous] ne vivez qu’à moitié, pour vous rendre à vos amis éplorés de votre trop longue absence. Oui, va, stupide machine, siffle, toi, siffle ton inutilité, siffle ceux que tu portes, siffle aussi celui que tu laisses puisqu’il se plaît loin de nous. Ah ! si vo us étie z à Paris, vo us viendriez fumer vot re cigarette dans mon pot de fleurs – mon jardin, vu sa petitesse , ne mé rite pas d’autre nom . J’y suis souvent assise, comme la première fois que vo us êtes venu me voi r, vo us souvenez-vo us. Mon mari a fait un voyage en Italie. Depuis qu’il est revenu, il va souvent à la campagne... dîner. Quand il exécute sa fugue pastorale, je dîne seule, tête-à-tête avec celui-ci ou celuilà. – Je vous ai eu quelquefois, vous ne vous en êtes probablement pas aperçu. Venez donc de ces dîners illusoires faire des dîners réels , nous causerons après, je ne puis ca user qu’avec vo us, vo us seul save z me fai re croire qu’on pe ut ne pas s’ennuyer à pa rler d’autre chose que de la politi que. La République, la lune, qu’est-ce que cela me fait, en quoi cela m’intéresse-t-il ! Elles sont aussi impossibles à connaître, l’une que l’autre. Je suis insultée to us les jours, et pa r to ut le monde pour mon co urage à défe ndre Manet , venez donc me donner un co up de main. Mon Dieu ! qu’il y a longtemps que je ne vous ai agacé, avec ma révérence, je vous la fais, tant je suis mécontente de vous , ne pas revenir, ne pas m ’écrire, ne plus avoir d’amitié pour moi, c’est sûr, et vous croyez que je vous aime, que je vous souris, que je vous donne la main, oh nenni da !... » (4 pp. in-12, infimes perforations). Baudelaire répondit à cette lettre le 24 mai 1865 : notamment sur l'horreur qu'inspire la maladie (madame Meurice se plaignait qu'étant malade elle était abandonnée par ses amis), sur sa propre franchise avec les femmes mais son « respect pour le convenable » qui l'a empêché plusieurs fois de « sauter au cou » de madame Meurice, sur Manet : « dites-lui [...] que la raillerie, que l'insulte, que l'injustice sont des choses excellentes [...]. Vraiment, Manet a des facultés si brillantes et si légères qu'il serait malheureux qu'il se décourageât. Jamais il ne comblera absolument les lacunes de son tempérament. Mais il a un tempérament, c'est l'important ». Lettres à Charles Baudelaire, pp. 262-271 (pour les trois lettres).

MEURICE (Éléonore Palmyre Granger, madame Paul). 3 lettres autographes signée [à Charles Baudelaire], dont une portant u…
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N° 50
POULET-MALASSIS (Auguste). Ensemble de 8 lettres autographes signées à Charles Baudelaire. 1859 et s.d. Dont 4 avec apostilles autographes de Narcisse Ancelle, conseil judiciaire et confident du poète. Infimes perforations. Belle correspondance Sur l'im pression de l'essai de Charles Baudelaire sur Théophile Gautier, sur une poésie et un projet de nouvelle (« j'admire votre persistance dans vos projets... »), sur le portrait de Baudelaire par Courbet, sur Delacroix, sur Nadar, sur la publication française d'Honoré de Balzac de Théophile Gautier, etc. Les citations qui en sont portées ci-dessous ont souvent été abrégées. « Auguste Poulet-Malassis, le seul être dont le rire ait allégé ma tristesse en Belgiq ue » (Charles Baudelaire). Héritier d'une dynastie d'imprimeurs alençonnais, Auguste Poulet-Malassis (1825-1878) vint à Paris étudier à l'École des Chartes, fréquenta la bohème littéraire et artistique, et, républicain convaincu, participa aux événements de 1848. À partir de 1852, il se consacra à l'imprimerie familiale, d'abord avec son beau-frère, à Alençon puis Paris, ensuite seul. Parmi ses publications figurent en bonne part les textes de ses amis, comme Théodore de Banville, Charles-Marie Leconte de Lisle, ou Charles Baudelaire. En raison de pratiques financières aventureuses et des procès et amendes occasionnées par plusieurs de ses livres, Auguste Poulet-Malassis fit faillite et dut s'exiler à Bruxelles en septembre 1863. Il poursuivit néanmoins clandestinement une activité d'éditeur, principalement de textes licencieux et de pamphlets contre l'Empire. Auguste Poulet-Malassis rencontra Charles Baudelaire en 1850, et publia plusieurs de ses grands livres : Les Fleurs du mal (1857), Théophile Gautier (1859), Les Paradis artificiels (1860), Les Épaves (1866). Malgré quelques brouilles, une véritable complicité vint à les unir. Exilés tous deux à Bruxelles, il se fréquentèrent alors d'autant plus assidûment que Charles Baudelaire retrouvait avec lui une communauté d'esprit qui lui manquait cruellement là-bas. Passé à la postérité pour son rôle auprès de Charles Baudelaire, il n'en fut pas moins par lui-même « écrivain, érudit sans pédantisme, éditeur hardi, maître des élégances typographiques, bibliophile lui-même, découvreur de talents, le seul "qui ait eu le respect des poètes", dit Banville au moment de sa mort, ami des artistes, homme pudique, intègre, fidèle jusqu'à l'intransigeance » (Claude Pichois, Auguste Poulet-Malassis, p.231). – [Alençon, vers les 15-17 juin 1859]. « ... Je vois avec bien du plaisir que vous utilisez votre temps. Vous m'avie z dit des vers de la belle pi èce que vo us m'envo yez ac hevée [le poème « Le voyage »] et je crois me rappele r qu'il y a déjà lo ngtemps vo us m'avie z entrete nu de ce projet de nouvelle d'un homme qui délibère s'il découvrira ou ne découvrira pas la conspiration dont il a surpris le secret [« La conspiration », projet demeuré inachevé dont il ne subsiste que le canevas]. J'admire votre persistance dans vos projets, surtout quand elle aboutit comme dans le cas présent. Votre activité actuelle réjouit tous vos amis. Il n'est pas impossible que j'aille vous voir à Honfleur un de ces jours... Depuis 2 mois je ne suis allé qu'une fois à Paris, la semaine dernière, et je n'y ai passé que quatre jours. J'ai su pendant que j'y étais que Morel venait de recevoi r la première copie de vot re Salon [Jean Morel dirigeait la Revue française où allaient paraître les lettres de Baudelaire à lui adressées constituant son Salon de 1859]... » Dans cette réponse à la lettre que Baudelaire lui avait écrite le 13 juin, Poulet-Malassis évoque également Charles Asselineau (« à la dérive de réflexions mélancoliques sur son manque d'argent et sur son âge »), Hippolyte Babou (« moins pétillant que de coutume »), Théodore de Dimanche 4 Novembre 2018 / Osena t / 119 Banville (qu'il a trouvé chez lui « non pas précisément dansant le cancan avec tous ses amis, mais carrément à table, et buvant comme un templier, en compagnie du baron Brice rédacteur de L'Abeille impériale... ), Nadar (« mandé par l'empereur », qui « est nommé commandant du régiment en vue de formation des photographes balonniers »), les ouvrages qu'il édite, notamment un sur Saint-Just qui lui donne l'occasion de faire l'éloge du personnage (« le seul homme de la Révolution de taille à balancer Bonaparte », reprenant en cela un jugement de Michelet), sa propre condamnation à de la prison pour dettes, des questions d'argent entre lui et Baudelaire, etc. (4 pp. in-8). – Alençon, 8 août 1859. « Vous aurez cette semaine l'ép reuve en pa quet pour les changements que vo us pourriez juger nécessai res . Soyez tranquille, je vo us ferai un joli petit livre [Baudelaire lui avait écrit le 7 août : « Je vous supplie de faire du Gautier quelque chose de propre »]... Courbet me laisse vot re portrait à 500 f. Je lui ai répondu que je le prendrais bien volontiers s'il voulait me faire crédit jusqu'au 15 novembre [ce tableau fut acheté par Poulet-Malassis, et est actuellement conservé au musée Fabre à Montpellier]. Vous pouvez donc vous féliciter de voir progresser lentement vos 4 volumes, farceur que vous êtes. Nous ne mourrons pas encore cette fois-ci... » Également sur l'arrêt des poursuites contre lui en échange de la mise au pilon du livre sur Saint-Just qu'il publiait (« ce sont des infamies, mais qu'attendre du régime impérial... »), et sur Champfleury à qui il a acheté plusieurs livres à publier (1 p. in-8, adresse au dos, petite déchirure au feuillet d'adresse due à l'ouverture sans atteinte au texte) – Alençon, 23 septembre 1859. « ... Tout cela me semble bien douteux, et je me demande comment vous ferez pour amortir votre dette en partie, trimestre par trimestre, si vous n'avez pas trouvé le moyen de le faire au bout de neuf mois. Vous connaissez ma situation. Je n'ai pas le sou. Je suis même plus pauvre que vous... La situation est lourde pour moi, parce qu'au bout du compte, par ces billets personnels, je discrédite positivement ma maison qui n'est pas à moi seul... Personnelleme nt je suis sans resso urce et même les 100 f. que je vo us ai adressés au comme ncement du mois m'ont fait reste r dep uis ce temps dans la misère... » Avec différents détails financiers (2 pp. 1/4, adresse au dos). – [Alençon, 26 septembre 1859]. « ... Tâchons de régulariser l'affaire, pour amortir graduellement la dette , vous savez bien que mon amitié pour vous m'y fera mettre tout le temps qu'il faudra pour que votre vie n'en soit pas gênée... Il me semble bien impossible d'aller chez M. Delac roix. Si ce n'est prése nté pa r vous [Baudelaire avait demandé, pour Auguste Poulet-Malassis, un dessin au peintre, lequel s'était alors proposé d'offrir une peinture encore à faire]. » Avec de nombreux détails sur leurs affaires financières (2 pp. 1/2 in-8). – Alençon, 30 septembre 1859 : « Oui, cette leçon vaut un quatre-sous [cigare bon marché à 20 centimes] et même un fromage. Mais maintenant que nous avons un mois de calme, je ne pe nse pl us qu'aux ép reuves Gautier qui trainent d'une fa çon eff royable et nous gênent horriblement. Concluons ! Concluons. Je n'attends que leur retour pour prendre le chemin de fer. No us avo ns fait hier un dîner du ba ron d'Holbac h [en référence aux dîners de libres penseurs organisés par le philosophe du xviiie siècle] avec St-Albin, Lacombe, Chennevières, Dussieux, Le Hamel [le magistrat et écrivain Hortensius de Saint-Albin, le publiciste et historien Francis Lacombe, l'historien et futur directeur des Beaux-Arts Philippe de Chennevières, ami de jeunesse de Baudelaire, tous auteurs publiés par Poulet-Malassis, et l'historien et écrivain Louis Dussieux], où il n'a été questio n que de Die u, du pape , de Mirabeau et de vo us, homme glo rieux. Malg ré la cacop honie que vo us appo rte z dans ma chétive existe nce, je vo us serre la main, pa rce que "l'amitié d'un grand homme est un bienfait des dieux" [citation d'OEdipe de Voltaire]... » (1 p. in-8, adresse au dos). – Alençon, 8 novembre 1859. « ... Vous pouvez difficilement vous imaginer ma position. Je ne vis réelleme nt pas . Le moindre acci dent rend mon existe nce impossible au milieu des miens pour lesquels je sens à chaque instant que je suis devenu un objet d'inquiétude et de suspicion. Il importe que vous me fassiez connaître avant le 20... où vous en serez. Vot re brochure [Théophile Gautie r] doit être arrivée ... » (1 p. in-8, adresse au dos, petite déchirure angulaire due à l'ouverture sans manque de texte). – [Alençon], 16 novembre 1859. « Vous faites erreur, ce n'est pas 300 f. tirage à 1100, mais 300 f. tirage à 1600. Ainsi que je vous l'ai dit, je crois, je compte publier vos livres à 2 f. excepté le vol ume de poésies [la seconde édi tion des Fleurs du mal] qui reste ra à 3 et pour lequel je compte fai re des frais qui justifieront son prix en dehors de la considération de celui de la première édition. Les 440 f. que vous me devez personnellement sont indépendants des 250 que vous devez à la librairie. La somme que nous aurons à vous donner dans l'année sera donc de 950 auxquels il conviendra d'ajouter quelque chose pour le Gautier, ne fût-ce que 30 f. par exemple, car je ne veux pas prendre une ligne de copie pour rien, dans l'état de vos affaires. Vous ne me dites pas si vo us ave z été co nte nt de ce petit vol ume. J'ai fait de mon mieux pour vo us être ag réable... Tâchez de nous livrer vos mss. en janvier... Il va sans dire qu'en cas d'écoulement avant deux ans, il y a lieu à un 2e tirage immédiat... » Avec des détails sur leurs affaires financières (2 pp. 1/2 in-8). – [Alençon, fin mars 1861]. « J'ai to ujours gardé la supe rstitio n que cette malheureuse dette serait la ca use de not re déb âcle et j'en ai plus peur que jamais, car il nous est impossible de la payer ce mois-ci. Je comprends du reste rien qu'à jeter un coup d'oeil sur votre nomenclature que de votre part vo us n'y pouvez rien. Je viens d'écrire à mon beau-frère [Eugène De Broise, son associé dans son affaire de libraire-éditeur], pour lui dire de tâcher de faire escompter trois billets de 500 f. chacun pour le 25 par Asseli neau, La Fizeli ère et Champfle ury [les écrivains Charles Asselineau, Albert-André Patin de La Fizelière et Jules-François-Félix Husson dit Champfleury]. Je vais tâcher de fai re donner ces soldats du désespoi r. Je préviens en même temps Eugène que vous avez l'espoir que Hetzel [l'éditeur Jules Hetzel] nous fera escompter passé le 25 2 billets de 800 f. chacun qui pareraient aux créances du 1er et du 10... Je lutte pour sauver l'imprimerie et la librairie, et, si je les sauve, pour me libérer de mon beau-frère. Au fond, je bénis le Ciel qu'on ne trouve pas d'acquéreur pour l'imprimerie. J'ai la conviction que nous ne marcherons jamais attelés au même joug, et finalement, comme j'ai à sauver l'existence de ma famille avant la mienne, si nous sombrons, je leur laisserai l'imprimerie, et m'en irai n'importe où, faire n'importe quoi. On n'a pas plus de malheur que nous en avons. Pour le crédit, je crois qu'on ne nous donnerait pas d'argent monnayé pour de l'or en barre. Faites le possible... » (1 p. in-8). En réponse à la lettre à lui adressée par Baudelaire vers le 20 mars 1861. Lettres à Charles Baudelaire, pp. 294-306, et 308-309. « Ces Fleurs au savant poison »

POULET MALASSIS (Auguste). Ensemble de 8 lettres autographes signées à Charles Baudelaire. 1859 et s.D. Dont 4 avec apos…
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