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L’Empire à Fontainebleau, Manuscrits - lot 1 à 72

dimanche 09 décembre 2018 - 11:00
9-11, rue Royale 77300 Fontainebleau
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N° 1
ALEXANDRE VI. Pièce signée, « Alexander papa VI manu propria subscripsi », contresignée par l'ambassadeur de Venise en Cour de Rome Andrea CAPELLO, le cardinal milanais Ascanio Maria SFÒRZA, et 3 notaires. « Chambre neuve » du palais du Vatican (« in palatio apostolico in camera nova »), 22 avril 1493. 1 p. au recto d'un feuillet de parchemin in-plano (76 x 53 cm), dans l'élégante écriture dite cancelleresca italica issue de la cursive humanistique, et en langue latine , fente restaurée aff ectant légèrement l'initiale ornée. Traité de la Ligue de Saint-Marc TRIPLE ALLIANCE ENTRE LA PAPAUTÉ, MILAN ET LA RÉPUBLIQUE DE VENISE, donc entre le pape Alexandre VI, le duc de Milan Gian Galeazzo Maria Sfòrza et son oncle le duc de Bari Ludovico Maria Sfòrza, régent de fait du duché de Milan (dits traditionnellement en France Jean Galéas Sfòrza et Ludovic le More), et le doge Agostino Barbarigo. Cette alliance fut ensuite désignée sous le nom de Ligue de Saint-Marc, car elle fut proclamée le 25 avril 1493, jour de la fête de Saint-Marc, dans l'église romaine consacrée à ce saint pour les Vénitiens de Rome. ALEXANDRE VI A APPOSÉ ICI PERSONNELLEMENT SA SIGNATURE, TANDIS QUE LES DEUX AUTRES PUISSANCES SE SONT FAIT REPRÉSENTER PAR D'ÉMINENTES PERSONNALITÉS : – LA SÉRÉNISSIME PAR ANDREA CAPELLO (vers 1444-1493), alors ambassadeur (« orateur ») à Rome, par ailleurs procurateur de Saint-Marc et syndic, c'est-à-dire un des plus hauts administrateurs et magistrats après le doge. – LE DUCHÉ DE MILAN PAR LE CARDINAL ASCANIO MARIA SFÒRZA, qui était le frère de Ludovic le More. Il avait oeuvré à l'élection de Rodrigo Borgia, et avait été alors nommé en récompense vice-chancelier du Saint-Siège (chef de la chancellerie pontifi cale) et administrateur (« légat ») dans une partie des États pontifi caux. Il se brouillerait cependant deux fois avec ce pape, la première quand il se rallierait à Charles VIII, entrant à Rome avec lui, la seconde quand Alexandre VI annulerait le mariage de sa fi lle Lucrèce Borgia avec le cousin du cardinal, Giovanni Sfòrza. PARFAITE FIGURE DU PRINCE CARDINAL DE LA RENAISSANCE ITALIENNE, ASCANIO MARIA SFÒRZA (1455-1505) fut l'ami des arts et des lettres, un bibliophile averti, le protecteur de Serafi no Aquilano et de Josquin des Prés, mais également un administrateur civil et un diplomate. N'ayant reçu que les ordres mineurs, il mena une vie proche de celle d'un prince séculier. Le présent document fut en outre validé par trois notaires qui y apposèrent leurs seings manuels : deux notaires de la Chambre apostolique, Filippo da Pontecorvo et Stefano di Alessandro, ainsi qu'un secrétaire du doge, Marco Beaziano. Quatre témoins furent présents lors de la conclusion du traité, deux prélats liés aux Sfòrza et deux secrétaires pontifi caux : soit, d'un côté le Milanais Giovanni Antonio Sangiorgio, évêque d'Alexandrie, cardinal, professeur de droit canon à Pavie, auditeur de la Rote, et Bernardino Lonati, protonotaire et secrétaire apostolique, futur cardinal (il remplirait notamment une mission diplomatique en faveur de Charles VIII à la demande de Ludovic le More), et de l'autre côté Ludovico Podocataro, Chypriote lié à la dynastie des Lusignan, évêque de Capaccio et futur cardinal, ancien recteur de la Faculté de médecine de Bologne, humaniste, bibliophile et collectionneur d'antiquités, médecin d'Alexandre VI depuis une vingtaine d'années, et Bartolomeo Florido, évêque de Sutri et Nepi, futur archevêque de Cosenza (il fi nirait sa vie en prison pour falsifi cation d'actes). C'est ce dernier qui ferait la lecture publique du présent traité lors de sa proclamation le 25 avril 1493. « Pour la conservation et la tranquillité de toute l'Italie... » (« pro conservatione et tranquillitate totius Italie... ») « ... Cum... nullo unquam tempore magis concupiverint NEC ALIQUO MAJORI DESIDERIO IN PRESENTIARUM TENEANTUR QUAM PACIS ET QUIETIS UNIVERSALIS SED PRESERTIM ITALICE, pro cujus studio sedulo et aff ectuose elaborarunt, ac vires et ingenium continue adhibuerunt atque adhibent, nihilque ad rem tam salutarem magis conducere compertum habeant, quam mutuo federe commune hoc eorum studium et desiderium fi rmare et stabilire , eapropter... prefati... PRO communi et universali tranquillitate ut dictum est ac TUTELA, FIRMITATE ET CONSERVATIONE STATUUM PARTIUM PREDICTARUM, ad infrascriptam confederationem, unionem, colligationem, intelligentiam et ligam devenere... INEUNT ET CONTRAHENT BONAM, MERAM ET PURAM UNIONEM, CONFEDERATIONEM, INTELLIGENTIAM ET LIGAM, DURATURAM USQUE AD ANNOS VIGINTI QUINQUE et ultra usque ad illud totum tempus quod ipsis partibus placitum fuerit, ad mutuam conservationem statuum partium predictarum et cujuslibet earum in Italia existentium et contra omnes, quiqui illi fuerint, dominos et potentatus in Italia statum habentes qui de cetero non provocati et non lacessiti off enderent seu off endere queritarent sanctissimum dominum nostrum et illustrissimos dominos duces prefatos vel ipsorum aliquem seu eorum status adherentes, recommendatos, complices, sequaces, colligatos et subditos suos. Et hoc fi at et fi eri intelligatur pro conservatione et tranquillitate totius Italie... » Traduction : « Comme jamais en aucun temps ils n'eurent de plus grande aspiration, et que PRÉSENTEMENT ILS NE SONT PAS HABITÉS D'UN PLUS GRAND DÉSIR QUE CELUI DE LA PAIX ET DU REPOS UNIVERSELS MAIS SURTOUT DE L'ITALIE, à la recherche desquels ils oeuvrèrent avec zèle et application et ils employèrent et emploient leurs forces et leur talent, et comme ils tiennent pour assuré que rien ne contribue plus à une chose si salutaire que de rendre ferme et stable cette commune recherche et ce désir par un pacte mutuel , c'est pourquoi..., pour la tranquillité commune et universelle, comme il a été dit, et POUR LA PROTECTION, FERMETÉ ET CONSERVATION DES ÉTATS DES PARTIES susdites, les susnommés eurent recours à la confédération, union, alliance, entente et ligue écrite ci-dessous... ILS ENGAGENT ET CONTRACTENT UNE BONNE, PURE ET SIMPLE UNION, CONFÉDÉRATION, ENTENTE ET LIGUE, DESTINÉE À DURER VINGT-CINQ ANS et, au-delà, tout le temps qu'il aura plu aux parties elles-mêmes, pour le conservation mutuelle des États des parties susdites et de chacune de celles qui se manifesteraient en Italie, et contre tous les seigneurs et souverains ayant des États en Italie, quels qu'ils soient, qui, du reste sans avoir été provoqués ou excités par un autre, agresseraient ou chercheraient à agresser notre très saint seigneur et les illustres seigneurs ducs susnommés, soit l'un même d'entre eux soit les États qui leurs sont attachés, confi és, joints, affi dés, alliés et assujettis. Et que cela advienne, et que l'on comprenne que cela advienne pour la conservation et la tranquillité de toute l'Italie... » Les autres clauses principales de cette alliance sont les suivantes : les parties devraient pouvoir se porter assistance en tous lieux et à leurs frais respectifs, en entretenant en permanence, pour le pape, de 3 à 4000 cavaliers et de 2 à 3000 fantassins, pour Milan et Venise, chacun de 6 à 8000 cavaliers et de 4 à 5000 fantassins. – Les parties ne pourraient pas entrer dans une alliance avec une autre puissance italienne si ce n'est avec l'accord des autres et sans préjudice d'une des clauses de la présente ligue. – Tout autre prince italien pourrait entrer dans cette ligue à des conditions décentes. – Les parties auraient un mois à dater de la signature de la ligue pour faire connaître leurs alliés respectifs. – Les parties ne pourraient conclure de paix séparée en cas de guerre sans le consentement des autres (« ... si forte occurreret, quod Deus avertat, quod ad bellum devenietur », « si par aventure il arrivait, Dieu nous en préserve, qu'on en vienne à la guerre »). – Si une partie se retournait injustement contre une autre, les membres principaux restants de la ligue devraient porter assistance à la partie agressée. – Si une des parties était menacée, les autres parties devraient refuser le passage, le cantonnement et les vivres à l'agresseur. – Milan et Venise devraient chacun envoyer 200 hommes à leur solde dans les États pontifi caux, pour Venise sous les ordres du condottiere Pandolfo Malatesta, seigneur de Rimini (surnommé « Pandolfaccio »), pour Milan sous les ordres de Giovanni Sfòrza, seigneur de Pesaro, et du condottiere Gaspare da Sanseverino (surnommé « Fracassa »), le pape s'engageant pour sa part à prendre à sa charge le cantonnement. – Chaque violation des termes de la ligue serait sanctionnée d'une amende de 200000 ducats d'or. Enluminure de facture romaine Le travail manuscrit du présent acte émanant de la chancellerie pontifi cale, a été assuré par le notaire et scribe apostolique Filippo da Pontecorvo, comme il l'indique lui-même au bas de l'acte, ce qui autorise une attribution du travail d'enluminure à un atelier romain. Ce travail d'enluminure comprend : – UNE REPRÉSENTATION HÉRALDIQUE TRIPARTITE unie par un réseau de rubans (243 x 80 mm, peinture polychrome, dorée et argentée) : à gauche, les armoiries du DOGE AGOSTINO BARBARIGO surmontant celles de son ambassadeur ANDREA CAPELLO, au centre, les armoiries du pape ALEXANDRE VI (inscription du cartel en-dessous à moitié eff acée, probablement « [ALEX.] VI / [PONT.] MAX »), et à droite, les armoiries du DUC DE MILAN JEAN GALÉAS SFÒRZA. – GRANDE LETTRINE (145 x 23 mm, peinture noire, violette et or) fi ligranée de rinceaux végétaux avec 2 visages, l'un d'homme et l'autre de faune (portant l'ensemble à la taille de 82 x 214 mm, encre brune et plume avec rehauts de peinture jaune et violette). Tenir ses alliés italiens en lisière et parer à la menace française ÉQUILIBRE GÉOPOLITIQUE FRAGILE DE L'ITALIE INDÉPENDANTE. Dans la péninsule, au cours du xve siècle, s'était maintenu une sorte d'équilibre entre ses États les plus puissants, par un jeu d'alliances (comme la paix de Lodi en 1454) destiné à limiter les impérialismes de ces mêmes États et à faire face aux ambitions des États étrangers, principalement la France (sur Milan et Naples), l'Aragon (sur Naples) et les Turcs (sur plusieurs ports). Mais le jeu était complexe et plusieurs alliances se nouèrent par exemple avec ces derniers : Alexandre VI souhaitait rester en paix avec le sultan pour ne pas perdre le bénéfi ce de la pension annuelle qu'il recevait de lui en gardant le prince Djem en otage. À son avènement, Alexandre VI trouva les États pontifi caux dans une situation relativement précaire : des territoires avaient été perdus, un allié de Naples tenait des places au Nord de Rome, faisant peser une menace d'encerclement, Venise convoitait des terres sur les côtes italiennes de l'Adriatique, et le roi Charles VIII revendiquait depuis 1491 les droits de ses ancêtres Anjou sur la couronne de Naples, fi ef de la papauté, ce qui mettait celle-ci dans une situation critique où accepter comme refuser présentait des risques graves. LA DERNIÈRE TENTATIVE DE STATUS QUO À LA VEILLE DES « GUERRES D'ITALIE ». La Ligue de Saint-Marc fut conçue par le pape pour faire coup double, en se garantissant d'une manoeuvre intérieure aussi bien que d'une intervention extérieure. Cependant, elles ne vécut pas longtemps : Alexandre VI noua dès juillet 1493 une alliance avec Naples, donnant son plus jeune frère en mariage à la petite-fi lle du souverain Ferrante, et accorda en mars 1494 l'investiture du royaume au fi ls de ce dernier mort en janvier. Charles VIII interviendrait alors militairement, la calata (« invasion ») ouvrant la longue période que l'historiographie italienne ancienne désignerait sous le terme d'« années misérables » et où Français et Espagnols s'aff ronterait dans la péninsule. L'Italie y trouverait l'occasion d'affi rmer son identité face aux « barbares » mais y perdrait son indépendance pour trois siècles. Rodrigo Borgia, responsable et victime de sa légende noire Pape de 1492 à 1503, le Catalan Roderic Llaçol i de Borja (1431-1503), dont le nom fut italianisé en Rodrigo Borgia, mêla étroitement les actions d'éclat d'une grande politique souveraine et les infamies. S'il chercha à asseoir la sécurité des États pontifi caux, à soutenir les missions (il fi t aussi une tentative pour restaurer la spiritualité du clergé), à organiser le partage du Nouveau Monde (son traité de Tordesillas, 1494), à mener un fastueux mécénat, il se rendit aussi célèbre par sa vie privée scandaleuse et ses enfants illégitimes, sa vénalité (il pratiquait couramment la simonie), son népotisme, et son mépris de la parole donnée. Dans Le Prince, Machiavel dirait de lui qu'il « se fi t toute sa vie un jeu de tromper, et malgré son infi délité bien reconnue, il réussit dans tous ses artifi ces. Protestations, serments, rien ne lui coûtait , jamais prince ne viola aussi souvent sa parole et ne respecta moins ses engagements. Pourtant ses tromperies eurent toujours une heureuse issue , c'est qu'il connaissait parfaitement cette partie de l'art de gouverner ». En revanche, la légende noire de ce prince de la Renaissance en fi t un être satanique à l'excès : diff usée dès son temps par ses nombreux ennemis, elle nourrit ensuite la vision protestante de Rome comme nouvelle Babylone, et fut enfi n relancée à l'époque romantique par des écrivains qui l'étendirent à ses enfants Lucrèce et César.

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09 déc.

N° 2
MONTMORENCY (Anne de). Lettre signée « Montmorency » avec 4 mots autographes au « comte Ringrave » [Wild- und Rheingraf von Salm-Daun]. Paris, 19 novembre 1562. 1 p. in-4, adresse au dos, quelques fentes et déchirures dues au système de fermeture à passants. LE CONNÉTABLE DEMANDE DES RENFORTS POUR PROTÉGER PARIS MENACÉE PAR L'ARMÉE PROTESTANTE DU PRINCE DE CONDÉ qui venait d'entamer le siège de Corbeil. « Monsieur le conte, s'en retournant le cappitaine Lyon, present porteur, vers vous, je ne l'ay voulu laisser aller sans vous faire ce mot de lettre & pour vous prier bien fort nous faire sçavoir de vos nouvelles, et aussy pour vous dire que vous nous ENVOIEZ ICY VOTRE COMPAIGNIE LE PLUSTOST QUE VOUS VOUS POURREZ, parce que nous en avons necessairement aff aire et pour aultant que cedict porteur vous dira de nos nouvelles, et aussy que nous sommes pour ceste heure fort empeschez, je ne vous feray ceste plus longue sinon pour vous dire que monsieur de Guyse & moy avons veu la depesche que vous avez faicte à la reyne, priant en cest endroict le Createur vous donner, Monsieur le conte, ce que plus desirez... J'entends votre compaignie d'homme d'arme qui a faict monstre. AU DEMEURANT JE VOUS ADVISE QUE LE PRINCE DE CONDÉ EST DEVANT CORBEIL. Il y a trois jours qu'i ne l'a osé assaillir comme vous dira cedict porteur... » Le duc de Montmorency a ajouté de sa main et signé : « Votre byen bon amy Montmorency ». FAVORI DE FRANÇOIS Ier, MALGRÉ UNE DISGRÂCE, PUIS D'HENRI II, ANNE DE MONTMORENCY (1493-1567) FUT UN DES GRANDS LES PLUS PUISSANTS DU ROYAUME. Gouverneur de Languedoc (1526), connétable de France (1538), il joua un rôle important durant les deux premières guerres de Religion, dans les rangs catholiques, et mourut des blessures qu'il reçut à la bataille de Saint-Denis. Richissime et fastueux, il posséda sept châteaux, dont Chantilly qu'il fi t reconstruire par Pierre Chambiges et compléter par Jean Bullant, et où il réunit sa fameuse bibliothèque.

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09 déc.

N° 3
HENRI IV. Pièce signée « Henry », contresignée par son secrétaire d'État Louis Potier de Gesvres. Paris, 22 novembre 1599. 1. p. in-4 oblong sur parchemin, infi mes manques de matière sans atteinte au texte. PERMIS DE CHASSER PAR FAVEUR ROYALE. Le présent brevet est en eff et dérogatoire à la déclaration du 4 août 1598 par laquelle Henri IV avait interdit absolument le port de l'arquebuse. « Aujourd'huy xxe jour de novembre mil vc iiiixx dix-neuf, le roy, estant à Paris, desirant gratifi er & favorablement traicter noble Jehan de Rigaud, sr de Serezin [sur l'actuelle commune de Saint-Quentin-Fallavier dans l'Isère], Sa Majesté luy a promis & accordé qu'il puisse & LUY SOIT LOISIBLE DE TIRER & FAIRE TIRER PAR L'UN DES SIENS DE L'ARQUEBUZE EN L'ESTENDUE DE SES MAISONS, TERRES & SEIGNEURIES, AUX LOUPS, REGNARDZ, OYSEAULX DE RIVIERE, PLUVIERS, VANNIERS & autre gibier non deff endu par les ordonnances, sans qu'à ce il puisse estre empesché au moien des deff ences generalles nagueres faictes & publiees sur le port & usage des bastons à feu dont Sadite Majesté a reservé & excepté ledit sr Serezin par le present brevet qu'Elle a signé de sa main & faict contresigner par moy son conseiller & secretaire d'Estat... » Le baron de Gesvres et futur comte de Tresmes (mort en 1630), joua un rôle de négociateur politique au service d'Henri III (qui le nomma secrétaire d'État) : il travailla notamment au rapprochement entre celui-ci et le futur Henri IV qui, une fois parvenu sur le trône, lui accorda la même confi ance

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09 déc.

N° 5
MAZARIN (Jules). Lettre autographe signée « Le Cardl Mazarini » à Jean-Baptiste COLBERT. Bergues [près de Dunkerque, dans le Nord], 23 juillet 1658. 3 pp. in-12, monté sur papier fort par une marge de son feuillet blanc. COLBERT INTENDANT DE MAZARIN. C'est à l'ombre de Le Tellier puis surtout de Mazarin que Colbert fi t son ascension. Homme de confi ance du cardinal depuis 1651, il devint son intendant privé en octobre 1653, et s'acquit progressivement dans cette tâche la confi ance de Louis XIV. FIN DE LA GUERRE FRANCO-ESPAGNOLE. Lettre écrite après les succès de la bataille des Dunes et des sièges de Bergues, Furnes, Dixmude, et durant le siège de Gravelines. « Je vous ay adressé deux paquets avec plusieurs lettres pour diverses personnes sans vous escrire, et le dernier je l'ay donné ce matin auperavant de partir dé Calais à un gentilhomme de Mr le prince de Comty. Si vous pouviez m'envoyer les deux mil louis ou sa valore, avec ce que j'ay donné de plus pour les Dragons et pour les soldats de BROUAGGE [Brouage, port de guerre fondé par Richelieu près de La Rochelle], vous me feriez grand plaisir car je n'ay pas un sol. Je ne vous dis rien des autres parties car je n'en espere rien et je ne veux pas qui vous en solicitiés M. le p[ayeu] r g[énéra]l. Je vous prie de presser LES BLEDS que Gourville [Jean Hérault de Gourville, alors fournisseur aux armées, parfois indélicat] vous doibt fournir et de me mander quel etat j'en puis faire et en quel temps et s'il est vrai comme on dit qui le prix des bleds soit beaucoup diminué en Poitou et en ces quartiers-là notre cuisine en pourroit acchepter et les envoyer sans aucun retardement. IL SERA BON QUE VOUS FASSIEZ ENCOR L'ENVOY DES SOLDATS ET EN LE PLUS GRAND NOMBRE QU'IL [SE] POURRA. JE VOUS PRIE D'ENVOYER SOUVENT À LA REYNE ET À MONSIEUR [le frère de Louis XIV, Gaston d'Orléans] pendant que le roy sera à Compiègne DES MELONS ET DU FRUIT DE VINCENNES ET SI BIEN ACCOMMODÉS QUE RIEN NE SE GÂCHE DANS LE CHEMIN. Il faudroit mesme accheter du plus beau fruit et l'envoyer comme s'il etoit de Vincennes... » Le 7 août 1758, Colbert écrirait à Mazarin qu'il a envoyé deux fois des fruits de Vincennes Lettre absente du recueil des Lettres du cardinal Mazarin pendant son ministère (Paris, Imprimerie nationale, 1872- 1906). JOINT, un portrait gravé de Mazarin par Robert Nanteuil d'après un dessin pris par ses soins sur le vif (1659).

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09 déc.

N° 7
BOSSUET (Jacques-Bénigne). Corrections autographes sur un devoir manuscrit autographe du Grand Dauphin. [Entre 1670 et 1680]. 4 pp. in-4. Version latine du Grand Dauphin corrigée par Bossuet BOSSUET PRÉCEPTEUR DE LOUIS DE FRANCE. Le futur évêque de Meaux, connu jusque là pour ses fameux prêches et oraisons funèbres, fut nommé à ce poste qu'il occupa jusqu'en 1678 et dans lequel il fi t montre d'un zèle remarquable : considérant sa tâche comme une sorte de sacerdoce national, il conçut un vaste plan pédagogique qu'il exposa en 1679 dans sa Lettre au pape Innocent XI, tint trois classes par jour à son élève, rédigea à son intention des traités théologiques, moraux et politiques et philosophiques (dont le célèbre Discours sur l'histoire universelle), des grammaires de français et de latin... Las, le royal disciple ne se montra pas à la hauteur de son maître, nourrissant une véritable aversion pour le travail intellectuel. Saint-Simon écrirait cruellement du Grand Dauphin qu'il était « noyé dans la graisse et l'apathie ». L'HISTOIRE, « MAÎTRESSE DE LA VIE HUMAINE ET DE LA POLITIQUE », comme la défi nissait Bossuet, fut particulièrement l'objet de ses attentions concernant un élève en principe appelé à régner. Il procéda par récits oraux en dictées françaises, qu'il proposait ensuite comme textes de travail pour des traductions latines. Cette fresque historique ad usum Delphini fut recueillie ensuite sous le titre ABRÉGÉ DE L'HISTOIRE DE FRANCE, et publiée après sa mort dans les volumes XI et XII de ses OEuvres (Paris, Antoine Boudet, 1747). LA « RÉVOLTE DES CHAPERONS BLANCS ». Le présent manuscrit concerne l'année 1380, à travers un épisode du règne de Charles VI : la révolte des drapiers gantois contre l'autorité du comte de Flandre, Louis de Mâle. Débutée en 1379, bientôt placée sous la direction du brasseur Philippe Van Artevelde, cette révolte s'acheva en 1382 sur l'intervention du jeune roi poussé à l'action par son oncle le duc de Bourgogne, et sur la bataille de Roosebeke remportée par l'armée française. Les mots de la main du Grand Dauphin sont transcrits ci-après en caractères romains, ceux de la main de Bossuet en caractères italiques : « ... Interim omnes urbes Philippo se dedunt una Aldenarda fi da comiti mansit. Artavella principum more magnifi ce agere coepit, neque opulentia aut splendidia [sic] comiti domus. Aldenardam oppugnavit multis copiis et tormentis. Comes in regis tutela per Burgundum generum obtinenda spem omnem collocabat, atque ideo ducem Bapalmæ adiit , quid agendum esset cum eo constituit. Dux ad aulam reversus cum duce Biturigensi rem omnem communicat. Contigit ut dum eo de negotio inter se tractarent rex ipse intervenit... » Le texte originel français de ce passage, tel que conservé par Bossuet, propose un récit légèrement plus développé et se lit comme suit : « [...] Cependant toutes les villes, à la réserve d'Oudenarde, se rendirent à Philippe [Van Artevelde] , il commença à vivre en prince, et l'état de sa maison était égal à celui du comte. Tout le peuple plein d'espérance s'attachait à lui. Le comte [..] n'attendait plus de secours que de la protection du roi, qu'il prétendait obtenir par le moyen du duc de Bourgogne son gendre. Artevelle mit le siège devant Oudenarde, et la pressait vivement avec de grosses pièces de canon [...]. Le comte [...] alla trouver à Bapaume le duc de Bourgogne, & convint avec lui de ce qu'il avait à faire pour son rétablissement. Le duc étant revenu à la Cour, communiqua l'aff aire au duc de Berry, & le roi les trouva un jour comme ils en parlaient ensemble [...] »

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09 déc.

N° 8
CHARPENTIER (François). Lettre autographe signée de son paraphe. Paris, 30 août [1683]. 4 pp. in-4.CHARPENTIER (François). Lettre autographe signée de son paraphe. Paris, 30 août [1683]. 4 pp. in-4. L'Académicien François Charpentier – dont le nom seul mettait Boileau en fureur – fait d'abord le RÉCIT DE L'AUDIENCE ROYALE OÙ, AU NOM DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE, IL PRÉSENTA SES CONDOLÉANCES À LOUIS XIV POUR LA MORT DE LA REINE MARIE-THÉRÈSE d'Autriche, survenue le 30 juillet précédant : « Je vous escris, Monsieur, arrivant de Fontainebleau où nous avons esté saluer le roy sur la mort de la reyne. Vous serez assez estonné que l'Académie, ayant à sa tête monsieur de Cordemoy qui en est directeur et Mr l'évesque de Meaux qui est chancelier [l'avocat, philosophe cartésien et historien Géraud de Cordermoy et Jacques- Bénigne Bossuet], la parole me soit escheue , vous voyez, Monsieur, ce que la compagnie [l'Académie] y a perdu. Nous avons salué le roy, Monseigneur [le Grand Dauphin] et Madame la Dauphine. Vous apprendrez d'ailleurs quel en as esté le succès, mais JE VOUS LAISSE À PENSER SI CE N'EST PAS S'EXPOSER BEAUCOUP QUE D'ALLER À L'AUDIANCE DU PLUS GRAND ROY DU MONDE, QUI VOUS ATTEND AVEC TOUTE SA MAJESTÉ, ET DANS UN SILENCE QUI FAIT FRAYEUR. Cependant je n'en suis pas mort et je crois que ce sont vos bonnes prières qui m'ont tiré heureusement de ce péril. En un mot, on m'a escouté, on m'a souff ert, et nos confrères m'ont embrassé, ce n'est pas peu. Car vous sçavez qu'ils ne sont pas fort caressans... » IL FAIT ENSUITE ICI UN ÉLOGE FUNÈBRE FORT PEU ÉLOGIEUX DE L'HISTORIEN FRANÇOISEUDES DE MÉZERAY, ancien secrétaire perpétuel de l'Académie française, mort également le 30 juillet 1683 : « ... Pouvoit-il se plaindre d'un siècle où il avoit fait une si grande fortune avec si peu de mérite. Voilà, Monsieur, comment il nous a trompez tous en voulant passer pour homme de bien tandis qu'on peut dire de luy que C'ESTOIT L'ÂME LA PLUS LASCHE ET LA PLUS INTÉRESSÉE QUI EÛT JAMAIS ESTÉ... Après cela, Monsieur, fi ons-nous à ces gens qui font les Catons & les Aristides. Plus j'examine les hommes, plus je me confi rme dans l'opinion que ceux qui ont un dégoust pour toutes choses ont l'esprit de travers. Ne faisoit-il pas beau voir cette vilaine chauve-souris se moquer des cignes et des aigles... »

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09 déc.

N° 9
ANCIEN RÉGIME. – Ensemble de 18 lettres et pièces, XVIIe-XVIIIe siècles. – SAVOIE (Christine de France, duchesse régente de). 10 documents signés, en italien, soit : 8 lettres signées et une pièce signée au marquis Guido Villa, colonel général de la cavalerie du duché de Savoie, lieutenant général des armées du roi de France et commandant en chef de l'armée de Piémont, et une lettre signée au fi ls de celui-ci, également offi cier, Ghirone Francesco Villa, comte de Camerano. Turin puis Rivoli, janvier-juillet 1647. Correspondance concernant principalement LES OPÉRATIONS MILITAIRES DES TROUPES SAVOYARDES ENGAGÉES AUX CÔTÉS DE LA FRANCE DANS LA GUERRE DE TRENTE ANS. Sous la régence de Christine de France, soeur de Louis XIII, la Savoie fut l'alliée de celui-ci. « Hoggi ci è pervenuta la lettera che V.S. ci scrisse hieri. Gl'avisi in essa contenuti ci sono molto cari e massime la sua risolutione ad opporsi a tutto potere, a dissegni de nemici. Se ben sia inferiore in numero alle loro forze, confi diamo però molto nel suo valore e nella sua prudenza... » Traduction : « Aujourd'hui nous est parvenue la lettre que V.S. nous écrivit hier. Les avis contenus dans celle-ci nous sont très chers, et plus grande encore votre résolution de vous opposer à toute force aux desseins des ennemis. Si vous êtes bien inférieur en nombre à leurs forces, nous nous fi ons toutefois beaucoup à votre valeur et à votre prudence... » (Turin, 19 mai 1647). – « Tutti gli avisi che qua ci capitano sono uniformi che il dissegno de Spagnoli tenda dalla parte di Alba. V.S. potrà meglio conoscerlo sul luogo, perché più da vicino può discernere gli andamenti de nemici. In tal caso, stimaressimo grandemente avantaggioso al servitio di S.A.R. mio fi glio amatissimo, et alla conservatione di quella piazza, che ivi si conducesse il sr di Megianes, il quale possedendo unitamente isperienza e valore, in occasione di attacco potrebbe rendersegli utilissimo... » Traduction : « Tous les avis qui nous arrivent ici sont unanimes, que le dessein des Espagnols tend du côté d'Albe. V.S. pourra mieux connaître sur les lieux, parce que plus près elle peut discerner les mouvements des ennemis. En ce cas, nous trouverions grandement avantageux pour le service de S.A.R. mon fi ls bien-aimé et pour la conservation de cette place, que vous y conduisiez le Srde Megianes [Méjanes, colonel français au service de Savoie], lequel, possédant à la fois expérience et valeur, pourrait en cas d'attaque se rendre très utile... » (24 mai 1647). « ... Il pensiero ch'ella ha di rompere il soccorso del Finale venendo è ottimo... Lo squadrone di Savoia è tutto di qua da monti, et attenderà con ogni diligenza ad unirsi per essere al servitio. Anche di Francia si vanno ingrossando le truppe, onde ben tosto le cose saranno in buon essere... » Traduction : « L'idée que vous avez de rompre le secours de Finale en venant est très excellente... Le bataillon de Savoie est tout en deçà des montagnes, et s'occupera à se réunir en toute diligence pour être au service. Même de France les troupes vont grossissantes, d'où vient que bientôt les choses seront en bonne disposition » (Rivoli, 25 juin 1647). – ARGENSON (Marc René de Voyer de Paulmy d'). 4 documents, soit : une pièce autographe signée en qualité de lieutenant général de police de Paris concernant une aff aire à laquelle le roi s'est personnellement intéressé (1697), 2 lettres autographes signées, la première probablement à madame de Maintenon, concernant un placet que Pontchartrain a apostillé (1705), la seconde à un haut personnage de l'État, concernant le prince de La Riccia qui avait comploté contre le vice-roi de Naples et qui était prisonnier en France depuis 1703 (1713), et une lettre signée en qualité de directeur de l'administration principale des Finances, concernant les appointements des commissaires de la Chambre royale de Nantes (1720).– RICHELIEU (Louis François Armand de Vignerot Du Plessis, duc de). Lettre autographe signée « le m. duc de Richelieu » en qualité de commandant en chef du Languedoc, [adressée au ministre de la Religion prétendue réformée, le duc de La Vrillière, Louis Phélypeaux]. Choisy, 31 mai 1750. Protestations contre un diff amateur qui, en Cour de Rome, l'accuse d'indulgence envers « les calvinistes de Languedoc ». – LOUIS XV. Lettre signée (secrétaire) contresignée par le duc Étienne-François de Choiseul en qualité de secrétaire d'État à la Guerre (griff e), adressée à Pierre-Antoine de Pascalis. Versailles, 8 mai 1762. Le roi lui annonce qu'il est admis à la dignité de chevalier de l'Ordre de Saint-Louis. – LOUIS XV. Lettre signée (secrétaire) au gouverneur de Bretagne, le duc de Penthièvre, Louis Jean Marie de Bourbon. Versailles, « 3 décembre ». 1 p. 3/4, adresse au dos avec cachet armorié de cire rouge, déchirures dues à l'ouverture aff ectant plusieurs mots dont la date, marges restaurées. Félicitations pour son action dans la province de Bretagne. – PARMENTIER (Antoine Augustin). Lettre autographe signée [au botaniste et agronome Mathieu Tillet]. Aux Invalides [Paris], 15 septembre 1785. Concernant le « blé moucheté » et l'utilité d'un ouvrage de Tillet, qui serait imprimé en 1785 sous le titre Précis des expériences faites par ordre du roi à Trianon, sur la cause de la corruption des blés, et sur les moyens de la prévenir , à la suite duquel est une instruction propre à guider les laboureurs dans la manière dont ils doivent préparer le grain avant de le semer.

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09 déc.

N° 10
PIERRE Ier DE RUSSIE. Lettre signée au général-major Georg Wilhelm HENNING, directeur des mines. Saint-Pétersbourg, 4 janvier 1725 [24 décembre 1724, selon le calendrier julien alors en usage en Russie]. 2 pp. in-4, petites restaurations , mention manuscrite de l'époque indiquant la date de réception le 27 janvier 1725 (16 janvier 1725, selon le calendrier julien). 6.000/8.000 € FÉLICITATIONS AU GÉNÉRAL-MAJOR HENNING POUR SON ACTION EN SIBÉRIE, ses succès en matière de prospection et concernant la qualité du cuivre sorti des mines de Pyskor (à 150 kilomètres au nord de Perm). Le tsar lui demande également d'apporter du graphite pour la fabrication de crayons, et l'appelle à lui : « ????? ???? ?? ???? ??? ???????? ?????, ?, ? ??? ?? ??????? ?? ?? ???? ????????? ???????... ?????? ? ????????? ??, ???? ??? ?????? ????????? ??? ????????? ?? ? ???... ???????? ? ??? ??? ????????? ?? ?????... » [Traduction :] « Votre lettre nous est bien parvenue, et une résolution a été prise à l'égard de ce que vous écrivez... Cependant, nous avons jugé bon, pour d'autres raisons des plus nécessaires, de vous faire venir à nous... Venez à nous le plus vite possible par poste... » UN TÉMOIGNAGE DE L'EFFORT DE MODERNISATION MENÉ PAR PIERRE LE GRAND. Personnage hors norme de l'histoire russe, le tsar Pierre Ier (1672-1725) s'attacha à transformer la Moscovie en un pays moderne et puissant intégré dans le concert européen. En deux décennies, en s'inspirant de l'absolutisme français, de la marine hollandaise et du militarisme prussien, il parvint à renforcer l'État, fonder une véritable armée, développer son industrie et son économie. Par ses succès militaires et diplomatiques, il imposa la Russie comme la grande puissance du Nord en prenant le contrôle de la Pologne, en remportant des victoires contre les Tatars et surtout contre la Suède, et en gagnant un accès à la Baltique – il fonda alors Saint-Pétersbourg à l'embouchure de la Neva et en fi t sa nouvelle capitale. Ses méthodes furent cependant brutales, contre son peuple, contre l'Église, et contre sa propre famille.

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09 déc.

N° 11
HÉNAULT (Charles Jean-François). 3 lettres autographes. – Au futur duc de Nivernais. Paris, « 15 juillet » [1749, d'après une mention manuscrite postérieure]. MAGNIFIQUE MÉDITATION SUR L'HISTOIRE, ET OBSERVATIONS SUR DES PUBLICATIONS DE ROUSSEAU, VOLTAIRE, D'ALEMBERT ET FONTENELLE : « ... Car, Monsieur le duc, j'aime les faits, et après avoir reconnu que tous les lieux de métaphysique possibles pouvoient se réduire, avec de la bonne foi, à un très petit nombre de feuillets, j'ai senti que ce n'étoit pas assés pour satisfaire la curiosité de toutte la vie : il faut des objets plus vastes et plus conformes à l'étendue de nos idées, des objets dont l'horison se recule à mesure que nous avançons, et qui ne nous laissent pas dans l'inquiétude de pouvoir être épuisés. Voilà ce que L'HISTOIRE nous présente avec prodigalité , et ce que j'y trouve d'admirable, c'est qu'elle PARLE SA LANGUE À CHAQUE LECTEUR. Elle est morale pour tous les états, vous y trouverés des instructions pour être un grand ministre, comme les ministres qui vous suivront en trouveront dans vos dépesches [le duc était alors ambassadeur à Rome] , moi, j'y trouve le bonheur dont ont joui les hommes d'un état ordinaire et qui se sont apliqués à se rendre utiles, suivant leurs forces et à méritter l'amitié par des sentimens d'humanité et de bienfaisance. Les hommes malheureux y lisent des hommes plus malheureux qu'eux et y attendent la fi n de leurs peines dans les retours favorables qu'ont éprouvés leurs semblables. Je voudrois bien savoir dans quel livre de métaphysique on trouveroit tout cela... Il paroît ici un recueil de lettres de ROUSSEAU dont j'ai été assés content [Lettres de Rousseau sur divers sujets, s.l.n.n., 1749] . Il y a des jugemens bien sentis sur les ouvrages de goust, et vous jugés bien si La Motthe n'y joue pas un beau rôle auprès de Corneille, d'Homère et de La Fontaine... VOLTAIRE vient de donner une comédie de Pamela [Nanine, comédie inspirée du roman Pamela de Samuel Richardson, représentée pour la première fois en 1749], dont le dénouement étoit fait pour intéresser, mais la pièce manque parce que le milord n'est point amoureux, et n'épouse sa servante que pour faire l'homme exempt de préjugés... » – À madame Du Deff and. « 19 7bre » [1753, d'après une mention manuscrite d'une autre main]. SUR LA FÊTE QU'IL A ORGANISÉE POUR LA NAISSANCE DU DUC D'AQUITAINE : « Je vous envoye, adorable reine, la description de mon illumination [désigne la fête qu'il a lui-même organisée] : cela a eu un grand succès, et tout ce qui est dans Paris en carosse, à pied et à cheval, a passé devant. Plusieurs sont entrés chés moi, tout Versailles est venue pour en être le témoin, et a fait valoir tout cela bien au-delà de sa valeur... Le roi... m'en a parlé, M. le Dauphin savoit les devises par coeur, Mde la Dauphine se les est fait raconter, enfi n cela a fait comme une gerbe de feu d'artifi ce, un très beau moment et quand il y auroit eu des boëttes, cela n'auroit pas fait plus de bruit... Adieu, adorable reine, croyés que je ne fais jamais de chasteau en Espagne où vous n'ayés l'apartement de la reine... » C'est au président Hénault que Louis XV demanda de déterminer le titre du fi ls de la Dauphine, Xavier-Marie-Joseph de France, né le 8 septembre 1753 : Hainault proposa celui de « duc d'Aquitaine ». Les fêtes que le président Hénault organisait chez lui étaient célèbres pour leur magnifi cence. – À un duc non précisé. Versailles, « 25 ». « ... Tous les genres d'agrément y sont, un chapitre extraordinaire, une dispense, ce qui marque enfi n de la considération. J'en ai fait mes remerciemens à M. de Puisieux... » LE PRÉSIDENT HÉNAULT, UNE DES FIGURES LITTÉRAIRES ET MONDAINES LES PLUS EN VUE DE SON TEMPS. Président (1716) puis président honoraire (1731) de la première Chambre des enquêtes au Parlement de Paris, Charles-Jean-François Hénault (1685-1770) fréquenta d'abord le Temple où il se lia avec Chaulieu, Fontenelle et Voltaire, puis la Cour de Sceaux chez la duchesse du Maine, avant de briller chez madame Du Deff and dont il fut l'amant plus de dix ans. Il entra ensuite dans le cercle de la reine Marie Leszczynska (il fut nommé surintendant de la Maison de la reine en juillet 1753) et, sous son infl uence, se convertit à la vie chrétienne. Parmi ses divers ouvrages, principalement d'histoire, ses Mémoires constituent l'une des sources majeures sur la vie des salons sous Louis XV.

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09 déc.

N° 12
BERNIS (François-Joachim de Pierre de). Lettre autographe signée « Le Card. de Bernis » au président d'Alco. Château de Vic-sur-Aisne [actuel département de l'Aisne], 23 août 1762. 1 p. 1/4 in-4. « ... JE VOUS FAIS MON COMPLIMENT SUR LA DESTRUCTION DE LA SOCIÉTÉ. Elle aura de la peine à en revenir, mais avec le temps elle reviendra, au moins je le crois, et le prévois... Nos chaleurs ont été fort modérées. Ma santé est parfaite. Je ne serai pas assés fort pour mourir avant quatre-vins-dix ans , vous pouvés le dire à mes amis et enemis... J'ay trouvé ma maison en bon estat et bien réparée. Je me trouve très bien d'estre chés moy et la vie campagnarde m'accommode... » Travaillé par les idées jansénistes et philosophiques, les parlementaires menaient la lutte contre la Société de Jésus, et redoublaient d'eff orts à la suite de l'aff aire du Père La Valette : le 6 août 1762, le Parlement de Paris prit un arrêté expulsant les Jésuites de son ressort (le plus vaste de France). Cette action mènerait à la proscription de l'ordre dans le royaume en 1764, et à sa suppression par le pape en 1773. PERSONNALITÉS DES PLUS BRILLANTES ET DES PLUS LUCIDES DE SON SIÈCLE, AMI DE VOLTAIRE, LE CARDINAL DE BERNIS était entré dans les ordres sans vocation et était parvenu à la notoriété par les lettres, étant élu à l'Académie française en 1744. François-Joachim de Pierre de Bernis (1715-1794) ayant attiré l'attention de la marquise de Pompadour, devint son conseiller occulte et se vit bientôt confi er d'importants postes diplomatiques à l'étranger. Entré au Conseil d'en haut et fait secrétaire d'État aux Aff aires étrangères en 1757, il porta un regard critique sur sa propre ascension et sur le régime, estimant que le pouvoir était quasiment vacant. Il proposa de mettre fi n à la guerre de Sept Ans et d'instaurer un système de gouvernement plus rigoureux dans lequel le roi aurait moins de part... Disgracié (1758-1764) et même exilé un temps sur ses terres à Vic-sur-Aisne (1758-1761), il semble avoir opéré une véritable conversion à la religion et se consacra à sa carrière ecclésiastique : fait cardinal en 1758, prêtre en 1759, archevêque d'Albi en 1764, il se vit attribuer l'ambassade de France au Vatican qu'il conserva jusqu'à la Révolution. Les bouleversements politiques des temps nouveaux le ruinèrent et le rendirent à l'obscurité de sa jeunesse. Parent par alliance du cardinal de Bernis, Antoine Samuel Bonner d'Alco était président de la Cour des comptes, aides et fi nances de Montpellier.

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09 déc.

N° 13
ENCYCLOPÉDIE, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. 1751-1780. 35 volumes in-folio, veau brun marbré, dos à nefs cloisonnés et fl euronnés, légers disparates dans les fers de dorure pour les derniers volumes (reliure de l'époque). Soit : L'ENCYCLOPÉDIE, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. À Paris, chez Briasson, David l'aîné, Le Breton, Durand, 1751-1757 (tomes I à VII), puis à Neufchastel, chez Samuel Faulche & compagnie, 1765 (tomes VIII à XVII). – sUPPLÉMENT À L'ENCYCLOPÉDIE ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. À Amsterdam, chez M. M. Rey, 1776-1777. 4 tomes. – TABLE ANALYTIQUE et raisonnée des matières. À Paris, chez Panckoucke , à Amsterdam, chez Marc-Michel Rey, 1780. 2 tomes. – RECUEIL DE PLANCHES, sur les sciences, les arts libéraux, et les arts mécaniques. À Paris, chez Briasson (avec des associés en nombre variable), 1762- 1772. 11 tomes. – SUITE DU RECUEIL DE PLANCHES, sur les sciences, les arts libéraux, et les arts mécaniques. À Paris, chez Panckoucke, Stoupe, Brunet , à Amsterdam, chez M. M. Rey, 1777. Un tome. 7 (sur 8) tableaux imprimés hors texte dont 6 dépliants. Il manque le « Tableau des mesures » dans le vol. VIII du corps du texte. Il manque également les 4 feuillets imprimés du texte de l'art militaire dans le premier volume de planches, et le feuillet imprimé d'avis aux souscripteurs dans le vol. VI de planches. IMPORTANTE ILLUSTRATION GRAVÉE SUR CUIVRE HORS TEXTE, EN PREMIER TIRAGE, comprenant : un frontispice (dans le premier volume du corps de texte, accompagné de son « Explication » imprimée), un Essai de distribution généalogique des sciences (dépliant, dans le premier volume du corps de texte) et 2794 (sur 2795) planches gravées sur cuivre – ou 3128 (sur 3129) selon le système de calcul des auteurs qui comptent respectivement pour 2, 3 et 4 les planches doubles, triples et quadruples. Manque la planche n° xxxvi de l'architecture dans le premier volume de planches. Mais fi gurent en doubles la planche n° xii des poudres dans la minéralogie du vol. VI des planches, et la 3e planche de la gnomonique dans le volume de supplément des planches. EXEMPLAIRE ENRICHI DE 5 PORTRAITS gravés sur cuivre par Benoît-Louis Henriquez en 1777 : DIDEROT, d'ALEMBERT, VOLTAIRE, MONTESQUIEU, respectivement en frontispices des vol. II, III, IV et V du corps de texte. Ceux de Diderot et d'Alembert ont été spécifi quement publiés pour accompagner l'Encyclopédie. Condition : reliures usagées avec quelques manques de cuir, un feuillet imprimé détaché dans les tomes IX, XIII et XVI du corps du texte (dont un avec marges rognées et légère atteinte au texte) et dans le tome XI des planches , rousseurs éparses et rares taches marginales sur les planches , dans le volume de supplément de planches, près de la moitié des planches sont aff ectées de mouillures marginales, et les 3 planches des hermaphrodites ont été collées ensemble par une main pudique, ce qui aff ecte également la planche précédente et la planche suivante.

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09 déc.

N° 15
ROBESPIERRE (Maximilien de). Pièce signée en qualité de membre du Comité de Salut public, contresignée en la même qualité par Bertrand BARÈRE DE VIEUZAC, Jacques-Nicolas Billaud dit BILLAUD-VARENNE, Lazare CARNOT, Jean-Marie COLLOT D'HERBOIS, Marie-Jean HÉRAULT DE SÉCHELLES, André Jeanbon dit JEANBON-SAINT-ANDRÉ et Pierre Louis Prieur dit PRIEUR DE LA MARNE. [Paris], 24 septembre 1793. 3 pp. in-folio, en-tête imprimé « Comité de Salut public. Extrait des registres du comité de Salut public de la Convention nationale » avec vignette gravée sur bois. L'arrêté qui fi t entrer la France dans l'ère moderne des télécommunications. « LE COMITÉ DE SALUT PUBLIC, VU LE MÉMOIRE DU CITOYEN CHAPPE, INGÉNIEUR THÉLÉGRAPHE, ARRÊTE CE QUI SUIT. [article] 1° LE CITOYEN CHAPPE EST AUTORISÉ À PLACER LES MACHINES THÉLÉGRAPHIQUES SUR LES TOURS, CLOCHERS ET EMPLACEMENS QU'IL A CHOISIS pour leur établissement, et à y faire faire tous les ouvrages et constructions nécessaires, même à faire abattre les arbres qui pourraient gêner la direction de la vue d'une machine à l'autre , les propriétaires, tant des terreins sur lesquels les machines seront posées, que des arbres qu'il sera nécessaire d'abattre, et qui appartiendraient à des particuliers, seront indemnisés... art. 2. Le ministre de l'Intérieur donnera sans délai les ordres nécessaires, pour que la municipalité des lieux où seront placées les machines, veillent à leur conservation par tous les moyens qui sont en leur pouvoir, et procurent au citoyen Chappe les ouvriers et matériaux dont il pourrait avoir besoin. art. 3. Le citoyen Chappe est autorisé à nommer les divers agens de la correspondance thélégraphique , il en remettra la liste au ministre de la Guerre qui est chargé de leur délivrer des commissions et de fi xer leurs appointemens. Le citoyen Chappe présentera incessamment un projet de règlement sur l'exactitude et la discipline à observer par les agens dans chaque partie de leur service , ce projet sera remis au ministre de la Guerre, qui le soumettra à l'approbation du comité de Salut public. art. 4. Aussitôt l'établissement de la correspondance de Lille à paris, le citoyen Chappe remettra au ministre de la Guerre, au comité de Salut public, un état certifi é par le préposé à la surveillance de la machine thélégraphique, lequel indiquera les noms des diff érens postes et des agens qui les occupent, ainsi que la nature de leur emploi, et contiendra le détail des meubles, instrumens, et objets qui appartiendront à chaque machine. [art.] 5. Pour hâter les constructions des machines thélégraphiques, le ministre de la Guerre donnera, s'il est nécessaire, les ordres pour mettre en réquisition les ouvriers dont pourrait avoir besoin le citoyen Chappe. art 6 Le ministre de la Guerre est autorisé à faire délivrer au citoyen Chappe, pour ses voyages de la correspondance, un des chevaux mis à la disposition de la République, à la charge pour le citoyen Chappe de remettre ce cheval lorsqu'il n'en aura plus besoin pour cet objet... » LE TÉLÉGRAPHE AÉRIEN DE CLAUDE CHAPPE. C'est en 1791 que ce dernier mit au point son système de sémaphores placés à intervalles sur des hauteurs. En 1793, il le présenta dans un mémoire à la Convention nationale. En raison de la guerre que la France avait à soutenir contre l'Europe coalisée, le Comité de Salut public trouva dans l'invention de l'ingénieur un moyen inespéré d'accélérer les transmissions militaires entre les terrains d'opération et la capitale. Le présent arrêté autorise donc Claude Chappe à installer des machines télégraphiques pour relier Paris et Lille – et créer la première ligne de communication opérationnelle utilisant cette technique, inaugurée peu après dans l'année. Le réseau télégraphique français fut ensuite complété de 1799 à 1815, sur un plan rayonnant à partir de Paris. Claude Chappe fut placé à la tête d'une administration qui lui était aff ermée, et se fi t aider de ses trois frères, Abraham pour la télégraphie militaire, et surtout Ignace-Urbain et Pierre-François qui lui succédèrent comme administrateurs généraux en 1805 quand il se suicida.

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09 déc.

N° 16
LOUIS XVIII (Louis Stanislas Xavier de Bourbon, comte de Provence, futur). Lettre autographe au comte de Modène à Tournai. Coblence, 23 mars 1792. 1/3 p. in-12 d'une fi ne écriture serrée, adresse au dos. « LE COMTE D'ARTOIS m'ayant demandé de retirer au [PALAIS DU] LUXEMBOURG madame Tirmois, nourrice de son fi ls aîné, voyez à la placer dans quelque chambre, soit au grand, soit au petit, SI LA NATION NOUS EN LAISSE ENCORE LES MAÎTRES. Adieu. » Le comte d'Artois, Charles-Philippe de Bourbon, futur roi Charles X, frère de Louis XVI et du comte de Provence, se trouvait également en émigration. L'ERRANCE D'UN PRINCE INÉBRANLABLE DANS L'ADVERSITÉ ET LES HUMILIATIONS. Le futur roi avait quitté volontairement la France le 20 juin 1791 et était parvenu à Mons en territoire autrichien le jour de l'arrestation de son frère à Varennes. Ainsi débuta cette longue errance qui occupa le tiers de sa vie : privé de ses droits en France, il se proclama néanmoins régent le 28 janvier 1793 après l'exécution de son frère Louis XVI, puis roi le 24 juin 1795 après la mort de son neveu Louis XVII. Son sort fut cependant mal assuré, et il dut changer fréquemment d'asile, au gré des hasards et des expulsions : après Mons, il séjourna à Bruxelles, Coblence, Hamm, Vérone, Riegel, Blankenburg, Mittau, Varsovie, Blankenfeld, de nouveau Mitau, puis neuf ans à Hartwell House en Angleterre. AMI INTIME DU FUTUR LOUIS XVIII, LE COMTE DE MODÈNE (1734-1799), d'une famille de très ancienne noblesse provençale, servit d'abord comme ambassadeur de France en Allemagne et en Suède, avant de devenir gentilhomme d'honneur du futur roi, dont il devint un intime. À la Révolution, il quitta la France avec celuici, mais ne put le suivre en raison d'une santé chancelante, et il se fi xa à Bayreuth.

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09 déc.

N° 18
LOUIS XVIII (Louis Stanislas Xavier de Bourbon, comte de Provence, futur). Lettre autographe au comte de Modène. Vérone, 10 juillet 1794. 2/3 p. in-12 d'une fi ne écriture serrée, adresse au dos, vestige de cachet de cire noire aux armes du marquis de Bonnay. « Je vous remercie, mon cher Modène, de m'avoir adressé votre lettre plutôt qu'à d'Avaray, il sçavoit le meurtre de son cousin, mais il a reçu des nouvelles qui le tranquillisent sur ses parens et je me garderai bien de troubler sa sécurité [il s'agit d'Antoine Louis François de Béziade, duc d'Avaray, qui avait aidé le futur Louis XVIII à fuir la France en 1791, et que celui-ci ferait duc en 1799]. DANS UN TEMPS COMME CELUI-CY, JE TROUVE QU'IL NE FAUT PAS PORTER SES REGARDS SUR LE FUTUR, QUE PEUT-IL NOUS ANNONCER QUE DE SINISTRE ? Qui auroit jamais dit au p[rin]ce de Montbarrey lorsqu'il céda sa place à son fi ls, en gardant sa survivance, qu'il reviendroit ainsi titulaire ? [Alexandre Marie Léonor de Saint-Mauris, prince de Montbarrey, ancien secrétaire d'État à la Guerre, avait laissé sa charge de lieutenant-général à son fi ls mais celui-ci venait d'être guillotiné.] MAIS JE NE VEUX PAS RÉFLÉCHIR À TOUT CELA, CELA ME DONNEROIT TROP D'IDÉES NOIRES. ADIEU. » Offi cier et diplomate, le marquis Charles-François de Bonnay combattit d'abord dans l'armée des Princes avant de rejoindre Louis XVIII à Vérone et de remplir pour lui de nombreuses missions auprès des Cours étrangères. Il fut fait pair de France en 1815. Sur l'exil du futur Louis XVIII et sur son ami le comte de Modène, voir ci-dessus le n° 16.

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09 déc.

N° 20
CAMPAN (Jeanne Louise Henriette Genest, dite Madame). Lettre autographe signée à l'horloger parisien Pierre- Claude Raguet dit Raguet-Lépine. S.l., 13 germinal an VII [2 avril 1799]. 3 pp. in-4, adresse au dos, petite déchirure due à l'ouverture avec atteinte à un mot. « En 1789, voyant que la dépense et les voyages du citoyen Campan, mon mari, devoient fi nir par déranger ses aff aires, et mon revenu en places et en pension suffi sant à la modération de mes désirs, je demandai et j'obtins ma séparation de biens. En 1791, feu M. Campan, secrétaire du cabinet de la ci-devant reine auquel on supposait une grande fortune, mourut insolvable. Son fi ls renonça à sa succession, et moi ayant eu par foiblesse la condescendance d'endosser pour mon beau-père pour 24000 l[ivres] d'eff ets, je me suis trouvée non seulement ruinée par la ruine du père et du fi ls, mais chargée, pour faire honneur à ma signature, du payement de 24000 l[ivres] dans un temps où je restois sans aucune ressource, LA JOURNÉE DU 10 AOÛT [1792] M'AYANT FAIT PERDRE À LA FOIS PENSIONS, APPOINTEMENS, LOGEMENT ET MOBILIER, CAR JE FUS PILLÉE... Les dettes de M. Campan me sont étrangères sauf celles qui pour mon malheur m'étoient devenues personnelles par... ma signature. Je vois donc avec regret... que vous êtes rangé dans les nombreux créanciers qu'il a laissés, mais je ne conçois pas que M. Auguié [le beau-frère de madame Campan, César Auguié, futur beau-père du maréchal Ney] ait pu vous dire de m'adresser la notte de ce qui vous est dû, car il sait bien que je ne payerai jamais une seule dette de mon beau-père, et que ni l'honneur ni les loix ne peuvent ni me déterminer ni me contraindre à les payer... » CÉLÈBRE PÉDAGOGUE FAMILIÈRE DE LA COUR D'ANCIEN RÉGIME ET DE L'EMPIRE, MADAME CAMPAN, était la fi lle d'un interprète aux Aff aires étrangères et reçut une brillante éducation, apprenant par exemple l'italien avec Goldoni ou la musique avec Albanese. Elle fut nommée lectrice de Mesdames fi lles du roi Louis XV, puis femme de chambre de Marie-Antoinette. La Révolution la ruina, mais elle fonda une maison d'éducation à Saint-Germain en 1794 qui rencontra bientôt un immense succès : elle y accueillit entre autre la fi lle du futur président Monroe, la fi lle de l'ambassadeur d'Angleterre, Hortense et Eugène de Beauharnais, ou encore Pauline et Caroline Bonaparte. Napoléon, un temps pris d'amitié pour elle, lui confi a la surintendance de la maison d'éducation de la légion d'Honneur à Écouen. À nouveau ruinée en 1815, malgré des pensions de Louis XVIII et de la reine Hortense, elle vécut une triste fi n de vie. Elle laissa des mémoires parus en 1823 qui connurent un immense succès.

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09 déc.

N° 21
BARBAZ (Abraham-Louis). La Campagne des trois empereurs, poème. À Amsterdam, chez P. J. Uylenbroek. 1806. In-8, 64 pp., texte français puis traduction en néerlandais avec titre particulier compris dans la pagination, impression sur vélin fort, maroquin grenat à grain long, dos lisse orné, triple fi let doré encadrant les plats, coupes guillochées, tranches dorées , coiff es et coins frottés, quelques feuillets tachés (reliure de l'époque). RARE ÉDITION ORIGINALE DE CE CHANT DE VICTOIRE consacré à Austerlitz, où s'aff rontèrent trois empereurs, celui des Français et ceux d'Autriche et de Russie. Écrivain hollandais d'expression française et néerlandophone, Abraham-Louis Barbaz (1770-1833) était le fi ls d'un horloger suisse fi xé à Saint-Pétersbourg puis à Amsterdam. « [...] Aux débris d'une armée ou détruite ou captive / LE CZAR, TOUJOURS PUISSANT, JOINT SON ARMÉE ACTIVE : / CE FORMIDABLE AMAS DE FOUGUEUX FILS DU NORD / PORTE DANS SES REGARDS LE RAVAGE ET LA MORT , / Il déploye ses fl ancs : tel on voit sur le sable / Dérouler ses replis un serpent eff royable , / Et sa tête et sa queue, à cent débats divers, / Viennent frapper la terre et menacer les airs. / Ces nombreux légions, fi ers de suivre leur maître, / Au champ de la bataille osent déjà paraître, / Et, non loin d'AUSTERLITZ plantant leurs étendarts, / D'un combat général aff rontent les hasards. / [...] / Les tonnerres d'airain bientôt se font entendre , / De leur poste élevé les vainqueurs vont descendre, / ET "VIVE L'EMPEREUR !" ce terrible signal / Proclame les eff rois de ce jour trop fatal. / Ainsi donc AUX HONNEURS NAPOLÉON S'APPRÊTE : / De son couronnement ce grand jour est la fête , / [...] / Cet assaut général ressemble au mouvement, / Au courroux indompté du liquide élément, / Quand ses fl ots en fureur, avec un bruit horrible, / Font succomber un[e] digue à leur force invincible : / De même ces guerriers, par des coups réunis, / Heurtent le vaste front de leurs fi ers ennemis, / pénètrent dans leurs rangs , et ce choc plein de rage / Rend de nouveaux eff orts à l'ardeur du carnage. / [...] / ALEXANDRE, ÉTONNÉ DE SES DESTINS CONTRAIRES, / Retourne, tout pensif, au palais de ses pères. / Se peut-il qu'un monarque, aussi digne en eff et / De se voir honoré pour tout le bien qu'il fait, / Qui de son peuple aux fers fi t cesser l'esclavage, / De ses propres sujets ai[t] pu voir ce carnage !... / Ah ! qu'il songe plutôt à se voir chérir d'eux, / Et d'adoucir leurs moeurs, et de les rendre heureux ! / Commerce, agriculture, et beaux arts, et sciences, / Voilà les seuls besoins de ses États immenses. / FRANÇOIS, CONFUS, TREMBLANT, par ses malheurs pressé, / Doit craindre que bientôt son règne aura cessé , / Et de son vainqueur seul dépendront ses couronnes : / Le sort des armes fonde et démolit les trônes. / [...] » Provenance : Alfred Piat (vignette ex-libris). JOINT, 2 volumes reliés : – PAIX DE LUNÉVILLE. – Traité de paix défi nitif entre Sa Majesté l'empereur, roi de Hongrie et de Bohême, et la République française. Signé à Lunéville, le 20 pluviôse an IX [9 février 1801]. À Paris, chez David. An IX [1801]. Petit in-18, percaline chagrinée bleue du xixe siècle. 6 planches hors texte gravées sur cuivre par François-Anne David. Provenance : bibliothèque du comte Léon de Bastard d'Estang. – – TERNISIEN D'HAUDRICOURT (F.). Fastes de la nation française. Paris, au bureau de l'auteur, [vers 1809- 1812]. 17 planches gravées sur cuivre rehaussées de couleurs à la main, extraites de cet ouvrage paru en livraisons (qui compte plus de 200 planches pour les exemplaires les plus complets), reliées en un volume in-4, maroquin rouge à grain long orné dans le style de l'époque (reliure vers 1900). Scènes légendées consacrées aux batailles de la Moskowa, de Smolensk, au général Konopka, à Joachim Murat, aux maréchaux Moncey, Ney, Suchet, etc. Relié avec 3 planches gravées sur cuivre portant la traduction allemande de trois de ces planches mais sans illustration.

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09 déc.

N° 22
JOSÉPHINE (Marie-Josèphe Rose Tascher de La Pagerie, impératrice). Lettre autographe signée « Josephine » à Pierre Daru. Mayence, « ce 16 janvier » [1807]. 1 p. 1/4 in-8 carré sur beau papier vélin à encadrement gaufré et doré sur tranches de la maison Susse à Paris. 6.000/7.000 € MAGNIFIQUE LETTRE ÉVOQUANT SA PASSION POUR LES PLANTES ET POUR LES « PARURES ». L'impératrice Joséphine cultiva son goût pour la beauté en aristocrate peu regardante à la dépense, et s'y appliqua en tous domaines : vêtements, bijoux, décoration d'intérieur ou encore ornementation paysagère. Son rapport à la botanique excéda cependant le simple désir du beau, puisqu'il la conduisit à mener une vaste politique d'acquisitions et à susciter diverses publications dans un but également scientifi que et patriotique. Elle écrivait ainsi au préfet Th ibaudeau, le 19 mars 1804 : « C'est pour moi un bonheur inexprimable de voir se multiplier dans mes jardins les végétaux étrangers. Je désire que la Malmaison off re bientôt un modèle de bonne culture et qu'elle devienne une source de richesse pour les départements. » « J'AI REÇU AVEC PLAISIR LES NOTES QUE VOUS M'AVÉS ENVOYÉES DES PLANTES DE LA POMÉRANIE ET DU JARDIN DE BERLIN , je ne suis pas moins sensible aux choses agréables que vous me dites à ce sujet. ON M'A ASSURÉ QU'IL Y AVAIT AUSSI DES PLANTES TRÈS RARES DANS LES JARDINS DE L'ÉLECTEUR DE HESSE ET DANS CEUX DU HANOVRE. Je crois que ces collections ne sont pas indignes de vos soins. Je vous envoye une lettre de Mr DENON [le peintre et homme de lettres Dominique-Vivant Denon, alors directeur du Musée du Louvre et directeur des Arts], dans les diff érents endroits qu'il a visités, il A RÉSERVÉ POUR MOI QUELQUES OBJETS, TELS QUE DES CAMÉES ET DES TURQUOISES. Ces dernières n'ont d'autre prix que de faire de jolies parures pour les femmes à qui leur couleur sied à merveille. L'IMPÉRATRICE N'EST PAS PLUS EXEMPTE QU'UNE AUTRE FEMME D'UN PEU DE COQUETTERIE, MAIS COMME ELLE N'A QUE L'EMPEREUR POUR OBJET, ELLE EST BIEN PARDONNABLE. Je désire que vous autorisiés Mr Denon à m'envoyer ces objets. Malgré tout le plaisir que j'aurais eu à voir madame Daru, je vous félicite des raisons qui la retiennent en ce moment. J'y vois pour vous l'espérance d'une augmentation de famille et de bonheur. SI C'EST UNE FILLE, JE SERAI CHARMÉE DE LUI DONNER MON NOM. C'est une marque d'estime que je vous donnerai avec beaucoup de plaisir. Tous les bons serviteurs de l'empereur me sont chers, et je sais combien vous lui êtes attaché... » L'enfant de Pierre Daru qui naîtrait en juin 1807 serait un garçon, baptisé Napoléon, dont l'empereur et l'impératrice seraient les parrain et marraine. FUTUR MINISTRE ET COMTE D'EMPIRE, PAR AILLEURS COUSIN DE STENDHAL, PIERRE DARU (1767-1829) était alors intendant général de la Prusse, sous occupation française après Iéna.

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09 déc.

N° 23
EUGÈNE DE BEAUHARNAIS. Lettre signée « Eugène Napoléon » en qualité de vice-roi d'Italie, adressée au ministre de la Guerre le général Henry Clarke, avec trois courtes apostilles dont une autographe signée de ce dernier. Palais de Monza [au nord de Milan], 25 octobre 1808. 1 p. in-4. « J'ai reçu... votre lettre du 18 8bre par laquelle vous m'annoncés la nomination de mon aide de camp le colonel Delacroix au commandement du 9ème de Chasseurs à cheval [Charles Henri Delacroix, s'illustra à Marengo, à Raab, fut blessé en Russie et fait prisonnier, et servit de manière presque continue comme aide de camp auprès du prince Eugène de 1805 à 1812]. J'ai reçu également la lettre que vous adressés à cet offi cier supérieur dans laquelle vous lui enjoignez de se rendre à son régiment. Le colonel Delacroix étant en mission en Dalmatie & en Albanie depuis un mois, ne tardera sûrement pas à être de retour. ussitôt son arrivée près de moi, je lui remettrai vos ordres pour qu'ils soient exécutés... » JOINT : – MÉJAN (Étienne). Lettre signée avec 2 lignes autographes en qualité de secrétaire des commandements du prince Eugène vice-roi d'Italie, dictée à son secrétaire Charles-Jean Lafolie qui a ajouté une apostille autographe signée personnelle, adressée au sous-chef de bureau Lucas à la préfecture de la Seine. Milan, 6 novembre 1805. Lettre amicale comme anciens collègues. Étienne Méjan (1766-1846), avocat et publiciste sous la Révolution, lié à Mirabeau, devenu secrétaire général de la préfecture de la Seine sous le Consulat, fut à partir de 1805 l'homme de confi ance du prince Eugène de Beauharnais, et le suivrait en Bavière après l'Empire. – TALLEYRAND-PÉRIGORD (Charles-Maurice de). Lettre signée « Ch. Mau. Talleyrand » au chargé d'aff aires français près la République du Valais Joseph Eschassériaux. Paris, 20 nivôse an XIII [10 janvier 1805]. Concernant principalement la fête donnée par les autorités valaisannes pour le Couronnement de Napoléon Ier comme roi d'Italie, et la loi rendue par la Diète du même canton « pour qu'il soit érigé deux monumens à Sa Majesté Impériale, l'un sur le Simplon, l'autre sur le St-Bernard ».

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09 déc.

N° 24
MURAT (Joachim). Lettre signée « J Napoleon » EN QUALITÉ DE ROI DE NAPLES, adressée au chef de l'étatmajor général de l'armée de son royaume, le général Paul Grenier. Naples, 2 février 1811. 1 p. in-4 sur papier vélin Johannot fi ligrané à l'effi gie de Napoléon Ier et à l'aigle impériale. « Je vous envoie la réponse de mon ministre des Finances [Jean-Antoine-Michel Agar] avec les ordonnances du ministre de la Guerre [Hector Daure] délivrées en faveur du régiment de La Tour-d'Auvergne. Vous verrez qu'il n'y a nullement de la faute du Trésor si elles n'ont pas été acquittées. L'ARMÉE FRANÇAISE DOIT ÊTRE PRÉVENUE... QUE CE N'EST PAS AU TRÉSOR ROYAL DE NAPLES QU'ON DOIT S'ADRESSER POUR OBTENIR DES PAYEMENS, MAIS BIEN AU PAYEUR GÉNÉRAL DE L'ARMÉE FRANÇAISE dans la caisse duquel sont versés tous les fonds destinés à la payer. Faites donc payer sur le champ ces ordonnances et partir pour la France le détachement de La Tourd'Auvergne. Je vous préviens que mon ministre des Finances a reçu l'ordre de faire payer à toute l'armée les masses d'aoust et de septembre , ainsi le régiment de La Tour-d'Auvergne recevra l'acompte que vous sollicitez pour lui. Je désire que vous préveniez le g[énér]al PACTOD que le g[énér]al MANHÈS est chargé de la levée de la conscription des 2 Calabres et que je désire qu'il le seconde de tous ses moyens. Recommandez-lui de SURVEILLER PLUS QUE JAMAIS LES COMMUNICATIONS QUI ONT LIEU ENTRE LA SICILE ET LES CALABRES, qu'il doit surtout s'attacher à empêcher que les brigands poursuivis dans les Calabres ne s'embarquent pour la Sicile, et que le g[énér]al Stuart ne puisse en envoyer de Sicile en Calabre [le lieutenant général britannique John Stuart] , SANS CELA, IL SERAIT IMPOSSIBLE DE PARVENIR À DÉTRUIRE ENTIÈREMENT LE BRIGANDAGE QUI TOUCHE PRESQUE À SA FIN , il faut lui faire sentir qu'il ne saurait me rendre de plus grand service. Faites organiser promptement à Castellamare un bataillon suisse fort de 4 à 500 hommes et faites-le partir pour la Basilicate... » Le général Charles Antoine Manhès, alors au service de Naples, fut chargé de la lutte contre le brigandage en Calabre et se révéla particulièrement effi cace, attachant néanmoins à son nom une réputation de cruauté. Le général Michel-Marie Pacthod, alors également au service de Murat, commandait une division de l'armée du royaume de Naples. RARE DOCUMENT SIGNÉ COMME ROI DE NAPLES.

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09 déc.

N° 25
CHATEAUBRIAND (François-René de). 2 lettres autographes [À LA DUCHESSE DE DURAS]. Juillet 1811. RÊVES RUSSES DE CHATEAUBRIAND ET PREMIER ESSAI DE SOUSCRIPTION LITTÉRAIRE. En quête d'une situation fi nancière stable, il cherchait alors à s'assurer une position dans l'Empire russe, tout en organisant un arrangement par lequel il hypothéquait d'avance ses droits littéraires contre une pension mensuelle sur dix ans – ce que, d'une certaine manière, il réitérerait plus tard avec les Mémoires d'outre-tombe. – Val-de-Loup [actuelle Vallée-aux-Loups dans les Hauts-de-Seine], 1er juillet [1811]. « CE N'EST POINT CERTAINEMENT CE HÂBLEUR DE G[OLOVKINE] QUI FAIT MES AFFAIRES LÀ-BAS. MA SOEUR NE ME CROIT PAS, J'ESPÈRE, ASSEZ BÊTE POUR ME CONFIER À UN PAREIL HOMME [le comte Fédor Golovkine, d'illustre famille, favorisé puis disgracié par Catherine II comme par Paul Ier, s'était fi xé en France où il fréquentait la bonne société par son esprit]. Quoi qu'il en soit, je ne puis guères manquer d'avoir une réponse avant le 20 de ce mois , et comme vous le voyez, je touche au dénouement de toutes mes incertitudes. SANS DOUTE, JE PRÉFÉREROIS BEAUCOUP L'AUTRE MANIÈRE D'EXISTER DANS MA PATRIE. RIEN NE SEROIT PLUS NOBLE ET PLUS BEAU QU'UNE PAREILLE VIE. JE TÂCHEROIS DE LAISSER AUX PERSONNES QUI M'OBLIGEROIENT UN NOM HONORABLE DANS UN GRAND MOMENT , tandis qu'en même temps elles ne perdroient rien de leurs avances. Mes neveux fournissant 4000 l[ivres] par an, je trouverois bien, je pense, deux autres mille livres dans ma famille. Il ne resteroit donc plus que 6000 autres livres à trouver. Hors [sic] entre vous et nos autres amis, cela n'est pas une chose diffi cile. Comme cela j'aurois 12000 l[ivres] par an, et je serois haut et puissant seigneur. D'AUTANT PLUS QUE L'ITINÉRAIRE ME RENTRE AU MOIS DE JANVIER ET LES MARTYRS DANS UN AN. De sorte que j'aurois réellement une assez grande aisance. Toute la diffi culté gît dans le moment actuel. Il me faut d'ici au mois de janvier, pour éteindre les dettes provenues de la banqueroute de Nicole [le librairie royaliste Gabriel-Henri Nicolle], une somme de huit à dix-mille francs et je ne vois aucun moyen de me la procurer. Il ne faudroit pas pour cela toucher à nos revenus [ceux de la souscription], car cela seroit me replonger dans une suite de diffi cultés, de privations et d'embarras. Si tout cela s'arrangeoit, je passerois l'hyver à la Vallée en cas que vous le passiez à Ussé [château du duc de Duras]. Bonjour et, chère soeur, aimez-moi comme je vous aime, avec une sincérité, une vérité et une tendresse que le temps ne peut qu'augmenter » (3 pp. 1/4 in-8). – S.l., 15 juillet 1811. « Toutes vos conjectures sont fausses, chère soeur. Je ne vois point du tout les Polonoises [la comtesse Mniszech et sa fi lle la princesse Dominique Radziwill]. je leur parle à peine , jamais je ne leur ai dit un mot de mes aff aires. La Petite princesse n'a jamais obtenu de moi un compliment , et j'ai rudoyé plusieurs fois sa très bonne mais très ennuyeuse mère. Quant à Gol[ovkine], je ne l'ai vu qu'une seule fois dans ma vie, et c'est ma bête d'aversion. Voulez-vous savoir d'où cela vient ? De l'excellente Mde de Grollier, qui aime tous les potins, et qui vraisemblablement lui a fait des confi dences sur mon compte. Il faut le lui pardonner. Chacun à ses défauts et quand c'est un véritable intérêt qui nous fait faire des gaucheries, on ne peut sérieusement s'en fâcher. JE N'AIME POINT LA MORALE DE LA FABLE DE L'AMI MALADROIT, ET JE TROUVE QUE L'OURS FIT FORT BIEN DE TUER SON AMI, EN VOULANT ÉCRASER UNE MOUCHE : J'AIME MIEUX CET OURS-LÀ, QUE L'ENNEMI LE PLUS DISCRET [allusion à la fable de La Fontaine, « L'ours et l'amateur de jardins »]. J'ai vu Adrien [Adrien de Montmorency-Laval, très actif pour solliciter des souscripteurs dans sa famille en faveur de Chateaubriand]. Notre aff aire s'arrangera, mais j'attends toujours le dernier mot de la Rus[sie], car il ne faut pas, quand on le peut, être à charge à des amis. LES TRACASSERIES ONT RECOMMENCÉES AU SUJET DU G[RAN]D DISCOURS, MAIS JE LES AI ARRÊTÉES D'UN MOT. LE TOUT RESTERA COMME CELA EST. J'EN COURRAI TOUS LES RISQUES [élu le 20 février 1811 à l'ACADÉMIE FRANÇAISE, il allait prononcer un discours de réception polémique au sujet de son prédécesseur conventionnel Marie-Joseph Chénier], et ne trouvez[-vous] pas qu'il y a un repos profond dans ce peu de mots : Comme il plaira à Dieu ! Avec cela on dort sur ses deux oreilles. LA MUSE OU

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09 déc.

N° 26
COIGNY (Aimée de). Lettre autographe signée à l'écrivain et directeur de théâtres Alexandre Duval. S.l., octobre 1812 [d'après le cachet postal]. 1 p. 1/4 in-12, adresse au dos, petite déchirure au feuillet d'adresse due à l'ouverture sans atteinte au texte. « SOUS PRÉTEXTE QUE VOUS AVEZ UN FAUTEUIL MAINTENANT [Alexandre Duval venait d'être élu à l'Académie française le 8 octobre 1812], N'ALLEZ PAS VOUS REPOSER... IL NOUS FAUT DES COMÉDIES, DES OPÉRAS COMIQUES ET DES FARCES, n'en déplaise à Monsieur l'académicien, NOUS VOULONS RIRE à l'Odéon comme par le passé, nous intéresser au Th éâtre-François et rire encore et de bien bon coeur à Feydeau [autre théâtre parisien], car voilà... à quoi vos divers talents nous ont accoutumés depuis quelques années au grand regret de l'aimable Damaze de Raimond [le critique Gratien Gilbert Joseph Damaze de Raymond] qui gémit sur vos succès , cet homme-là voudroit vous traiter comme lui-même, vous ne pouvez lui en vouloir. L'Institut vient de s'honorer... et ce corps-là deviendra esprit s'il continue de tels choix. Passez-moi cette mauvaise pointe. Je ne puis jamais parler gravement de cette illustre société qui commence cependant à me devenir chère depuis que Le Mercier et vous... en faites partie [le poète dramatique et lyrique Népomucène-Louis Lemercier]. D'après ce sentiment-là, je n'aurois, je crois, pas besoin de signer. Je le fais cependant car bien d'autres le partagent. personne n'en est cependant plus pénétré que moi... » FEMME LIBRE ET BEL ESPRIT, AIMÉE DE COIGNY (1769-1820) fut élevée par la maîtresse de son père, la princesse de Guéménée, dans une atmosphère de dissipation et de corruption élégante. Elle fut mariée deux fois, d'abord au duc de Fleury (séparation en 1792) puis au comte de Montrond (séparation en 1802) et connut toutes sortes d'aventures amoureuses, notamment avec le duc de Lauzun, Lord Malmesbury et le marquis de Boisgelin. Aussi belle que spirituelle, elle fréquenta Marie-Antoinette (qui disait d'elle qu'elle était la reine de Paris), JOSÉPHINE DE BEAUHARNAIS ou encore TALLEYRAND. Elle fi nit sa vie dans la gêne, et son nom est aujourd'hui associé à celui d'André Chénier qui la rencontra à la prison de La Force, sous la terreur, et qui s'en inspira pour écrire son plus célèbre poème, « La jeune captive » : « [...] Au banquet de la vie à peine commencé, / Un instant mes lèvres ont pressé / La coupe en mes mains encor pleine [...] »

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09 déc.

N° 27
NAPOLÉON Ier. MANUSCRIT AUTOGRAPHE de Napoléon Ier (37 lignes, soit environ 1 p. in-folio sur les colonnes à mi-page de gauche) avec première version du même texte dicté au grandmaréchal Henri-Gatien BERTRAND (2 pp. in-folio sur les colonnes à mi-page de droite) avec une correction autographe de 8 mots de l'empereur (8 mots). Sur un feuillet de papier vergé anglais avec fi ligrane à l'effi gie de Britannia , quelques morsures d'encre. [LONGWOOD, ÎLE DE SAINTEHÉLÈNE], février 1817. Précieux manuscrit autographe de Napoléon Ier pour ses Mémoires rédigés à Sainte-Hélène Compagnon d'exil de l'empereur, le grand-maréchal Bertrand a donné des indications permettant de dater le présent manuscrit : Napoléon Ier lui dicta le 11 février 1817 ces souvenirs concernant Kellermann en Italie, et le 20 février 1817, il revint sur cette dictée. Cela correspond au fait que le texte de la main du grand-maréchal Bertrand soit ici brut et sans apprêts, de premier jet, tandis que le texte de la main de l'empereur même est d'une rédaction plus développée et plus structurée, avec commentaires. Le fait que Napoléon Ier ait consacré du temps à cet épisode de la guerre en Italie fut également mentionné dans le premier volume des Mémoires pour servir à l'histoire de France sous Napoléon, écrits à Sainte-Hélène, établi par Gaspard Gourgaud, autre compagnon d'exil (Paris, Firmin-Didot, Bossange, t. I, p. 48). Le texte impérial lui-même fut publié avec variantes par le général de Montholon, autre exilé de Sainte-Hélène, dans le t. III des mêmes Mémoires (ibid., 1823, pp. 92-94). C'est ce texte qui fut repris en 1869 dans le vol. XXIX de la Correspondance de Napoléon Ier (Paris, Imprimerie impériale, pp. 50-52). L'OFFENSIVE AUSTRO-SARDE CONTRE KELLERMANN DANS LA RIVIÈRE DU PONANT. Dans le présent manuscrit, l'empereur traite des opérations de l'armée des Alpes et d'Italie sous les ordres de François Étienne Christophe Kellermann en juin-juillet 1795, aux prises avec l'armée austro-sarde du général Joseph Nikolaus de Vins. Les troupes de Kellermann protégeaient la frontière montagneuse sud-est, depuis la Suisse jusqu'au port de Vado en Ligurie. Les Cours de Vienne et de Turin décidèrent de chasser les Français du duché de Savoie comme du comté de Nice, et lancèrent à la fi n du mois de juin une off ensive dans la Riviera ligure, avec le soutien de l'escadre anglaise de William Hotham. C'est donc l'aile droite de l'arme d'Italie, sous les ordres de Masséna, qui subit le choc principal, alors qu'elle était disposée en cordon sur les cols d'une ligne reliant Ormea à Savone. Les Austro-sardes s'emparèrent au passage de cette ville appartenant pourtant à la République de Gênes (alors puissance neutre), et les Français durent bientôt reculer sur tous les points malgré une contre-off ensive de Masséna pour tenter de reprendre Melogno.

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09 déc.

N° 29
MONTHOLON (Charles-Tristan de). 2 lettres autographes signées en tête, adressées À HUDSON LOWE. Longwood [île de Sainte-Hélène], 1820. Sur papier vergé Whatman et Balston au fi ligrane de l'United East India Company (« V.E.I.C. ») daté 1818. – 26 janvier 1820. « Le comte de Montholon a l'honneur de prier Son Excellence Sir Hudson Lowe de profi ter de l'occasion du départ de Lord Charles Sommerset pour faire passer les lettres ci-incluses à la comtesse de Montholon, il lui en sera fort obligé et lui renouvelle l'expression de sa haute considération... » (1/2 p. in-12). Albine de Montholon avait pu quitter l'île de Sainte-Hélène en juillet 1819 en alléguant des raisons de santé. – 18 juillet 1820 : « Le comte de Montholon a l'honneur d'envoyer à Son Excellence Sir Hudson Lowe la procuration cy-jointe qu'il le prie d'avoir la bonté de légaliser par sa signature et faire passer au visa de Mr le marquis de Montchenu [le marquis Claude Marin Henri de Montchenu, commissaire de Louis XVIII à Sainte- Hélène]. Il saisit avec empressement cette occasion de lui renouveller l'assurance de sa haute considération... » (1/2 p. in-4). UN DES COMPAGNONS D'EXIL DE NAPOLÉON Ier, CHARLES-TRISTAN DE MONTHOLON-Sémonville (1783-1853) fut sous le Premier Empire ambassadeur en Russie, chambellan et aide de camp Napoléon Ier qui l'emmena avec lui à Sainte-Hélène – Montholon fut son confi dent le plus proche dans les derniers mois. Il attacha ensuite sa destinée au futur Napoléon III.

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09 déc.

N° 30
O'MEARA (Barry). Lettre autographe signée, en français, [À JOSEPH BONAPARTE]. Londres, 5 avril 1820. 1 p. 1/2 in-4. « D'après le désir de madame la comtesse [l'épouse de Joseph Bonaparte, Julie Clary, qui se faisait alors appeler comtesse de Survilliers], j'ai l'honneur d'envoyer à Votre Altesse la lettre ci-incluse. Depuis ma dernière lettre, J'AI ENCORE REÇU DES NOUVELLES DU ROCHER [DE SAINTE-HÉLÈNE] de la fi n de janvier et j'ai beaucoup de plaisir de vous dire que LA SANTÉ DE VOTRE AUGUSTE FRÈRE ÉTAIT BEAUCOUP MIEUX, qu'IL PRENAIT ASSEZ D'EXERCICE ET S'AMUSAIT SOUVENT À BÊCHER LA TERRE AVEC SES PROPRES MAINS ET À CULTIVER SON JARDIN, dans laquelle l'abbé BUONAVITA [Antonio Buonavita, aumônier de l'empereur à Sainte-Hélène] qui est botaniste habile, lui a été fort utile. Le général MONTHOLON [Charles-Tristan de Montholon, autre compagnon d'exil de Napoléon Ier] avait décidé de ne pas lui quitter avant d'être remplacé à moins que l'état de sa santé l'obligent de le faire. Je suis fâché de vous dire que LE GOUVERNEUR [HUDSON LOWE] n'est pas rappelé et que tout me porte à croire que les ministres s'obstinent de lui continuer dans son emploi de geôlier. J'ai enfi n reçu aujourd'hui une lettre de M. LE CARDINAL [JOSEPH FESCH, oncle de Napoléon Ier]... Son Éminence et MADAME [LETIZIA Ramolino, mère de Napoléon Ier] se portaient très bien. Madame LA PRINCESSE PAULINE souff re toujours du mal de foie. Il paraît que Madame attend le projet de la mémoire au Parlement, mais qu'elle a décidé de ne vouloir rien faire pour en avoir un membre, qu'elle juge que dans les circonstances actuelles cela ne pourrait pas être utile et qu'ainsi il faut diff érer ce projet. J'en suis fâché, car, au moins, LE RÉSULTAT EN SERAIT DE DÉTROMPER VOTRE ILLUSTRE FRÈRE, DE LUI CONVAINCRE QU'IL N'A RIEN À ESPÉRER DE CE CÔTÉ-LÀ... » BARRY O'MEARA, MÉDECIN DE NAPOLÉON Ier À SAINTE-HÉLÈNE, avait pris fait et cause pour celui-ci, et était entré en confl it avec le gouverneur de l'île Hudson Lowe qui l'avait alors fait rappeler en Angleterre (juillet 1818). Il s'était ensuite risqué à publier au début de 1819 un libelle dénonçant les conditions de détention de l'empereur déchu, et fut pour cela révoqué de l'armée, sans pension. Il publierait encore en 1822 des mémoires sur son service à Sainte-Hélène.

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09 déc.

N° 31
LAS CASES (Emmanuel Auguste Dieudonné de). Lettre signée « Le Cte de Las Cases » avec lieu et date autographes, écrite sous sa dictée par son fi ls Emmanuel Pons Dieudonné de Las Cases, et adressée À JOSEPH BONAPARTE. Le Havre, 15 juillet 1826. 2 pp. in-4. BELLE LETTRE ÉCRITE AU ROI JOSEPH QUI, EN EXIL AUX ÉTATS-UNIS, FAISAIT ALORS FIGURE DE CHEF DE FAMILLE. « La lettre dont Votre Majesté m'a honoré en date du 1er août 1824 ne m'est parvenue que le 27 janvier 1826 et seulement le duplicata , je ne sais à quoi attribuer un si long retard... SIRE, C'EST AVEC UN PROFOND CHAGRIN QUE J'Y AI LU QUE CERTAINS PASSAGES DU MÉMORIAL ONT PU DÉPLAIRE À VOTRE MAJESTÉ [Las Cases l'avait fait paraître en 1823] , j'ose espérer du moins qu'intérieurement Elle ne m'aura pas fait l'injustice d'en accuser mon coeur ou mes intentions, mais qu'elle l'aura attribué plutôt, ainsi que cela est vrai, à la fatalité de ma situation et à celle des circonstances. Du reste, je dois lui confesser que j'ai eu le même chagrin à ressentir, du moins d'après ce qui m'en est revenu de plusieurs des membres de sa famille, soit qu'en eff et la rapidité de la publication, ou une trop grande préoccupation de mon grand et unique but qui auroit détourné mon attention de tous autres soins, soit enfi n que la nécessité de tout rendre aux dépens de mes plus chères aff ections et conséquemment à mon propre détriment, le tout afi n de garantir plus authentiquement ma véracité, m'ait rendu en apparence coupable à leurs yeux , toutefois est-il certain que le sentiment de ma conscience, la pureté de mes intentions, les innombrables témoignages reçus de toutes parts de tous les pays, de toutes les classes, de toutes les opinions pour me remercier de mes chanceux eff orts tentés en France ou me faire connoître les prodigieuses conversions qu'ils avoient opérés, ne me suffi soient pas s'ils demeuroient accompagnés de la dissatisfaction de ceux qu'à tant de titres j'aime et je vénère si fort , et il me restoit à espérer que la justesse de jugement, l'élévation d'âme et l'intérêt d'un but aussi chez à ceux que j'ai blessés qu'à moi-même, fi niroient par m'obtenir leur indulgence. C'est avec une douce satisfaction, Sire, que certains passages de votre lettre me prouvent que j'ai bien jugé, pour ce qui concerne personnellement Votre Majesté, elle ne vienne au secours d'un sentiment qui me manquoit , je vous remercie et j'en suis reconnaissant comme de ma plus douce récompense... Sire, je ne saurois terminer ma lettre sans renouveler à Votre Majesté l'expression de mes regrets pour la convaincre de toute ma sincérité , COMMENT AUROIS-JE PU SONGER À ME RENDRE DÉSAGRÉABLE À CELUI QUI TOUCHOIT DE SI PRÈS À L'AUGUSTE OBJET QUI ANIMOIT TOUTES CES PENSÉES ET QUI PAR CE SEUL MOTIF DEVOIT ME DEMEURER SACRÉ ?... » Las Cases évoque également le chirurgien John STOKOE, qui, pour s'être vu proposer par Napoléon Ier de remplacer O'Meara, fut chassé de Sainte-Hélène en septembre 1819 et renvoyé de la Marine. Le mémorialiste indique qu'il ne comprend pas les plaintes du britannique à son égard, et rappelle qu'au contraire il lui est venu en aide, notamment avec de l'argent reçu du roi Joseph par l'intermédiaire de la reine Julie demeurée en Europe. JOINT : LAS CASES (Emmanuel Pons Dieudonné). Pièce autographe en 2 exemplaires intitulée « Compte des fonds envoyés par le prince Joseph à Mr le Cte de Las Cases ». [1820]. Chacune 1 p. in-8 oblong. Le comte de Las Cases, par la main de son fi ls, y indique l'emploi de la somme reçue de Joseph Bonaparte par l'intermédiaire de la reine Julie : en faveur du docteur John Stokoe à son retour en Europe, au chirurgien de Napoléon Ier Barry O'Meara pour diverses publications, etc. Provenance : collection du docteur Max Th orek à Chicago (estampilles).

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09 déc.

N° 32
BONAPARTE (Louis-Napoléon). Lettre autographe signée « Louis N. B » à Olivier Voutier. Arenenberg, 25 juin 1829. 1 p. 1/2 in-8, cachet de cire rouge représentant un navire sur les fl ots avec devise « Telle est la vie » , fente à la pliure centrale du bifeuillet, petite déchirure sur le feuillet d'adresse due à l'ouverture sans atteinte au texte. LETTRE DE JEUNESSE ÉCRITE À L'ÂGE DE 21 ANS. « Vous croyez sans doute que nous avons été pris par les brigands, ou que nous sommes tombés dans quelque précipice, ou enfi n que je vous ai oublié, mais aucune de vos suppositions n'est vraie, et c'est avec plaisir que je tiens ma promesse en vous annonçant notre heureuse arrivée à Arenenberg. Nous y sommes depuis huit jours et nous jouissons d'un très beau tems qui me permet d'aller nager dans le lac, dont les eaux sont plus claires mais non beaucoup plus chaudes que celles du TIBRE. NOTRE VOYAGE DEPUIS FLORENCE, ou plutôt depuis Fontebuono, car c'est là que nous nous sommes quittés, a été très agréable : J'AI ÉTÉ VOIR LES FORTIFICATIONS DE MANTOUE qui m'ont intéressé. NOTRE SÉJOUR À MILAN a été plus long que nous ne comptions, et cela, grâce aux attraits de Me Pasta et de Rubini qui fesaient les délices de Milan et qui avaient formé deux partis distincts, et presque aussi exaltés l'un contre l'autre que les Guelfes et les Gibelins [allusion à la cantatrice Giuditta Pasta et au ténor Giovanni-Battista Rubini]... Maman et [rature] se portent bien et vous disent mille choses... C'est avec une grande satisfaction que je vous annonce que Fido, si souvent calomnié, est devenu le chien le plus courageux et le plus mauvaise tête qu'on puisse voir. » ARENENBERG, MAISON FAMILIALE DU FUTUR NAPOLÉON III. Interdite de séjour en France, sa mère la reine Hortense avait dû quitter la France en 1815. En 1817, grâce à l'appui du tsar Alexandre et de Metternich, elle avait été autorisée à acquérir des logements en Bavière et en Suisse, pour se rapprocher de son frère le prince Eugène, gendre du roi de Bavière. Elle acheta notamment le petit château d'Arenenberg dans le canton de Th urgovie, dominant le lac de Constance. Louis-Napoléon Bonaparte fut élevé dans ce lieu fréquenté par les bonapartistes fi dèles, mais également des écrivains et des artistes. Criblé de dettes, il dut vendre le château en 1843 (sa mère était morte en 1837), mais put le racheter en 1855, une fois monté sur le trône. UN DES HÉROS DES GUERRES DE LIBÉRATION DE LA GRÈCE, OLIVIER VOUTIER fut fait lieutenant-colonel par les autorités grecques, et, à son retour en France, devint un familier de la reine Hortense.

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09 déc.
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09 déc.

N° 36
HUGO (Victor). Manuscrit autographe. 15-30 avril 1846 et s.d. 23 pp. in-8 carré, sur feuillets extraits d'un même carnet, avec une centaine d'ajouts, de ratures et corrections , quelques traces de bandes adhésives, une déchirure angulaire sans atteinte au texte. PAGES DE JOURNAL. Victor Hugo y a consigné des souvenirs et anecdotes concernant sa vie politique (pp. 1-7), et y mis par écrit à sa manière le récit de la bataille d'Eylau que son oncle Louis Hugo a dû faire devant lui peu après le 30 avril 1846 (pp. 8-23). « On s’était battu toute la journée , on avait pris et repris Eylau... » VICTOR HUGO « TEINTURIER » DE SOUVENIRS D'EMPIRE – on appelait « teinturiers » les écrivains donnant une forme publiable aux mémoires de personnalités historiques. Pour expliquer le « caractère si militant de la vie littéraire et politique » de son mari, Adèle Hugo décrirait l'entourage familial militaire de celui-ci, dans son ouvrage Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie (1863, vol. I). Elle évoquerait donc l'oncle du poète, Louis Hugo, en précisant : « Bien des années après, – il était général alors, – je lui ai entendu dire un soir un épisode de la batailled’Eylau. Son récit frappa un des auditeurs, qui l’écrivit le soir même textuellement et qui veut bien me le donner ». Ce récit, publié en intégralité par Adèle, est celui que l'on peut lire ici, dans une version présentant néanmoins quelques petites variantes. LE PRÉSENT MANUSCRIT FOURNIT QUELQUES INDICES D'UN REMANIEMENT LITTÉRAIRE PAR VICTOR HUGO : certains passages ont été raturés et réécrits de manière plus développée avec parfois déplacements d'anecdotes dans l'ordre du récit, et un dialogue a été interpolé dans un second temps. C'EST CE RÉCIT QUI INSPIRERAIT À VICTOR HUGO SON POÈME « LE CIMETIÈRE D'EYLAU », PARU DANS LA LÉGENDE DES SIÈCLES (nouvelle série, t. I, 1877). LOUIS, L'AUTRE GÉNÉRAL HUGO. Engagé volontaire en 1792, il participa à la grande aventure militaire de la Révolution et de l'Empire, recevant notamment d'honorables blessures à Austerlitz (1805), Eylau (1807) et Auñon (1811, sous les ordres de son frère le général Joseph Hugo, père de Victor). Il fut fait colonel sous les Cent Jours, et général en 1828. « J’ÉTAIS CAPITAINE DE GRENADIERS AU 55ème. ON S’ÉTAIT BATTU TOUTE LA JOURNÉE , ON AVAIT PRIS ET REPRIS EYLAU. DANS LA NUIT, NOUS FÎMES LE BIVOUAC AUPRÈS DU CIMETIÈRE. Mes camarades avaient l’habitude d’aller chercher à coucher dans des maisons , moi je couchais avec mes grenadiers , la première botte de paille était pour moi, et mes camarades n’avaient pas encore trouvé un gîte que je dormais déjà depuis quatre heures. Au milieu de la nuit, arrive un ordre qui prescrit à la compagnie de se transporter dans le cimetière. Le colonel n’était pas là, le sous-lieutenant n’était pas là , je pris le commandement et j’installai mes hommes. Tout cela sous la neige et par un froid de douze degrés. EN ME RÉVEILLANT, JE M’APERÇUS QUE J’AVAIS DORMI SUR UN RUSSE GELÉ. JE ME DIS : TIENS, C’EST UN RUSSE. À SIX HEURES LE FEU COMMENÇA... [Il relate une anecdote où un de ses grenadiers, Desnoeuds, donne « la goutte » d'eau de vie au général de Saint-Hilaire.] Pendant tout cela soixante pièces de canon tiraient à mittraille sur nous. Un quart d'heure après, Desnoeuds reçut une balle à la jambe. Il sortit de son rang, alla s'asseoir à quelques pas de là, et, pendant que les balles pleuvaient, ôta son havresac, en tira de la charpie, une compresse, des bandes de toile, se pansa, remit sa guêtre et revint à sa place. je lui dis alors : "Desnoeuds, va-t-en, tu es blessé". – "Non, mon capitaine, la journée est belle et il faut la voir fi nir". Une heure après, il fut coupé en deux par un boulet... VERS MIDI, JE REÇUS UN BISCAÏEN AU BRAS DROIT. UNE CAISSE À MITRAILLE ÉCLATA AUPRÈS DE MOI... Je fi s un demi-tour sur moi-même. Et j'entendis dire autour de moi : "Voilà le capitaine qui a son compte". – "Pas encore", répondis-je, et je me donnais une poignée de main avec mon bras gauche pour m'assurer que mon bras droit était encore là. Je vis seulement un grand trou dans ma manche... Le feu de l'ennemi continua jusqu'à huit heures du soir. QUAND VINT LA NUIT, SUR 80 HOMMES QUE NOUS ÉTIONS, IL N'EN RESTAIT PLUS QUE QUATRE. J'ÉTAIS DU NOMBRE... » Louis Hugo raconte ensuite comment il se retira alors dans une maison, avec d'autres blessé, et fut détroussé pendant son sommeil. Le récit reprend quand il arriva à Bomberg, actuellement Bydgoszcz en Pologne, où il fut accueilli chez le bourgmestre, opéré par un chirurgien sans autre anesthésie que de l'alcool. Murat fut logé dans la même maison, lui envoya son chirurgien et lui fi t remettre tous les jours une bouteille de bordeaux et un poulet. Son hôte voulut donner à sa fi lle Napoléon pour parrain, lequel demanda à Murat de l'être à sa place, et la cérémonie eut lieu dans la chambre de Louis Hugo : « Murat était assis au pied de mon lit et me dit : "Capitaine, nous nous souviendrons de celle-là"... » Après un voyage pénible en fourgon, dans lequel un de ses compagnons mourut, il parvint dans une ville où se trouvait un hôpital militaire. Il échappa à l'amputation grâce à une collecte de ses camarades en sa faveur qui lui permit d'acheter du quinquina et d'enrayer la gangrène qui avait pris à sa blessure. Journal politique de Victor Hugo comme pair de France, complétant ses Choses vues DANS CES PRÉSENTS FEUILLETS, VICTOR HUGO A CONSIGNÉ TROIS AUTRES SOUVENIRS : UN DE SES BONS MOTS À LA CHAMBRE DES PAIRS, le 15 avril 1846, concernant son discours sur l'emprunt grec (p. 1), UNE ANECDOTE MORDANTE SUR UN PAIR ULTRACONSERVATEUR, Jean-Claude Fulchiron, homme excentrique qui fi t le bonheur des caricaturistes tels Daumier (pp. 1-2), et DES RÉFLEXIONS VISIONNAIRES SUR LA CONDITION OUVRIÈRE, confi ées le 30 avril 1846 à son ami l'orfèvre François-Désiré Froment-Meurice qui venait lui demander son adhésion à une association des fabricants les plus considérables de Paris ayant pour but de moraliser la classe ouvrière : « ... Donner à l’ouvrier un prix plus élevé de son travail, c’est lui permettre de ne consacrer à l’atelier qu’une partie de sa journée, et d’en donner le reste à sa famille, à sa femme, à ses enfants. C’est lui permettre d’aspirer à l’aisance, c’est lui laisser espérer le bien-être. C’est lui donner le temps d’ouvrir sa bible , c’est élargir son esprit et son coeur... Le bonheur des classes riches dépend du bien-être des classes ouvrières. Les riches n’auront l’entière sécurité du présent, qu’autant que le peuple aura l’espérance d’arriver où ils sont... Qu’on ne s’y trompe pas, l’esprit du peuple, où que l’on en fasse l’expérience, est orageux. Et là où l’on ne voit que la cause d’un désordre ou d’un mal passager, moi je vois le germe des révolutions... » (pp. 2-7).

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09 déc.

N° 37
CORSE. – NAPOLÉON III (Louis Napoléon Bonaparte, futur). – MONTHOLON (Charles-Tristan de). Manuscrit autographe signé par le comte de Montholon, adressé au commandant Bernardino Poli à Ajaccio, d'un texte du prince Louis-Napoléon Bonaparte. Paris, 12 juillet 1848, d'après un cachet postal. 2 pp. in-4, adresse au dos, marges un peu eff rangées. ADRESSE DU FUTUR NAPOLÉON III AUX ÉLECTEURS DE LA CORSE, par laquelle il déclare renoncer à son mandat de représentant de la Corse en faveur du général Montholon. Expédition certifi ée conforme par ce dernier. Le destinataire, Bernardino Poli, avait été un des émissaires de Napoléon Ier exilé à l'île d'Elbe, et fut une des personnalités bonapartistes de premier plan à partir de 1815. « J'AURAIS ÉTÉ HEUREUX ET FIER DE COMPTER PARMI VOS REPRÉSENTANS SI DES HAINES ET DES CALOMNIE DIRIGÉES CONTRE MOI NE M'EUSSENT OBLIGÉ DÉJÀ À REFUSER LES SUFFRAGES que m'avaient off erts les départements de la Seine, de l'Yonne et de la Charente-Inférieure. Tant que je croirai que ma présence à l'Assemblée nationale peut être un nouvel élément de division, je m'imposerai le dur sacrifi ce de rester à l'étranger. Je ne puis donc en ce moment accepter l'honneur d'être votre mandataire, néanmoins comptez sur ma vive reconnaissance et pour vous prouver combien je compte sur votre sympathie, j'ose recommander à votre choix pour me remplacer, un homme qui a partagé la captivité de l'empereur à Ste-Hélène et la mienne à Ham, le général Montholon. Vos suff rages le récompenseront de douze années de souff rances et vous aurez en lui un représentant qui veut comme vous, comme moi, comme tous les bons citoyens une République fondée sur la justice et la raison... »

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09 déc.

N° 39
HISTOIRE POSTALE. – HILL (Rowland). Lettre signée, en qualité de secrétaire du General Post Offi ce de Londres, adressée au directeur général des Postes français, Auguste STOURM. Londres, 6 juin 1855. 1 p. in-folio en anglais , estampilles « Correspondances étrangères » et « Postes. Cabinet particulier » datées du 7 juin 1855. INTÉRESSANTE LETTRE SUR UNE QUESTION POSTALE. « In reply to your letter of the 29th ultimo, I have the honor to inform you, that the letter... appears to have exceeded a quarter of an ounce in weight, and was, therefore, properly forwarded to France with the unpaid correspondence. I request that you will have the goodness to return to madame Ironside the sum of 4 d., beeing the value of the postage stamps affi xed to the letter , and the amount will be credited to your offi ce in the usual way... » – Traduction : « En réponse à votre lettre du 29 dernier, j'ai l'honneur de vous informer qu'il semble que la lettre... ait dépassé un quart d'once en poids [environ 7 grammes], et ait donc, comme de juste, été expédiée en France avec la correspondance non payée. Je vous demande d'avoir la bonté de retourner à madame Ironside la somme de 4 pence, étant la valeur des timbres d'aff ranchissement apposés sur la lettre , et le montant sera crédité à votre bureau de la manière habituelle... » Le britannique Rowland Hill, qui mit en place en 1839 un système proportionnant les frais de poste non plus à la distance mais au poids de l'envoi, créa le timbre-poste prépayé en 1840.

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09 déc.
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09 déc.

N° 44
COUSIN DE MONTAUBAN (Charles Guillaume). Dépêche télégraphique autographe adressée en qualité de ministre de la Guerre et de chef du Gouvernement À NAPOLÉON III. S.l., 26 août 1870 « à 10 h. du matin ». « C'est sur la stupéfaction que le projet dont j'avais parlé produirait sur l'armée prussienne et sur les populations allemandes, que je comptais pour surexciter le patriotisme alsacien. EN ADMETTANT QUE PARIS SUCCOMBÂT, LA GUERRE NE SERAIT PAS TERMINÉE, IL FAUDRAIT PRENDRE UNE LIGNE DE DÉFENSE DERRIÈRE LA LOIRE et épuiser les forces des Prussiens. PUISQUE L'EMPEREUR N'ADHÈRE PAS À CE PROJET, JE VAIS CONCENTRER LES FORCES PRÈS DE PARIS dans les mains de Wimpfen [le général Félix de Wimpff en], à moins que Votre Majesté ne m'envoie un général vigoureux et capable, j'ai tout employé ici. » JOINT : – THIERS (Adolphe). Lettre autographe signée à Charles-Guillaume COUSIN DE MONTAUBAN. S.l., 27 mars 1870. Adolphe Th iers, alors membre du Corps législatif, exprime ses regrets d'apprendre que c'est le général Leboeuf, ministre de la Guerre, qui a été nommé maréchal, et non son correspondant, « le vainqueur de Pékin » (1 p. 3/4 in-4, petit accroc marginal). – THIERS (Adolphe). Lettre autographe signée en qualité de chef du pouvoir exécutif, adressée à Charles-Guillaume COUSIN DE MONTAUBAN. S.l., 3 mars 1871. Il lui promet de lui prouver l'estime qu'il lui voue quand les « passions » seront « éteintes » et que « les préventions du moment seront dissipées » (bifeuillet un peu eff rangé). – un manuscrit ancien apocryphe du maréchal Canrobert : « Mon cher général, v[ou]s tenez le sort de la France et de l'Empire dans vos mains... »

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09 déc.

N° 45
NAPOLÉON III. Lettre autographe signée « Napoleon » à Bernard Adolphe Granier de Cassagnac. WILHELMSHÖHE, 21 octobre 1870. 1 p. 1/3 in-8, en-tête gravé à son initiale couronnée. « C'EST DANS LE MALHEUR QU'ON CONNAÎT SES VRAIS AMIS, aussi n'ai-je jamais douté de votre dévouement et j'étais bien sûr que l'adversité ne changerait pas vos sentimens à mon égard. J'ai vu votre fi ls... dans de bien tristes circonstances et J'ESPÈRE LE REVOIR LORSQUE LA ROUE DE LA FORTUNE AURA TOURNÉ. Je recevrai avec plaisir la communication de votre écrit. Je suis persuadé qu'il sera à la hauteur de l'écrivain et du député qui a toujours montré tant d'énergie et de patriotisme. Croyez, mon cher Monsieur & compagnon, en mes sentimens d'amitié... » L'EMPEREUR VAINCU DÉTENU EN WESTPHALIE. Fait prisonnier à Sedan, le 1er septembre 1870, Napoléon III fut conduit en Belgique puis en Allemagne accompagné de quelques fi dèles. Il parvint en territoire prussien à Cassel, en Westphalie, et fut assigné à résidence dans le château tout proche de Wilhelmshöhe, où il était déjà venu enfant alors que le roi Jérôme y habitait. Il y demeura six mois et demie, y recevant des visites de France et d'Angleterre – dont l'impératrice Eugénie le 30 octobre. La guerre se poursuivait en France, et Bismarck négocia à la fois avec son prisonnier et avec le nouveau pouvoir en place, mais quand les préliminaires de paix furent signés par Th iers le 1er mars 1871, Napoléon III fut libéré le 19 mars 1871. Il partit directement pour l'Angleterre. Historien, publiciste et homme politique, Bernard Adolphe GRANIER DE CASSAGNAC incarna la tendance conservatrice et autoritaire du bonapartisme. À la chute de l'Empire, il partit quelques mois en exil avant de reprendre sa place dans la vie politique française. Son fi ls, Paul de Cassagnac, fut également un des grands publicistes et hommes politiques bonapartistes de la fi n de l'Empire et de la IIIe République.

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09 déc.

N° 46
EUGÉNIE (Impératrice). Lettre autographe signée « Eugénie » au maréchal et président de la République Patrice de MAC-MAHON. Camden Place à Chislehurst, [probablement juin 1873]. 4 pp. in-8. « JE VOIS DANS LES JOURNAUX DEPUIS QUELQUES JOURS DES ANECDOTES QUI ONT L'INTENTION DE VOUS EXALTER AU DÉTRIMENT DE CELUI QUI N'EST PLUS, DE CELUI QUI VOUS FIT EN UN JOUR MARÉCHAL ET DUC. Je ne puis croire que votre coeur ne se révolte de ces fl atteries qui se prodiguent à tout pouvoir, à tout succès. JE SUIS LA VEUVE DE NAPOLÉON III. SA GLOIRE ET SON NOM SONT À MES YEUX PLUS QU'UNE COURONNE, PLUS QUE LA FORTUNE. Faites taire ceux qui vous font un piédestal sur une tombe, et songez que [n'a] de grandeur que ce qui a sa base sur la justice. JE NE VOUS DEMANDE RIEN POUR L'AVENIR MAIS FAITES RESPECTER UN PASSÉ QUI FUT LE BERCEAU DE VOTRE GLOIRE. Croyez, Monsieur le maréchal, à tous mes sentiments... » Patrice de Mac-Mahon avait été élu président de la République en mai 1873, alors que Napoléon III était mort le 9 janvier 1873. JOINT, LA COUPURE DE PRESSE AYANT PROVOQUÉ L'IRE DE L'IMPÉRATRICE DÉCHUE, avec mention de date manuscrite, « 6 juin ». Après avoir rappelé le célèbre mot de Mac-Mahon à la prise du fort de Malakoff (« J'y suis j'y reste »), le journaliste évoque une autre anecdote concernant le même fait maréchal et duc au soir de la bataille de Magenta : « [...] Rentré dans sa tente, Mc Mahon resta seul. Il y a certaines heures où tout homme, arrivé au faîte des grandeurs humaines, aime à repasser sa vie entière. Peut-être celui qui venait d'inscrire un nom de plus à la page d'airain où se lisent Austerlitz et Marengo, peut-être se rappelait-il le jour où, après dix ans au grade de capitaine, il voulait donner sa démission. Or, à cette époque de sa vie, le nouveau maréchal avait servi en Afrique sous les ordres de cet autre illustre soldat qu'on nomme Changarnier. Le vainqueur de Constantine était resté son ami. Alors, il songe à lui annoncer sa fortune et lui écrit ces quelques lignes, dignes d'un héros de Plutarque : "Mon maître, on m'a dit d'aller à gauche, j'ai été à droite. Il paraît que j'ai sauvé la France. Je suis maréchal et duc. À vous, merci. Mac-Mahon" [...] »

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09 déc.

N° 47
PRINCE IMPÉRIAL. Pièce imprimée signée « Napoleon ». 1874. Placée dans un étui de maroquin noir à encadrement doré originellement destiné à recevoir un portrait photographique (128 x 90 mm). « [...] Venez vous-même, Amour divin, achever en moi cette image [celle du Christ] : NE CRAIGNEZ PAS D'ENFONCER BIEN AVANT DANS MON ÂME LES ÉPINES QUI PERCENT LE CHEF AUGUSTE DE MON DIVIN ROI , si elles sont piquantes, son sang me servira d'onction pour en adoucir les plaies !... Ô SPLENDEUR DE LA GLOIRE DU PÈRE ! QUI VOUS A AINSI ÉCLIPSÉE ?... Miroir de la Majesté de Dieu, qui vous a couvert d'ignominies ?... Ô joie souveraine des Anges ! Ô lumière ravissante des Bienheureux ! qui vous a réduite dans ce pitoyable état ? [...] » Mention manuscrite en tête : « Domine salvum fac imperatorem ». 3 NOTES AUTOGRAPHES SIGNÉES DU BARON TRISTAN LAMBERT (en marge du recto de la pièce imprimée, et à l'intérieur de l'étui : « SIGNATURE DE NAPOLÉON IV ÉCRITE POUR MOI AVEC SON SANG... », « Image pieuse signée par le Prince Impérial avec son sang, donnée par lui en mars 1874... », « Donnée en 1874. Signature du Prince Impérial faite avec son sang. Les paroles de la prière qui sont au-dessus même de la signature sont saisissantes !!!... » L'homme politique et journaliste Tristan Lambert était le fi ls du baron Aimé Lambert, lieutenant de vènerie et familier de la Cour impériale. Il fut député bonapartiste en 1876-1877, mais, après la mort du Prince Impérial, retourna à ses convictions royalistes profondes.

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09 déc.

N° 48
PRINCE IMPÉRIAL. Lettre autographe signée « Napoléon » à Jean-Baptiste Franceschini-Piétri. Arenenberg, [octobre 1878]. 7 pp. in-8, adresse imprimé à l'adresse d'Arenenberg. Lassé par l'inaction dans laquelle il se morfondait, malgré son engagement politique et une brillante vie mondaine, le Prince voulait « sentir la poudre ». Il parvint non sans mal à convaincre sa mère de le laisser s'engager dans une armée étrangère en action, l'impératrice Eugénie n'y étant pas favorable pour des raisons diplomatiques. L'Autriche étant en confl it avec l'Empire ottoman en Bosnie, il demanda donc à servir dans ses rangs, mais l'empereur François-Joseph lui opposa une fi n de non recevoir, ayant refusé la même demande de la part de son propre fi ls l'archiduc Rodolphe. « ... Vos lettres m'ont appris que vous étiez informé du résultat de la démarche de ma cousine... Mon impression n'est pas que nous soyons arrivés trop tard, je me fi gure que des considérations politiques soulevées par des infl uences étrangères ont modifi é les dispositions premières dont nous ne pouvions guère douter. On ne saurait trop regretter le bruit que des serviteurs maladroits ont fait autour de cette histoire. CE M'EST UNE NOUVELLE PREUVE QUE L'ON PEUT FAIRE DE LA POLITIQUE À 3 OU 4 MAIS POINT À 500. Mais je tiens à vous dire que je n'ai pas cru une minute que vous fussiez la source de l'indiscrétion. Je vous connais trop pour cela. Les lettres de Mr HUET [l'avocat et ancien député bonapartiste Albert Auguste Huet] a écrite sont impertinentes, il PARLE DE M'ENVOYER AU DIABLE, L'EMPIRE UNE FOIS RESTAURÉ , le plus attrapé des deux ne serait pas moi si je l'envoyais dès aujourd'hui paître. J'AI PENSÉ À FAIRE UN PETIT VOYAGE D'UN MOIS AU PLUS EN BOSNIE avant de rentrer en Angleterre. J'AI FAIT ÉCRIRE À L'EMPEREUR D'AUTRICHE AFIN D'OBTENIR SON CONSENTEMENT que j'attends de jour en jour. Dès qu'il me sera parvenu je me mettrai en route avec Roccagiovine et le fi dèle Uhlmann [un des frères Roccagiovine, fi ls de la princesse Julie Bonaparte, et le valet de chambre du prince Impérial, Xavier Uhlmann]. Je ne sais pas les projets de l'impératrice [sa mère Eugénie] mais je crois qu'elle partira prochaine[men]t pour l'Angleterre... » COLLABORATEUR PROCHE DE NAPOLÉON III, JEAN-BAPTISTE FRANCESCHINI-PIÉTRI (1834-1915) était le petit-neveu et héritier de Pascal Paoli. Entré au cabinet de l'empereur en 1854, il devint bientôt son confi dent, et fut nommé son secrétaire particulier en 1864. Il fut un des plus fi dèles serviteurs de la famille impériale, qu'il suivit en exil, poursuivant sa tâche de secrétaire particulier auprès de Napoléon III, du Prince Impérial puis de l'impératrice Eugénie. Le château d'Arenenberg fut celui de la reine Hortense. Napoléon III y fut élevé, et, s'il fut forcé de le vendre en 1843, le racheta en 1855.

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09 déc.

N° 50
CONDÉ (Henri II de Bourbon, prince de). Pièce signée « Henry de Bourbon », en qualité de lieutenant-général du roi en Lorraine. Nancy, 10 juin 1635. 1 p. in-folio, sceau de cire sous papier, petites mouillures et déchirures. ORDRE D'APPLIQUER LA DÉCISION ROYALE D'EXEMPTER LA PRINCESSE DE SALM DE L'ENTRETIEN DES TROUPES SUR SES TERRES. Christine de Croy-Havré, veuve du prince Philipp Otto zu Salm, avait alors la tutelle de leurs fi ls mineurs Ludwig et Leopold Philipp Karl. PIÈCE SIGNÉE EN PLEINE GUERRE DE TRENTE ANS : le duché de Lorraine (alors indépendant), était le théâtre d'aff rontements entre les troupes françaises d'occupation (aux ordres du prince de Condé) et l'armée suédoise : « Le prince de Condé, premier prince du sang, premier pair de France, et lieutenant général pour le roy représentant sa personne en son païs et armées de Lorraine et Barrois. Veu par nous la sauvegarde accordee par Sa Majesté à madame la princesse de Salm du xviie mars dernier , portant deff ences à tous gens de guerre de quelque langue et nation qu'ils soient de ne loger ny souff rir estre logé aucuns desdits gens de guerre dans les terres enoncees en icelle, prions tous ceux qui sont à prier, et commandons à ceux sur qui nostre pouvoir et authorité s'estend, de laisser jouir plainement et paisiblement ladite dame princesse de Salm du contenu en ladite sauvegarde, suivant que le veult et ordonne Sadite Majesté, à peine contre les contrevenans des peines portees par icelle , faict à Nancy le dixiesme jour de juin m vic trente cinq... » TRAITÉ À LA COUR EN HÉRITIER PRÉSOMPTIF JUSQU'À LA NAISSANCE DU FUTUR LOUIS XIII, LE PRINCE DE CONDÉ HENRI II DE BOURBON (1588-1646) était le fi lleul d'Henri IV. Gouverneur de la Guyenne (1590-1616) puis du Berry et du Bourbonnais, il participa aux rébellions des Grands sous la régence de Marie de Médicis. Assagi après un emprisonnement de trois ans (1616-1619), il fi gura dès lors parmi les plus fi dèles soutiens du pouvoir royal, et s'illustra dans les campagnes militaires contre les protestants et contre les Espagnols. IL ÉTAIT LE PÈRE DU GRAND CONDÉ.

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09 déc.
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