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Collection Baudelaire & grands écrivains

dimanche 04 novembre 2018 - 14:30
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N° 1
BAUDELAIRE (Charles). Lettre autographe signée « C. Baudelaire » à Narcisse Ancelle, avec 2 apostilles autographes de celui-ci. [Paris], 30 juin 1845. 7 pp. 1/2 in-4, petites fentes aux pliures, quelques infimes perforations. Sans doute la plus extraordinaire missive de Baudelaire en mains privées Célèbre « lettre du suicid e » : orphelin de père, mal aimé de son beaupère (officier vétéran des guerres d'Empire), humilié par sa mise sous tutelle financière (depuis septembre 1844) et néanmoins perclus de dettes, en proie au doute sur son génie littéraire, Charles Baudelaire annonce ici son désir d'en finir avec la vie et déclare hautement son amour pour sa maîtresse Jeanne Duval, inspiratrice de plusieurs poèmes des Fleurs du mal. Le poète tenterait de se suicider au début du mois de juillet, d'un coup de couteau sans conséquences, et serait alors recueilli quelque temps chez Jeanne Duval. « Il faut donc que je vous explique mon suicide... » « Quand mademoiselle Jeanne Lemer vo us remett ra cette lett re, je serai mort. – Elle l'ignore. – Vous connaissez mon testament – sauf la portio n rése rvée à ma mère, mademoiselle Lemer doit hérite r de to ut ce que je laisse rai après paiement fait par vous de certaines dettes dont la liste accompagne cette lettre. Je meurs dans une affreuse inquiét ude – rappelez-vous notre conversation d'hier. – Je dési re, je veux que mes dernières inte ntio ns soient st ricteme nt exécutées . – Deux pe rsonnes pe uvent atta quer mon testame nt , ma mère et mon frère – et ne pe uvent l'atta quer que sous le préte xte d'aliénatio n mentale – mon suicide ajouté aux désordres divers de ma vie ne peut que les servir pour frustrer mademoiselle Lemer de ce que je veux lui laisser. Il fa ut donc que je vo us expli que mon suicid e et ma co nduite à l'égard de mademoiselle Lemer . – De telle sorte que cette lettre adressée à vous, et que vous aurez soin de lui lire, puisse servir à sa défense, en cas que mon testament soit attaqué par les personnes ci-dessus nommées. Je me tue – sans chagrin. – Je n'éprouve aucune de ces perturbations que les hommes appellent chagrin – mes dettes n'ont jamais été un chagrin – Rien n'est plus facile que de dominer ces choses-là. – Je me tue pa rce que je ne puis pl us vivre, que la fatigue de m'endormir et la fatigue de me réveiller me sont insupportables. Je me tue pa rce que je me crois immortel , et que j'esp ère. – Au moment où j'écris ces lignes, je suis tellement bien doué de lucidité, que je rédige encore quelques notes pour Mr Théodore de Banville, et que j'ai toute la force nécessaire pour m'occuper de mes manuscrits. Je donne et lègue to ut ce que je possède à mademoiselle Lemer, même mon petit mobilier et mon portrait – pa rce qu'elle est le se ul être en qui j'ai trouvé quel que repos – quelqu'un peut-il me blâmer de vouloir payer les rares jouissances que j'ai trouvées sur cette affreuse terre ? Je connais bien mon frère – il n'a pas vécu en moi ni avec moi – il n'a pas besoin de moi. Ma mère, qui si souvent et to ujours involo ntai rement, a empoisonné ma vie, n'a pas non pl us besoi n de cet argent. Elle a son mari , elle possède un être humain, une affection, une amitié. Moi, je n'ai eu que Jeanne Lemer. – Je n'ai trouvé de repos qu'en elle, et je ne veux pas, je ne peux souffrir la pensée qu'on veuille la déposséder de ce que je lui donne, sous prétexte que ma raison n'est pas saine. Vous m'ave z ente ndu ces jours-ci ca user avec vo us. – Étais -je fo u ? Si je savais qu'en priant ma mère elle-même, et en lui exposant la profonde humiliation de mon esprit, je pusse obtenir d'elle de ne pas troubler mes dernières volontés, je le ferais immédiatement – tant je suis sûr qu'étant femme, elle me comprendra mieux que tout autre – et pourra peut-être à elle seule détourner mon frère d'une opposition inintelligente. Jeanne Lemer est la seule femme que j'aie aimée – elle n'a rie n. – Et c'est vous, Monsieur Ancelle, un des rares hommes que j'aie trouvés doués d'un esprit doux et élevé, que je charge de mes dernières instructions auprès d'elle. Lisez-lui ceci – qu'elle co nnaisse les motifs de ce legs, et sa défense , en cas que mes dispositions dernières soient contrecarrées. – Faites-lui, vous, homme prudent, comprendre la valeur, et l'importance d'une somme d'argent quelconque. – Essayez de trouver quelque idée raisonnable dont elle puisse tirer profit et qui rende utiles mes suprêmes intentions. Guidez-la , co nseille z-la , oserai-je vo us dire : aimez-la – pour moi du moins. – Montrez-lui mon épo uva ntable exemple -– et comme nt le déso rdre d'esp rit et de vie mène à un désespoi r sombre, ou à un anéantisseme nt complet . Raison et utilité ! Je vous en supplie. Croyez-vous réellement que ce testament puisse être contesté, et m'enlèvera-t-on le droit de faire une action vraiment bonne, et raisonnable avant de mourir ? Vous vo yez bien mainte nant que ce testame nt n'est pas une fa nfa ronnade ni un défi co ntre les idées sociales et de famille , mais simpleme nt l'expressio n de ce qui reste en moi d'humain – l'amour, et le sincère dési r de servir une créat ure qui a été quel quefois ma joie et mon repos . – Adieu ! Lisez-lui ceci – je crois en votre loyauté, et sais que vous ne le détruirez pas. Donnez-lui immédiatement de l'argent (500). Elle ne connaît rien de mes suprêmes intentions – et s'attend à me revoir venir la tirer de quelques embarras. Da ns le cas même où ses dernières volo ntés seraient discutées , un mort a bien le droit de fai re une libéralité . L'autre lettre qu'elle vous remettra, et qui n'est faite que pour vous, contient la liste de ce qu'il faudra payer pour moi, afin que ma mémoire soit intacte... » Narcisse Ancelle, protecteur de Charles Baudelaire Tuteur, agent littéraire et confid ent de Charles Baudelaire, Narci sse Ancelle (1801-1888) avait été le notaire du père et de la mère du poète, dont il était devenu l'ami. Bourgeois orléaniste, retiré de son étude en 1851, il était devenu maire de Neuilly. En 1844, il avait été désigné conseil judiciaire de Charles Baudelaire, avec pour mandat de gérer sa fortune. Le poète subit cette tutelle le restant de sa vie, recevant sa maigre allocation mensuelle avec humiliation, d'abord, puis avec résignation. Ses relations avec Narcisse Ancelle se changèrent en une solide amitié : il lui ouvrait véritablement son coeur dans ses lettres et sollicitait de lui des services qui excédaient la simple question financière, le chargeant par exemple de démarches concernant la publication de ses oeuvres. Quand Charles Baudelaire fut frappé d'hémiplégie et de confusion mentale, Narcisse Ancelle se déplaça jusqu'à Bruxelles pour s'occuper de lui. « Ancelle et Baudelaire : deux hommes qui se heurtent mais aussi deux hommes que lia une vraie et durable amitié. En dépit d'éclatantes colères, Baudelaire témoigna à son conseil judiciaire reconnaissance et affection. Avec Rigueur, Ancelle s'évertua à préserver le capital qui devait procurer des revenus au poète durant son existence, une existence dont nul ne prévoyait la brièveté. Nombre de critiques assimilèrent cette rigueur à une forme plus ou moins consciente de cruauté [...]. Accusation bien injuste. Certes, Baudelaire eut faim et fut tenté par le suicide. Mais Ancelle ne peut être tenu responsable de la nature complexe du poète, ni de son inadaptation sociale. Témoin et confident de ses souffrances physiques et morales, il l'aida, au contraire, le servit de son mieux. Ami et conseil de Mme Aupick, Ancelle fut aussi l'intermédiaire entre la mère et le fils, et pour répondre, comme il le fit, à tant d'exigences diverses, pour subir, sans lassitude, la constante pression de Mme Aupick, il fallait être doué d'une solide patience et d'une réelle bonté » (Catherine Delons, Narcisse Ancelle, p. 10). « Jeanne Lemer est la seule femme que j'aie aimée » Maîtresse « maudi te » de Baudelaire, Jeanne occupe une place centrale dans sa vie et son oeuvre. Le poète la rencontra au printemps 1842, et vécut par intermittences avec elle pendant près de vingt ans une passion tempétueuse qui évolua en amour charitable quand la belle, vieillie et s'éloignant de lui, fut devenue une « épave » marquée par les infirmités et la misère. Les Fleurs du mal lui consacrent plusieurs poèmes majeurs , désignés parfois comm e formant le « cycle de Jeanne ». Ainsi, dans « Je te donne ces vers » : « [...] Être maudit à qui de l'abîme profond, / Jusqu'au plus haut du ciel rien, hors moi, ne répond , / – Ô toi qui, comme une ombre à la trace éphémère, / Foules d'un pied léger et d'un regard serein / Les stupides mortels qui t'ont jugée amère, / Statue aux yeux de jais, grand ange au front d'airain ! » En outre, Baudelaire laissa quatre portraits d'elle dessinés à la plume. « Quelque chose à la fois de di vin et de bestial » (Théodore de Banville). Malgré cette place prépondérante, peu de choses sont connues de Jeanne Duval, d'autant moins que la mère de Baudelaire a détruit toutes les lettres de celles-ci après la mort de son fils. Le vrai nom de cette femme de couleur reste incertain, Duval, Lemer, Lemaire ou Prosper selon les documents, de même que son origine, probablement Saint-Domingue, et son emploi – il semblerait qu'elle ait tenu des petits rôles au théâtre dans les années 1838-1839. Théodore de Banville, dans Mes Souvenirs (1882), en donne une description qui en souligne la dualité baudelairienne : « C'était une fille de couleur, d'une très haute taille, qui portait bien sa brune tête ingénue et superbe, couronnée d'une chevelure violemment crespelée, et dont la démarche de reine, pleine d'une grâce farouche, avait quelque chose à la fois de divin et de bestial... » « J'ai usé et abusé , je me suis amusé à martyriser, et j'ai été martyrisé à mon tour » (Charles Baudelaire, lettre à sa mère, 11 septembre 1856). La relation de Baudelaire avec Jeanne Duval est exemplaire de son rapport paroxystique à la vie, à la beauté satanique qui pour lui la caractérise : « [C'est] une liaison "tempétueuse" faite de ruptures et de retrouvailles, de volupté et de férocité, de remords, de dévouement, d'égoïsme et de charité [...]. Dans Les Fleurs du mal, Jeanne est celle qui conduit d'abord, par le rêve et le souvenir, vers les mondes "lointains, absents, presque défunts" d'un paradis parfumé où la nature chaleureuse, la Beauté des corps et de l'Idéal ne seraient qu'un. Mais dans nombre d'autres, au contraire, elle est celle qui réveille de ce rêve, qui fait retomber le poète dans la trivialité du monde, en révèle la nature "abominable", sépare la nature et la vie de l'Idéal et change l'amour de la vie en enfer. À cette tension, pourtant, qui alimente perpétuellement la création poétique chez Baudelaire, on sent bien que s'oppose l'irréductibilité de Jeanne aux images, sa réalité, son humanité » (Jean-Paul Avice et Claude Pichois, Dictionnaire Baudelaire, p. 241). Expositions : ce document a figuré en 1968-1969 dans l'exposition Baudelaire tenue au Petit Palais (n° 119 du catalogue), et en 1993 dans l'exposition Baudelaire-Paris tenue à la Bib liothèque historiq ue de la ville de Paris (n° 94 du catalogue). Charles Baudelaire, Correspondance, t. I, pp. 124-126.

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N° 2
BAUDELAIRE (Charles). Lettre autographe à Narcisse Ancelle, son conseil judiciaire et confident. Dijon, 10 janvier 1850. 12 pp. in-8 , quelques infimes perforations, sans les derniers feuillets. Un mystérieux séjour à Dij on. Baudelaire demeura dans cette ville de la fin de 1849 au début de janvier 1850, et il semblerait, bien qu'il n'y en ait aucune preuve, qu'il y soit venu à la suite de son ami Jules Viard : rencontré dans les bureaux du Corsaire-Satan, ce publiciste républicain proche de Pierre-Joseph Proudhon et relation de Théodore de Banville était venu à Dijon pour collaborer à la rédaction du journal dijonnais Le Travail. Baudelaire « mangeur d'opium ». Le poète se plaint ici des conséquences physiologiques de sa consommation de laudanum – une teinture alcoolique d'opium.Les vapeurs de ce stupéfiant planent sur ses oeuvres littéraires , ainsi, dans le poème « Le poison », paru en 1857 dans les Fleurs du mal : « L'opium agrandit ce qui n'a pas de bornes, / Allonge l'illimité, / Approfondit le temps, creuse la volupté, / Et de plaisirs noirs et mornes / Remplit l'âme au-delà de sa capacité. » En 1860, Les Paradis artificiels comprend une adaptation de Thomas De Quincey sous le titre « Un mangeur d'opium », avec des formules telles que : « Toi seul, tu donnes à l'homme ces trésors, et tu possèdes les clefs du paradis, ô juste, subtil et puissant opium ! ». Dans Le Spleen de Paris, encore, paru de manière posthume en 1869, on peut lire dans le poème en prose « La chambre double » une description saisissante des effets hallucinatoires de cette drogue, dont il dit : « Dans ce monde étroit, mais si plein de dégoût, un seul objet connu me sourit : la fiole de laudanum , une vieille et terrible amie , comme toutes les amies, hélas ! féconde en caresses et en traîtrises. » Jeanne, inspiratric e de plusieurs Fleurs du mal. Maîtresse « maudite » de Baudelaire, Jeanne occupe une place centrale dans sa vie et son oeuvre. Celui-ci la rencontra au printemps 1842, et vécut par intermittences avec elle pendant près de vingt ans une passion tempétueuse qui évolua en amour charitable quand la belle, vieillie et s'éloignant de lui, fut devenue une « épave » marquée par les infirmités et la misère. Les Fleurs du mal lui consacrent plusieurs poèmes majeurs, tels « Je te donne ces vers... », désignés parfois comme formant le « cycle de Jeanne ». Sur son manuscrit calligraphié des premi ères Fleurs du mal. Baudelaire confia à une officine parisienne de copistes calligraphes, dirigée par un nommé Palis, le soin d'établir un manuscrit luxueux de ses poèmes, premier état de ce qui deviendrait les Fleurs du mal. La présente lettre résonne du mécontentement que lui a inspiré le résultat. « ces maudites questio ns d’argent ». Une part importante de la présente lettre est consacrée aux difficultés financières qui pesèrent sur Baudelaire pendant plus de vingt ans : ayant dissipé, de 1842 à 1844, une partie de la fortune que lui avait léguée son père, et ne pouvant retirer suffisamment de revenus de sa plume, il fut placé sous la tutelle du notaire Narcisse Ancelle : il recevait de maigres mensualités et devait conduire des démarches qu'il jugeait humiliantes pour mendier des avances. Sur Narcisse Ancelle, voir ci-dessus le n° 1. « Vous ne comprenez absolument rien à ma vie... » « Lisez avec attention. J'ai été assez gravement malade, comme vous savez. J'ai l'estomac passablement dét raqué pa r le la udanum , mais ce n'est pas la première fois, et il est assez fort pour se remettre. Jeanne est arrivée hier mati n, et m'a assez longuement parlé de son entrevue avec vous. Tout est pour moi afflictio n dep uis lo ngtemps . Je n'ai donc pas été étonné d'entendre des choses qui prouvent que vo us ne comp renez absolument rien à ma vie , mais cela viendra tout à l'heure. J'ai sous les yeux votre lettre du 14 décembre, arrivée le 17 seulement. D'abord, Palis vous a indignement volé. Des fa utes ridicules et folles , commises dans la table, comme Le tombant vivant, Vitesse de la lune, pour Le tombeau vivant, Tristesse de la lune, et bien d'autres [« Le tombeau vivant » est le titre primitif du poème des Fleurs du mal « Le mauvais moine »] , la dorure plei ne de taches , la reli ure qui devait être en chag rin et qui est en papie r imita nt le chag rin, des co rrectio ns indiquées pa r moi au crayon et qui n’ont pas été accomplies , témoig nent qu’il a profité de mon absence pour ne pas fai re son devoi r, – de pl us, pour me vole r. Je devais encore 20 francs à peu près. Il était convenu que la reliure coûterait 8 francs. Total, 28. Vous en payez 40. Il a sans doute oublié de vous dire que je lui avais déjà donné primitivement 11 ou 12 francs d’à-compte. Encore me devrait-il une diminution ou une indemnité pour sa coupable et honteuse besogne , il est impossible d’admettre qu’une reliure qui bien faite doit être payée 8 francs, mal faite soit payée 20 francs. Quant à cette nuée de fautes, c’est encore plus grave, et cela témoigne que, quand on n’a plus eu peur de moi, on s’est moqué de moi. Si vous avez du courage, quand vous passerez place de la Bourse, vous lui réclamerez 12 francs. Il paraît que vous lisez mes lettres avec bien de la distraction. Vous craignez que je ne retourne à Paris, parce que je vous écris : "Il me tarde déjà de m’en aller d’ici". Vous n’avez pas compris que le mot : ici, c’était l’hôtel. Cela voulait dire : il me tarde de m’en aller d’un endroit où je dépense trois fois plus que je ne dois dépenser. Vous n’avez donc jamais voyagé. Mon intention en arrivant ici était de louer d’un côté un tout petit appartement, et d’un autre côté de louer des meubles. Puis, pendant longtemps je n’avais plus à m’occuper que du compte courant des dépenses, sauf le prix mensuel de la location. C’est pour cela qu’en partant de Paris je vous dis, et que dans ma lettre je vous ai répété que je tenais vivement à recevoir 300 francs pour le premier mois. Je pars de Paris, le 3. Il me semble que le premier mois, c’est le mois de décembre. Au lieu de cela, vous m’envoyez, – le 17 seulement, – (14 jours de dépense à l’hôtel, par votre faute !) – 200 francs pour deux mois, décembre 49 et janvier 50. Je vous demandais 300 francs pour le premier mois, à cause de frais d’installation. C’était une complaisance sur laquelle je comptais , mais vo us n’ave z pas même accompli l’exécutio n st ricte de nos co nventio ns, qui serait 200 francs le 1er décembre – (je les ai reçus le 17) – et 200 le 1er janvier, vo us me les deve z. Je vous assure que j’ai cru que c’était de votre part une erreur de compte, une étourderie non dangereuse. Mais voici Jeanne qui me rép ète et m’affirme la même chose. Vraiment mon étonnement est grand. Réfléchissez-y bien, et vous verrez comme moi que deux mois, c’est à dire deux fois 200 francs, font 400 francs, et non pas 200 francs. Encore vous dis-je que vous m’aviez fait espérer que le premier envoi serait de 300 francs à cause des dépenses inséparables d’une première installation , mais cela, je ne l’exige pas, ou plutôt je n’ose pas l’exiger. Jeanne dit que vo us vo us app uyez sur cette singulière raison que vo us ave z déjà eu de grandes complaisa nces pour moi. C’est très vrai, et je vo us en remercie bien sincèrement, mais ce n’est pas un motif légitime pour me crée r des emba rras. Je dépense à l’hôtel 12 francs. Une fois chez moi, ce qui implique la location de trois mois payés d’avance, et mensuellement 30 francs ou 40 au plus, au plus, pour la location des meubles, je dépenserais 3 ou 4 francs par jour. Comprenez-vo us vot re fa ute mainte nant ? Il était convenu qu’à partir du premier jour de 1850 je recevrais 200 francs , donc depuis le 1er du mois, vo us me deve z 200 francs [la somme soulignée huit fois]. Je ne sors pas de là. Maintenant, si pour vous, comme pour les gens réellement rectes et intelligents, devoirsignifie : le plus possible, le plus qu’on peut faire, le plus qu’on peut donner, – vous me devez 300 francs, et deux cents le 1er février. Du reste la dame de l’hôtel vient de me dire qu’elle a besoin d’argent pour le 15. Or vous voyez qu’il n’y a pas un instant à perdre, puisque vous recevrez cette lettre le 12. Si vous m’envoyez d’un seul coup 400 ou 500 francs, c’est-àdire janvier et février, je pars de l’hôtel immédiatement, et deux jours après je serai installé chez moi. Dans ce cas-là, je ne devrais plus vous demander d’argent que le 1er mars. Ce serait sans doute beaucoup plus sage , j’y aurais un grand bénéfice, et vous y gagneriez la certitude que je suis mieux et que je dépense moins. Autre distraction de votre part : vous me demandez un reçu de vos deux cents francs , vous avez donc oublié que j’ai eu la bonhomie d’ajouter à ma dernière lettre un reçu de trois cents. Encore un mot. Jeanne, que j’ai beauco up to urmentée au sujet de sa co nférence avec vo us, m’affirme que vous lui avez dit que si elle vous écrivait un mot qui vous démontrât la nécessité d’une avance, vous la feriez sans doute. Voilà qui est singulier et passablement humi liant pour moi : par quelle fenêtre vo ulez-vo us donc qu’on jette de l’argent, dans une petite ville [« d'imbécil » biffé], où le travail est le seul remède de l’ennui ? J’ignore ce que Jeanne fera, et si l’envie de sorti r de cet hôtel lui fera fai re une chose que je regarde comme inco nvenante , mais je vous répète qu’en comptant avec moi deux-cents francs pour janvier, que je n’ai pas reçus, et deux-cents pour février, vous ne faites aucune avance, vous ne commettez aucune complaisance, vous ne sortez pas de nos conventions. Si vo us savie z quelle fatig ue c’est pour moi de reve nir sans cesse sur ces maudites questio ns d’argent ! Cela finira sans doute . Vous avez dit encore à Jeanne bien d’autres choses , mais je n’ai plus le courage de vous faire des reproches. Vous êtes un grand enfa nt. Cepe ndant, je vo us ai suffisamment souvent rep roché vot re sentime ntalisme , et démontré l’inutilité de vot re atte ndrissement à l’endroit de ma mère. Laissez à to ut jamais cela de côté , et si j’ai quel que chose de cassé dans l’esp rit à cet endroit , plaig nez-moi et laisse z-moi tranquille. Ainsi que Jeanne. Il y a encore bien d’autres choses, mais passons. Seulement, je vous en prie, si vous avez par hazard plus tard, quelque occasion de revoir Mlle Lemer, ne jouez plus avec elle, ne parlez plus tant, et soyez plus grave. J’ai pris dep uis lo ngtemps l’habit ude de vo us dire netteme nt to ut ce que je pe nse , ainsi, il ne faut pas m’en vouloir pour cela. Une fois déba rassé de cet hôtel maudit , quelques meubles étant loués, voilà comment j’arrange ma vie. Je puis trouver en dehors de mon revenu un minimum de 1200 fr. Cela fait donc 300 par mois avec mon revenu. J’abandonne à Jeanne 50 fr., pour sa toilette. Elle est chargée de nous faire vivre avec 150 fr. Je mets 50 francs de côté pour le loyer des meubles et de l’appartement. Puis, encore 50 fr. de côté pour acheter plus tard des meubles à Paris, quand, ayant fait assez de besogne pour payer mes dettes, je jugerai à propos de revenir. Quant à mes dettes , je viens pour la centi ème fois pe ut-être d’en fai re le compte . Cela est affligeant , mais il fa ut que cela finisse. Je l’ai juré. Je dois en tout 21236 fr. 50 : 14077 fr. de billets souscrits, 4228 fr. de dettes non garanties par billets au-dessus de 100 fr., 919 fr. 25 c. de petites dettes au-dessous de 100 fr., et enfin 2012, 25 de dettes d’amis. Sur une masse aussi considérable, de combien de vols, ou de déshonnêtetés, ou de faiblesses n’ai-je pas été victime, comme l’affaire de René Lurois [créancier de Charles Baudelaire]... Je me résume : vous avez commis une erreur. Quelques complaisances que vous ayez eues, je devais recevoir, au moins, à partir de mon arrivée ici, 200 fr. par mois, or 200 n’en font pas 400. Rappelez-vous que le total de l’année 49 était entièrement absorbé depuis octobre. Si je vous engage à m’envoyer de suite janvier et février, c’est à dire 400 ou même 500 fr., c’est pour les très excellentes raisons que je vous ai développées. Il est impossible de dépe nser inutileme nt cet argent, et d’ailleurs Jeanne, qui est , comme toutes les femmes , pl us qu’économe , est inté ressée à me surveille r... » Expositions : ce document a figuré en 1968-1969 dans l'exposition Baudelaire tenue au Petit Palais (n° 595 du catalogue). Charles Baudelaire, Correspondance, t. I, pp. 158-162, établie par Claude Pichois qui n'a pu donner la suite du texte que d'après la copie levée par Eugène Crépet.

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N° 3
BAUDELAIRE (Charles). Manuscrit autographe. [1855]. 1 f. in-8 carré et 1 f/ in-12 oblong, sous chemise de papier , infimes perforations. Avec 3 apostilles autographes de Narcisse Ancelle, son conseil judiciaire et confident. Critiq ue littéraire consacrée à L'Histoire de Neuilly près Paris (Seine) et de ses châteaux, par l'abbé Alexandre-Germain-Constant Bellanger, ouvrage paru vers le milieu du mois de juin 1855. C'est Narcisse Ancelle, maire de Neuilly et conseil judiciaire de Baudelaire, qui, d'une part, finança ce livre vendu au profit des pauvres, et qui, d'autre part, en commandita la critique par le poète. Baudelaire im pose sa grille de lecture sensationnaliste à un ouvrage historiographiq ue : il fait de Neuilly la scène même du drame humain manifesté à travers anecdotes ou personnages suscitant épouvante et séduction, selon la logique d'association paradoxale qui fonde Les Fleurs du mal. L'abbé Bellanger se montre réservé sur les personnages qui heurtaient la morale chrétienne, comme Pauline Bonaparte, mais Baudelaire fait remarquer que l'ouvrage recèle « tous les personnages, même ceux trop séduisants pour la plume sévère d’un prêtre », et, s'il fait l'éloge convenu de sa sincérité et de son objectivité, il souligne en revanche que l'abbé aborde aussi avec vérité des sujets sulfureux. Baudelaire met ainsi en exergue, dans cette histoire de Neuilly, ce qui relève du roman noir à la Maturin ou de l'univers sadien : « le château fut le théâtre d'un abominable vandalisme, la proie des plus ignobles passions, l’orgie et la destruction ». En outre, il introduit la notion de fatalité aux côtés de celle, plus canonique, de Providence qu'a convoquée l'abbé. Sade et Maturin à Neuilly « Depuis ces dernières années, il s’est manifesté un excellent mouvement historique qu’on pourait appeler mouvement provincial [allusion sans doute à la floraison d'ouvrages d'histoire locale qui marqua la première moitié du xixe siècle]. C’est avec de petits livres d’histoire sincèrement et soigneusement rédigés, comme l’Histoire de Neuilly et de ses châteaux par l’abbé Bellanger, que se font les bons livres généraux. Si toutes les localités de France suivaient cet exemple, l’histoire générale ne serait plus qu’une question de mise en ordre, ou du moins, entre les mains d’un grand esprit, la besogne serait considérablement abrégée. – M. l’abbé Bella nger, dont la commune de Neuilly déplore actuellement la perte [il venait de mourir en février 1855], prend l’histoi re de cette localité dep uis l’épo que romaine jusqu’aux te rribles journées de fév rier où le châtea u fut le théâtre d'un abominable va ndalisme, la proie des pl us ignobles passio ns, l’orgie et la dest ructio n [lors de la révolution de 1848, le château de Louis-Philippe à Neuilly fut pillé et incendié]. Neuilly fut, comme le dit le modeste histo rien, choisi pa r la provi dence ou la fatalité , quat re fois en soixante ans, comme théâtre de grands faits natio naux et décisifs [en 1795, lors de l'insurrection de vendémiaire, Murat saisit sur la plaine des Sablons les canons dont Bonaparte se servit contre les royalistes, en 1814 comme en 1815, le dernier coup de canon fut tiré sur le pont de Neuilly, en 1830, c'est à Neuilly que la couronne vint à Louis-Philippe, en 1842, c'est là que le duc d'Orléans trouva la mort]. – Toute la série des personnes illustres qui ont fondé, embelli, habité, illustré Neuilly et ses châteaux passe sous les yeux du lecteur. Dans cette esquisse rapide, tous les personnages, même ceux trop séduisants pour la plume sévère d’un prêtre, défilent dans leur vraie attitude. Depuis sainte Isabelle, fondatrice du monastère de Longchamps [sic], depuis la charmante reine Margot, d’érudite et romanesque mémoire, depuis Pascal et sa foudroyante conversion, jusqu’à l’Encyclopédie, dont l’idée germa au château même de Neuilly, jusqu’à Parmentier, l’ensemenceur de la plaine des Sablons, jusqu’à la princesse Pauline, au général Wellington, jusqu’au drame de la route de la Révolte, tous les faits qui ont illustré cette historique commune sont passés en revue avec une rapidité, une netteté, une honnêteté littéraire des plus remarquables. – Cet excellent petit livre se vend à la Librairie nouvelle, boulevard des Italiens, et chez Dentu, au Palais-Royal. » De sa main, Narcisse Ancelle a porté plusieurs mentions au verso du second feuillet et sur la chemise : « Article rédigé par Ch. Baudelaire qui a paru dans les journaux. L'Histoire de Neuilly par l'abbé Belanger » (à l'encre) , « Je devrais retrouver la date » (au crayon) , et un brouillon avec nombreuses ratures d'un entrefilet sur l'ouvrage : « Le Conseil municipal de Neuilly a pris un vif intérêt [biffé : « à la publication de cet excellent livre »]. Il se vend au profit des pauvres à la Librairie nouvelle, boulevard des Italiens, chez Dentu, au Palais royal – le prix est de 1 f. 50 c. » Que cet article ait été publié à l'époque, comme l'indique ici Narcisse Ancelle, n'a pu être confirmé. En tous les cas, il fut exhumé par Jacques Crépet et livré au public dans le Mercure de France du 15 novembre 1935, puis inséré en 1937 dans l'édition Nrf des OEuvres diverses de Baudelaire. Charles Baudelaire, OEuvres complètes, Paris, Gallimard, Nrf, Bibliothèque de la Pléiade, t. II, pp. 55-56. – Catherine Delons, Narcisse Ancelle, reproduction sur 2 planches du cahier central hors texte.

BAUDELAIRE (Charles). Manuscrit autographe. [1855]. 1 f. In 8 carré et 1 f/ in 12 oblong, sous chemi…
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N° 4
BAUDELAIRE (Charles). – POE (Edgar Allan). Histoires extraordinaires. Paris, Michel Lévy frères, 1856. In-18, xxxi-(une blanche)-330-(2 dont la dernière blanche) pp., demi-chagrin violet, dos lisse fileté et fleuronné, tranches mouchetées, premier feuillet avec attaches fragiles, infime mouillure en marge haute des ff., rares rousseurs (reliure de l'époque) , volume placé dans un étui-boîte cartonné de Julie Nadot. Édi tion originale, dont il ne fut pas tiré de grand papier. Exemplaire sorti des presses de Louis-Simon Crété à Corbeil. Envoi autographe signé : « à monsieur J. Cohen, Ch. Baudelaire » (sur la page de faux-titre). Baudelaire entretient ici ses relations avec le journal Le Pays, où, de 1854 à 1856, il publia plusieurs textes d'Ed gar Poe. L'avocat et publiciste Joseph Cohen (1817-1899) fut entre autres, de fin 1853 à fin 1856, le rédacteur en chef de cet organe semi-officiel du régime impérial qui accueillait diverses collaborations littéraires et où Barbey d'Aurevilly, ami de Baudelaire, officiait comme critique. Si Le Pays refusa ensuite, en 1857, de publier l'article de Barbey favorable aux Fleurs du mal, il publia en revanche en 1860 celle du même sur Les Paradis artificiels. En 1865, Baudelaire songerait encore à ce journal pour placer un de ses textes. Charles Baudelaire reconnut en Ed gar Poe un génial frère de « guignon ». Quand, en 1848, il fit paraître sa première traduction d'Edgar Poe (1809-1849) dans La Liberté de la presse, il ne voyait alors en lui qu'un adepte tardif de l'illuminisme de la fin du xviiie siècle. Il parvint bientôt à une compréhension plus juste de l'oeuvre de cet auteur complet (critique, romancier et poète), s'y reconnut, et lui voua dès lors une admiration sans borne. Ainsi, il vantait en 1853 son « génie » à Auguste Poulet-Malassis, et promettait en 1856 à Charles-Augustin Sainte-Beuve de revenir à outrance « sur le caractère surnaturel de sa poésie et de ses contes ». Il consacra une grande part de ses travaux littéraires à la traduction des oeuvres d'Ed gar Poe. Il choisit d'abord des contes et quelques poèmes qui, parus en périodiques de 1852 à 1855, furent réunis dans deux recueils, Histoire extraordinaires (1856), Nouvelles histoires extraordinaires (1857), et donna ensuite Aventures d'Arthur Gordon Pym (1858), Eureka (1863) et Histoires grotesques et sérieuses (1865). Tous ces volumes furent ses oeuvres littéraires les plus rentables. Par ses traductions et son travail critiq ue, Il put à juste titre se vanter d'avoir « mi s en branle la réputation d'Ed gar Poe à Paris » (lettre à Eugène Pelletan du 17 mars 1854). Il ne fut certes pas le premier à s'intéresser aux textes du grand auteur américain : Isabelle Meunier, Adolphe Borghers, William Hughes, Amédée Pichot, Émile Forgues ou Gustave Brunet en donnèrent des traductions en revues ou en volumes à partir de 1844. En revanche, il s'est distingué par l'ampleur et la sincérité de ses traductions, et par le fait qu'il a accompli en parallèle un admirable travail critique sur Edgar Poe : il mena en effet d'actives recherches, obtint notamment d'utiles renseignements auprès de l'Américain parisien William Wilberforce Mann, et rédigea trois études successives, la première publiée en 1852 dans la Revue de Paris, la seconde et la troisième en préfaces respectives aux Histoires extraordinaires (1856) et aux Nouvelles histoires extraordinaires (1857). Il offrit là parmi ses plus belles pages de critique littéraire : « Si vous ajoutez à cette vision impeccable du vrai, véritable infirmité dans certaines circonstances, une délicatesse exquise de sens qu'une note fausse torturait, une finesse de goût que tout, excepté l'exacte proportion, révoltait, un amour insatiable du Beau, qui avait pris la puissance d'une passion morbide, vous ne vous étonnerez pas que pour un pareil homme la vie soit devenue un enfer, et qu'il ait mal fini , vous admirerez qu'il ait pu durer aussi longtemps » (p. xi du présent volume).

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N° 5
BAUDELAIRE (Charles). – POE. Histoires extraordinaires. Paris, Michel Lévy frères (Corbeil, typographie et stéréotypie de Crété), 1856. In-18, xxxi-(une blanche)-330-(2 dont la dernière blanche) pp., broché , couverture encollée et remise en place, faux-titre peut-être rapporté monté sur onglet, rares rousseurs , volume placé sous chemise à dos de maroquin noir (avec trace d'étiquette) et étui (A. Devauchelle). Édi tion originale, dont il ne fut pas tiré de grand papier. Exemplaire sorti des presses de Louis-Simon Crété à Corbeil. Envoi autographe signé « à Monsieur Édouard Thierry, de la part de l'auteur, Ch. Baudelaire » (sur la page de faux-titre). un des rares défense ur des Fleurs du mal en 1857, le critiq ue Éd ouard Thierry (1813-1894) se montra en effet très favorable à Baudelaire dans un article du 14 juillet 1857 dans le Moniteur universel : il y réfuta l'imputation d'immoralité dirigée contre le poète, et plaça Les Fleurs du mal « sous l'austère caution de Dante ». Baudelaire était alors déjà en relations avec Édouard Thierry puisqu'il eut connaissance du texte de l'article avant publication et, le trouvant remarquable, pressa son auteur de le publier. Il remercia le critique par l'envoi d'un exemplaire des Fleurs du mal sur hollande dédicacé, et décida de diffuser l'article, d'une part auprès des juges, en le faisant imprimer en août 1857 dans son factum intitulé Articles justificatifs, et d'autre part auprès du public, en le faisant figurer dans l'appendice de la troisième édition des Fleurs du mal (elle serait imprimée en 1868, après sa mort). C'est sous la rubrique « Amis » – et non « Presse » – que Baudelaire placerait Édouard Thierry dans la liste de distribution de ses livres établie entre 1862 et 1865. Bibliothécaire à l'Arsenal en 1856, Édouard Thierry deviendrait administrateur de la Comédie-Française en 1859. Charles Baudelaire, qui reconnut en Ed gar Poe un génial frère de « guignon, consacra une grande part de ses travaux littéraires à la traduction de ses oeuvres, et put à juste titre se vanter d'avoir « mis en branle la réputation d'Edgar Poe à Paris ».

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N° 7
BAUDELAIRE (Charles). Les Fleurs du mal. Paris, Poulet-Malassis et De Broise, 1857. In-12 (188 x 121 mm), (4)-248-(4) pp., titre imprimé à l'encre rouge et noire, couvertures conservées (2 restaurations marginales à la couverture inférieure), dos conservé (monté sur feuillet de papier fort), maroquin vert sombre, dos à nerfs, doublure de maroquin grenat dans un encadrement de maroquin vert sombre fileté, gardes de soie dorée brochée à motifs de fleurs stylisées japonisantes, tranches dorées , dos légèrement frotté, discrètes marques au crayon sur de rares feuillets (Marius Michel). Édi tion originale, exemplaire sur vélin d'Angoulême, de première émission, avec les coquilles habituelles, la rarissime faute « s'enhardissent » pour « s'enhardissant », en page 12, étant ici corrigée. La couverture figure ici en 3e état, avec les fautes corrigées. Exemplaire complet des 6 pièces condamnées qui furent expurgées de nombreux exemplaires : « Les Bijoux », « Le Léthé », « À celle qui est trop gaie », « Lesbos », « Femmes damnées » (« À la pâle clarté [...] »), « Les Métamorphoses du vampire ». 2 corrections au crayon, aux pages 29 et 110. Envoi autographe signé « à M. Tenré fils, souvenir de bonne camaraderie, Ch. Baudelaire » (au crayon, sur la page de faux-titre). Banquier lié au monde du livre, anci en camarade de collège de Baudelaire, Louis-Ludovic Tenré (1819-1895) était le fils d'un ancien libraire ayant abandonné l'édition pour se lancer dans la finance, et d'une artiste-peintre également issue d'une famille de libraires. Il consentit divers prêts à des éditeurs ou libraires comme Auguste Poulet-Malassis ou Julien Lemer (qui servirait d'agent littéraire à Charles Baudelaire), et serait l'escompteur du poète pendant près de dix ans, d'environ 1856 à 1865. De tous les financiers à qui Charles Baudelaire s'adressa dans son constant besoin d'argent, Louis-Ludovic Tenré lui fut probablement le plus favorable, étant le seul à avoir reçu un exemplaire dédicacé des Fleurs du mal.

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N° 8
BAUDELAIRE (Charles). Les Fleurs du mal. Paris, Poulet-Malassis et De Broise, 1857. In-12 (188 x 121 mm), (4)-248-(4) pp., titre imprimé à l'encre rouge et noire, couvertures conservées sans le dos, maroquin noir, dos à nerfs fileté à froid, coupes filetées, encadrement intérieur de maroquin noir orné d'une dentelle dorée, doublures et gardes de moire bleu nuit, nerfs très légèrement frottés, étui bordé, tranches dorées , infimes manques angulaires aux premiers et derniers feuillets (P. L. Martin). Édi tion originale, exemplaire sur vélin d'Angoulême, de première émission, avec les coquilles habituelles, la rarissime faute « s'enhardissent » pour « s'enhardissant », en page 12, étant corrigée. La couverture figure ici dans un des deux très rares 1er ou 2e état, avec les fautes non corrigées – l'absence du dos de couverture ne permet pas de le déterminer plus précisément. Exemplaire complet des 6 pièces condamnées qui furent expurgées de nombreux exemplaires : « Les Bijoux », « Le Léthé », « À celle qui est trop gaie », « Lesbos », « Femmes damnées » (« À la pâle clarté [...] »), « Les Métamorphoses du vampire ». 6 corrections, soit 4 interventions à l'encre et 2 grattages simples, à la page de dédicace et aux pages 29, 43, 110, 217 (2 à cette page). Envoi autographe, un des rares signés de son nom comple t : « À Monsieur Piétri, hommage de l'auteur. Charles Baudelaire » (sur la page de faux-titre). Un des personnages clefs du di spositif répressif des délits de presse, le préfet de polic e Pi erre-Marie Pi étri (1809-1864) était un ancien avocat et député républicain rallié à Louis-Napoléon Bonaparte après les journées insurrectionnelles de 1848. Homme d'ordre, il fut nommé préfet en 1849, puis, après le coup d'État de 1851, servit le régime en exerçant diverses fonctions, notamment celles de préfet de police de 1852 à 1858 – il fit alors preuve d'une grande fermeté à l'égard des éditeurs de livres et de journaux en usant des pouvoirs discrétionnaires qui lui avaient été conférés. Cette position en faisait un destinataire utile des Fleurs du mal au moment où Baudelaire, attaqué sur la moralité du recueil mais sûr de son bon droit, cherchait à trouver des appuis officiels. Le poète adressa également à Pierre-Marie Piétri, d'ailleurs, un exemplaire du placard imprimé à sa demande portant le texte de la critique de Barbey d'Aurevilly favorable aux Fleurs du mal que Le Pays avait refusée. Claude Pichois et Jacques Dupont, L'Atelier Baudelaire, t. I, p. 46 (exemplaire cité).

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N° 9
BAUDELAIRE (Charles). Notes autographes, autour de 2 coupures de presse montées sur 2 pages d'un bi-feuillet in-folio. [Fin juillet ou début août 1857]. Avec mentions autographes de Narcissse Ancelle, son conseil judiciaire et confident, dont une cachée par une collette postérieure fixée par de la bande adhésive. Quelques petites déchirures marginales, dont une portant atteinte à un mot. Exceptionnelle pièce du Dossier constitué par Baudelaire à l'intention de son avocat. Les Fleurs du mal furent mises en vente le 21 juin 1857 et les commentaires ne tardèrent pas : le 5 juillet le Figaro publiait la première critique consacrée au recueil, par Gustave Bourdin, et cette attaque contre « les putridités » qu'il étale selon lui, fut suivie entre autres par une nouvelle attaque le 12 juillet, dans le même journal, par Jean Habans qui assène des arguments moraux identiques. Tandis que des rumeurs de saisie couraient depuis déjà deux jours, le ministre de l'Intérieur Adolphe Augustin Marie Billault se préoccupa activement des Fleurs du mal à partir du 6 juillet : dès le lendemain, sa Direction générale de la sureté publique dénonçait plusieurs pièces des Fleurs du mal comme étant « un défi jeté aux lois qui protègent la religion et la morale ». D'après son ami Charles Asselineau, Baudelaire était persuadé que l'artic le du 5 juillet avait joué comm e « dénonci ation » des Fleurs du mal auprès du mi nistère de l'Intérieur – ce qui lui faisait écrire le 11 juillet à son éditeur Auguste Poulet- Malassis : « Voilà ce que c'est que d'envoyer des exemplaires au Figaro !!!! ». Au Figaro, organe républicain modéré et libéral, Bourdin et Habans représentaient ce qu'on a pu appeler « l'antibaudelairisme progressiste » (André Guyaux, Baudelaire. Un demi-siècle de lectures des Fleurs du mal, p. 917), mais, de fait, Bourdin ayant commencé sa carrière à la Gazette des tribunaux, il avait pu nouer des relations privilégiées avec le monde judiciaire et donc les futurs acteurs du procès des Fleurs du mal. Les pièces qu'il cite furent effectivement de celles retenues par la justice. De son côté, Habans connaissait le ministre Billault. Le 17 juillet le procureur général donna son accord à la Direction de la Sûreté, requit la saisie du recueil et la tenue d'un procès : Baudelaire demanda à Poulet-Malassis de cacher des exemplaires autant qu'il pouvait, tenta de faire jouer ses relations littéraires et politiques, et prit un avocat en la personne de Me Gustave Chaix-d'Estange. C'est pour celui-ci qu'il constitua un dossier réunissant un argumentaire et diverses pièces commentées, les unes appuyant la défense des Fleurs du mal, les autres contrant les attaques portées contre elles – dont les présents articles. À la mi-août, Baudelaire fit d'ailleurs imprimer à petit nombre un recueil d'Articles justificatifs. Rien de tout cela ne fut suffisant, car le 20 août 1857 le tribunal prononça un jugement qui retenait le délit d'offense à la morale publique, infligeait des amendes à Baudelaire comme à son éditeur, et les condamnait à supprimer 6 pièces du recueil. Il s'agit donc ici de la premi ère et princi pale attaque de presse con tre Les Fleurs du mal, et de sa confirmation dans le même journal (le Figaro). « L'odieux y coudoie l'ignoble » (Gustave Bourdin) La première coupure de presse apprêtée ici par Baudelaire, avec référence autographe, est un extrait de la chronique intitulée « Ceci et cela » que Gustave Bourdin fit paraître le 5 juillet 1857 dans le n° 249 du Figaro. Narcisse Ancelle y a inscrit plus tard plusieurs mentions autographes dont : « Critique malveillante de Baudelaire » (caché par la collette). L'extrait correspond au passage consacré aux Fleurs du mal dans cette chronique éclectique : « M. Charles Baudelaire est, depuis une quinzaine d'années, un poète immense pour un petit cercle d'individus dont la vanité, en le saluant Dieu ou à peu près, faisait une assez bonne spéculation , ils se reconnaissaient inférieurs à lui, c'est vrai , mais en même temps, ils se proclamaient supérieurs à tous les gens qui niaient ce messie [...]. J'ai lu le volume [...]. On ne vit jamais gâter si follement d'aussi brillantes qualités [...]. L'odieux y coudoie l'ignoble , – le repoussant s'y allie à l'infect [...]. Ce livre est un hôpital ouvert à toutes les démences de l'esprit, à toutes les putridités du coeur , encore si c'était pour les guérir, mais elles sont incurables [...]. » « Toutes ces horreurs de charnier étalées à froid » (Jean Habans) La seconde coupure de presse apprêtée ici par Baudelaire, avec référence autographe, est le passage consacré aux Fleurs du mal extrait de la chronique intitulée « Semaine littéraire » que Jean Habans fit paraître le 12 juillet 1857 dans le n° 251 du Figaro. Il s'agit du passage consacré aux Fleurs du mal de cette chronique littéraire : « Avec M. Charles Baudelaire, c'est de cauchemar qu'il faut parler [...]. Lorsqu'on ferme le livre après l'avoir lu tout entier comme je viens de le faire, il reste dans l'esprit une grande tristesse et une horrible fatigue. Tout ce qui n'est pas hideux y est incompréhensible, tout ce que l'on comprend est putride, suivant la parole de l'auteur [...]. Toutes ces horreurs de charnier étalées à froid, ces abîmes d'immondices fouillés à deux mains et les manches retroussées, devaient moisir dans un tiroir maudit. Mais on croyait au génie de M. Baudelaire, il fallait exposer l'idole longtemps cachée à la vénération des fidèles [...]. L'idole est pourrie et les adorateurs fuient en se bouchant le nez. Il en coûte assez cher de jouer au grand homme à huis clos, et de ne savoir pas à propos brûler ses élucubrations martelées à froid dans la rage de l'impuissance. On en arrive à se faire prendre au mot lorsqu'on dit : "Moi, mon âme est fêlée, et lorsqu'en ses ennuis / Elle veut de ses chants peupler l'air froid des nuits, / Il arrive souvent que sa voix affaiblie / Semble le râle épais d'un blessé qu'on oublie, / Au bord d'un lac de sang, sous un grand tas de morts, / Et qui meurt sans bouger, dans d'immense efforts !" Comme c'est vrai, tout cela ! et comme je donne raison à M. Baudelaire, lorsqu'il se juge ainsi ! Allons ! un Requiem par là-dessus, et qu'on n'en parle plus. » Dimanche 4 Novembre 2018 / Osena t / 31 L'article de Gustave Bourdin ? Une « dénonciation » Jean Habans ? « Un jeune homme protégé » par le ministre de l'Intérieur De sa main, Baudelaire a inscrit, au bas de l'article de Jean Habans : « M. J. Habans est un jeune homme protégé pa r M. Billa ut, minist re de l'Inté rieur [sic pour Adolphe Augustin Marie Billault]. MM. les rédacte urs du Fi garo ont trouvé sans doute que la dénonciatio n faite pa r M. Gustave Bourdi n n'était pas suffisante . » Baudelaire a donc immédiatement compris que les deux articles successifs de Gustave Bourdin et de Jean Habans participaient de la même offensive conduite au sein du Figaro par des relais des pouvoirs publics. Dans une autre note autographe, Baudelaire récuse ici un contresens commi s par Jean Habans sur son poème « Au lecteur ». Jean Habans affirme ainsi : « Les Fleurs du mal, qu'il vient de publier, sont destinées, suivant lui, à chasser l'ennui "qui rêve d'échafauds en fumant son houka" » De sa main, Baudelaire a souligné le passage et écrit en marge : « Je n'ai jamais dit cela . » Dans son poème, en effet, il écrivait en fait : « La sottise, l'erreur, le péché, la lésine, / Occupent nos esprits et travaillent nos corps, / Et nous alimentons nos aimables remords, / Comme les mendiants nourrissent leur vermine / [...]. / Dans la ménagerie infâme de nos vices, // Il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde ! [...] C'est l'Ennui ! – l'oeil chargé d'un pleur involontaire, / Il rêve d'échafauds en fumant son houka. / Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat, / – Hypocrite lecteur, – mon semblable, – mon frère ! » Expositions : ce document a figuré en 1957 dans l'exposition Charles Baudelaire tenue à la Bib liothèque nationale (n° 275 du catalogue), en 1968-1969 dans l'exposition Baudelaire tenue au Petit Palais (n° 332 du catalogue, avec reproduction p. 83), et en 1993 dans l'exposition Baudelaire-Paris tenue à la Bib liothèque historiq ue de la ville de Paris (n° 222 et 224 du catalogue). Charles Baudelaire, OEuvres complètes, Paris, Gallimard, Nrf, Bibliothèque de la Pléiade, t. I, p. 1177, avec édition partielle des notes de Baudelaire sur l'article de Jean Habans.

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N° 10
BAUDELAIRE (Charles). Notes autographes, autour d'une coupure de presse montée sur la première page d'un bi-feuillet in-folio. [Fin juillet ou début août 1857]. Avec une apostille autographe de Narcissse Ancelle, son conseil judiciaire et confident, « critique sanglante des Fleurs du mal... ». Sarcasmes sur un artic le assassin consacré aux Fleurs du mal, lâchement signé « Z. Z. Z. » par le critique français Armand de Pontmartin, paru le 15 juillet 1857 dans le n° 196 du Journal de Bruxelles. Pour sa défense dans le procès des Fleurs du mal Exceptionnelle pièce du Dossier constitué par Baudelaire à l'intention de son avocat. Les Fleurs du mal furent mises en vente le 21 juin 1857 et les commentaires ne tardèrent pas : le Figaro publiait les premières attaques contre le recueil, les 5 et 12 juillet. Tandis que des rumeurs de saisie couraient depuis déjà deux jours, le ministre de l'Intérieur Adolphe Augustin Marie Billault se préoccupa activement des Fleurs du mal à partir du 6 juillet : dès le lendemain, sa Direction générale de la sureté publique dénonçait plusieurs pièces des Fleurs du mal comme étant « un défi jeté aux lois qui protègent la religion et la morale ». Le 17 juillet le procureur général donna son accord à la Direction de la Sûreté, requit la saisie du recueil et la tenue d'un procès : Baudelaire demanda à Poulet-Malassis de cacher des exemplaires autant qu'il pouvait, tenta de faire jouer ses relations littéraires et politiques, et prit un avocat en la personne de Me Gustave Chaix-d'Estange. C'est pour celui-ci qu'il constitua un dossier réunissant un argumentaire et diverses pièces commentées, les unes appuyant la défense des Fleurs du mal, les autres contrant les attaques portées contre elles – dont le présent article. À la mi-août, Baudelaire fit d'ailleurs imprimer à petit nombre un recueil d'Articles justificatifs. Rien de tout cela ne fut suffisant, car le 20 août 1857 le tribunal prononça un jugement qui retenait le délit d'offense à la morale publique, infligeait des amendes à Baudelaire comme à son éditeur, et les condamnait à supprimer 6 pièces du recueil. « Cette littérature de charnier, d'abattoir et de mauvais lieu » (Armand de Pontmartin) UNE des princi pales attaques de presse contre Les Fleurs du mal. Armand de Pontmartin y lâche la bonde à son dégoût : « L'auteur est un monsieur Baudelaire, qui [...] passe pour un grand homme dans un de ces petits cénacles d'où partent les immondices de la presse bohême et réaliste. Rien ne peut vous donner une idée du tissu d'infamies et de saletés que renferme ce volume [...]. Les citations mêmes ne sont pas possibles à une plume honnête. C'est par là et par un sentiment de dégoût, plus fort que tout le reste, que M. Baudelaire échappera au fouet des gens qui se respectent. Il y a là une pièce intitulée : Une charogne, qui dépasse tous les chefs-d'oeuvre du genre. Cette littérature de charnier, d'abattoir et de mauvais lieu, ce règne des Truands de la littérature, doit donner à réfléchir. ces gens-là, après tout, ont le haut du pavé. Ils possèdent leurs journaux, leurs éditeurs, leurs admirateurs : leurs livres circulent librement , on en parle, on les lit , les critiques s'en occupent , et ce qu'il y a de plus curieux, c'est que les Flaubert et les Baudelaire se fâchent quand on leur dit que c'est de la décadence : ah ! ils ont bien raison , ce n'est pas de la décadence , c'est de l'orgie , et pas même de l'orgie au vin de Champagne, avec des fleurs et des bougies, mais de l'orgie populacière, à l'eau d'af et au gin, dans un de ces quartiers maudits des grandes villes, où le vice donne la main au crime, et où ils s'expliquent l'un par l'autre. » En outre, Pontmartin compare en pire Les Fleurs du mal à Madame Bova ry de Gustave Fla uber t : « Je vous parlais récemment de Madame Bovary, ce scandaleux succès, qui est à la fois une ignominie littéraire, une calamité morale et un symptôme social. Ce hideux roman de Madame Bovary est une lecture de piété en comparaison d'un volume de poésies qui vient de paraître ces jours-ci, sous le titre de Fleurs du mal. » « C'est un mouchard catholique, mais belge ! c'est-à-dire qu'il n'a que les vices, et non l'esprit de son patron » (Charles Baudelaire) De sa main, Baudelaire a inscrit un comm entaire général : « Le Journal de Bruxelles représente en Belgique, à ce qu'on dit, les idées de L'Univers [organe de presse catholique dirigé par Louis Veuillot]. C'est un mouchard catholique, mais belge ! c'est-à-dire qu'il n'a que les vices, et non l'esprit de son patron. Ses bureaux sont à Bruxelles, place des Martyrs, rue des Roses !! » Le poète a également souligné la premi ère phrase : « Et puis, je l'avoue, on devient presque indulgent pour les licences et les gaudrioles d'autrefois, quand on voit ce qui se passe aujourd'hui dans notre littérature », qu'il a assortie d'un comm entaire partic ulier : « Il était, quelques lignes auparavant, question de Béranger et de ses sentiments chrétiens , or, Veuillot me disait il y a peu de jours : dites, si vous êtes obligé de vous défendre, que lorsque tout un peuple va s'informer de la santé de ce misérable, on n'a pas le droit de poursuivre l'auteur des Fleurs du mal ! [il serait peut-être imprudent de se servir à l'audience de cette méthode de défense]. » Baudelaire a également exposé cet argument concernant Béranger, avec la même réserve, dans un recueil de notes à son avocat (Charles Baudelaire, OEuvres complètes, Pléiade, pp. 194-195). GRAN DE VO IX DU CONSERVAT ISME et ennemi intim e de Baudelaire, le publici ste Armand de Pontmartin (1811-1890) fut « le seul critique auquel [Baudelaire] ait accepté de "répondre", engageant avec lui une controverse sur les relations entre la littérature et la morale » (André Guyaux, Baudelaire. Un demi-siècle de lectures des Fleurs du mal, p. 1035). Sujet de raillerie dans les cercles émancipés et chez nombre d'auteurs comme Sainte-Beuve, Barbey d'Aurevilly ou Huysmans, Pontmartin disposait cependant d'une vaste audience dans les milieux bienpensants, en partie grâce à son provincialisme revendicatif, dénonciateur du parisianisme. Baudelaire le dénonça comme « un homme qui a toujours l'air d'arriver de sa province », comme « grand haïsseur de littérature », « imbécile qui défend au poète de choisir luimême ses sujets », et comme un de ces« professeurs jurés » que leur « langue insuffisante » et leur « sagesse d'écolier » rend inaptes à comprendre et exprimer « le mouvement de la vie ». C'est Pontmartin qui engagea la longue passe d'armes qui les opposa, en formulant en 1856 une critique des Histoires extraordinaires, à quoi Baudelaire répondit de manière cinglante en 1857 dans la préface aux Nouvelles histoires extraordinaires. Pontmartin mena alors une attaque contre les Fleurs du mal, d'abord de manière couverte en juillet 1857 dans le présent article du Journal de Bruxelles, puis de manière ouverte en septembre 1857dans Le Spectateur. « Le point de vue de Pontmartin dénonçant Les Fleurs du mal rejoint celui d'Ernest Pinard et des dénonciateurs de juillet 1857. Il s'ancre dans le même puritanisme, avec quelques nuances de sensibilité : Pinard se pose en défenseur de l'ordre moral, Pontmartin en arbitre de la bienséance et des moeurs châtiées de la vieille France [...]. Il avait la nostalgie [...] de l'âge d'or de la Restauration, où cohabitaient le romantisme et la monarchie de droit divin » (André Guyaux, op. cit., p. 1041). En 1860, Baudelaire revint à la charge dans Les Paradis artificiels, dénonçant « les Pontmartin et autres sermonnaires de salons », fustigeant « la grande folie de la morale [qui] usurpe dans toutes les discussions littéraires la place de la pure littérature ». Après une nouvelle attaque de Pontmartin en 1861 à l'occasion de la seconde édition des Fleurs du mal, Baudelaire manoeuvra encore contre lui en 1862 pour le brouiller avec le directeur de la Revue des deux mondes François Buloz. Sur Narcisse Ancelle, voir ci-dessus le n° 1. Expositions : ce document a figuré en 1957 dans l'exposition Charles Baudelaire tenue à la Bib liothèque nationale (n° 277 du catalogue), en 1968-1969 dans l'exposition Baudelaire tenue au Petit Palais (n° 333 du catalogue), et en 1993 dans l'exposition Baudelaire-Paris tenue à la Bib liothèque historiq ue de la ville de Paris (n° 225 du catalogue, avec reproduction p. 125). Charles Baudelaire, OEuvres complètes, Pléiade, t. I, pp. 1178-1179, avec édition partielle des notes de Baudelaire sur l'article de Pontmartin.

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N° 11
BAUDELAIRE (Charles). Pièce autographe signée. Paris, 26 avril 1858. 1/2 p. in-4 Billet à ordre de Baudelaire : « Le quinze août prochain je paierai à M. Cousinet ou à son ordre la somme de cinq cents francs, valeur reçue en marchandises... » Entre deux traits, en bas à gauche de la même page : « Bon pour 500 fr. » Louis Cousinet l'a endossé au verso, le 17 mai, en faveur d'un certain M. Valentin (2 lignes autographes signées), et ledit Valentin l'a à son tour endossé le 30 juin 1858 en faveur de la banque Lécuyer & C°. Un créanci er de Baudelaire, le restaurateur Louis Cousinet. Restaurateur à l'enseigne de « La Tour d'argent », d'abord quai de la Tournelle, puis rue du Bac et enfin rue de Verneuil, Cousinet semble avoir agi en usurier avec Baudelaire, lequel a certes pris des repas chez lui mais a sûrement dû lui emprunter de l'argent à plusieurs reprises, depuis au moins 1844. Baudelaire, littéralement harcelé par Cousinet, ne remboursa jamais complètement sa dette envers celui-ci, qui s'élevait à la mort du poète en 1867 à plus de 2500 francs. Joint, concernant la même dette, 2 pièces manuscrites : – une pièce signée par l'huissier Charles-Borromée Bercier, mandaté par la banque Lécuyer. Paris, 16 août 1858. 1. p. 1/2 in-4 lithographiée avec ajouts manuscrits et estampilles. Protêt d'Huissier pour défaut de paiement de Baudelaire. « L'an mil huit cent cinquante huit le seize août à la requête de Mrs Lécuyer & compagnie, banquiers demeurant à Paris... j'ai... sommé et interpellé Mr Charles Baudelaire... quai Voltaire n° 19 où, étant & parlant à la co ncierge de la maison ainsi... de présentement payer aux requérants ou à moi huissiers pour eux porteur la somme de cinq cents francs..., laquelle a répondu que le souscripte ur est sorti , qu'il n'y a personne chez lui, qu'aucuns fonds ne lui ont été remis pour payer ledit billet, sommé de signer a refusé... » – une pièce de la banque Lécuyer et Cie. S.l., [août 1858]. 1 p. au format carte de visite, lithographiée avec ajouts manuscrits. Mention de la somme de 507, 65 fr. (incluant les frais d'huissier) due par M. Valentin aîné à cette banque. Le même 16 août 1858, Baudelaire écrirait une lettre à Louis Cousinet l'autorisant à toucher à sa place la somme de 500 francs sur le prix de ses articles à la revue contemporaine, et indiquerait que cette délégation serait faite pour être substituée au présent billet à ordre. Charles Baudelaire, Correspondance, t. I, p. 493.

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N° 12
BAUDELAIRE (Charles). Ensemble de 15 lettres à Eugène Crépet : soit : 13 lettres autographes signées (une au crayon), une lettre autographe, et un reçu autographe signé. 1859-1862. Collaboration de Baudelaire à l'anthologie des Poètes français, futur chapitre de son recueil sur L'Art romanti que. Quand Eugène Crépet décida de publier un panorama général de la poésie française, il conçut son projet comme un choix de textes significatifs accompagnés de notices introductives. Pour celles-ci, il s'adjoignit la collaboration de savants comme comme Anatole de Montaiglon, mais surtout d'écrivains comme Sainte-Beuve (qui donna la préface générale), Charles Asselineau, Théodore de Banville, Jules Barbey d'Aurevilly, Théophile Gautier (qui rédigea la notice sur Charles Baudelaire accompagnée d'un choix de sept poèmes des Fleurs du mal) ou Jules Janin. L'ouvrage, intitulé Les Poètes français : recueil des chefs-d'oeuvre de la poésie française depuis les origines jusqu'à nos jours, fut imprimé chez Jules Claye en quatre volumes, les trois premiers publiés chez Casimir Gide en 1861 et le dernier chez Hachette vers le 2 août 1862. Charles Baudelaire fut chargé de dix notices pour le volume concernant la période contemporaine, consacrées à Théodore de Banville, Auguste Barbier, Marcelline Desbordes-Valmore, Pierre Dupont, Théophile Gautier, Victor Hugo, Leconte de Lisle, Gustave Le Vavasseur, Hégésippe Moreau, Petrus Borel. Sept de ces notices parurent effectivement dans Les Poètes français, mais trois furent refusées : Eugène Crépet remplaça celle sur Auguste Barbier par un texte de Léon de Wailly, celle sur Hégésippe Moreau par un texte de Théodore de Banville, et supprima purement et simplement celle sur Petrus Borel. Charles Baudelaire republierait neuf de ses dix notices (celle sur Moreau exceptée) en juin-août 1861 dans la Revue fantaisiste de Catulle Mendès, et les intégrerait ensuite toutes dans la section Réflexions sur quelques-uns de mes contemporains de son recueil L'Art romantique, qui ne paraîtrait qu'après sa mort, en 1869. Eugène Crépet, une des « vieilles canailles » du carnet de Baudelaire. Si le poète le rangea dans cette catégorie (aux côtés de Louis Hachette), c'est que leurs relations furent tendues lors de sa collaboration à l'anthologie des Poètes français. Eugène Crépet, d'une part, conduit par son puritanisme et ses convictions républicaines, exigea diverses modifications dans les textes de Baudelaire et refusa même trois notices. De son côté, Baudelaire se montra pressant dans ses demandes d'avances financières. Cela en arriva à tel point qu'Eugène Crépet refusa de lui envoyer l'ouvrage auquel il avait collaboré tant qu'il ne se serait pas vu rendre les volumes de poésies de Hugo qu'il lui avait prêtés. Il demeura néanmoins sans rancune et publia en 1887 un volume des OEuvres posthumes et correspondances inédites de Baudelaire, auxquelles il joignit une étude qui fait de lui le premi er bi ographe sérieux du poète. « Il me paraît inutile de faire composer... puisque dans chacune de ces notices il y a des choses choquantes pour vous... » – Lettre autographe signée « Ch. Baudelaire ». Paris, 4 août 1859. « J'ai fi ni vos sept notices , to utes co nçues dans le st yle et suiva nt la mét hode demandés . Je m'étais, comme vous savez, promis de vous attendre , mais j'apprends que vous serez encore absent pendant une huitaine de jours. Je vous demande donc la permission de m'adresser à M. Gide pour lui en réclamer le prix. L'ensemble fait, aussi bien que j'ai pu compter, un peu plus d'une feuille. Soyez assez bon pour m'envoyer un mot qui me permettra de me présenter chez lui. J'aurais atte ndu vot re reto ur, si je n'étais pas poursuivi pour une somme dont ce manuscrit rep rése nte la moitié . Il y a donc là pour moi un repos momentané. Je laisserai le manuscrit à M. Gide, et à votre retour, nous le reprendrons pour le lire ensemble. Nous avons, il est vrai, déjà causé de tout cela. Veuillez ne voir dans ma lettre qu'un signe de déférence pour vous. Que vous seriez aimable, si je recevais votre réponse après demain 6 ! – Chose possible... » (1 p. in-8, adresse au dos, 2 déchirures au feuillet d'adresse dues à l'ouverture sans manque de texte). Eugène Crépet accéda à la demande Baudelaire qui put recevoir rapidement la somme qui lui revenait. – Lettre autographe signée « Ch. Baudelaire ». [Paris, vers le 25 août 1859]. « Ceci a déjà été lu et retouché deux fois. je me propose d'y retoucher encore un peu... C'est po ur cela que je réclame vot re promesse , de fai re compose r ces notices en placa rds. Alo rs, selo n mon habit ude, j'y verrai to ut à fait clai r. Et je quitterai Paris plus tranquille. 3 épreuves de chacune... Ne soyez pas inquiet , je ne ferai pas des remaniements énormes . Quand vous en serez à la littérature anglaise, je ferai en sorte de vous rembourser vos 260 fr., pas par de la critique mais par de la traduction pure. Les morceaux à choisir pour Barbier et Moreau ne sont pas indiqués. Pense z à la Tentation de Barbier, morceau non réimprimé [ce poème était cher à Baudelaire qui s'en est souvenu maintes fois]. » (2 pp. in-12, adresse au dos, déchirure au feuillet d'adresse due à l'ouverture sans manque de texte , trace d'onglet et petite restauration à la pliure). – Lettre autographe signée « Ch. Baudelaire ». Paris, 31 octobre [1859]. « J'irai [à] 4 heures et demie au pl us ta rd chez M. Gide avec le Moreau et le Dupont prêts, sauf deux pages, depuis si longtemps. Je vous ai fortement négligé parce que je viens de traverser une phase terrible. Je ne quitte rai pas Paris, sans avoi r remanié de nouveau to utes mes notices sur un manuscrit très propre et très net. J'aurai ce mois-ci un peu de temps à moi. Puis-je encore compter sur l'offre gracieuse que vous m'avez faite relativement aux tragédies ou à une tragédie [Baudelaire envisageait de proposer une nouvelle traduction de Bertram, or the Castle of St-Aldebrand de l'Irlandais Charles Robert Maturin], ce qui en même temps me permettrait de vous rembourser ce que je suis honteux de vous devoir depuis trois mois ?... » (1 p. 1/4 in-8, adresse au dos, deux petites déchirures dues à l'ouverture, l'une anciennement restaurée avec infime atteinte au texte mais sans manque). – Lettre autographe signée de ses initiales. S.l., [1859 ou 1860]. « J'ai fait, comme vous savez, quelques efforts pour trouver la Barcarolle de P. Dupont. Tâchez donc d'en faire autant, et de mieux réussir que moi. C'est la dernière notice à livrer, et j'ai hâte d'en finir... » (1 p. in- 8, au crayon, adresse au dos, petite déchirure au feuillet d'adresse due à l'ouverture sans atteinte au texte). – Lettre autographe signée de ses initiales. [Paris, 13 mai 1860]. « Nous voici à dimanche et je n'ai pas encore reçu votre réponse à ma dernière lettre. Je co nti nue à travaille r, et je crois que j'aurai fini ce soir. Cependant, si comme je vous l'ai dit, je n'avais pas tout à fait fini demain matin, au lieu d'aller chez vous à 11 heures, je vous attendrais chez moi à 5 heures du soir... » (1 p. in-12, adresse au dos, feuillet d'adresse avec trace d'onglet et petit manque angulaire du à l'ouverture sans atteinte au texte). – Lettre autographe. [Paris, vers les 15-20 mai 1860]. « Je suis malade depuis hier et je ne peux pas bouger. Je veux vous porter cette notice moi-même. Il est évident que je n'irai pas m'établir là-bas [à Honfleur] sans vous le dire. J'ai écrit à Hugo. Je vous l'ai déjà dit , mais par voie de Londres, et si vous aviez réfléchi que les départs de bateaux n'ont lieu qu'une ou deux fois par semaine de Guernesey, et qu'Hugo n'écrit que le dim[anche], vous ne m'n demandriez pas déjà la réponse [Hugo ne répondrait que le 19 juillet]... » (1 p. in-16 d'une écriture un peu altérée par la maladie, trace d'onglet au verso). – Pièce autographe signée « Ch. Baudelaire ». S.l., 21 mai 1860. « Reçu de M. Crépet la somme de quatre-vingt-dix francs, sur le compte de mes notices litté raires ou de mes traductio ns de poètes anglais ... » (1 p. in-12 oblong, traces de 2 onglets au verso). – Lettre autographe signée de ses initiales. [Paris, avant octobre 1860]. « Je me presserai parce que j'ai besoin de me presser. J'irai aujourd'hui à 4 h. chez M. Gide. Je viens à l'instant même d'oublier l'adresse de Leconte de Lisle [Eugène Crépet avait à négocier avec Leconte de Lisle les droits de reproduction de ses poèmes reproduits après la notice de Baudelaire]. Mais à coup sûr, vous trouverez cela chez M. Pincebourde, à la librairie Malassis [le futur éditeur René Pincebourde, alors premier commis d'Auguste Poulet-Malassis], rue des beaux-Arts, 9... » (1 p. sur un bi-feuillet in-16, fente anciennement restaurée et trace d'onglet au second feuillet, blanc). – Lettre autographe signée « Ch. Baudelaire ». [Paris], 8 novembre 1860. Concernant le bohème Ferdinand Fouque, toujours dans la misère, qui cherche à être employé par une revue ou un éditeur : « M. Ferdinand Fouques [sic] est venu me voir, il y a trois ou quatre jours, pour me demander s'il pouvait travailler pour vous. J'étais très affairé ce jour-là, et je suis désolé de ne pas l'avoir accompagné chez vous... Un dernier mot : je co nsidère Fouques comme un esp rit remarquable, érudit , poéti que. Je crains (malgré ce que je pense de votre pénétration) que vous ne l'ayez pas reçu avec tous les égards qui lui sont dus. Je travaille pour vous. Si demain vous n'avez pas reçu de mes nouvelles par un commissionnaire, envoyez-moi après-demain votre valet de chambre avec toutes les bonnes feuilles que je vous demande , toutes... Et il vo us rappo rte ra tout Hugo... » (2 pp. 1/4 in-8, trace d'onglet au verso). – Lettre autographe signée de ses initiales. Paris, 17 janvier 1861. « Vous me demandez si vo us deve z sérieusement compte r sur moi ? – Oui. – D'abo rd je vo us dois cette notice , ensuite je tiens à la voi r signée de moi. – Vous me dites que j'ai déjà affirmé qu'elle était finie. – Oui, et j'en suis mécontent [il s'agit très probablement de la notice sur Victor Hugo]. Si une roue m'était passée sur le ventre ou sur la tête, malgré que vous attendiez depuis longtemps, vous me feriez encore crédit. Eh bien, supportez (au moral) quelque chose de pire. – Je rentre dans la vie depuis 4 jours, je suis à Paris depuis 5, et je me trouve en face de sept morceaux arriérés , y comp ris le vôtre, to us égalemen t pressés , un ensemble de 160 pages . Oui, je désire que vous comptiez sur moi. Quel jour commencerai-je à prendre pour vous les 24 ou 48 heures nécessaires, je n'en sais rien aujourd'hui , je sais seulement que jour à jour je ferai ce que j'ai à faire. Je vo us récrirai de nouveau aussit ôt que je serai calmé ... Il y a 4 jours, j'ai rencontré M. Gide, et comme j'étais curieux de savoir si vous étiez fort embarrassé par ma faute, je l'ai questionné à ce sujet. Il m'a affirmé qu'aucun embarras ne pouvait venir actuellement par moi. Vous trouverez cette lettre une mauvaise réponse. Elle contient la vérité pure : un grand trouble, beaucoup d'arriéré, et la certitude que je finisse votre affaire. En même temps, le Pierre Dupont... » (2 pp. in-8, trace d'onglet au verso). – Lettre autographe signée « Charles Baudelaire ». [Paris, vers le 4 juin 1861]. « Je me suis remis ce mati n à vot re Hugo , vous pouvez donc être tranquille de ce côté. Je sors de chez M. Claye, à qui j'ai demandé une bonne ép reuve de Gautie r, Leco nte de Lisle, et Barbier , mais il pa raît qu'il n'est pl us temps , et que ce serait un vif embarras. Je demande avec insista nce une bonne ép reuve de Desbo rdes -Valmore, et une bonne ép reuve d'Hégésippe Moreau, avant que vous n'ayez fait décomposer. D'après ce que vous m'avez dit hier soir, il me pa raît inutile de fai re compose r Pierre Dupont, Le Vavasse ur et Pet rus Borel , puisque dans chac une de ces notices il y a des choses choquantes pour vo us [la notice sur Dupont comportait des critiques qui pouvaient sembler malvenues à l'égard d'un ami, celle sur Le Vavasseur comportait un passage évoquant le poète « presque nu », celle sur Borel en montrait explicitement le côté excessif, bousingot]. Ayez bien soin de ne pas égarer les trois manuscrits, le quatrième (Hégésippe) étant représenté par une bonne épreuve... » (1 p. 3/4 in-8, en-tête imprimé « Poulet-Malassis et de Broise, libraireséditeurs à Paris », adresse au dos, feuillet d'adresse avec trace d'onglet et petite déchirure due à l'ouverture sans atteinte au texte). – Lettre autographe signé de ses initiales en 2 endroits. [Paris, peut-être juin 1861]. « Je ne puis m'occ upe r que des reto uches de Pierre Dupont, puisque je co nsidère les deux autres comme excelle ntes [les notices sur Borel et Le Vavasseur]. Vot re ave uglement seul fait obstacle à ce que vo us soyez de mon avis . Je vous en supplie, ne m'en parlez plus. Vous aurez votre épreuve lundi. Quant aux citations, vous savez ce qui a été décidé , tout au plus puis-je vous donner quelques conseils pour le choix , mais à quoi bon ? Je pars à la fin du mois. Pensez aux autres dont je n'ai pas encore eu les épreuves... » (1 p. in-16, adresse au dos, feuillet d'adresse avec trace d'onglet et déchirure anciennement restaurée affectant le texte sans manque). – Lettre autographe signée de ses initiales. [Paris, peut-être juin ou été 1861]. « J'avais même exprimé le dési r de revoi r to utes les citatio ns (et pe ut-être d'en ajoute r une). Il me semble que ce serait prudent, car vous voyez que, sans compter les trois vers que j'ai changés, il y avait passableme nt de fa utes , alté rant le te xte et le sens. Si cet enfant vous trouve, remettez-lui les autres , s'il ne vous trouve pas, envoyez-les moi dans la soirée, vous les aurez avant demain. (No n seulement Les Contemplations, mais aussi La Légende . J'espère que j'irai là-bas en juillet. Je vous renverrai le tout)... Supprimez la note ajoutée si vous la trouvez superflue. » (1 p. in-8 carré, adresse au dos, feuillet d'adresse avec trace d'onglet, restauration à un manque angulaire affectant les deux feuillets sans atteinte au texte). – Lettre autographe signée de ses initiales. [Paris], 19 juin 1861. « Depuis plusieurs jours, toutes vos épreuves remaniées sont chez vous, et il y a pour vous 100 fr. chez Malassis, tiers des 300 que j'ai reçus, comme vous pouvez vous en assurer sur les registres de la revue [la Revue fantaisiste à qui Baudelaire confia neuf de ses notices écrites pour les Poètes français]. Comme votre lettre m'a inquiété, j'ai voulu voir madame Crépet , elle était absente. Ensuite je suis allé à l'imprimerie où on n'a rien reçu. Avant de quitter Paris, je veux to ut reli re, d'ailleurs les quat re dernières ont besoi n d'être rel ues après co rrectio n. Et enfin, il sera nécessai re de mett re une note dans la notice sur Valmore... Je ne peux vous répondre que chez vous. Vous ne me dites pas où vous êtes et le timbre de la poste est illisible. » (1 p. 1/2 in-8, petits accrocs marginaux et très légère trace d'onglet, sans atteinte au texte). – Lettre autographe signée « Charles Baudelaire ». [Paris], 9 septembre 1862. « Votre précieuse lettre est arrivée trop tard. Je ve ux dire que j'ai le 4e vol ume des Poètes français. Je l'ai pa yé, bie n ente ndu. Je garde la facture aussi soigneusement que votre lettre. Quant à vos livres , vot re réclamatio n n'est que trop juste , il était puéril de prendre une forme aussi impé rieuse. Je n'ai souvenir exact que des Contemplations et de La Légende des siècles , dans la crainte de me tromper, je vais réclamer tout ce que l'on pourra trouver de Victor Hugo chez moi... » (1 p. in-12 carré, trace d'onglet au verso). Joint, 2 pièces : – Crépe t (Eugène). Brouillon autographe signé à Charles Baudelaire. Paris, 14 septembre 1862. Il s'agit de sa dernière lettre au poète, répondant à la dernière lettre reçue de lui (celle du 9 septembre 1862, ci-dessus) : il y explique « combien l'accent presque toujours dédaigneux, impératif et quasi-dictatorial de [sa] correspondance [l'] a blessé ». – Poulet-Malassis (Auguste). Lettre autographe signée à Eugène Crépet. Paris, 29 septembre 1861. Concernant ses droits sur les poésies de Baudelaire, Banville, Châtillon et Leconte de Lisle, et sur la notice de Baudelaire relative à Banville. Provenance : bib liothèque du grand collectionneur baudelairien Armand Godoy. D'origine cubaine, poète francophone et traducteur de l'espagnol, Armand Godoy (1880-1964) réunit une importante bibliothèque d'imprimés et de manuscrits de Baudelaire. Charles Baudelaire, Correspondance, t. I, pp. 590, 592-593, 611, 647, t. II, pp. 43, 46, 50, 95, 104, 124-125, 172, 172-173, 173, 174, 258-259. – Pour la lettre d'Eugène Crépet : Lettres à Charles Baudelaire, p. 106.

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N° 13
BAUDELAIRE (Charles). Lettre autographe signée « Ch. Baudelaire » à Eugène Crépet. [Paris, vers le 10 avril 1860]. 2 pp. 1/4 in-16, trace d'onglet au verso. Collaboration de Charles Baudelaire à l'anthologie des Poètes français, futur chapitre de son recueil sur L'Art romanti que. L'auteur des Fleurs du mal collabora à ce recueil paru en 1861- 1862 en rédigeant les notices introductives aux extraits de dix auteurs contemporains dont Victor Hugo, Théophile Gautier, Auguste Barbier ou Auguste de Laprade. Mais il rencontra des difficultés avec le coordinateur de l'ouvrage, Eugène Crépet, qui demanda des modifications dictées par des considérations morales ou politiques. « Ce jocrisse de Laprade ». Ainsi, dans la notice consacrée à Auguste Barbier, Eugène Crépet demanda que soit atténué un passage sarcastique à l'égard du poète Auguste de Laprade, académicien à la muse royaliste et religieuse, chez qui Charles Baudelaire critiquait l'hérésie de la morale dans l'art. Le poète se montra fort réticent à apporter des changements à son texte, comme en témoigne la présente lettre, et, faute d'être parvenu à un accord, Eugène Crépet remplaça cette notice par une autre de Léon de Wailly. L'ensemble des notices de Charles Baudelaire serait intégré dans la section Réflexions sur quelques-uns de mes contemporains du recueil L'Art romantique, des OEuvres complètes préparées par Charles Baudelaire mais publiées de manière posthume en 1869. Eugène Crépet fut une des « vieilles canailles » du carnet de Baudelaire, mais aussi son premi er bi ographe sérieux. « Vous me to urmente z horriblement et inutileme nt. J'ai mis, à ca use de vo us auta nt qu'à ca use de moi, une applicatio n énorme dans ces notices . Ce que j'écris est bon et irréfutable. Cependant je vous ai déjà promis, par complaisance et par déférence, de remanier plusieurs passages. Je l'ai déjà fait, dans le Barbier par exemple. Or, comment voulez-vous que je corrige quoi que ce soit, puisque je n'ai pas d'épreuves ? Comment vo ulez-vo us que je recomme nce, pour la troisième fois, le passage relatif à ce jocrisse de Laprade, puisque je n'ai pas l'épreuve sous les yeux ? Vous savez bien cependant que j'ai demandé une 2e épreuve, ce qui, après la lettre que vous m'avez écrite, impliquait chez moi la volonté de vous complaire encore en essayant encore une transformation. Quant à profite r de mon absence pour alté rer ce que j'écris, vo us ne le ferez pas , d'abord pa rce que cela serait dés honnête , ensuite parce qu'il a été convenu entre nous que si je me refusais à certaines transformations, ce serait Boyer [l'écrivain Philoxène Boyer, qui a présenté Baudelaire à Crépet] qui se chargerait de ce travail , enfin parce qu'il serait convenable d'abord de me donner un texte de mes notices, tel que je l'ai primitivement écrit (à ce sujet, je vous ferai remarquer que je serais fort heureux d'avoi r le Gautier et le Barbi er qui sont probablement corrigés et peut-être clichés). Il y aurait encore une manière de vider toutes les difficultés , de vous et de Gide, qu'ai[-je] reçu d'argent ? Malgré toutes les dépenses dont je suis accablé, je saurai vous rendre cela, ou je vous fournirai les moyens de vous le faire rendre. Je vous supplie de ne voir aucune impertinence dans cette proposition extrême. Je ne m'y résoudrais moi-même qu'en désespoir de cause... » Provenance : bib liothèque du grand collectionneur baudelairien Armand Godoy. D'origine cubaine, poète francophone et traducteur de l'espagnol, Armand Godoy (1880-1964) réunit une importante bibliothèque d'imprimés et de manuscrits de Baudelaire. Charles Baudelaire, Correspondance, t. II, pp. 21-22. « Envo yez-moi tout ce que vo us ave z d'Hugo... Il fa ut que je m'en sat ure pe ndant 24 heures ... »

BAUDELAIRE (Charles). Lettre autographe signée « Ch. Baudelaire » à Eugène Crépet. [Paris, vers le 1…
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N° 14
BAUDELAIRE (Charles). Lettre autographe signée en deux endroits, « Ch. Baudelaire » et « C. B. », adressée à Eugène Crépet. [Paris, mai 1860, probablement le 9]. 1 p. in-8 carré, au crayon, adresse au dos , feuillet d'adresse avec manque de papier angulaire du à l'ouverture sans atteinte au texte, quelques fentes anciennement restaurées et trace d'onglet. Collaboration de Charles Baudelaire à l'anthologie des Poètes français, futur chapitre de son recueil sur L'Art romanti que. Eugène Crépet, qui coordonna l'édition de cette anthologie parue en 1861-1862, confia à l'auteur des Fleurs du mal la rédaction des notices introductives aux extraits de dix auteurs contemporains, dont Victor Hugo. L'ensemble serait intégré dans la section Réflexions sur quelques-uns de mes contemporains du recueil L'Art romantique, des OEuvres complètes préparées par Charles Baudelaire mais publiées de manière posthume en 1869. Thuriféraire ironiq ue de Vic tor Hugo. Dans sa notice consacrée à cet auteur, Charles Baudelaire le décrit dans toute sa démesure, fait l'éloge de son « génie sans frontière », de manière argumentée et avec un accent de vérité qui n'évite cependant pas les ironies critiques. Il entretint de fait des relations malaisées avec Victor Hugo, s'agaçant de la grandiloquence de l'homme, admirant La Légende des siècles mais méprisant Les Misérables, alternant éloges publics et sarcasmes privés... « J'avais envie de me remettre en route ce matin pour vous trouver, mais il vaut mieux que je travaille. Je me suis déjà mis à vot re V. Hugo, dès hier. Il sera fini lundi et vous pourrez, si bon vous semble, venir me le demander vers six heures. Vous devinez que sous une pareille ardeur, pour que je laisse tout de côté, il y a une nécessité violente. J'ai besoin (par M. Gide) de 100 fr. pour demain, et de 100 fr. lundi. Mon Hugo se ra lo ng, pas trop lo ng , s'il ne couvre pas cette somme, nous en choisirons encore un autre, parmi les modernes. Je n'ai pas besoin de vous dire, vous le savez, qu'il y a là po ur moi un to ur de force à fai re. Je vais même ave rti r Hugo moi-même, afin de pouvoi r prendre mes aises . Mainte nant, envo yez-moi tout ce que vo us ave z d'Hugo chez vo us. Il fa ut que je m'en sat ure pe ndant 24 heures . Tout à vous... Je ne sors pas de la journée excepté à 6 heures... » Charles Baudelaire, Correspondance, t. II, pp. 39-40.

BAUDELAIRE (Charles). Lettre autographe signée en deux endroits, « Ch. Baudelaire » et « C. B. », ad…
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N° 15
BAUDELAIRE (Charles). Notes autographes (14 lignes) au verso d'une enveloppe postale à lui adressée par Jules Barbey d'Aurevilly (s.l., 13 août 1860, in-16 oblong, adresse autographe de ce dernier en 5 encres différentes). Notes préparatoires à une lettre au di recteur de la Rev ue co ntempo raine, Alphonse de Calonne, qu'il expédierait le 13 août 1860 ou peu après. « Quand ? Vers ? Adresse de Hervé. 300. Fidélité. Constitutionnel remboursé. Je n'ose pas. Voir ma mère, et Malassis. Sainte-Beuve. Les 470. » Nouvelles Fleurs du mal et questions d'argent. Dans cette lettre, Baudelaire interroge Calonne sur sa date de départ, s'enquiert si Édouard Hervé, collaborateur à la Revue contemporaine, va publier des vers de lui (de nouveaux poèmes des Fleurs du mal qui paraîtront finalement dans L'Artiste le 15 octobre 1860), et demande s'il doit déposer un manuscrit ou sinon apporter 470 francs. Il quémande cependant une avance 300 francs afin de payer ses déplacements pour aller voir sa mère et son éditeur Poulet-Malassis, en précisant que venant à peine d'apurer sa dette envers Le Constitutionnel il ne peut pas déjà s'adresser à ce périodique pour un nouvel emprunt. Enfin, il dit à Calonne avoir vu Sainte-Beuve qui lui a parlé de lui de la manière la plus affectueuse. Superbe document, très graphiq ue. Charles Baudelaire, Correspondance, t. I, p. 683, note n° 2. – Lettres à Charles Baudelaire, p. 59, note. – Jules Barbey d'Aurevilly, Correspondance générale, t. VI, 1986, n° 1860/21, note n° 1.

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N° 16
BAUDELAIRE (Charles). Pièce autographe signée en tête « Baudelaire », intitulée « Liste de distribution » [vers le 17 janvier 1861]. 2 pp. in-folio, avec annotations autographes de Poulet-Malassis, et avec également une mention manuscrite ancienne concernant la datation de ce document. Quelques manques marginaux, quelques fentes anciennement restaurées, trace d'onglet en marge de la seconde page portant atteinte à quelques lettres de mentions de Poulet-Malassis, infimes perforations. Préci eux témoignage sur sa stratégie édi toriale et son cercle de relations. Cette « liste de distribution » des Fleurs du mal proposée par Charles Baudelaire à son éditeur reflète sa conception du paysage de la critique littéraire en France. Certes, quelques petites revues qui ne reçurent pas l'ouvrage publièrent tout de même des articles, et, à l'inverse, quelques destinataires effectifs n'y figurent pas comme Victor Hugo, mais la plupart des noms importants y figurent, y compris Armand de Pontmartin, tête de Turc de Charles Baudelaire et auteur en 1857 d'une critique assassine des Fleurs du mal. Charles Baudelaire id entifie ici les personnes qui comptaient le plus pour lui : il fait suivre leurs noms de mentions marquant son désir d'accompagner d'une lettre personnelle l'envoi des Fleurs du mal : parmi ces privilégiés, Jules Barbey d'Aurevilly, François Buloz, Jules Janin ou Charles- Augustin Sainte-Beuve. L'intérêt du poète pour la presse étrangère : Charles Baudelaire accorde une réelle importance à la réception de son ouvrage hors de France, notamment en Angleterre, comme le révèlent les 12 titres anglais présents sur cette liste. « 35 pièces nouvelles, toutes les anciennes remaniées, portrait » Charles Baudelaire propose ici en note un projet de Prière d'insérer pour la seconde édi tion des Fleurs du mal, précisant ce qui selon lui en renouvelait l'actualité. Il correspond peu ou prou à la mention portée au titre de l'édition. Document annoté par Auguste Poulet-Malassis Une illustration de l'attitude professionnelle de son édi teur et ami . Auguste Poulet-Malassis allait publier la seconde édition des Fleurs du mal dans la première semaine de février 1861. Si Charles Baudelaire manifeste dans la présente « liste de distribution » de larges ambitions pour la diffusion de son livre, Auguste Poulet-Malassis s'y montre logiquement plus sensible aux questions financières, et se propose de ramener les désirs de l'auteur à de plus modestes proportions. Ses annotations concernent le tirage et la pertinence du choix des destinataires du volume : il s'oppose à de nouveaux tirages sur grands papiers, et refuse ou conditionne plusieurs envois gracieux à la perspective d'obtenir des articles en retour : « inutile », « inutile, à moins qu'il ne promette », voire « Nous ne pouvons pas entrer dans les considérations d'amitié ». « Baudelaire. 20 ex. – Combien sur chine ou fil ? [Poulet-Malassis : « 20 ex. sur papier ordinaire. Il n'y en a sur fil et chine que quelques exemplaires tirés à mes frais dont je me réserve la disposition. Baudelaire en a fait tirer à ses frais quelques plus beaux ex. [sur vélin fort] chez Raçon [Simon Raçon, imprimeur de cette édition]. Il ne tenait qu'à lui d'en demander davantage. »]. Revue des deux mondes. Buloz (avec une lettre de moi). Revue contemporaine. De Calonne. Revue britannique. Qui ? Revue européenne. Lacaussade. Gustave Rouland (avec une lettre de moi). Correspondant. Qui ? Illustration. De Wailly ? Monde illustré. Gozlan (avec une lettre). Moniteur. Sainte-Beuve (avec une lettre). Débats. Deschanels (avec une lettre). Cuvillier-Fleury. [Poulet-Malassis a biffé le second nom, et indiqué : « Cuvillier-Fleury inutile. »] Presse. Saint-Victor (avec une lettre de moi). Arsène Houssaye (directeur de La Presse) (très important) (avec L'Artiste cela ferait un double) [Poulet-Malassis : « en tout cas, un exemplaire seulement »] Constitutionnel. Grandguillot (Vitu fera une note). Siècle. Taxil-Delord. [Poulet-Malassis a biffé cette ligne, et indiqué : « inutile, à moins qu'il ne promette »]. Pays. D'Aurevilly (avec une lettre). Patrie. Édouard Fournier. [Poulet-Malassis a biffé cette ligne, et indiqué : « idem » en référence à sa remarque précédente]. Opinion nationale. Levallois. Salut public de Lyon. Armand Fraisse (avec une lettre). Nord. Jules Janin (avec une lettre). Indépendance belge. Qui ? [Poulet-Malassis : « Ulbach (Mané) »]. idem. De Ronsard (ministère de l'intérieur. Très important pour 200 journaux) (avec une lettre). Union. Pontmartin. Gazette de France. Guttinguer (promis un article, annoncé même il y a huit jours) Revue anecdotique. Larcher. Revue de Genève. Qui ? Figaro. Monselet. [Poulet-Malassis a biffé cette ligne, et indiqué : « Inutile »]. Journal amusant. Nadar. Times. Thackeray's Cornhill Magazine (avec une lettre). Examiner. Spectator. Athæneum [sic] Literary Gazette. Press. Frazer's Magazine. Blacwood's Magazine. Westminster Review. Edinburgh Review. Quarterly Review. [Poulet-Malassis a encadré cette liste de titre anglais, et indiqué : « Nous savons par expérience qu'on n'obtient rien gratuitement des journaux anglais et aussi que la vente des livres français est presque nulle, puisque tous nos correspondants de Londres nous ont quitté successivement. Si ces ex. sont envoyés, en tout cas, l'envoi ne peut en être à notre charge. »] Russes et Allemands, je n'y entends rien. [Poulet-Malassis : « Y compris les 20 ex. d'auteur, et en retranchant ceux que j'ai rayés, restent 50 exemplaires de distribués ou donnés. C'est tout ce qu'on peut faire pour un tirage de 1.500 fr. Sans compter ceux à qui on n'a pas pensé qui viendront réclamer. Une dixaine au moins. Soit soixante. »] Vitu fera une note au Constitutionnel. La Fizelière à L'Artiste. Je vo udrais bien me décharger sur vo us de Banville, de Gautier et de Leconte de Li sle. [Poulet-Malassis : « Pas possible. No us ne pouvo ns pas entrer dans les co nsidératio ns d'amitié . Et les 20 exemp. d'auteur, pour qui seraient-ils ?] Plusieurs de ces exemplaires doivent être accompagnés d'une lettre de moi. Je verrai De Broise [le beau-frère et l'associé de Poulet-Malassis dans sa maison d'édition]. Évitez les doubles exemplaires jetés dans les journaux sans sûreté et sans garantie. J'ai quelqu'un qui s'occupera de l'affaire des journaux de Londres et qui peut-être ira lui-même dans les journaux. Si vo us faites une note (35 pi èces nouvelles , to utes les anciennes remaniées , portrait ), comm uniquez-la moi, je la ferai passe r dans une centai ne au moins de journaux de départements. En fait de grands journaux en province, je ne connais que Le Salut public. Je ne garde pas le double de cette note. » Exposition : ce document a figuré en 1968-1969 dans l'exposition Baudelaire tenue au Petit Palais (n° 635 du catalogue). Charles Baudelaire, Correspondance, t. II, pp. 125-127.

BAUDELAIRE (Charles). Pièce autographe signée en tête « Baudelaire », intitulée « Liste de distribut…
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N° 17
BAUDELAIRE (Charles). Lettre autographe signée de ses initiales à Eugène Crépet. [Paris, mai 1860, probablement le 11]. 4 pp. in-8 carré, trace d'onglet et deux fentes anciennement restaurées portant atteinte à un mot sans manque. Importante lettre sur ses intentions concernant son essai sur Vic tor Hugo, futur chapitre de son recueil sur L'Art romanti que. C'est dans le cadre de sa collaboration à l'anthologie des Poètes français, publiée par Eugène Crépet en 1861-1862, que Charles Baudelaire rédigea des notices introductives aux extraits de dix auteurs contemporains, dont Victor Hugo, Théophile Gautier, Auguste Barbier ou Pétrus Borel. L'ensemble serait intégré dans la section Réflexions sur quelques-uns de mes contemporains du recueil L'Art romantique, des OEuvres complètes préparées par Charles Baudelaire mais publiées de manière posthume en 1869. Baudelaire, thuriféraire ironiq ue de Vic tor Hugo. L'auteur des Fleurs du mal écrivit à l'exilé pour lui demander s'il acceptait de figurer dans cette anthologie commentée. Même s'il émit des réserves concernant les droits de ses éditeurs pour la reproduction d'extraits de ses oeuvres, Victor Hugo se montra enthousiasmé à l'idée d'être évoqué par Baudelaire : « ce qui me charme en ceci, c'est que mon nom serait prononcé par vous et incrusté dans une de ces pages profondes et belles que vous savez écrire ». Dans sa notice, Baudelaire décrit Hugo dans toute sa démesure, fait l'éloge de son « génie sans frontière », de manière argumentée et avec un accent de vérité qui n'évite cependant pas les ironies critiques. Il entretint de fait des relations malaisées avec Victor Hugo, s'agaçant de la grandiloquence de l'homme, admirant La Légende des siècles mais méprisant Les Misérables, alternant éloges publics et sarcasmes privés... Eugène Crépet fut une des « vieilles canailles » du carnet de Baudelaire, mais aussi son premi er bi ographe sérieux. « Tout est fort bien, sauf la différence de 100 fr. Je trouve très raisonnable que vous désiriez d'abord le manuscrit , mais une distance d'une semaine, c'est beaucoup , il y a peut-être manière d'arranger cela : – pas d'argent avant lundi , mais lundi, 200 fr. sur la notice complète d'Hugo , il y a là évidemment un peu de complaisance de votre part , mais d'un autre côté, je ne puis pas avant lundi faire choix d'un autre type , je veux donner to ut mon temps à Hugo , je crois que je suis cel ui qui fera cela de la fa çon la pl us riche, et enfin la différence en plus (je parle des 200 fr.) sera minime. Ceci m'amène à la question de longueur. Je n'ai pas l'intention de produire 16 pages. – J'ai oublié vos prix de rédactio n. – Je ne m'occ upe même pas d'une co nsidératio n aussi vile. – Je tâcherai de dire en 10 pages au maximum ce que je pense de raisonnable sur Hugo. Avouez que quand vous me reprochez la brièveté de mes premières notices, vous tombez dans une contradiction singulière. Vous avez donc oublié que je ne demandais pas mieux que de trouver plus d'espace, et que c'est vous qui m'avez imposé des conditions si sensibles. Sur Gautie r, sur Barbier, sur Pét rus Borel , j'aurais pu, avec plaisi r, écrire dix pages . Si vo us donnez dix pages à Boileau, que donnerez-vo us donc à Ro nsard, et à Hugo ? Je résume : je vais écrire à Hugo pour le préve nir que moi, petit et infirme, je prends vis-à-vis de lui to us les droits de la liberté . Je considère comme facile (absolument fait, je n'en puis répondre) le petit service que vous me demandez relativement aux citations. – J'es quiverai la questio n politi que , d'ailleurs je ne crois pas possible de parler des satires politiques, même pour les blâmer , or, si j'en pa rlais , bie n que je co nsidère l'engueulement politi que comme un signe de sottise , je serais pl utôt avec Hugo qu'avec le Bonapa rte du co up d'État . – Donc, impossible. – Mais je to ucherai un pe u à la questio n sociale, à l'utopie , à la pei ne de mort, aux religio ns modernes , &c. Je viens de recevoi r une lett re d'Hugo, très co rdiale, co ntre son ordinaire, et très-spi rit uelle , ce qui est enco re pl us singulier (à propos de Méryon) [Victor Hugo y remerciait Baudelaire de l'avoir associé à l'éloge du graveur Charles Meryon dans son Salon de 1859]. Tout cela facilitera évidemment notre affaire. Répondez-moi sur tous les points. Dites-moi quel type nouveau, adapté à ma nature, je pourrais prendre parmi les contemporains, pour parfaire la valeur de cette nouvelle dette. Je vous rendrai vos épreuves avec Hugo. Vous savez que j'écris tout. Donc j'ai écrit la dette de 245 ou de 265. Mais je ne l'ai pas sous la main. Je rép ète que si vo us co nti nuez ce genre de publicatio ns, Maturin paie ra cela [Baudelaire envisageait de proposer une nouvelle traduction de Bertram, or the Castle of St-Aldebrand de l'Irlandais Charles Robert Maturin]. Et si vous n'allez pas au-delà du présent ouvrage, je vous donnerai un bon sur n'importe qui... » Provenance : bib liothèque du grand collectionneur baudelairien Armand Godoy. D'origine cubaine, poète francophone et traducteur de l'espagnol, Armand Godoy (1880-1964) réunit une importante bibliothèque d'imprimés et de manuscrits de Baudelaire. Charles Baudelaire, Correspondance, t. II, p. 40-41.

BAUDELAIRE (Charles). Lettre autographe signée de ses initiales à Eugène Crépet. [Paris, mai 1860, p…
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N° 18
BAUDELAIRE (Charles). Poème autographe (5 lignes) au bas d'une pièce manuscrite, contrat d'édition avec Auguste Poulet-Malassis (2 pp. 1/2 in-8, 2 perforations sans manque). 1862. Avec une apostille autographe de Narcisse Ancelle, son conseil judiciaire et confident (4 lignes). Le premier essai versifié du fameux poème postal à Poulet-Malassis Baudelaire découvre ici les possibi lités rim ées de l'adresse postale de son ami (édi teur des Fleurs du mal), au moyen d'un agencement particulier après redécoupage : « Auguste Poulet Malassis, rue de Mercélis, 35 bis, Ixelles, Bruxelles ». Il compléterait ces notes préparatoires en un « loisir de la poste » sur une enveloppe expédiée le 14 février 1866, lui donnant la forme définitive suivante : « Monsieur Auguste Malassis / Rue de Mercélis / Numéro trente-cinq bis / Dans le faubourg d'Ixelles / Bruxelles. / (Recommandée à l'Arioste / De la poste, / C'est-à-dire à quelque facteur / versificateur.) » Dimanche 4 Novembre 2018 / Osena t / 53 La convention par laquelle Baudelaire céda à Poulet-Malassis ses droits sur l'ensemble de ses oeuvres parues et à paraître Cet essai rim é figure au bas d'une copie de la convention d'édi tion du 1er juillet 1862 liant Baudelaire à Poulet- Malassis. Il s'agit de la novation du contrat passé le 24 mai 1861, novation rendue nécessaire par le fait qu'en juillet 1861 Poulet-Malassis s'était séparé de son associé et beau-frère Eugène De Broise. « Les soussignés sont convenus de ce qui suit. M. Charles Baudelai re, homme de lett res , demeurant à Paris... cède et aba ndonne avec toutes garanties de fait et de droit, à M. Auguste Poulet -Malassis , édite ur... le droit exclusif, à pa rti r de ce jour, de rep roductio n sous to utes les formes de ses trava ux litté raires pa rus et à pa raître. Ses ouvrages sont : Les Paradi s artifici els... et Les Fle urs du mal,... précédemment éditées par M.M. Poulet-Malassis et De Broise. Hi stoires extraordi naires, Nouvelles histoires extraordi naires et Aventures d'Arthur Gordon Pym. Ces trois ouvrages traduits d'Edgar Poe par M. Baudelaire et pour lesquels il substitue M. Poulet- Malassis dans ses droits résultant d'un traité avec M. Lévy et Cie , son éditeur pour ces trois livres. C'est-à-dire que si M. Lévy continue leur réimpression, les sommes spécifiées pour M. Baudelaire dans son traité avec M. Lévy, comme rémunération, seront désormais attribuées à M. Poulet-Malassis, et que dans le cas contraire, celui où M. Lévy ne voudrait pas continuer les réimpressions, M. Poulet-Malassis les exploiterait de droit, sous toutes les formes et dans tous les formats qui lui conviendraient, ainsi qu'il est spécifié plus haut. Les ouvrages à pa raître se compose nt de to us les trava ux litté raires , publiés et à publier pa r monsieur Baudelai re, soit en vol ume, soit dans quel que journal ou recueil litté raire que ce soit , et quelle que soit leur nat ure : criti que, roman, nouvelles , histoi re, philosop hie, etc. etc. Cette cession est faite à M. Poulet-Malassis par M. Baudelaire moyennant la somme de cinq mille francs, qu'il a payé [sic] avant ce jour en espèces et valeurs à sa satisfaction, à M. Baudelaire qui le reconnaît et en consent quittance. Il est entendu toutefois que dans le cas où M. Poulet-Malassis se trouverait remboursé dans un délai de quatre années à partir de ce jour, de la somme de cinq mille francs payée par lui, M. Baudelaire rentrerait purement et simplement dans la propriété des choses cédées, et la présente vente serait considérée comme vente à réméré [c'est-à-dire vente avec clause de rachat pour le vendeur].... » De sa main, Narcisse Ancelle a ajouté l'adresse de la librairie de René Pincebourde, ancien premier commis de Poulet-Malassis, qui tenait boutique près de l'ancienne adresse de l'éditeur Jules Hetzel : « Mr Pincebourde, [78] rue Richelieu... ancienne maison Hetzel ». Pour le poème postal : Charles Baudelaire, Correspondance, t. II, p. 598. – Pour la convention d'édition : ibid., pp. 251-252, et notes p. 783, exemplaire C.

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N° 19
BAUDELAIRE (Charles). Pièce autographe intitulée « Liste de distribution pour mes livres ». [Vers 1862-1865]. 2 ff. in-8, infimes perforations. Document établi en 3 temps : après en avoir rédigé le corps du texte d'une plume un peu épaisse, Charles Baudelaire a procédé à l'ajout de 7 noms, soit 6 noms d'une plume plus fine et un nom à la mine de plomb. Préci eux témoignage sur sa stratégie édi toriale et son cercle de relations. Cette « liste de distribution » générale comprend une centaine de noms classés en trois rubriques : « Académie », « Amis », « Presse ». Des académiciens cités, seuls Charles-Augustin Sainte-Beuve et Victor Hugo étaient des soutiens effectifs, quoique nuancés. Cette liste a été dressée peu avant ou quelque temps après la candidature de Charles Baudelaire à l'Académie française (1862). Parmi les « Amis » figurent aussi bien des écrivains comme Gustave Flaubert ou Charles-Marie Leconte de Lisle, des artistes comme Édouard Manet, Honoré Daumier ou le sculpteur Auguste Préault, des éditeurs comme Auguste Poulet-Malassis ou Jules Hetzel, un compositeur, Ernest Reyer, des relations privées comme Hippolyte Lejosne, madame Meurice ou Charles Neyt, et, étrangement, Ernest Pinard, l'ancien substitut du procureur général qui prononça le réquisitoire contre lui dans le procès des Fleurs du mal. La section concernant la « Presse » représente le paysage de la critique littéraire en France qui comptait selon lui, avec des noms comme celui de Jules Barbey d'Aurevilly. L'intérêt de Charles Baudelaire pour une di ffusion en Angle terre : il accorde en effet une place non négligeable à des personnalités comme les poètes Robert Browning, Alfred Tennyson, Algernon Charles Swinburne (qui avait exprimé son admiration pour lui), le peintre et poète Dante Gabriel Rossetti, le peintre James McNeil Whistler, ainsi qu'au périodique londonien Athenæum. « Académie. Sainte -Beuve. Victo r Hugo. Lamarti ne. Mérimée . Legouvé. Sandeau. Ponsard. É. Augier. De Sacy. Vitet. Amis. Babou. Champfle ury. Malassis . Fla ubert. Delange. Chenavard. Mme Meurice. Pelletier. Lejosne. Fromentin. Dumesnil [sic pour Armand Du Mesnil]. Leco nte de Lisle. G. Rouland. Du Camp. Reyer. Préault. Manet . Féval. Gozlan. Thierry. Da umier. Gava rni. Noriac. Hostein. Fournier. Nadar. Brow ning. Tennyson. Rossetti . Whistle r. Joly. Dubois. Neyt. Soulary. Rops . Dulamon. Deschamps. Vitu. Asselineau. Pinard. Het zel . Presse. Moniteur. Lacroix. Th. Gautie r. Deschanels. – Débats. Janin. Cuvillier-Fleury. Chasles. Taine. – Constitutionnel. Sainte -Beuve. Vitu. Roqueplan. – Presse. Houssaye. De Moüy. Saint-Victor. – Siècle. Jourdan. Texier. – Opinion nationale. Levallois. – Pays. D'Aurevill y. – France. Banville. – Gazette de France. Pontmartin ? – Nation. – Monde. Veuillot. – Temps. Nefftzer. — Salut public. Armand Fraisse. – Spectator. Swinburn [sic]. – Athæneum [sic]. – Illustration. Texier. – Monde illustré. Yriarte. Monselet. – Figaro. Jouvin. Duchesne. Claretie. – Revue des deux mondes. Montégut. Buloz. – Revue de Paris. La Madelène. – Revue contemporaine. De Calonne. – Revue britannique. Pichot. – Revue germanique. Dollfus. – Revue nationale. Charpentier. Asselineau. – Revue française. – Vie parisienne. Marcelin. – Indépendance belge. Frédéricx [sic pour Gustave Frédérix]. Janin. Véron. Thoré. – Événement. Zola . » Expositions : ce document a figuré en 1957 dans l'exposition Charles Baudelaire tenue à la Bib liothèque nationale (n° 202 du catalogue), en 1968-1969 dans l'exposition Baudelaire tenue au Petit Palais (n° 675 du catalogue, qui précise que les listes de ce genre établies par Baudelaire « apportent des éclaircissements d'un grand intérêt sur le cercle des relations de Baudelaire »). Provenance : collection de l'homme de lettres et homme politique Charles Blockhuysen dit Jean Réande. Charles Baudelaire, Correspondance, t. II, pp. 275-276.

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N° 20
BAUDELAIRE (Charles). Lettre autographe signée de ses initiales à Narcisse Ancelle, son conseil judiciaire et confident. [Bruxelles], 27 mai 1864. 2 pp. in-8, infimes perforations, quelques notes marginales postérieures au crayon. Avec courte apostille autographe de Narcisse Ancelle. Baudelaire obj et de rumeurs malveillantes. Le poète attribua à l'entourage de Victor Hugo les accusations colportées à son encontre qui faisaient de lui un mouchard de la police impériale désireuse de connaître les activités des exilés politiques français en Belgique. Il justifiait cette attribution à la « bande d'Hugo » comme une réaction à l'article qu'il avait publié dans le Figaro le 14 avril 1864 et où il se moquait du banquet qui devait se réunir le 23 avril 1864 sous l'égide (mais en l'absence) de Victor Hugo pour célébrer le tricentenaire de la naissance de Shakespeare. Dimanche 4 Novembre 2018 / Osena t / 57 Baudelaire avouait néanmoins dans une lettre à madame Meurice que l'attitude provocante et cynique qu'il avait adoptée à Bruxelles face aux rumeurs, n'avait pas peu contribué à les accréditer. Charles Baudelaire entretint de fait des relations malaisées avec Victor Hugo, passant d'une admiration de jeunesse à un regard plus sévère : il s'agaçait de la grandiloquence de homme, louait La Légende des siècles mais méprisait Les Misérables, alternait éloges publics (parfois ironiques) et sarcasmes privés... Victor Hugo se défia de de Charles Baudelaire à partir de 1858, mais regretta après la mort de celui-ci de ne pas avoir pu se l'attacher. « Quel peuple ! » (Baudelaire, en exil chez les Belges). Persécuté par ses créanciers, le poète quitta Paris le 24 avril 1864 pour s'exiler en Belgique, comme Auguste Poulet-Malassis. Il comptait gagner de l'argent avec une série de conférences, négocier la vente ses oeuvres aux libraires associés Albert Lacroix et Louis-Hippolyte Verboeckhoven (qui avaient publié avec succès Les Misérables de Victor Hugo) et courir les musées. Il alla de déceptions en déceptions, nourrissant son aigreur sarcastique naturelle et plongeant dans sa maladie nerveuse : ses conférences de mai à Bruxelles sur Eugène Delacroix, sur Théophile Gautier et sur les excitants, ne rencontrèrent pas le succès escompté et furent mal payées, tandis que Lacroix et Verboeckhoven ne s'y déplacèrent pas (ils refuseraient de l'éditer, en juin), et il en vint à ressentir de la répulsion même pour la peinture de Rubens. Il s'employa alors à rédiger un petit article sur le pays, qu'il étoffa jusqu'à vouloir en faire un véritable pamphlet, Pauvre Belgique, qu'il ne put achever avant sa mort et qui parut en 1952 dans les OEuvres posthumes. Devant à l'origine ne rester que quelques semaines en Belgique, Baudelaire y demeura plus de deux ans, à quelques absences près, et en revint impotent et aphasique. Sur Narcisse Ancelle, voir ci-dessus le n° 1. « Je n'ai pas encore attaqué la grande affaire [les négociations avec Lacroix et Verboeckhoven] , mais je doute de tout. Jugez vous-même si je n'en ai pas le droit. Après 5 co nférences (grand succ ès), j'ai désiré régler. Au lie u de 500 fr., on m'a appo rté 100 fr. avec une lett re d'excuses , alléguant que les fonds étant épuisés, on avait compté deux séances seulement à 50 fr., – et que, pour les 3 dernières, comme elles avaient été données après l'époque où s'arrête la saison des cours publics, on les avait considérées comme un acte de générosité de ma part [en fait, le 6 mai, Baudelaire avait écrit à sa mère que chaque lecture lui serait payée 50 francs et qu'il avait sollicité le droit d'en donner trois autres gratuitement]. Quel pe uple ! Quel monde ! Je n'avais pas de traité écrit. J'avais traité verbalement pour 100 fr. par conférence. J'ai eu envie de faire don des 100 fr. aux pauvres. Quel horrib le monde ! Je devais envoyer ces 500 fr. au maître de mon hôtel rue d'Amsterdam, M. Jousset, qui vous remettra cette lettre. Dans le courant de juin, je lui ferai remettre 100 ou 150 fr. par chacune des personnes à qui j'ai le droit de demander de l'argent à Paris. Ayez l'obligeance d'y coopérer par votre part pour les 100 restants, imputables sur juin... Je n'ose pas écrire cette mésave nture à ma mère, de pe ur de la désole r [il lui en écrirai néanmoins dans une lettre du 6 mai 1864]. Il est arrivé pi re enco re. Je ne sais qui (quel qu'un de la ba nde d'Hugo) a fait co urir ici un bruit infâme sur moi, et vous ne sauriez imaginer la crédulité des Bruxellois. Dans quelques jours, je traiterai, si je peux, une grosse affaire, mais je suis exaspé ré et déco uragé . Tout à vous , écrivez-moi, vous me ferez plaisir. Je retournerai sans doute à Paris le 15, et y passerai 8 jours... » Exposition : la liste a figuré en 1968-1969 dans l'exposition Baudelaire tenue au Petit Palais (n° 695 du catalogue). Charles Baudelaire, Correspondance, t. II, pp. 369-370.

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