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Lettres & Manuscrits Autographes - nos 1 à 404

lundi 10 décembre 2018 - 14:00
3, rue Favart 75002 Paris

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N° 2
Ferdinand BAC (1859-1952). Plus de 170 L.A.S. (quelques P.A.S.), certaines avec dessin, Compiègne ou Nogent-sur-Marne 1946-1952, à Georges Foussier ; environ 325 pages formats divers, qqs adresses et enveloppes (une quarantaine de lettres montées sur des feuilles d’album).

Importante correspondance amicale avec le grand collectionneur, qui devient pour Bac son « cher magicien ». Environ 40 lettres (les premières chronologiquement) sont montées sur de grandes feuilles d’album, ou intercalées dans ces feuilles, avec une variété de documents : des minutes autographes de réponse, dessins originaux de Bac, photographies, lettres de tiers, coupures de presse. Au début de cette correspondance, les deux hommes n’ont pas encore fait connaissance ; une première invitation, dans le but de compléter la « collection Bac » de Foussier, date du 21 mai 1947. Très cordial, Bac parle de la popularité de ses livres, des pillages dont il fut victime pendant l’Occupation, de l’ouverture d’un Musée Romantique auquel il a fourni des objets, et des aléas de la fondation d’une Société des Amis du Romantisme ; il apporte des précisions autobiographiques et évoque ses émissions radiophoniques, des expositions, sa donation au Musée de Montmartre, et les richesses de ses tiroirs (autographes, croquis). Il plaisante à propos du « plaisir d’être posthume » (12 mai 1948), se livre à une légère autodérision, et semble assailli de visiteurs curieux de la petite histoire qu’il s’efforce de satisfaire. Il évoque des personnages contemporains et des souvenirs de ceux du passé : le Dr Pagello, André et Simone Maurois, Julia Bartet, Paul Léon, John Sargent, René Boylesve, Hubert Lyautey, Toulouse-Lautrec, Jules Cambon, Maximilien Vox, Madeleine Clemenceau-Jacquemaire, Robert de La Sizeranne, Jacques-Émile Blanche, Maeterlinck, Joseph Reinach, Paul Bourget, Henri Lavedan, Léon Xanrof, l’abbé Mugnier, Maurice Donnay, Constantin Guys, etc. Quelques souvenirs jugés « singuliers : 1° Gyp a sa robe vitriolée par Alice Regnault, maîtresse d’Octave Mirbeau. Elle arrive ainsi au rendez-vous des Rédacteurs de La Vie parisienne […]. 2° Robert de Montesquiou : je suis avec Mad. Greffulhe le seul invité à une célébration Anatole France avec Mad. Arman. Le soir je me trouve devant délire d’admiration et prend la fuite. D’où rupture instantanée. 3° Anna de Noailles veut faire la connaissance de D’Annunzio. Mad. de Pierrebourg nous invite à cette solennité […]. 20 immortels et le “Bon Bac”… Elle arrive 3 heures en retard. Gabriele 3 h ½ en retard, effaré, bégayant… et la braguette déboutonnée… Il murmure : excusez-moi, j’ai été retenu par Madame Ellutac Sèdnem… (C’est certainement une infâme calomnie). Anna l’entraîne dans la salle à manger… L’illustre assistance attend. Murmures de sacristie… 10 minutes après elle revient avec l’Ange. Elle dit : “je lui ai renoué sa cravate” » (12 mars 1950)… Il ne croit pas que l’association Willy-Colette ait été « favorable à ce garçon, érudit, de bonne éducation, serviable et sociable. Il m’est difficile d’en parler devant l’éblouissement de ce phare du Palais Royal, de cette actualité perpétuelle, de cette divinisation de 3 ou 4 vivants qui, semble-t-il, représentent exclusivement la gloire des Lettres françaises : GideProustClaudelColette. Chaque époque a ses fétiches et aussi ses “Têtes de Turc” » (29 octobre 1950)… « Ma vie a d’étranges imprévus. Il y a autour de moi des “amateurs d’autographes”. Je ne les connais pas. Mais des lettres de moi… n’arrivent pas et aussi celles que je devrais recevoir. Jamais des hommes. Toujours des dames (sur les adresses). Puis des amis de longue date ne viennent plus me voir. On dirait que je suis devenu un objet sans intérêt. Il faut attribuer ces faits étranges à un état, ni local ni social mais cosmique. Une perturbation qui touche tout ce qui existe, y compris les relations humaines, jadis normales […] Mon inaction me surprend comme un phénomène inconnu. Jamais je n’ai été pris d’une telle lassitude de créer » (30 juillet 1951)… Certaines lettres sont illustrées de dessins en remerciement de divers envois, dont deux autoportraits ; d’autres représentent un dragon (« St Georges c’est vous »), un « Boche », un accident de voiture, une orange aberrante, des cartouches d’encre, des fleurs ; des photos originales sont collées en vignette à certaines lettres. La dernière lettre date de moins d’un mois avant son décès : Bac fait une caricature de Voltaire aux crayons de couleur et confesse : « Je me sens… m’en aller… La fatigue de vivre augmente. Mais c’est une raison de plus de désirer vous voir »… On joint 7 L.A.S. de Foussier à Bac.

Ferdinand BAC (1859 1952). Plus de 170 L.A.S. (quelques P.A.S.), certaines avec dessin, Compiègne ou Nogent sur Marne 19…
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N° 11
Émile BERNARD (1868-1941). L.A.S., [Versailles 11 avril 1891], à Eugène Boch, artiste peintre, à Frameries (Hainaut) ; 5 pages et quart in-8, enveloppe (petites fentes réparées).

Longue et intéressante lettre, où il est question de Gauguin, avec qui il s’est brouillé, de Van Gogh mort en juillet 1890, et de Cézanne, qu’il adore.
« Ah ! que j’ai ri mon cher de ces formidables sottises extraites en l’Art moderne des feuilles où maint nul critique bafouille. Ce “Gauguin qui inventa le Gauguinisme” m’a fort diverti. Jusqu’où n’irait la bêtise de nos contemporains si Bicêtre ne recueillait avec componction les idiots et certains canards les journalistes. […] Eh ! que je ris de leur rire ! Mais le rire des brises qui éclate aux branches neuvement bourgeonnantes sied mieux à mes émotions de cet an après cet hiver plus que noir où corps et esprit frissonnèrent… que trop hélas ! »… Il évoque sa rencontre avec Thérèse et Léonie, aux Indépendants : Thérèse était fort belle, mais elle est morte pour lui : « Mais d’elle-même mes yeux ont gardé bon souvenir si mon oreille oublie les pets qu’elle exhalait gravissant les escaliers de ta chambre. […] Parlons de nous, mais pas métaphysique cela brise ou égare. Donc moi je laisse les abstractions comme les chimères à l’atelier derrière le monceau de croquis d’antan et j’aborde la nature. Chevalet, osez couleurs osez pinceaux en ruelles. Quel ton bon Dieu ! J’en jure et deviens plébéien par la gueule ! Et toi ? En faut-il massacrer de ces tubes et vivre d’air ; (car pour le pain qu’on y gagne !) »… Il donne des nouvelles, à commencer par le prochain numéro d’Hommes aujourd’hui (éditions Vanier), consacré à Cézanne (portrait de Pissarro, texte de Bernard) : « Enfin Cézanne va paraître chez Vanier. Combien petite, piètre et de faible portée me semble ma notice sur ce grand diable que j’adore dans son enfer. Vanier m’a vraiment tant félicité qu’il a voulu même que je signe et en toutes lettres cela. E. Bernard. Qu’il le fasse donc. Et puis l’élève n’est-il point fier de dire au maître “Je l’aime. Et je l’aime éternel des amants, comprimé en un sein palpitant pour s’exhaler en l’art. Du neuf ?... En voilà. Gauguin est parti. Voile pour Tahiti. Mad. Van Gogh déménagée avec les toiles de défunt ce cher et grand ami Vincent. Cézanne pas fou du tout à Aix peignant, donc faux-bruit du pleutre Guillaumin (effet de la jalousie des bons petits camarades) & cette incarcération à Ste Anne »…

Émile BERNARD (1868 1941). L.A.S., [Versailles 11 avril 1891], à Eugène Boch, artiste peintre, à Frameries (Hainaut) ; 5…
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N° 13
Joseph Boze (1745-1826) peintre et pastelliste. 3 planches de dessins aquarellés, et 2 pièces à lui relatives dont une signée par le baron Jean-Baptiste-Joseph Fourier, secrétaire perpétuel pour les sciences mathématiques à l’Académie des Sciences, [1823] ; 3 planches de 36 x 47 cm, et 5 pages et demie in-fol.

3 planches de dessins à la plume aquarellés, représentant des détails d’un ou deux appareils : un « Cadran qui sert a mesurer la vitesse d’un vaisseau » ; un étambot et son gouvernail ; « une tringle que le moulin fait tourner dans un tuyau, lorsque le cadran est posé verticalement »… – Rapport sur une « Invention de Mr Boze, pour dételer à volonté les chevaux d’une voiture, alors qu’ils sont lancés » : résumé des expériences faites en 1780 « sur les voitures de Louis XVI en présence de Mr le Duc de Coigny, premier écuyer du Roi qui […] manifesta hautement l’intention d’adapter cette invention aux voitures de S.M. » ; depuis lors, l’auteur a encore perfectionné le mécanisme… – Extrait du procès-verbal de la séance du 24 novembre 1823 de la section des sciences mathématiques de l’Académie des sciences, relevant des modifications de cet appareil de sécurité routière qui dès aujourd’hui, « nous paroît digne de l’approbation de l’académie »…

Joseph Boze (1745 1826) peintre et pastelliste. 3 planches de dessins aquarellés, et 2 pièces à lui relatives dont une s…
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N° 22
Jean DUBUFFET (1901-1985). L.S. avec 3 lignes autographes, 31 octobre [1950], à son cher René [de Solier] ; 1 page in-8 dactylographiée.

Trop « occupé en ce moment avec mes peintures que je fais à tour de bras », Dubuffet n’a pas encore pu aller en librairie « feuilleter un peu ce sale livre [Les dieux ne nous aiment pas de Max Servais] […] Quelle drôle d’idée de donner mon nom à l’un de ses sales personnages ! ». Il ne connait pas Max Servais mais a déjà rencontré le directeur des éditions Corréa et sa femme qui « s’affuble d’un nom grotesque dans le genre de Solange de Poutrailles et Ghislaine de Calembredaine pour signer dans des feuilles obscures des articles prétendant être de critique d’art, d’ailleurs remarquablement ineptes. Enfin tant pis tout cela on s’en fout : qu’ils vivent heureux ensemble ! »… Il prie de saluer de sa part « l’adorable Germaine Richier que nous aimons tous deux très fort, et que d’ailleurs tout le monde aime beaucoup. Quelle drôle d’idée elle a eue de mettre une statue dans cette affolante église de Savoie [Notre-Dame-de-Toute-Grâce sur le plateau d’Assy] où il y a des inepties de Matisse, Léger, Lurçat et les autres ». Il n’a jamais vu de statue de Germaine Richier et aimerait bien en voir une. Son ami Constant Rey Millet n’a jamais rien vu d’aussi « faux et imbécile que cette église ». Il ajoute de sa main que son ami « Afonso Ossorio a entièrement décoré une grande église aux îles Philippines et cette œuvre gigantesque est extrêmement belle ».

Jean DUBUFFET (1901 1985). L.S. Avec 3 lignes autographes, 31 octobre [1950], à son cher René [de Solier] ; 1 page in 8 …
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N° 25
Eugène GIRAUD (1806-1881) peintre. 4 L.A.S. et 1 L.A. (incomplète de sa fin), avec dessins originaux à l’encre, 1846-[1847], à divers ; 15 pages et demie in-4 et 6 pages in-fol., quelques adresses, montées sur onglets sur des ff. de papier vélin, le tout relié en un volume cartonné petit in-fol.

Très belles lettres illustrées de son voyage en Espagne et en Afrique.
[Invité à assister au mariage du duc de Montpensier à Madrid en octobre 1846 avec huit autres amis artistes, le peintre saisit l’occasion de réaliser un voyage de quatre mois dans la péninsule ibérique, dès le mois de juillet 1846, en compagnie d’Adolphe Desbarolles. On sait que les deux amis rencontrèrent le consul français, Monsieur de Lesseps, lors d’une étape à Barcelone, et que ce dernier leur donna une lettre de recommandation pour faciliter leur circulation et les autoriser à porter des armes durant toute la durée du séjour. Alexandre Dumas se joignit à eux.]
La correspondance commence à Valence, où les deux amis assistent à leur première corrida de taureaux. Par la suite, ils feront diverses escales à Alicante, Elche, Murcie, Cadix. C’est dans cette région qu’ils ont l’occasion de participer à une fête bohémienne. Puis leur route se poursuit à Grenade, Colmenar, Malaga, Gaicin, Gibraltar et Cadix, avant de gagner Séville puis de rejoindre le reste de leurs compagnons au mariage.
La seconde partie du périple de Giraud se fera en quelques semaines avec Desbarolles toujours, Alexandre Dumas, l’écrivain Auguste Maquet et le peintre Boulanger entre autres, en octobre-novembre 1846. Il les conduira en Afrique du Nord, notamment au Maroc en Tunisie, puis en Algérie ; ils voyagent sur un bateau à vapeur militaire, aux frais du gouvernement français, missionnés par ce dernier dans le cadre de sa propagande coloniale. L’expédition est relatée par Dumas dans Le Véloce ou Tanger, Alger et Tunis (1846) et De Paris à Cadix (1847).
Les lettres sont ornées de croquis à l’encre illustrant les descriptions de Giraud, des scènes marquantes, des personnages pittoresques, des autoportraits et quelques portraits et caricatures.
Valence je ne sais pas le combien du mois cela ne fait rien à l’affaire [1846, au Comte de Lancosme-Brèves]. Récit enthousiasmé de sa première course de taureaux, ce « beau spectacle qui du reste n’a lieu qu’une fois par an pendant trois jours de suite », pour lequel le public s’était déplacé de quarante lieues à la ronde. « Tous les costumes et Dieu sait s’il y en a s’étaient donné rendez-vous. Tu juges combien je devais être heureux je n’avais pas assez d’yeux ». Récit passionné de la corrida : « Je ne te parle pas des hommes. C’est effrayant ce qu’ils font de chutes de cheval à chaque fois que le taureau passe devant eux c’est une mort presque certaine pour eux le taureau enlève quelquefois l’homme le cheval et les promène sur ses cornes jusqu’au milieu du cirque […] on ne voit que du sang des tripes des chevaux morts des hommes blessés que l’on emporte aussitôt un picador renversé aussitôt un autre se présente avec la certitude du même sort et peut-être pis encore. […] Enfin ce spectacle qui commence par être hideux pour tout homme qui n’a pas vu cela finit par être entraînant et vous monter jusqu’à la folie. La première course m’a fait horreur la seconde m’a attaché la troisième m’a presque fait plaisir […] je suis sorti presque sanguinaire »… Il évoque les belles et cruelle spectatrices : « Tout le monde est cruel dans ce pays et je ne m’étonne plus si les insectes sont si mauvais »… Détails sur leur voyage, couchant régulièrement sur de la paille… Au bas de la troisième page, des dessins à l’encre illustrent le récit d’une nuit passée dans une baraque de bohémiens, barricadés par prudence et armés, et réveillés par un bruit qui semblait être un brigand, mais ce n’était qu’un chien... « Jamais je n’ai rien vu de pareil et je crois que peu de personnes ont vu l’Espagne comme nous […]. Tantôt voyageant en grand […], et tantôt vivant à l’espagnole avec une gousse d’ail et couché dans notre manteau dans la cour de la posada avec les mules dansant le soir avec la guitare et les castagnettes chantant des boléros des cachucha, des jota aragonesa. C’est à devenir fou pour un peintre »… Dessin d’une scène de corrida ; portrait de Desbarolles en costume local ; dessin d’un contrebandier qu’ils ont rencontré… [La fin manque.]
En rade de Tunis [automne 1846], à sa femme Henriette. Lettre illustrée de dessins des compagnons de voyage faisant leur courrier, « un véritable bureau d’écrivains publics » : deux docteurs, Maquet, le lieutenant, Boulanger, un jeune homme, le commissaire de bord, un autre lieutenant… « Nous allons passer quelques jours à Tunis à dessiner le plus possible et à tâcher d’acheter les plus belles choses du monde si toutefois c’est à bon marché. De là nous irons à Constantinople à Alger et à Toulon puis à Paris »…
[Cadix septembre ou octobre 1846], à Mme Bertaut. Suite du récit commencé dans la lettre à Lancosme. Ils sont arrivés à Cadix. Dessin représentant Guiraud et Desbarolles couverts de draps pendant que leurs vêtements trempent dans le baquet, pour pouvoir se présenter décemment chez le consul de France… « Nous nous faisions une fête d’aller à mulet avec caparaçon grelots sonnettes et tout le bataclan dont l’animal est orné lorsqu’on nous en amène un pour nous deux. On mit une espèce de fauteuil double avec une capote de cabriolet adaptée au dossier pour parer du soleil. Enfin nous nous décidâmes à partager cette monture et comme les mulets ont le pied très sûr moi et mon noble compagnon nous roulâmes dans la poussière. Cette chute n’arriva pas heureusement à un moment où nous étions suspendus sur un précipice effrayant »… [dessin de la bête et des deux hommes à terre, et dessin d’un guitarero sur son mulet]. Un autre dessin représente les deux voyageurs, Desbarolles tenant une immense grappe de raisin ; un autre les représente déjeunant accroupis autour d’une toute petite table… « Heureusement que pour nous refaire le torse nous avons le grand chemin pour nous coucher et une pierre pour reposer notre tête et nous n’avons que la lune pour veilleuse. Je ne sais comment cela s’est fait mais le hasard a voulu que chaque fois que nous avons couché à la belle étoile cela s’est trouvé dans les endroits les plus renommés pour les voleurs. Je suis certain maintenant qu’ils ont eu peur d’être volés en nous apercevant » [dessin des deux hommes dormant sous la lune]… Un soir ils arrivèrent par hasard au milieu de paysans lors d’une fête bohémienne où l’on dansait le fandango [dessin] : « Desbarolles fait toujours son accompagnement à la guitare »…
[Gibraltar], à un ami Eugène. Lettre illustrée en tête d’un grand dessin des deux compagnons de voyage accoudés sur les remparts de Gibraltar et surveillés de près par un militaire, car on les prenait pour des espions... Désirant partir pour Tanger, mais sans les finances nécessaires, ils annoncèrent qu’ils partiraient par le bateau français en station à Cadix ; on leur a proposé de faire de la contrebande… Anecdote illustrée d’une mésaventure survenue à Grenade à Desbarolles, chantant la sérénade à une Espagnole et arrosé du contenu d’un pot de chambre…
[Paris 18 décembre 1843], à Lucas de MONTIGNY. En première page, un grand dessin le représente assis sur un lit en tenue de garde national, aux arrêts ; il évoque avec humour son service de garde aux Tuileries…

Eugène GIRAUD (1806 1881) peintre. 4 L.A.S. Et 1 L.A. (incomplète de sa fin), avec dessins originaux à l’encre, 1846 [18…
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N° 33
Marie LAURENCIN (1883-1956). 4 L.A.S., 1953-1955, à Jean Denoël ; 7 pages et demie in-8 ou in-12, 3 enveloppes.

Paris 29 août 1953, sur son procès pour récupérer son appartement réquisitionné en 1944 : « Quelles vacances ! pour les uns. Ici cela n’a rien changé puisque je suis prisonnière à cause de ce procès. Nous avons en garde des poissons inconnus pas tout à fait ordinaires qui nous disent bonjour. Les grèves ont pesé sur le cerveau. Je n’ai pu travailler simplement le catalogue de la bibliothèque, on en est à la moitié » ; elle fait des découvertes dans les dédicaces... Visite d’André Rouveyre : « Il voudrait une retraite chauffée pour l’hiver et préparer un gros travail sur Guillaume Apollinaire (que depuis deux ans ils ont bien assommé) à mon avis ! »… Elle compte se rendre en Suisse à la mi-septembre pour y exécuter des « portraits des princesses mais avec mon complexe d’infériorité lorsqu’il s’agit de commandes privées – et mon procès – et l’horreur des déplacements – je ne sais pas ce que je ferai – mûre pour le sanatorium plus que pour n’importe quoi »… Montreux 31 août 1955. « Je ne dors pas plus – la locomotion me manque – et pourtant les chemins de fer suisses. Même les autos dont j’ai horreur. Il y en a trop et dans tous les sens. Heureusement l’abonnement de livres est au bout de la ville »… Elle évoque un projet sur Suarès avec l’éditeur Pierre Cailler : « c’est un homme froid – et qui me semble avoir du mal à sortir son argent. Je préfère les marchands d’art aux éditeurs »… Dimanche. Elle lui transmet une lettre « très cavalière » de Dominique Fabre : « Vous ne trouverez jamais vos documents et nous avons un ennemi. Rose Adler est très amie avec Nicole Védrès. C’est notre seule chance »…

Marie LAURENCIN (1883 1956). 4 L.A.S., 1953 1955, à Jean Denoël ; 7 pages et demie in 8 ou in 12, 3 enveloppes. Paris 29…
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N° 34
Bonaventure LAURENS (1801-1890) dessinateur et musicien. L.A.S. avec musique et dessins, Montpellier 21 décembre 1838, à Félix Danjou à Paris ; 7 pages et demie in-4, adresse (petite déchirure par bris de cachet).

Belle et longue lettre musicale. Félix Danjou (1812-1866), compositeur et musicologue, organiste à Saint-Eustache, était un des rédacteurs de la Revue et Gazette musicale de Paris.
Danjou va recevoir ses articles du Courrier du Midi ; il comprend que la Gazette ne puisse reproduire ses lignes contre La Juive d’Halévy, les éditeurs dictent les opinions du journal, comme on le voit par les procédés « dégoûtans » à l’encontre de Simon Richault : « on n’annonce plus aucune des intéressantes publications de cet éditeur et on cherche même à les décréditer en publiant des articles tendant à prouver que les œuvres de Schubert éditées par Richault ne sont pas de Schubert »… Ayant apprécié les articles de Danjou sur l’orgue de Fribourg, il se rappelle celui qu’il vit jadis à Avignon, construit par un nommé Piantanida, « homme presque fou à force d’originalité mais plein de talent. Outre la pureté des sons de son orgue, les changemens de jeux s’opéraient par un mécanisme très ingénieux. La voix humaine était un tuyau à bouche. Si ma mémoire ne me trompe, Piantanida m’avait dit que cette voix humaine n’était qu’un Prestant accordé un peu plus haut que le prestant ordinaire. Quoi qu’il en soit, le son en était saisissant »… Castil-Blaze pourrait lui raconter encore de « le dada de Piantanida » : une eau miraculeuse pour la voix humaine et les tuyaux d’orgue… Il lui donne avec humour « des renseignemens secrets sur l’état de l’art musical à Montpellier », parlant du doyen des organistes, M. Agar, au jeu dur et aux improvisations insignifiantes ; Sebastiani Bouchet, prêtre espagnol réfugié qui s’inspire d’Auber et de Rossini : « il chante les litanies sur un mouvement de walse. Il est assez souvent bien nul et bien trivial » ; Guiraud, « organiste universel » dont il croque le portrait à la mine de plomb et cite quelques mesures d’orgue, avec une partie de pédalier grotesque… Certains professeurs de piano ne manquent pas de talent d’exécution, notamment Mlle Rodolphe, qui étudia sous Kalbrenner, et M. Victor Roger, qui étudia « un peu » au Conservatoire, mais le « commun de leurs confrères est tout ce qu’il y a de plus indigne de l’art divin qu’ils cultivent », et dépourvu d’éducation musicale, littéraire et scientifique… Il éreinte ensuite les artistes dramatiques : « Canaille, canaille, trois fois canaille sans talens », à l’exception de Mme Lemoule, cantatrice dont le mérite est « d’ennoblir tout ce qu’elle dit et de ne jamais gâter par les lieux communs de la fioriture, les belles phrases des rôles »… Mais il n’y a pas de réunions musicales, les quatuors d’Onslow sont rarement exécutés, ceux de Haydn, Mozart « et même Beethoven sont traités de Rococo et voués à un éternel oubli »… Il parle avec dédain des amateurs, et du peu de succès que lui-même eut avec les sonates de Bach pour piano et violon, et complète « cette espèce de statistique musicale de Montpellier » par un portrait de Paulin Bonnefous, ancien élève du Conservatoire, aujourd’hui rentier, « le plus assommant parleur et la plus grande canule qu’il y ait au monde »… Il le prie d’acquérir pour lui la Biographie musicale de Fétis, promet de lui envoyer des vues de Lodève et d’Arles qu’il fait graver, et pour satisfaire son goût de la calligraphie, clôt sa missive par huit signatures différentes, et un dessin calligraphique à la plume…

Bonaventure LAURENS (1801 1890) dessinateur et musicien. L.A.S. Avec musique et dessins, Montpellier 21 décembre 1838, à…
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N° 36
Edy LEGRAND (1892-1970) peintre et illustrateur. 54 L.A.S., 1951-1975, à Jean Collin (avec quelques minutes de réponse) ; environ 120 pages formats divers, plusieurs à son en-tête ou Les Éditions du trente-cinquième parallèle, quelques illustrées de photos de ses œuvres, nombreuses enveloppes.

Belle correspondance à un admirateur et client, rapidement transformé en ami et confident. Les lettres sont écrites de Rabat, Assa (confins de Mauritanie), Ifrane (Haut Atlas), Goulimine (Maroc), puis de Paris, Lourmarin (Vaucluse) ou New-York…
Elle s’ouvre par une réponse à une demande de dessins ; Legrand termine alors l’illustration de romans de Malraux : « J’y suis bien loin de la Bible, mais, presque toujours, en Orient tout de même – comme ici – ; et la confrontation des antinomies Orient-Occident y est étudiée d’une façon saisissante et combien actuelle ! Car le problème de l’Orient tout entier est d’autant plus brûlant que la pensée de l’Occident est plus défaillante, et y peut mordre moins. C’est notre absence, là-bas, en esprit ; non point en canons ou en machines ! – qui est la cause du drame actuel » (18 avril 1951)… Il fait des dessins d’Afrique du Nord pour les éditions Odé, voyage dans le sud du Maroc, se trouve très pris par « un petit Lafayette pour l’Amérique, après cette Arabie déserte de Daughty », et projette un voyage de travail en Grèce… Ses vœux en 1953 sont illustrés d’une photo de lui-même, palette à la main et chameau aux pieds… Il évoque des projets d’expositions abandonnés, la perte de ses ateliers, des ennuis de santé, ses droits d’auteur bafoués… « La France et le monde souffrent, et le temps des artistes, désintéressés et poursuivant leur idée en silence, est révolu » (22 mai 1954)… Doléances concernant la Bible éditée par Maurice Robert… Commentaires sur les affaires du Maroc… Il reçoit une commande du gouvernement marocain, puis annonce, le 24 décembre 1956, son départ du pays : il s’est réfugié dans le Vaucluse… Plaintes concernant les soucis que lui cause sa mère ; « la sérénité, le calme, l’esprit de suite que nécessite le long effort pour amener son œuvre à la lumière, sont autant de composantes, pourtant primordiales, que l’on ne peut que rêver d’atteindre » (jeudi [14 novembre 1957])... Nouvelles de ses illustrations, de sa peinture, de ses expositions, de son moral… Il prépare des exemplaires spéciaux pour Collin… Un croquis d’un exemplaire fastueusement relié des Fleurs du mal orne une lettre de décembre 1957… « Enfin, on a bien voulu considérer que j’étais un peintre qui faisait de l’illustration (terme honni, paraît-il) mais non pas un illustrateur qui faisait de la peinture… Pourtant, peintre ou pas peintre, l’illustration est un moyen d’exprimer sa poésie, son esprit d’invention, son goût du mythe et des grandes œuvres de l’esprit ; c’est donc un art nécessaire, et, selon moi, d’autant plus haï par les impuissants de l’art, qu’ils ne peuvent pas y prétendre : chacun peut barbouiller, mais chacun ne peut illustrer Dante ou la Bible ! » (17 décembre 1958)… Un temps, il trouve la solution à ses difficultés financières en Amérique, mais elle ne fut pas pérenne. « Vous savez, par ouï-dire, la situation des arts en France. À part quelques batteleurs, qui vendent n’importe quoi – et qui ne sont pas de véritables artistes – les autres végètent : le marché américain (qui faisait vivre entièrement les arts à Paris) est définitivement fermé » (10 septembre 1966)… Il vient de perdre Albertine, dont l’affection fit d’elle sa véritable mère. « Car, si j’ai eu une “mère”, dans mon enfance, l’être qui m’a donné le jour s’est vite égaré dans la futilité des sentiments, et fut d’une telle incompréhension à mon égard – mon père fut pire encore – que je me considérais, à l’âge d’homme, comme orphelin ». Il l’a enterrée à Lourmarin, non loin d’Albert Camus dont il illustrait l’œuvre pour Saurel jusqu’à ce que Gallimard y prétende, l’excluant peut-être : « Vie difficile que celle de l’artiste non engagé… dans les affreuses combines de la chimie sociale d’aujourd’hui, et qui voulut rester libre, et non classé dans un groupe »…Il est aussi question d’illustrations pour les Fioretti, Les Frères Karamazof, des œuvres de Camus et de Pierre Benoit... Etc.
On joint un catalogue d’exposition, et quelques L.A.S. de sa femme Myriam.

Edy LEGRAND (1892 1970) peintre et illustrateur. 54 L.A.S., 1951 1975, à Jean Collin (avec quelques minutes de réponse) …
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N° 40
Georges Mathieu (1921-2012). 6 L.A.S., Paris 1975-1988, à René Cornand, à Roanne ; 16 pages formats divers à sa vignette gravée, plus une vignette rapportée, la plupart à sa devise Moult de parte, 5 enveloppes.

[2 décembre 1975]. Vœux pour son exposition « et l’avenir de votre peinture dans cette voie difficile qu’est l’abstraction lyrique »… 5 janvier 1977. « Votre itinéraire pictural tel que vous me l’avez révélé est exemplaire. Vous avez revécu pour votre propre compte l’histoire de cent ans d’art en trois ou quatre ans. C’est un phénomène extrêmement rare […]. Dans la plupart des cas nos contemporains utilisent des moyens d’expression dépassés depuis plusieurs générations. Vous êtes arrivé presque d’emblée à la liberté totale […], il vous faut désormais la structurer, la discipliner »… Réserves sur ses peintures au vinyle, encouragements pour la bijouterie… [7] novembre 1984. « Si tous les artistes accomplissaient la même mission que vous dans toutes les régions de France, nous parviendrions bientôt à vivre dans un monde meilleur »… [24 décembre 1985]. Remerciement pour son Hommage à Godefroy de Bouillon, et nouvel encouragement à transformer ses dessins en bijoux… [15 décembre 1988]. Appréciation de ses nouvelles armoiries, critique de son écriture, et de « cette sorte d’escargot qui accompagne votre adresse »…
On joint un catalogue de l’exposition Mathieu (Grand Palais, 1978) avec dédicace a.s., et une carte postale de Zoroastre (1970) signée au dos.

Georges Mathieu (1921 2012). 6 L.A.S., Paris 1975 1988, à René Cornand, à Roanne ; 16 pages formats divers à sa vignette…
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